Note: J'ai peur que le titre et le résumé vous aient induits en erreur. donc je vous préviens. Ce n'est pas une pièce de théâtre, et Johan et Jeanne ne se marieront pas. En fait, vous ne verrez même jamais Jeanne. L'histoire ne concerne que Johan et Fabrice.

On se reverra à ton mariage,

une comédie romantique en trois actes

Premier acte

-Tu ne l'aimes pas.

La scène se situe dans un salon agréablement décoré, propre et lumineux, où se trouvent deux jeunes gens, la trentaine tout juste atteinte, dont les émotions sont, à cet instant, très vives.

-Tu ne l'aimes pas, répète Fabrice, buté et rageur. Et tu lui mens.

Il n'y a pas le moindre doute dans sa voix, ni dans son attitude. Et Johan ne le contredit pas, laissant son silence confirmer l'accusation. Il évite le regard de son ami, honteux de lui-même, de sa lâcheté. Refusant d'affronter de plein fouet la colère et le dégoût de son vis-à-vis.

-Je ne t'aurais jamais cru capable d'être aussi sans coeur, Johan, continue Fabrice, le jugeant sans la moindre miséricorde. Tu l'utilises pour accroître ton statut social, ou pour gagner l'envie et l'admiration de tous, je ne sais pas, peu importe ! Mais tu ne l'aimes pas.

Fabrice n'arrive pas à contrôler sa fureur, il la sent empirer d'instant en instant. Pire, il se sent blessé par les mensonges de Johan, son refus de lui expliquer, de se justifier, enfin! son refus de ne serait-ce que le regarder !!

-Regarde-moi quand je te parle ! hurle-t-il, hors de lui. Pourquoi l'épouses-tu, merde ! Regarde-moi !

Il sent que sa dernière injonction tient tout autant de l'imploration que de l'ordre, et le fait que Johan l'ignore, reste sans bouger, est plus qu'il ne peut en supporter; la rage le submerge, et avant d'avoir réalisé son geste, il a projeté Johan contre le mur et l'y maintient, plongeant son regard dans le sien.

-Réponds-moi, souffle-t-il, impérieusent.

Il semble impossible de ne pas lui obéïr, se dit Johan, et pourtant ses lèvres restent scellées, tandis que ses yeux révèlent des choses qu'il préfère ignorer, mais qui ont sur Fabrice des effets inattendus.

-Pourquoi ? Répète-t-il, toute colère envolée, ne laissant derrière elle que cette terrible douleur, cette horrible incompréhension, cette blessure entre eux.

Sa voix ne pose même plus vraiment le question à Johan ; ce n'est qu'une plainte, un écho du désespoir qui le secoue. Le regard de Johan est trop désemparé, trop suppliant pour qu'il continue ainsi de questions, et il n'aura pas de réponses.

Il se détourne, n'ayant plus la force de continuer cette scène en vain. Il se sait vaincu, mais à ses yeux, Johan n'est pas davantage vainqueur.

Cela suffit, pense-t-il. Je ne peux plus rien faire, j'ai déjà trop donné. C'est fini.

Puis il aperçoit la paire d'alliances sur la table, et acquiesce. Si cela doit finir, la fin sera complète.

-D'accord. Je serai ton témoin, puisqu'il le faut. Mais après...Après, tu n'entendras plus jamais parler de moi.

Johan relève les yeux, stupéfait. Mais, avant qu'il ait pu réagir, Fabrice est sorti de chez lui, comme il sortira bientôt de sa vie.

A moins que...