Euh... Bonjour ? Genre, ça ne fait pas des mois que vous attendez une update de TPC ? Genre, quand je publie quelque chose c'est un OS qui traînait par là, juste histoire de vous rappeler que "OUI ! je suis encore vivante" ? Suis de retour de l'Inde, la vie en France, franchement, c'est pas drôle, et j'arrive pas trop à me motiver devant mon clavier... Je préfère, je crois, envoyer des mails là-bas, à tous ceux que j'ai laissé derrière moi et qui m'ont offert une année extraordinaire... Bref...

Ca fait des semaines que je me dis, presque tous les soirs, qu'il serait temps que je reprenne mon clavier... Ca va venir ! Si, si, promis, l'histoire sera terminée, un jour !

En attendant, ce petit OS rien que pour vous. Elle l'a quitté, il y a longtemps. Aujourd'hui, il va se marier... Le style épistolaire, c'est amusant, je n'avais jamais vraiment essayé !

Enjoy it, et à bientôt !


« 22 mai 2005

Je viens de lire dans le journal la publication des bans de ton mariage. Le samedi 1er juin. Elle s'appelle Elise. C'est étrange, je ne t'aurais jamais vu te marier avec une Elise. Son prénom ne va pas avec le tien. Jean et Elise… Non, vraiment pas. Tu pourrais me rétorquer que nos deux prénoms ne sonnaient pas mieux à l'oreille. Jean et Manon. Ca fait un peu trop Pagnol, effectivement. Je m'égare, je crois. Cette lettre n'était pas destinée à faire une critique de ton choix. Je ne connais pas Elise. Elle est sans aucun doute charmante, mignonne, gentille, intelligente. Peut-être qu'elle fait bien la cuisine. Ou peut-être que tu fais la cuisine, chez vous, comme tu la faisais chez nous. J'ai appris récemment à cuisiner, un peu. Je pourrais t'inviter à manger. Vous inviter à manger. Mais tu refuserais, n'est-ce pas ?

C'est mon anniversaire aujourd'hui. Tu t'en souvenais peut-être ? Je ne sais pas si ça me plairait, que tu t'en souviennes. J'aimerais pouvoir lier cette date d'anniversaire à la publication de tes bans, aujourd'hui justement. Me dire que j'ai encore assez d'importance dans ton cœur, dans un coin reculé de ton inconscient, pour que tu choisisses cette date, comme pour me prouver quelque chose, comme pour me prouver que sans moi, ta vie a continué.

Je viens d'avoir 28 ans. Ce jour où je t'ai quitté me hante parfois, depuis quelques mois. Je commence à me poser des questions, à me demander si j'ai fait le bon choix, il y a six ans.

Peut-être que si j'avais accepté d'emménager avec toi le jour où tu me l'as demandé au lieu de conclure notre histoire d'un « je pense quand même pouvoir faire mieux que toi », méprisant et reflétant tellement mon opinion du moment… J'avais presque honte de notre relation, Jean, j'imagine que tu l'as compris depuis…

Tu étais beau garçon, pourtant, Jean, gentil, aussi… Mais j'étais jolie, j'avais 22 ans, et je me voyais en haut de l'affiche, pas dans un petit appart d'étudiant avec un garçon gentil, mais trop calme, qui ne sortait que très peu… Les soirées parisiennes m'intéressaient plus qu'une soirée télé avec toi…

Et le jour même où tu m'as demandé d'emménager avec toi, le jour de nos deux ans, je venais justement de rencontrer un type dans le bar où j'étais serveuse, qui m'avait baratinée pendant près d'une heure, s'étonnant qu'une jolie fille comme moi soit simplement serveuse, ou quelque chose de ce style. J'avais des paillettes dans la tête, 22 ans et une envie de vivre une vie de film… En une heure, ce type m'a mis dans la tête que je pouvais devenir quelqu'un, et que je méritais mieux qu'un étudiant en histoire qui finirait, au mieux, prof. Qu'es-tu devenu, Jean ? Je ne crois pas que je mépriserais un prof d'histoire, non, plus aujourd'hui…

Cette lettre n'a ni queue ni tête. Je ne devrais probablement pas l'envoyer. Mais, comme d'autres fois, sur un coup de folie, je le ferai, sans vraiment réfléchir. Je crois.

