Ceci n'est pas à proprement parler une histoire. Elle est a classée dans la catégorie co-écriture, mais à lire plus comme un jeu de rôle. Là encore la mise en page n'est pas super et je n'ai pas pu garder les couleurs différentes qui aident à comprendre quel personnage parle.


LUNDI – Jour 1

La porte de la petite maison claque sur un jeune homme qui se met à courir. Elle s'ouvre à nouveau sur une femme aux traits fatigués.

- Ace, tu vas à l'école ! C'est ta dernière chance ! Je ne veux pas d'un bon à rien à la maison qui traine !

- Va chier, grosse vache !

- Petit con ! Si tu ne rentres pas dans le droit chemin, je te vire ! Espèce de sale môme !

- Vire-moi connasse, et je te mets les assistantes sociale sur le dos ! Tu ne seras jamais ma mère !

- Elle a préféré t'abandonner que de te supporter !

- Menteuse ! Elle est malade ! Quand elle reviendra ca se passera autrement !

- C'est ca ! En attendant tu es sous ma responsabilité ! Le lycée, de suite ou bien j'avertie les services sociaux et j'annule la réception des tes frères !

- Connasse !

Il court dans la rue assombrie par les nuages de pluie. Il est vêtu d'un vieux jean déchiré par l'usure, d'un manteau de cuir tellement rêche qu'on en voit la trame et d'un polo noir. Il porte un sac de cours qui ressemble plus à une ruine qu'un sac. Sa peau brune tranche avec ses cheveux rouges. Il arrive en trainant les pieds près de l'école. Sa bande est là. Ses potes, ses seuls amis. Ils sont quatre...pour le moment. Tous des dégaines de mauvais garçons et fument un joins devant le lycée public. Les autres élèves se tiennent loin d'eux.

- Yo les mecs !

- Ace ma couille, ca fait un bail ! Devine quoi... y a un nouveau chez les ploucs. On l'attend pour lui faire sa fête...histoire de lui incliquer les règles.

- inculquer gros naze !

Il était à peine arrivé dans cette ville que ses parents l'avaient obligé à aller dans ce lycée pourri. A quoi bon de toute façon. Les profs allaient être nuls et les gens inintéressant. De toute façon, il se balançait bien de ce qui pouvait se passer. Tout ce que ses parents voulaient était qu'il mène une vie normale, qu'il ait son bac, et c'est ce qu'ils auraient. Mais vivre une vie en sélectionnant les gens de son entourage c'était aussi être normal. Il n'y pouvait rien s'il ne trouvait personne à la hauteur de son intérêt. Mains dans les poches, sac à dos noir où était peint un corbeau blanc sur l'une de ses épaules et capuche sur la tête. C'est d'un pas nonchalant qu'il approcha de son nouvel établissement, sans faire plus attention que ça aux gens et encore moins à ce groupe de pseudo branleur qui s'approchait déjà de lui.

- C'est lui ?

- Yep, man. Regarde la dégaine. On dirait un gothique... genre j'aime la mort et le sang... vive la souffrance.

- Génial, on va pouvoir lui taper dessus et il va en redemander. T'es partant Ace ?

- Il ressemble à une tapette... Hey ! Hey, le corbeau... tu dis pas bonjour ?

Charlie se retourne en entendant le surnom. Il en avait déjà l'habitude dans son ancien bahut. Il regarde les garçons s'approcher de lui. Son regard les détaille, mais rapidement il hausse les épaules et leur tourne le dos, reprenant son chemin.

- Putain mais c'est qu'il se foutrait de notre gueule ! Hey, je te cause morpion ! Tu penses que tu peux te barrer comme ca, hein ! T'es chez nous ici !

Ace regarde son pote attraper le garçon par l'épaule et le retourner. Le gothique a des yeux si noirs ! C'est quoi ce regard ? Ace fronce les sourcils.

- Tu te prends pour qui le corbeau ? On n'est pas assez bien pour toi ?

Charlie lance un regard impassible au garçon sans même sortir ses mains de ses poches ou tenter de se libérer. A la question du roux, il tourne la tête vers lui et l'observe avec un léger sourire moqueur.

-T'as l'air moins con que tes copains.

Puis d'un mouvement d'épaule il se libère et leur tourne le dos, se remettant à marcher.

Un de ses potes éclate de rire, Ace est rouge de gêne.

- Tu lui as tapé dans l'œil à la tapette, Ace !

- Ta gueule ducon ! C'était quoi cette remarque ? Tu te paies ma tête en plus ! Hey je te cause !

Ace rattrape le jeune homme et lui pause la main sur l'épaule. A cet instant l'un des pions sort de l'enceinte.

- Ace Helios ! Lâche-le ! À peine arrivé que tu fous la merde ! L'exclusion de trois semaines t'a pas suffit ! Arrête ça et va en cours !

Ace serre l'épaule du jeune gothique et murmure.

- On se retrouvera...

Charlie tourne la tête vers Ace et lui sourit encore une fois de la même façon.

-A plus tard... Hélios.

Il entre ensuite dans le lycée et se dirige vers les bureaux de l'administration.

Ace crache par terre.

- Tapette...

- Helios, ça suffit ! Va en cours et t'approche plus du gamin. Je vous ai à l'œil avec ta bande de cloportes.

Le nouveau entend encore le pion hurler et il cesse de sourire. Il n'avait pas besoin d'un pseudo adulte tout juste sorti du lycée pour l'aider. Trouvant assez facilement le bureau, il y entre et s'approche d'une petite femme blonde à lunette.

