Ces textes ont été écrits dans le cadre d'un atelier d'écriture, sur le blog «Paroles Plurielles », qui a fermé récemment. Je les publie ici en vrac, pour en conserver une trace. N'hésitez pas à donner votre avis sur ces essais.

En gras figure la consigne d'écriture fournie sur le blog. Une photographie était fournie avec certaines consignes, comme support de départ, mais je ne puis mettre celles-ci ici. Les essais étaient limités à 2500 caractères (espaces compris), donc ne vous étonnez pas de leur brièveté.

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Le texte devra commencer par « J'ai bien fais le tour de la question... ». La photographie représentais des volets entrouverts, vu de l'intérieur d'une pièce.

Une nouvelle vie

J'ai bien fais le tour de la question…et çà ne peut plus durer.

Notre relation ressemble à une pièce aveugle, sans chaleur et sans lumière, sans ouverture sur le monde. J'étouffe. Depuis que nous nous connaissons je ne vois plus la vie qu'à travers des persiennes, par petits bouts.

Je ne me vois pas continuer avec toi. Non, ne me retiens pas, je m'en vais, et tes larmes n'y changerons rien. Tu vois, j'ai quelqu'un d'autre dans ma vie. Quelqu'un qui prend de plus en plus de place, qui est présent, éveillé et qui me procure des sensations que je n'ai jamais connues avec toi.

Je pars demain. Oui, je rentre chez mes parents, en attendant de trouver un autre logement, tu peux garder l'appartement. Non, je ne garderais pas les clefs, je déménage mes affaires demain, Lionel vient m'aider à tout récuperer. Au fait, tu peux garder la machine à laver, je sais que nous l'avions acheté ensemble, mais j'en trouverais une autre.

Son nom ? Je ne le connais pas encore. Une bêtise ? Non, crois moi, j'y pense depuis deux mois déjà, et c'est mieux ainsi. Oui, pars quelques jours, cela vaut mieux. Quand tu reviendras je serais partie. Adieu.

Elle s'approcha d'une fenêtre, et tout en écartant les volets d'une main, pour laisser entrer la lumière, elle posa l'autre main sur son ventre, promesse d'une vie meilleure.

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La consigne était d'écrire un texte à la première personne incluant le plus de « tics verbaux » possible comme « En fait...eh ben...heu...c'est clair, etc ). Pas de photographie.

Mal luné

"C'est à vous."

Il a eu le malheur de me montrer la porte, et de m'encourager à y aller. Mais je ne veux pas. J'ai beau me raisonner, me dire que, théoriquement, rien ne m'arrivera…j'y peux rien, j'ai la frousse. En fait, je me demande ce que je fais là. Je n'ai jamais voulu me retrouver ici, çà c'est clair. Un malheureux concours de circonstances ont fait que, de fil en aiguille je me retrouve ici. Toujours premier à l'école, pour faire plaisir à maman, puis premier au concours…

Certes, j'ai choisi de venir, mais je ne veux pas y aller, maintenant que je suis devant le fait accompli. Je veux rentrer maison. Oui, je suis un froussard, tout-à-fait madame, et j'assume.

Enfin, çà dépend des moments. Là, c'est évident, j'assume un peu moins que d'habitude.

Mais y a pas photo, personne ne voudrai réellement être à ma place.

"Allez y, tout le monde vous attend."

Oui mais non, tout compte fait, je préfère rester là. Allez y à ma place, vous vous en sortirez bien mieux que moi. En plus j'ai peur des caméra.

Comment çà il faut que je me dépêche ?!

Si je veux ! Et puis d'abord c'est qui qui commande ici, hein ? C'est moi.

Et puis j'ai rien demandé moi, donnez cette tâche à quelqu'un d'autre, il s'en sortira bien mieux. Cependant, il n'a pas faux, je vais devoir y aller, si je ne veux pas fâcher maman, et le président, et mes compagnons.