Bref, je t'ai plaqué. Ca ne m'a même pas demandé deux minutes de réflexion. Ce soir-là, pourtant, en venant à ton appart pour fêter nos deux ans, ça ne m'avait pas encore effleurée. Mais lorsque tu m'as proposé d'emménager avec toi, j'ai imaginé, tout à coup, une petite vie de couple bien sage, nous ne sortirions presque plus, nous ne verrions plus que des potes en couple eux aussi… J'ai pris peur de ce que j'imaginais une vie de petite bourgeoise, je me suis vue devant les fourneaux (stupide, puisque ça a toujours été toi qui cuisinait pour nous…) ; j'ai cru voir un mariage à venir, et je ne voulais pas de ça. Je voulais un peu d'excitation dans ma vie. J'aurais pu - on aurait pu, d'ailleurs, ensemble – partir en voyage à l'autre bout du monde, comme ça, sans vraiment réfléchir. Non, j'ai préféré te plaquer, comme ça, sans vraiment réfléchir…

Te plaquer, ne même pas finir le délicieux dîner aux chandelles que tu avais sans doute passé ta journée à préparer, et, le soir même, rappeler le type du bar. Sortir. Sortir, sortir, sortir et encore sortir.

Ca fait six ans déjà que je sors en moyenne 5 soirs par semaine. J'ai plein de nouveaux amis, qui ont le même genre de vie que la mienne. J'ai plaqué mon petit boulot de serveuse, envoyé valser toute idée de licence d'histoire de l'art, lâché mon appart pour emménager dans un « atelier d'artiste » en colocation avec plusieurs de mes nouveaux amis, oublié ceux d'avant… Je dépense plus d'argent en alcool et en fringues qu'en produits ménagers ou en nourriture. Et cet argent, c'est celui que j'ai gagné dans quelques pubs obscures, dans quelques procès contre des magazines qui m'avaient présentée comme la petite amie d'une star du moment… Tu as du voir ça chez le coiffeur, ou chez le dentiste, j'imagine… C'est le risque, à sortir tous les soirs dans les endroits les plus branchés de Paris. Ma vie privée se mélange avec celle d'autres, de personnes dont la vie est plutôt considérée comme publique…

Et surtout, c'est l'argent d'un de ces hommes que j'ai cru harponner, il y a quatre ans de cela, un gros poisson comme disent les filles qui, comme moi, ont suffisamment cru à la chasse au millionnaire pour envoyer balader tout le reste… Parce que c'est bien ça, ma vie… La chasse au millionnaire, à l'homme parfait qui me tiendra au-dessus des besoins du commun des mortels…

Il y a quatre ans, j'ai eu de la chance, un charmant quadragénaire m'a courtisée pendant plusieurs semaines, et m'a épousée. Charmant, mais aussi - surtout – très riche. J'éviterai de dévoiler le nom du monsieur. Nous avons divorcé au bout de quelques mois, évidemment, parce qu'il me trompait, et que de toutes façons, la vie de femme mariée ne m'intéressait pas plus à 24 ans que la vie de couple installé à 22 ans. Le tribunal jugea que mon ex-mari était en tort, dans cette histoire de divorce, justement pour ses infidélités répétées. Il me verse donc chaque mois une coquette pension. Suffisante pour la vie que je mène, c'est dire.