-Bonjour, je suis Charlie Brown, on m'a dit de me présenter ici.

La femme sourit et lui tend la main.

- Madame Sinclair, proviseur. Tu es le nouvel élève transféré. Assied-toi.

Elle le regarde faire et ouvre un dossier.

- Tu viens de Saint Cyprien. Tu as beaucoup déménagé ces derniers temps.

Charlie obéit sans un mot et se contente d'hausser les épaules. Il ne comptait même plus les déménagements et de toute façon il s'en fichait.

Elle le regarde un moment.

- D'accord. Donc tes parents t'on inscrit chez nous avec une dispense pour les sports collectifs avec justificatif. Vous suivez un traitement pour le cœur, n'est ce pas ?

Il acquiesce mais son visage se ferme. Au vu du regard que la petite femme lui lançait, il était encore tombé sur une adulte compréhensive et triste de voir un aussi jeune homme que lui malade.

-Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, j'aimerais bien que personne ne soit au courant. Je ne veux pas de traitement de faveur ou de pitié.

Elle claque le dossier entre ses mains.

- Je n'ai pas l'intention d'en parler. Vous êtes dispensé de sport en équipe ou violent; c'est tout. Vous aller intégrer la terminale 5E. Le délégué vous fera visiter et vous expliquera le fonctionnement de l'établissement. Nous avons aussi des groupes extrascolaires. Si vous êtes intéressé, les renseignements sont au CDI.

Il acquiesce une nouvelle fois et se lève.

-Merci.

Il sort ensuite du bureau et un surveillant le prend en charge presque immédiatement.

La classe est en plein cours d'Anglais quand Charlie y entre. Le tout jeune professeur interrompt son cours pour installer Charlie et le cours reprend jusqu'à ce qu'on entende un gros bruit dans les couloirs et des éclats de voix en colère. Ace est en train de se battre avec un autre élève dans le couloir.

Tous les élèves de la classe se lèvent alors et sortent de la salle, le professeur dépassé par les événements. Ne bougeant pas de sa place auprès de la fenêtre, Charlie entend le nom de Ace hélios retentir plusieurs fois. Il ne réagit pas plus que ça et le calme finit par revenir dans les couloirs ainsi que dans la classe qui reprend son fil. Mais Charlie n'écoute déjà plus et son regard se fixe sur la fenêtre. En contre bas, il voit Ace sortir d'un pas nonchalant du lycée. Détournant le regard, il revient sur la feuille blanche posée devant lui et sur laquelle il se met à dessiner pour passer le temps.

Quel con ! Mais quel bâtard ! Fils de riche ! Ace fulmine tandis que la proviseur le sermonne encore... Elle n'y était pas... Ace n'acceptait pas qu'on parle de sa famille comme ça. Renvoyé ? Encore ? C'est Dora qui va tirer la gueule. Ace rit ce qui énerve encore plus la petite conne de l'autre coté de son bureau. Il attrape donc ses affaires et sort dans la cours. Il allume une cigarette et tire une bouffée en regardant le ciel. Il tourne le dos au lycée mais y jette un œil et semble croiser le regard de l'autre goth de ce matin. Il hausse les épaules et va s'asseoir sur le banc à la sortie du Lycée. Maintenant qu'il a le champ libre, il pourra retourner travailler au bar. Ca lui fera de l'argent et il pourra bientôt quitter cette ville pourrie.

La fin des cours du matin sonne enfin et Charlie prend ses affaires se dépêchant de sortir. Il peut entendre les filles glousser à son passage, mais il n'y fait pas attention et sort du lycée en direction d'une boulangerie qu'il a vu pas très loin en passant le matin. En sortant, il croise Ace. Il est seul entrain de se griller une clope. Commençant par ne pas lui prêter attention, il continue son chemin. Au bout de quelques mètres il s'arrête et se sermonne. Après tout qu'est ce que ça pouvait bien lui foutre. Malgré tout, il se retourne et se dirige vers le garçon, lui arrachant la clope des mains et l'écrasant avant de lui tourner le dos et de repartir.

Ace, perdu dans ses pensées n'avait rien vu. Il réagit en sentant la clope se faire arracher. Il ouvre la bouche et voit l'autre blanc bec de ce matin lui écraser sa dernière clope. Il se lève d'un bond et lui attrape le revers de son pull.

- T'es malade ! Ma clope !

Il le relâche d'un coup et passe sa main dans la poche arrière du jeune pour lui prendre son portefeuille. Il en sort un billet de 5 dollars.

- Merci, ducon.

Charlie le regarde faire. Lorsqu'il voit le billet de 5 entre ses mains, il lui attrape le poignet et récupère son argent ainsi que son portefeuille.

-On demande avant de se servir quand on est poli.

Puis sans un mot il lui tourne le dos et se casse.

Ace le rattrape et l'oblige à se retourner.

- Je te signale que tu m'as écrasé ma clope. C'est compensation. Je t'ai rien demandé alors file moi ton fric.

-Si tu veux te choper un cancer c'est ton problème mais tu le feras pas avec mon argent.

A nouveau il lui tourne le dos mais s'arrête au bout de quelques pas, faisant demi-tour.

-Je t'offre de quoi grailler en compensation.

- Mais je t'emmerde ! T'es pas ma mère ! Alors...grailler ? Ouais, je veux bien.

Il marche à coté du jeune homme vers la boulangerie.

