Note: Bonjour! Voilà finalement la dernière partie de "Flou artistique". Parmi ceux qui ont répondu à ma petite question de hier, vous avez tous été unanimes et vouliez que je poste tout le chapitre en une fois. Et bah voilà, y avait qu'à demander! Nous avons donc ici un chapitre de presque 19'000 mots (d'ailleurs, vous pouvez voir que la barre là à droite --- est très petite^^ bref, peu importe...) Je vous laisse donc avec ce loooooong chapitre et on se retrouve à la fin! Bonne lecture et à toute à l'heure!


*

Epilogue

4 ans plus tard

Vendredi après-midi. Le hall de la gare était plein à craquer. Les voyageurs se ruaient à gauche et à droite, leurs pas pressés rythmé par la sonnerie des annonces intermittentes. Je tendis l'oreille, attendant la voix qui avertirait de l'arrivée du TGV en provenance de Genève. Raffael devait venir dans ce train. Il s'était vu attribuer récemment un poste important dans cette ville, et, quatre ans après la première proposition qu'il avait refusée, il avait décidé de tenter sa chance. Cela faisait à présent presque deux mois qu'il nous quittait le dimanche soir pour ne revenir que le vendredi suivant. Cette situation était très loin de me convenir, mais je ne voulais pas entraver ses ambitions ; mon rôle était de le soutenir autant que possible, même si j'avais énormément de mal à m'habituer à son absence. Je fus bousculée par un homme ventripotent qui ne prit même pas la peine de s'excuser, et je serrai instinctivement ma prise sur la petite main de Sacha, ma fille de quatre ans. Pour elle aussi, la situation était compliquée. Elle ressentait énormément l'absence de son père et ça affectait parfois son comportement : c'était une enfant en général très calme, mais elle me faisait parfois des crises de nerfs que seul Raffael arrivait à calmer (il faut dire que cet aspect-là, elle le tenait de lui…)

Je me déplaçai avec peine à travers le hall bondé et me dirigeai vers la plateforme annoncée, tirant à bout de bras Sacha qui me suivait à petits pas. Le quai était bien mois peuplé que le hall et je pus respirer plus aisément. Je m'assis sur un banc en attendant l'arrivée du train et Sacha vint se placer en face de moi, ses mains posées sur mes cuisses. Elle leva vers moi les magnifiques yeux gris qu'elle avait hérité de son père et je lui adressai un sourire avant de rejeter en arrière les mèches de cheveux bruns qui retombaient sur son visage.

« Il vient quand papa ? » demanda-t-elle de sa petite voix douce et délicieusement enfantine.

« Bientôt, mon ange. Il va arriver avec le train ».

Elle sourit et deux petites fossettes se creusèrent sur ses joues. Je pris son visage entre mes mains et déposai un tendre baiser sur son front ; elle était la plus belle chose que j'avais jamais vue. Elle demanda à ce que je la prenne sur mes genoux ; je cédai à sa requête et elle posa sa tête sur mon épaule. Sacha était une petite fille très affectueuse ; elle n'était pas comme ces enfants qui rejettent le moindre geste tendre. Le train arriva enfin et elle se redressa subitement.

« C'est papa ? »

« Oui, c'est papa ; reste tranquille, attends que le train s'arrête ».

Il n'en fallait pas plus pour qu'elle soit excitée comme une puce. L'idée de revoir son père la mettait toujours dans un état d'agitation extrême. Au moment où la locomotive s'immobilisa, je dus la serrer contre moi pour l'empêcher de sauter sur le quai et courir comme une folle au milieu de la foule. Elle m'avait fait le coup quelques semaines auparavant, nous obligeant à Raffael et à moi, à la chercher pendant une quinzaine de minutes pour finalement la retrouver assise tranquillement sur un banc à attendre qu'on vienne la récupérer. Les portes s'ouvrirent et l'immense machine cracha un flot de passagers : touristes, hommes d'affaires, hommes qui doivent vivre toute la semaine loin de leur femme et de leur fille, laissant dans le cœur de ces dernières un vide énorme, une tranchée, un puits sans fond. C'est alors que Raffael apparut sur la plateforme, son sac de voyage suspendu à son épaule. Il nous fit un petit signe de la main et je lâchai Sacha qui se mit à courir vers lui. Il laissa tomber son sac sur le sol pour pouvoir la réceptionner, et la saisit par la taille afin de la soulever. Il la tint contre lui et elle passa ses petits bras autour de son cou. Je les rejoignis, un petit sourire scotché aux lèvres.