Bon, la porte; C'est facile en fait, il suffit de penser à autre chose…c'est que du bonheur.

Aller, un petit pas pour l'homme mais un grand pas pour l'Humanité.

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Le texte devait commencer par « J'ai sorti mon cahier à couverture rouge... ». Pas de photographie.

Le petit cahier rouge

J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac et l'ai posé sur la table, bien parallèle au bord, à gauche de ma tasse et de mon stylo. Certains disent que je suis maniaque vous savez. J'aime quand les choses sont bien rangées, avant d'écrire. Ce cahier c'est comme si je mettais mes pensées sous clefs, avec un gros cadenas, voir même deux, on est jamais trop prudent. Elles pourraient s'enfuir.

Je n'aime pas le rouge, vous savez. Je trouve çà trop voyant. J'ai l'impression de ne voir que cela sur la table quand il est devant moi. Mais les choses les plus voyantes sont souvent celles que les gens ne remarquent pas.

Les gens n'ont jamais voulu voir les bleu sur mon visage, après qu'il m'ai battue, n'ont jamais rien su, qu'ils disaient. Mais tout est écrit dans mon cahier rouge. Tout. Et un jour ils devront affronter la vérité. Un jour…

Ce matin là, il est tombé dans les escaliers du deuxième étage. La troisième marche est lisse, un peu glissante. Il a dérapé. Je l'ai entendu tomber et tomber encore.

J'ai entendu qu'il m'appelait, mais je n'ai pas eu le courage d'aller le voir. J'ai pris ma canne, un panier et je suis allée au marché. Oui, vous savez, sur la place de l'Église. C'était ce matin là. J'ai pris mon temps, j'ai acheté une tranche de jambon, une tomate et un peu de pain. J'ai discuté avec Odette de sa nièce, qui venait d'accoucher, des jumelles vous savez. Quand midi a sonné au clocher je me suis dit que je pouvais rentrer. Et quand je suis arrivée il était mort. Je n'ai pas été voir, j'avais pas le courage, vous savez. J'ai appelé l'hôpital et ils sont arrivés trop tard. Bien sûr qu'ils arrivaient trop tard, pardi, je l'avais fait exprès. Mais personne ne saura, non, personne. Je l'ai écris dans mon cahier à couverture rouge, celui qui est toujours sur la table, là. Je me fais vieille maintenant. Aidez-moi à me lever, jeune homme. Merci, vous êtes un brave. Oui, je vous raccompagne à votre voiture, venez, prenez le bras d'une vieille femme.

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Le texte devait se terminer par « C'est comme çà qu'on perd un procès ! ».Pas de photographie.

Petit déjeuner écourté

"Dur dur de se lever!" Je rigole doucement en sortant du lit ce matin, avec ce remix de Jordy.

Une douche rapidement prise, puis je m'attable pour un petit déjeuner tranquille.

Une heure de paix entre une tasse de thé chaud et le journal, livré très ponctuellement à 7h30 tous les matins sur le pas de ma porte.

Aujourd'hui le monde va mal, comme d'habitude, ni pire, ni mieux. Mais dans la chaleur de mon foyer, la douleur de l'Humanité est moins dure à affronter.

A la une, une sombre affaire de détournement d'argent au sein du gouvernement.

Dans les faits divers, Dita Von Teese, une pin up connue, quitte Marilyn Manson.

J'aime bien le style de cette femme, elle met en valeur sa silhouette de femme "de l'ancien temps" avec des hanches, une taille bien marquée, et un peu de rondeurs…pas comme ces mannequins androgynes d'aujourd'hui. Un bip.

Mon bippeur est enfoui dans mon sac. Eh merde ! Une urgence à l'hôpital, fin précipitée du petit déjeuner. Je dois me presser. Pas question d'annoncer que je n'ai pas entendu le bipper ! Aller,je lirais la suite à la pause de midi.