- Le self du lycée te plait pas ?

Les mains dans les poches il marche en se demandant encore ce qui lui a prit d'aborder ce garçon.

-J'ai même pas cherché à y mettre les pieds. Tous les selfs se ressemblent de toute façon. Leur bouffe est immonde.

Il marche encore et arrive à la boulangerie où la queue s'étend déjà jusqu'à l'extérieur.

-Il s'est passé quoi ce matin pour que tu te fasses virer ?

- T'as bien entendu. Je me suis battu. Ca plait pas trop à l'école... mais j'en ai rien à foutre. Tous des naze dedans. Vivement que je me casse !

Il fourre ses mains dans ses poches.

- Ouais, vivement que je me casse.

Il lui lance un regard en coin.

-Très constructif ton discours... La façon d'exprimer ton désaccord aussi par la même occasion.

Ace le regarde.

- J'ai rien à faire avec un mec comme toi. T'es comme Dora. Ace t'es nul, tu es bon à rien. T'es trop con pour passer ton bac. Merci bien mais je me casse. Salut.

Il quitte la file.

- Pour qui il se prend ce branleur...avec son look de gonzesse macabre... toute façon personne comprend rien.

Charlie soupire. Il jette un coup d'œil à la file et finalement en sort, courant après le garçon.

-J'ai jamais dis que tu étais nul. Juste que tu gâchais ton potentiel à te conduire comme un loubard et à trainer avec les autres nuls.

Il pose une main sur son épaule et s'arrête le forçant à faire de même.

-Aller vient, on va se poser dans un bar. Je t'offrirais un sandwich là-bas.

Il se dégage.

- Pourquoi je t'écouterais... t'es comme les autres.

L'horloge sonne.

- Retourne en cours, ta petite maman va s'inquiéter si son petit chéri rate ses cours. J'ai pas besoin de toi... j'ai besoin de personne !

Charlie ne bouge pas et le regarde.

-Ouais c'est ça t'as raison. T'as tellement besoin de personne que tu t'entoures de mecs minables. Ca te rassure d'être avec eux? Tu te sens fort?

La seconde sonnerie retentit mais il ne bouge pas, restant à le fixer dans les yeux. Peu à peu le calme revient devant l'établissement.

-Bon alors on se le fait ce bar ? finit-il par demander au bout d'un moment.

Ace le repousse des mains.

- T'as fini de me coller ? Qu'est ce que tu sais de ma vie pour vouloir y entrer. T'es PD ? Je t'ai tapé dans l'œil ? Lâche-moi ! T'arrive de nul part et tu sais tout mieux que moi ? Je me casse !

-Ouais c'est ça reste dans ton coin avec tes minables de potes, t'as raison. A se demander pourquoi je perds mon temps avec toi.

Remontant son sac sur son épaule, il lui passe devant, s'éloignant du lycée. De toute façon les cours le faisaient déjà chier et il se demandait pourquoi il avait éprouvé le besoin de parler avec ce mec.

- Tu connais rien de mes potes ! Qu'est ce que t'en sais s'ils sont minables ? Ils sont peut être pas des flèches, mais eux au moins ils me font pas chier.

Ace part à l'inverse du jeune homme. Il se retourne et lui crie :

- Reste pas dans la rue, tu vas te faire démonter. Retourne à l'école ! Puis par là y a que la zone d'activité.

Charlie sort une main de sa poche et la secoue en signe d'au revoir.

-Ouais c'est ça. Merci maman, j'm'en souviendrais.

Sans se soucier plus d'Ace, il continue sa route.

Ace continue quelques pas, puis s'arrête. Il trépigne un moment et rattrape le môme.

- t'es trop con ! Va pas par là. Tu débarques de Mars où quoi ? C'est pas un endroit pour les blancs ici... va au centre ville ou de l'autre coté du pont mais reste pas dans le quartier. T'es habillé comme un corbeau dans un colombier ! Casse-toi d'ici ! Oh et puis merde, si tu veux te faire démonter la tête, vas-y.

Charlie s'arrête.

-Qu'est ce que ça peut bien te foutre qu'il m'arrive quelque chose ? Je croyais que tu voulais pas de quelqu'un qui te fasse chier.

- Ouais mais j'ai pas envie qu'on amoche ta jolie gueule. Tu me dois une clope. Puis je suis pas inconscient au point de te laisser te faire tuer alors... je te préviens.

Il revient sur ses pas pour s'arrêter à sa hauteur.

- Tu connais rien des gangs des rues toi...

-Gâcher ma vie dans les gangs, c'est pas mon truc, j'ai mieux à faire.

Il le regarde de ses yeux noirs et profonds.

-C'est ça ton objectif à toi? Faire partie d'un gang?

Il commence à marcher dans l'autre sens pour l'éloigner de la zone.

- Y a pas beaucoup de moyen de survivre. Je veux survivre et récupérer mes petits frères et j'ai pas d'autres solutions. Ici c'est eux qui font la loi. Pas la police ni rien... eux qui disent si t'as le droit ou non d'avancer. J'irai pas à la grande école et je serais pas quelqu'un d'intelligent ou que je ferai pas un grand métier. Je veux juste m'en sortir. J'irai nul part d'autre de toute façon... et c'est partout pareil.

-Et tu penses vraiment pouvoir récupérer tes petits frères de cette façon? En devenant un voyou qui aura un casier judiciaire plus long que son bras.

Il marche à côté de lui sur le même rythme lent.