« Comment va ma grande fille », dit Raffael en serrant Sacha contre lui.

« Bien ! Tu sais, papa, j'ai fait un beau dessin pour toi tout à l'heure ! Et même, à l'école, j'ai fait un bricolage pour toi ! »

« C'est vrai ? Mais j'en ai, de la chance dis donc ! »

Il tourna le tête vers moi et nous échangeâmes un sourire. Mon rythme cardiaque s'était accéléré, comme à chaque fois que je le retrouvais, mais je ne pouvais empêcher cette pointe d'amertume qui se manifestait immanquablement à l'idée que j'allais devoir lui dire au revoir à peine deux jours plus tard.

« Ça va toi ? » me demanda-t-il.

Je hochai la tête doucement et m'approchai pour déposer un baiser sur ses lèvres.

« Tu m'as manqué », murmura-t-il.

« Toi aussi tu m'as manqué ».

« Papa, tu m'as ramené du chocolat ? » intervint notre fille.

« Hum… attends, laisse-moi réfléchir… tu as été sage avec maman cette semaine ? »

Elle hocha la tête vivement.

« Oui, j'ai été très sage ! On dit, maman ? »

« Oh, je ne dirais pas ça… » répondis-je sur un ton évasif. « Tu ne te souviens pas que hier soir tu ne voulais pas finir tes légumes ? Tu as fait une crise et j'ai dû te punir ».

Elle baissa les yeux d'un air triste et posa sa tête sur l'épaule de Raffael. Je ne pus m'empêcher de sourire face à sa mine renfrognée et lui pinçai délicatement la joue.

« Mais si papa t'a amené du chocolat… tu auras le droit d'en manger un petit peu ».

« Oui ! Merci maman ! »

Elle sautilla et Raffael la posa à terre avant de récupérer son sac de voyage et de le suspendre à nouveau à son épaule. Puis il prit la main de Sacha et nous quittâmes la gare.

*

« Maman, j'aimerais descendre », dit Sacha en secouant vivement ses jambes suspendues.

Je poussai un soupir ; je me doutais qu'elle me le demanderait tôt ou tard. Elle ne tenait jamais en place bien longtemps dans le chariot des courses.

« C'est d'accord, mais alors tu restes près de nous, compris ? » avertis-je.

Elle hocha vigoureusement la tête et je la sortis du petit siège duquel elle était prisonnière. Ayant un week-end généralement assez chargé, Raffael et moi profitions du vendredi après-midi pour aller faire nos courses. Enfin… mes courses, puisque les siennes, il les faisait à Genève… C'était surtout l'occasion pour nous de faire une activité en famille, de passer du temps ensemble.

« Tu as passé une bonne semaine ? » demanda Raffael qui poussait le chariot, les avant-bras appuyés sur ce dernier.

« Hum, normal ».

« Chérie… Tu n'as rien à me raconter ? »

Je haussai les épaules et déposai une boîte de céréales dans le chariot.

« Et bien… rien de plus que ce que je t'ai déjà dit au téléphone… Sacha a été malade en début de semaine ; j'ai enfin réussi à lui faire finir ses haricots, tu te rends compte ? »

« Félicitations », dit-il avec un petit sourire.

« Ah, et… j'ai parlé à son institutrice hier après-midi. Elle m'a dit que Sacha était une petite fille adorable et très intelligente ! »

Raffael sourit et je vis une pointe de fierté dans son regard.

« Elle tient ça de toi », dit-il.

J'esquissai un petit sourire gêné, assez typique de quand Raffael me faisait un compliment.

« Bon, je sais que Sacha a passé une bonne semaine. Mais toi ? » demanda-t-il. « Tu n'as pas parlé de toi une seule fois ».

« Bof, moi, tu sais… toujours la même chose : le boulot, Sacha… je ne fais pas grand chose d'autre. J'ai été un peu malade moi aussi, si tu veux tout savoir, je suis même allée chez le médecin. Et il s'est avéré que j'étais… en parfaite santé. J'ai dû attraper un virus ou quelque chose comme ça… »

« Ah. L'important, c'est que tu ailles bien ».