J'espère qu'il ne l'a pas trompée, c'est comme çà qu'on perd un procès !

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Le texte devait commencer par « C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué ». Une photographie d'une station de métro aux heures de pointe accompagnait la consigne.

Terminus

"C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué".

Cette constatation est tombée comme le couperet sur Louis XVI. Deux mois maintenant que j'ai renoncé à la fac, à mes rêves, à ma formation.

J'ai crû que c'était la bonne solution, que cela me rendrait ma joie de vivre...mais je suis juste de plus en plus fatigué.

Le matin commence à quatorze heures, non pas par flemme, mais parce qu'ainsi il me reste moins de 12h à tenir debout, à tourner en rond dans la cage vide de mon appartement. Je cherche un travail mais rien n'a abouti, et le temps passe, inexorablement.

Le temps passe et avec lui les ennuis se rapprochent. Ma bourse va cesser et ma vie devenir particulièrement compliquée.

J'ai 20 ans, des projets pleins la tête, mais plus un kopeck pour les réaliser.

Je ne travaille plus. Je pensais que cela apportait un sentiment de plénitude, qu'on se sentait enfin libre.

Mais au final on aime les chaînes que l'on se forge, et j'ai du mal à vivre sans les miennes.

Je voudrais retravailler, parce que j'ai besoin d'argent et parce que ma tête tourne a vide.

J'aimerais être comme les gens de cette photographie, noyé dans le flot du métro, venant de quelque part, pour aller quelque part.

Une routine insupportable qu'on en vient à souhaiter reprendre, un métro-boulot-dodo infernal préférable aux sombres élucubrations de nos cerveaux.

Me lever à 7h, au son d'un réveil insupportable et plonger sous la douche avec en tête le bruit de la bouilloire en action. Lavé, coiffé, théiné, puis jeté sans sommation dans la brume froide du matin, revenir harassé mais un peu plus riche qu'au lever, partager avec autrui sa journée, manger un plat chaud salvateur, savourer le retour dans les bras de Morphée, en rêvant du jour de congé...

J'aimerais vraiment que cela redevienne réalité.

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Le texte devait être écrit sous forme d'une lettre, et ne devait comporter aucun «u » en dehors du « tu » ou « vous » récurrent dans un texte épistolaire. Le thème de la lettre devait tourner autour de la jalousie.

La vie est blonde, à mirettes noisettes.

Marie,

Je pars. J'ai assez espéré ta fidélité. Tu ne m'as pas rassurée.

Elle est belle, très belle. Trop.

Je ne tolère pas cet écart réitéré bien trop de fois.

Je te faisais confiance, et tu m'as trahie.

Dévorée par la colère et la tristesse, je m'en vais voir la voisine d'en face. Celle dont tu ne savais voir le visage sans avoir envie de vomir.Elle est belle, bien vivante, blonde, avec de grandes mirettes noisettes. Je l'aime déjà.

Tu diras demain de moi "elle était trop possessive".

Possible. Mais je n'espère rien de toi, maintenant.

Si tu vois cette lettre, bien cachée entre les draps dans le placard, c'est déjà trop tard, je ne reviendrais pas.Je t'ai aimée, mais cette pimbêche, c'était la larme de trop dans le vase de mon âme. Tu me disais "tu t'emportes sans savoir, c'est ma psy". Mais je t'ai croisée hier, dans ses bras, devant la porte de chez toi. Elle était rosie de plaisir, et toi tu larmoyais…trop.

Si tu me cherche, je serais chez la blondinette noisette d'en face.

Ta femme lassée d'attendre,

Alice

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Voilà voilà, les quelques écrits que j'avais réalisé. Ils ne sont pas folichons mais je me suis bien amusée en les écrivant. J'espère que vous aussi vous avez pris du plaisir à les lire. Ces textes peuvent être retrouvés sur le blog « Paroles Plurielles », sous mon autre pseudonyme, Naïra.