-Et même si tu les récupères de cette façon, t'aura quoi à leur offrir à part la violence et la délinquance? C'est ça que tu veux pour eux, pour toi?

- Moi je veux qu'ils aient la chance de pouvoir aller à l'école sans se poser la question que s'ils sont métis, ils y arriveront pas. Si je trouve ma place je les protège d'eux. C'est tout. Moi le bac je l'aurais pas... j'suis pas assez intelligent dans les trucs comme ça. Puis de quoi je m'occupe. T'es libre toi, tu viens de famille bourge. Tu as pas à t'occuper de ça.

Ils arrivent sur le pont qui sépare les zones.

-Et tu crois quoi? Que parce que mes parents ont du fric j'ai pas des problèmes ou des soucis moi aussi?

Il hausse les épaules.

-Ok c'est pas les mêmes que toi, mais ils sont là et me préoccupent autant que les tiens.

Il s'arrête et prend un caillou par terre le lançant dans l'eau.

- Si tu veux un avenir pour tes petits frères, prouve-leur déjà qu'on peut y arriver sans devenir mal honnête et un gangster. Après les cours, le bac, c'est qu'une question d'entrainement. J'appelle pas ça de l'intelligence moi de rester le cul posé sur une chaise à écouter un prof déblatérer les mêmes conneries à longueurs de journées.

Le jeune rouquin s'accoude au pont et regarde l'eau sale couler doucement.

- Sauf que ça coute des sous. Tu crois quoi toi, que les gens pauvres ont autant de chance que les autres ? Laisse-moi rire. Si je fais comme tu dis, j'aurais un boulot minable, une maison minable, une vie minable...je dis pas que si je rentre dans les gangs ça sera mieux... loin de là... tu crois que ca me plait de me dire que je dois faire des trucs louche pour avoir un avenir ?

Il s'appuie lui aussi contre le pont et lui met une pichenette dans le front.

-Et les bourses tu crois que c'est fait pourquoi ?

Il lui décoche un regard noir.

- C'est pour les élèves sérieux.

-Décroche une bourse, trouve un p'tit boulot et en contre partie je t'aide à rester un élève sérieux.

- Pourquoi tu ferais ca ?

Il hausse les épaules.

-Je sais pas... Peut être parce que je vois en toi autre chose qu'un abruti et un naze.

Il se redresse et reprend la direction du lycée d'un pas nonchalant. Au bout du pont il se retourne.

-J'ai toujours détesté les gens, mais toi je t'aime bien Ace Hélios. Si tu veux de mon aide pour les démarches et pour le reste, tu sais où me trouver.

Il le rattrape et l'oblige à se retourner.

- Qu'est ce que tu veux en échange ?

-Juste que le mal que je vais me donner pour toi ne soit pas vain.

- T'es pédé, c'est pas possible...

Il secoue la tête.

- je vais y réfléchir...

Charlie le regarde et se contente d'éclater de rire avant de s'éloigner.

-A plus tard Ace.

Ace reste au milieu du trottoir à regarder l'étrange jeune homme retourner au lycée. Ombre blanche dans un vêtement noir... et le corbeau sur son épaule. Il secoue la tête et reprend son chemin vers le centre ville. Pleins de choses tournent dans sa tête.

Arrivé au lycée, il n'a raté qu'une heure de cours. Faisant passer ça sur le compte d'un oubli de ses nouveaux horaires, la proviseur le renvoie en cours où il s'assoit sans écouter le moindre mot de ce que le prof de littérature raconte. Tout en dessinant, il se demande encore pourquoi il a proposé son aide à Ace. Il n'a jamais porté la moindre attention à personne avant, alors pourquoi à ce mec qui semblait avoir une route toute tracée? Il soupire et le prof lui lance un regard désapprobateur qu'il ignore royalement. Finalement, il avait peut être tout simplement vu en Ace quelqu'un d'aussi seul que lui avec tellement d'emmerdes qu'il ne savait plus quoi en faire.

A l'intercours, Justin s'avance vers le jeune gothique.

- salut. Je suis le délégué de la terminale 5E. Je m'appelle Justin. Tu veux que je te montre l'école ?

Levant son nez de sa feuille Charlie le regarde froidement.

-Ravi pour toi. Et j'ai déjà vu ce qui m'intéressait de ce bahut, merci.

Puis il se désintéresse complètement du garçon.

Justin soupir et pose sa main sur la feuille de Charlie.

- Ouais et bien, je le fais pas par plaisir. Alors fait pas chier et viens faire le tour. Ca prendra deux minutes et on n'aura pas besoin de parler.

-D'abord tu dégages ta main de cette feuille. Ensuite t'as qu'à aller dire aux pions ou je ne sais qui qui t'envoie que tu m'as fais faire le tour du proprio que c'était très sympa et basta.

Il enlève sa main mais reste à coté.

- Putain t'es pire que ce qu'on m'a dit. Normal que tes parents déménagent sans cesse... c'est vrai que tu as foutu le feu à la salle des profs à ton ancien lycée ?

Charlie éclate alors de rire.

-Ouais c'est ça et dans celui d'avant j'ai égorgé un chat devant la prof d'anglais. Faut vraiment être con pour inventer des conneries pareilles.

- Non mais tu t'es vue avec ton look ? Tu ressembles à Morticia Addams... te manque plus que les nichons et c'est impeccable. Et bien, reste dans ton coin et gribouille tes machins. J'ai fais mon job.

Justin quitte la salle de classe pour rejoindre ses potes.