Ne va pas croire, pourtant, que je me sois laissée avoir, en mariant cet homme. En fait, il m'était déjà infidèle quand il m'a épousée. Ce qu'il ne savait pas, c'était que je le savais, et que je l'ai épousé en connaissance de cause, justement pour profiter d'un divorce à mon avantage. Les sentiments n'ont pas leur place, dans le jeu que je menais alors…

J'ai 28 ans aujourd'hui. Cette phrase ne cesse de tourner dans ma tête, depuis ce matin. Et appelle de ma part cette remise en question que j'ai repoussée sans cesse depuis des mois. Je n'ai plus ma place, dans ce monde. C'est un monde de jeunes femmes, pas de presque trentenaires. Je vis une vie qui ne me convient pas. Je sors moins souvent, depuis peu. Je ne suis plus capable de gérer un rythme pareil. Je ne danse plus non plus comme avant… J'ai 28 ans seulement, mais je me sens vieille face à ceux que je côtoient tous les soirs. Les filles ont 22 ou 23 ans, je ne tiens pas la comparaison… Et puis, les gamins d'une vingtaine d'années… Ca fait bien longtemps qu'ils n'éveillent plus rien en moi que de l'agacement face à cette impression qu'ils ont, que leur célébrité sera éternelle. Rien n'a jamais été éternel…

Les amies avec qui je m'étais installée près des Champs-Elysées ont quitté l'endroit depuis longtemps, reprenant une vie normale.

Alors que moi, je me donne chaque jour à nouveau l'illusion que rien n'a changé, que je suis toujours aussi jolie et attirante. Je bois toujours trop, il m'arrive de fumer, de toucher à la coke. Je me réveille encore parfois dans le lit de quelqu'un que je ne connais pas, sans me souvenir de comment j'ai atterri là. Je me suis déjà fait avorter, je suis une habituée de la pilule du lendemain. J'ai encore suffisamment de dignité pour changer de pharmacie à chaque fois…

Cette lettre dérive dangereusement. Il ne s'agissait à l'origine que d'une tentative de félicitations, de « tous mes vœux de bonheur » à l'occasion de ton mariage. Et voilà que je me retrouve à raconter ma vie à une personne qui n'a sûrement aucune envie de la connaître. Il faut que ce soit en t'écrivant, à toi, que me viennent les mots pour caractériser ma vie, que me viennent les regrets, la remise en question. Je crois que, d'une certaine façon, c'est pour ça que je t'ai aimé, il y a six ans, parce que tu étais le seul à éveiller en moi cette volonté de réfléchir à ma vie… Et le seul à m'apporter des réponses, aussi… Je ne t'ai jamais dit tout ça. J'aurais du, sans doute.

Je prends conscience aujourd'hui que tu me manques, que tu n'étais peut-être pas une erreur, que les erreurs, c'était la suite…

Je crois que je vais quitter cet atelier d'artiste dans lequel je vis une illusion de belle vie. Je crois que je vais revenir dans le quartier de ma jeunesse. Je devrais peut-être reprendre mes études. Et avec cette licence, qui sait, devenir prof ? Ou avoir un peu d'ambition, tenter des concours ?

Désolée, pour cette lettre bien longue et bien inutile… Désolée pour ce que j'ai fait, ce jour-là. Désolée d'être partie.

Je t'envoie tous mes vœux de bonheur, avec cette Elise qui n'est pas moi, mais qui est sans doute mieux pour toi. Tu pouvais faire mieux que moi… Visiblement, je ne pouvais pas faire mieux que toi…

Manon »

La lettre m'est revenue, ce matin, avec la mention « n'habite plus à cette adresse ». J'espérais, pourtant, stupidement sans doute, qu'elle aurait pu être le prélude à une reprise de notre amitié qui avait été si importante pour moi avant que notre amour ne naisse, puis ne meure… Jean et Elise vivent sans doute dans un petit appartement charmant, dans un quartier sympathique, convenant à un couple marié et heureux, à un couple qui espère des enfants…

Je quitte l'atelier demain matin. Je quitte Paris. Je retourne à ma Bretagne familiale pour quelques semaines. Puis, je vais partir en voyage, je crois. Je ne suis pas encore prête, pour une vie calme, métro boulot dodo. J'aurais juste préféré ne pas partir en voyage toute seule. Mais je suis seule…


Voilààààà ! Bon c'était pas bien gai, mais j'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à reviewer, ça me donnera un peu de motivation pour reprendre le clavier ! Et si vous en avez maaaaarre d'attendre des updates, faites-le me savoir, par MP

A bientôt ?!