- Il est trop zarb...

Charlie le regarde partir puis il range ses affaires et prend son sac. En passant à côté de Justin il s'arrête et le regarde.

-Quand t'auras finit de t'branler tu pourras ptêtre apprendre l'anatomie humaine.

Puis il se barre direction l'infirmerie pour demander à rentrer chez lui, persuadé que la proviseur a au moins mis le personnel médical du lycée au courant de son état. Au moins il pouvait toujours tirer avantage de cette merde. Dix minutes plus tard, il est sorti et part en direction de chez lui, musique vissée sur les oreilles.

La porte de la maison de location s'ouvre sur une femme aussi brune que lui elle s'approche de lui et lui pose la main sur le front.

- Ca ne va pas mon chéri ? Tu ne te sens pas bien ? Tu as de la fièvre ?

-Si si ça va très bien.

Il repousse sa main avec gentillesse et lui sourit.

-J'étais juste fatigué de cette première journée j'ai préféré rentrer.

Il entre et laisse sa mère refermer la porte. Posant une main sur le mur il retire ses chaussures.

-Ta journée s'est bien passée ?

- L'équipe a du potentiel mais je trouve mes élèves de piano très moyens. Ton père est en rendez-vous d'affaire, il ne rentre que dans deux jours.

Elle lui sourit.

- Tu es encore en noir... la couleur te va si bien pourtant. Comment était l'école ?

-C'était les seules fringues qui étaient sorties de mes cartons et ça allait avec mon humeur de la journée.

Il lui sourit et va à la cuisine se servir un verre d'eau.

-Le lycée est pourrit comme d'habitude.

Il avale deux comprimés ainsi que le verre et le pose dans l'évier.

Sa mère soupire et s'assoit sur une chaise.

- Rien ne te satisfait plus depuis...depuis deux ans. Je ne sais pas quoi faire. Tu as abandonné la musique, tu as arrêté la peinture...tu ne lis plus que des machins japonais...tu n'as gardé aucun contact avec tes amis...même Amélie.

Elle serre ses deux mains l'une contre l'autre.

- Je ne sais plus quoi faire...

Charlie soupire et s'avance vers sa mère la prenant dans ses bras.

-Il n'y a rien à faire maman... C'est comme ça, c'est tout.

Elle regarde son fils maintenant de 17 ans et soupire.

- Tu ne veux pas faire un tout petit effort ? A croire que... que depuis ta maladie, tu te détaches de tout... et de moi aussi.

Il lui rend son regard.

-Je n'ai pas envie de perdre mon temps à faire semblant et de m'attacher à des gens. A quoi ça servirait de faire un effort?

- Mais tu es si seul...tu ne vas pas rester le reste de ta vie comme ca. Les médecins pensent pouvoir trouver un traitement efficace. Je sais que tes cachets te font mal. Mais ils trouveront. Ne perds pas espoir.

Sa voix tremble un peu. Estelle Brown est une femme fragile et essaie de se convaincre autant que convaincre son unique fils.

Il hausse les épaules.

-Je ne perds pas espoir, je suis seulement réaliste. Les médecins ne vont rien trouver du tout et je ne compte pas servir de cobaye.

Il voit les lèvres de sa mère trembler et il secoue la tête persuadé qu'il va regretter ce qu'il s'apprête à lui dire.

-J'ai rencontré quelqu'un aujourd'hui à mon bahut.

Elle se retient de pleurer et serre la main de son fils. Elle le regarde de ses yeux aussi sombres que ceux de son fils et y va doucement.

- ah... il est rare que tu me parles des gens de ton école. Elle n'est peut être pas si mauvaise en fin de compte.

Il lui sourit pour la rassurer et retire sa main.

-Si c'est ce que tu penses.

- Je veux savoir ce que tu penses toi. Qui est cette personne ?

-Ce que je pense moi, c'est que ce bahut est pourri et que j'aurais bien mieux à faire que de passer le reste de ma vie à étudier pour avoir mon bac.

Il parle d'une voix nonchalante.

-Pour le second point, il s'appelle Ace.

- Je veux que tu ais une scolarité normale. Tu n'es pas non plus condamné. Ton grand père a eu cette maladie pendant toute sa vie et est encore en vie. Alors arrête de dire que tu aurais mieux à faire. Passe ton bac et c'est tout. Je ne baisserai pas les bras. Pas comme toi petit idiot.

Elle se prend le front dans la main.

- Ace. C'est un drôle de nom.

Elle se lève d'un coup.

- J'abandonne... parler avec toi ne mène nul part. Tu as mis un mur entre nous que je ne peux pas franchir.

-Grand père ne l'avait pas aussi développé que moi je te le rappelle.

Il la regarde partir sans un mot pour la retenir. Après quelques minutes il se lève à son tour et monte dans sa nouvelle chambre pour défaire ses cartons.

Pendant ce temps Ace arrive dans une ruelle étroite et sale. Il pousse la porte d'un bar minable. Le bar est très vieux et totalement défraichi. Quelques tables, un long bar et surtout une scène avec un piano. Ace entre. A cette heure le bar est vide à l'exception d'un vieux qui roupille dans un coin et le barman. Il s'approche et grimpe sur un tabouret haut.

- Une bud, Roy.

L'homme pose le verre qu'il était entrain de nettoyer devant le garçon et lui sert ce qu'il a commandé.

-Qu'est ce que tu fais ici à cette heure là gamin ? Tu devrais pas être en cours?

- Encore viré. Je préfère être ici. Ca tiens toujours le poste ?

Il regarde les bulles monter de sa bière.

- Faut que je gagne du fric.

-Ca tient toujours, mais seulement aux heures en dehors de tes cours gamin.

Il range un verre.

-Je ne tiens pas à être responsable en quoi que ce soit de ton abandon scolaire.

- Depuis quand ca t'intéresse Roy ?

Il boit une gorgée en grimaçant.

- Et puis... je vais peut être m'y mettre sérieusement... dis... ça t'es déjà arrivé d'entendre des trucs et ça te travaille ? Genre t'as l'impression que ca serait possible, tu vois ?

L'homme pose son chiffon et le regarde.

-Qu'est ce qui se passe gamin? C'est bien la première fois que je te vois comme ça. C'est pas un mec d'une de ces sectes qu'est venu te faire miroiter des choses au moins?

Ace rit et s'étouffe presque avec la mousse.

- Une secte ? Si c'est une secte c'est celle du dernier soupir... non...Juste y a un nouveau qu'est arrivé.

Roy acquiesce rassuré.

-Et il t'a dis quoi ce nouveau?

- Ben...pas grand chose... il a l'air de venir d'une autre planète. Et quand il te parle t'as l'impression d'être de la merde... mais ça fait réfléchir. Il a dit que j'étais pas comme les autres de ma bande.

Il joue avec le sous-boc en le faisant tourner sur l'un des cotés entre ses doigts.

- Puis il a dit que si je voulais vraiment, je pourrais réussir mon bac et qu'il est même prêt a m'aider...alors qu'à la base je voulais le cogner pour m'amuser...il est complètement jeté !

Le barman éclate de rire.

-Et tu l'as rencontré aujourd'hui ? Il est pédé ou quoi ton pote ?

- Ouais, je pense pareil...doit être gay. Alors bon... je sais pas trop.

-Il t'a demandé quoi en échange ?

Il le regarde avec intérêt.

- Ben c'est ça le pire... rien. Il a juste dit un truc comme quoi que ses efforts pour m'aider soient pas vain. C'est louche... En plus il a un tempérament suicidaire, il a voulu aller de l'autre coté du pont c'est les "Rojo"...il a l'air de s'en foutre.

Il boit encore une gorgée.

Roy se sert un verre pour accompagner le garçon.

-Alors... Sa proposition a l'air de t'intéresser, tu vas faire quoi?

- Ben... j'ai beaucoup de retard... je sais même pas si c'est jouable... mais il a raison, je peux pas donner l'image d'un pourri à Jason et Danny. Quitte à avoir une vie pourris de pompiste derrière...

L'homme acquiesce.

-Et dire que je m'évertue à essayer de te faire comprendre ça depuis des mois avec douceur alors qu'il suffisait de te rentrer dans le lard.

Ace sourit et baisse la tête. Quelques mèches rousses et bouclées lui tombent devant les yeux.

- si ça foire, j'aurais tout de même essayé toutes les solutions.

Il regarde la mousse qui reste dans son verre et lève enfin la tête sur le barman.

- Je viens bosser en soirée et les weekends. Comme ça j'aiderai Patty et toi au service et ça lui évitera de faire le ménage à la fermeture. Elle est trop enceinte pour ca.

-Très bien gamin, mais n'oublis pas non plus de te ménager du temps pour bosser et te reposer.

Il lui prend son verre qu'il se met à laver.

-A présent file. C'est la maison qui offre pour aujourd'hui.

Ace sourit et lui fait un geste de la main avant de sortir du bar. Une pluie fine commence à tomber, il relève le col de son vieux blouson et mets les mains dans ses poches.

- bon... qu'est ce que je vais faire maintenant ?

Il soupire et entre la tête dans son cou en reprenant la direction du lycée.

A la sortie du lycée, Blaster se roule un joint et se le glisse entre les lèvres avant de l'allumer. Lorsqu'il voit Ace, il le salue.

-Ace mec, t'étais passé où ?

Ace sourit à son pote et s'approche de lui.

- Viré... me suis battu avec Max de ma classe. Il a traité ma mère et mes frères.

-Tu veux qu'on lui pète sa p'tite gueule de bourge?

Il tire sur son joint et le propose à Ace.

Ace refuse en fronçant le nez.

- Nan, il a eu trop peur et s'est mis à couiner au premier coup. Laisse courir. Où sont les autres ?

Blaster acquiesce.

-Comme tu veux mec. Les autres sont partis récupérer de la came tombée du camion. On aurait besoin d'aide pour la revendre. Tu connais des gens qui veulent acheter du matos informatique ?

- J'ai pas de contact immédiat. T'as pensé à Chase. Parait qu'il a pas mal d'accès... tu vas stocker le matos dans notre squatte ? Pourquoi t'es pas avec eux ? Même pas sur qu'ils sachent reconnaitre un clavier d'une souris...

Il s'adosse au mur, le coupant un peu du vent vif et de la pluie. Il regarde sortir les autres élèves.

-J'avais une affaire urgente à régler. Mais Mitch est avec eux, t'en fais pas. Pour ce qui est du matos, il va être entreposé au squatte, mais on peut pas le garder trop longtemps. C'est un gros coup sur lequel on est cette fois.

Il rallume son joint qui s'était éteint.

- Vous êtes dingue. Vous auriez pu m'en parler... sympa les mecs ! Je croyais qu'on prenait les décisions ensemble ! Si on se met à dos les gangs de la Mala on est mal...

-T'occupes Ace. Je me suis occupé de tout. Et puis le gang de la Mala on s'en tape. On est bien plus fort qu'eux.

Il lui fait un sourire sûr de lui. A l'intérieur du lycée, une petite blonde vulgaire sort en compagnie de ses copines et s'avance vers eux, mâchant un chewing-gum bouche ouverte. Une fois à leur hauteur, elle se jette au cou de Blaster et l'embrasse.

-Salut Ace, ça va ?

Elle parle d'une voix nasillarde sans se décoller de Blaster.

- Nelly. Ta chatte est déjà en manque de bite ?

Il lui sourit mais sans que ses yeux suivent.

- T'es dans la classe au nouveau ?

-T'es vraiment qu'un pauvre con Ace.

Elle mâche son chewing-gum en faisant du bruit.

-Et qu'est ce que tu lui veux au nouveau? Il est vraiment trop bizarre comme mec.

- Et toi qu'une nympho...t'es passé dans le pieu de nous tous... enfin j'y ai pas eu le droit mais j'espère que Blaster saura te tenir. Il est où le nouveau ?

Les derniers élèves quittent le lycée et une petite brune timide lui lance un regard rapide en rougissant avant de partir en courant.

Blaster éclate de rire et sa main glisse sur les fesses de la fille qui hausse les épaules.

-Qu'est ce que j'en sais moi? Il a fermé le clapet de Justin à l'intercours puis il s'est barré. Après y a un surveillant qu'est passé pour prévenir le prof qu'il était rentré chez lui.

Ace grogne.

- Faut que j'attende demain alors...

Il a parlé pour lui-même.

Blaster le regarde en haussant un sourcil.

-Qu'est ce qui se passe avec le nouveau? Il t'a proposé son p'tit cul pour que tu l'sautes?

- Tu me traites pas de pédé, du gland ! Tu me fais un coup en douce avec l'équipe pour du matos, alors crève pour que je te parle de mon truc.

-Fais pas ton rancunier Ace.

-Tu fais chier. Pourquoi vous m'en avez pas parlé pour le camion ? Vous comptez me mettre à l' écart ? C'est ça ? Tu te la joues chef de bande, Blaster ? T'es même pas capable de tenir sans ton joins.

Blaster jette son joins à terre et repousse la fille avant de prendre Ace par le col de sa veste.

-Tu me fais quoi là Ace ? T'as tes règles ? Fais pas chier avec cette histoire de camion, t'auras ta part toi aussi. Mais si tu me prends la tête t'auras rien du tout, oublies pas qui t'a fais entrer dans le groupe.

Ace l'attrape à son tour.

- J'oublie pas... mais peut être qu'au final vous êtes que des loosers. Je parle pas d'avoir ma part, j'en ai rien à foutre. Tu m'as fait un coup de pute, je pensais qu'on était un groupe...mais c'est chacun pour sa gueule. Viens pas me chercher quand t'auras des emmerdes parce que t'as pas pu payer ton dealer ou tes capotes. Lâche-moi.

Il le relâche d'un mouvement brusque.

-Barre toi Ace, j'veux plus t'voir. Tu crois qu'on a besoin de toi ? Que t'es le cerveau du groupe ? Mais t'es qu'un bon à rien.

Il crache au sol qui atterrit aux pieds de Ace.

- Tu t'en mordras les doigts... tu me jettes, jette moi... mais tu verras, sans moi vous irez nul part.

Il remet son manteau comme il faut et commence à s'éloigner avant de se retourner vers Nelly.

- Pense au morpion Nel, s'il t'en refile demande toi où il les a choppé et avec qui...parait qu'il vend son cul pour du hash.

Blaster le regarde partir, l'insultant à voix basse. Il lui tourne ensuite le dos partant avec Nelly retrouver le reste du groupe.

Ace marche au hasard et finit dans un parc. La nuit commence déjà à pointer et la pluie continue de tomber. Il se laisse choir sur un banc. Ca, il en était sur... ça ne pouvait pas continuer comme ça. Pour une fois qu'il se sentait accepter, voilà qu'il foutait tout en l'air...comme d'hab... mais au final, ses potes n'en étaient pas... il soupire et cherche son paquet de cigarette... vide... il soupire encore une fois.

Les sirènes de police se font entendre, un couple passe à côté du garçon. Le temps passe doucement et la nuit s'installe tandis que la pluie continue de tomber. Des bruits de verres brisés, puis de bagarres entre deux hommes, sûrement deux clochards qui se battent pour un coin au sec pour passer la nuit.

Ace se lève enfin. Il est trempé. S'il rentre, Dora va lui tomber dessus... il n'en a pas envie. Il est dans cette famille parce que sa tante ne pouvait pas garder les deux petits plus lui. Elle est trop vieille. Il s'étire et se secoue comme un chien. Il traverse le parc pour retourner au bar. Au moins Roy ne lui posera pas plus de questions et le laissera peut être dormir dans le bar.

Le Grand frère est encore ouvert mais il n'y a pas grand monde ce soir. Roy voit à nouveau le garçon entrer et soupire.

-Qu'est ce t'as foutu gamin tout ce temps? On dirait un chat mouillé.

Il prend une tasse et lui prépare un café.

Ace frissonne comme un malheureux. Il croise ses bras sur le bar et pose sa tête dessus.
- j'en ai marre...

Il ferme les yeux et les rouvre quand il sent l'odeur du café. Son ventre grogne. Il n'a rien mangé de la journée.
- Je peux dormir ici ?

Oui pas de problème.

Il se tourne vers les cuisines et crie:
-Patty fais moi un sandwich pour le gamin.
Il se tourne ensuite vers le garçon.
- Raconte-moi, qu'est ce qui se passe ?

- J'ai quitté ma bande. Blaster est qu'un con.

Il se redresse, prit par le feu de ce qu'il dit.

- Tu sais ce qu'ils ont fait ? Ils sont en train de dévaliser l'entrepôt de camion. Blaster dit que c'est du matos informatique... ils sont trop fous ! C'est le territoire de la Mala... et en plus ils veulent mettre ça dans notre squatte !

-Eh bien laisse les où ils sont gamin. Ces mecs c'est de la mauvaise graine. Ils finiront en taule.

Il pause devant lui une assiette avec un sandwich.

-Aller mange et après tu iras te coucher.

Il attrape le sandwich et y mord avec plaisir.

- Non, il est tôt... je vais t'aider à nettoyer et sortir les poubelles. Je veux pas être un boulet.

-Très bien gamin.

Il se remet alors à bosser laissant Ace manger et se servir un verre d'eau par dessus le bar.

Une fois qu'il a mangé, il apporte le tout à Patty. Patty est une jeune fille de son âge, peut être un poil plus jeune et aussi paumée que lui.

- Merci Patty, c'était bon. Attends je vais t'aider à porter les assiettes.

Elle le remercie d'un signe de tête et le laisse faire. Elle ne parle pas beaucoup.

Il la regarde et sourit.

- Tu as l'air d'aller mieux... il ne te donne plus autant de coups, n'est ce pas?

Patty est la seule à qui il parle vraiment. Vu qu'elle ne répond pas toujours, il a l'impression qu'elle le comprend. Il range la vaisselle et sort un papier tout froissé de son jean.

- Je... j'ai un peu continué... mais j'ai du mal à trouver les bons mots.

Il lui montre le papier et la regarde comme un enfant devant une maitresse.

- Je suis sur que c'est mauvais de toute façon...

La jeune fille acquiesce à la question puis s'essuie les mains sur son tablier avant de prendre le papier. Elle le lit attentivement et ses yeux s'embuent légèrement.

-A part quelques fautes d'orthographe, c'est très beau Ace.

Elle lui rend son papier s'essuyant ensuite les yeux.

- Hé, te mets pas dans cet état... c'est juste des mots... et puis c'est même pas vrai tout ça... Patty...pleure pas...

Il lui tapote maladroitement le bras.

- Tu vois, si je savais jouer de la musique je mettrais un air qui fait à peu près ça...

Il fredonne...

- Le seul problème c'est que certains mots coincent...

- Il faudrait alors que tu changes des paroles ou alors des accords.

Sa voix est douce et elle lui sourit.

- Si je savais jouer j'aurais pu t'aider, mais je ne suis pas bonne à grand chose.

- Ne dis pas ca. Regarde, sans toi Roy pourrait pas faire tourner le bar. Puis les clients t'aiment bien et posent pleins de questions sur ta santé et celle du bébé. Puis tu m'aides, moi... c'est beaucoup... Tu sais quoi, je vais peut être retourner à l'école... mais c'est pas sur.

Elle lui sourit.

- Merci Ace tu es gentil. J'espère vraiment que tu vas pouvoir continuer à aller à l'école. C'est important tu sais. Et puis comme ça tu pourras écrire encore de plus belles choses.

Il la regarde et l'aide à s'asseoir sur une chaise.

- Tu devrais y penser aussi...pas rester toute seule. Même si Roy t'héberge, tu devrais voir autre chose que les quatre murs de son appartement. On pourrait sortir un peu... je sais que c'est dur pour toi et que tu fais des efforts...

-Tu sais la grossesse arrivera bientôt à son terme. Je n'ai pas la force de bouger en ce moment. Rester debout est de plus en plus difficile.

Elle touche son ventre avec amour et le caresse.

-Lorsqu'il sera né, on sortira et on se baladera dans le parc.

- Je serais près de toi.

Il la regarde avec tendresse.

- Et personne ne te fera plus de mal. Et dans 6 semaines, on aura un petit bébé tout rose.

Il se lève.

- Je vais ranger la salle, t'en occupe pas pour ce soir. Je sortirais les poubelles aussi.

Il lui sourit et retourne dans la salle désormais vide. Roy est en train de faire la caisse.

- Je m'occupe du reste.

Ace se met à nettoyer les tables et le sol et à ranger la salle.

Du coin de l'œil Roy l'observe faire en souriant puis se remet à travailler. Il voit ensuite Patty sortir des cuisines et l'aide à monter se reposer à l'étage. Lorsqu'il redescend le bar est propre.

-Tu as bien bossé gamin. Monte te caler devant la télé si tu veux.

Ace s'essuie le front.

- Je reste encore un peu, merci Roy.

Il attend que le patron du bar remonte à son appartement avant de s'approcher presque religieusement du piano. Il s'assoit avec précaution et soulève le couvercle d'ébène. Il reste un moment à regarder les touches et les effleure avant d'en enfoncer doucement une. Un son grave s'élève. Il enfonce une autre touche et cherche pendant quelques minutes le rythme auquel il pense...s'il connaissait les touches ! Il soupire, referme le couvercle et monte dormir sur le canapé à l'étage.

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