Je hochai la tête, puis me détournai de lui pour prendre une boîte de chocolat en poudre. J'en profitai alors pour me mordre la lèvre inférieure : j'avais failli en dire trop… Le temps n'était pas venu encore, je devais attendre. Je baissai les yeux pour demander à Sacha de prendre un paquet des biscuits de son choix, mais je ne la vis nulle part.

« Raffael, tu as vu Sacha ? » demandai-je, essayant de ne pas avoir l'air inquiète.

Il regarda autour de lui.

« Elle était là il y a deux minutes », répondit-il, continuant de scruter attentivement les alentours. « Merde, c'est pas vrai, où est-ce qu'elle s'est encore fourrée ? »

Je me déplaçai le long du rayon, regardai au loin, espérant désespérément apercevoir sa petite silhouette courir vers moi.

« Sacha ? » appelai-je. « Sacha ? »

Je sentis l'affolement monter en moi. Je continuai de l'appeler, ne prêtant pas attention aux regards curieux des autres clients du supermarché. Il fallait que je retrouve ma fille, c'était ma seule préoccupation à ce moment-là.

« Raffael, je ne la retrouve pas, elle n'est nulle part ! » m'exclamai-je, au bord des larmes. « Qu'est-ce qu'on va faire, mon Dieu, Sacha… »

Raffael posa sa main sur mon épaule.

« Calme-toi, chérie, on va la retrouver. Elle n'a pas pu aller bien loin. Tu vas par là, moi je prends de ce côté, d'accord ? »

Je hochai la tête rapidement, une boule coincée dans la gorge.

« Oui, d'accord ».

Je me lançai dans la direction qu'il m'avait indiquée et me mis à ratisser tout le périmètre, passant chaque rayon au peigne fin. Cette gamine avait la sale manie de nous fausser compagnie, et à chaque fois qu'elle nous faisait le coup, je ne pouvais m'empêcher d'imaginer le pire. Qui sait ? Elle avait peut-être été enlevée par un malade ; elle avait peut-être suivi un inconnu ou que sais-je encore ! Plus le temps avançait, plus je paniquais à l'idée de ne jamais revoir mon bébé. Arrivée au rayon des jus de fruit, j'aperçus Raffael. Il me regarda et haussa les épaules en signe d'impuissance. Je me précipitai alors dans ses bras et il me serra contre lui.

« On va continuer à chercher », dit-il en caressant mes cheveux. « Elle est forcément quelque part par ici ; on va la retrouver ».

Je me mis alors à penser à ces enfants qu'on enlève dans un endroit publique et qu'on ne retrouve que de nombreuses années plus tard, dans une autre famille et qui ne se souviennent même plus de leurs vrais parents. J'eus alors envie de pleurer. Dans l'était d'inquiétude dans lequel j'étais, je ne pouvais pas m'empêcher de dramatiser, c'était plus fort que moi. Raffael prit ma main et m'attira dans la direction opposée à laquelle j'étais arrivée. Nous parcourûmes à nouveau chaque rayon, prenant le temps de bien regarder entre les clients.

« Excusez-nous, vous n'auriez pas vu une petite fille non accompagnée se promener par ici ? » demandait Raffael. « Elle a quatre ans, les cheveux mi-longs, bruns, les yeux gris, elle porte une salopette en jean par-dessus un T-shirt rose… »

« Non, ça ne me dit rien » était la réponse généralement obtenue. Je voyais la conviction de Raffael faiblir petit à petit : partagé entre sa peur de ne pas retrouver Sacha et son besoin de me rassurer, il ne savait plus où donner de la tête, le pauvre !

« Ecoute », dit-il au bout d'un moment, « je vais aller au service clients et leur demander de faire une annonce. Si on ne la retrouve pas comme ça, j'irai prévenir le gérant, d'accord ? »

Je hochai doucement la tête, mais soudain :

« Non, attends, elle est là ! » m'exclamai-je.

Je venais de l'apercevoir au loin, accompagnée d'un homme dont je fis pour l'instant abstraction de l'identité. Je me mis à courir vers elle, Raffael sur mes talons.

« Sacha ! »

« Maman ! »

Je me laissai tomber à genoux devant elle et la serrai dans mes bras avec les forces qu'il me restait. Mon soulagement était à la mesure de la peur que j'avais éprouvée, et la boule dans ma gorge disparut aussitôt.

« Mon bébé, j'ai eu si peur ! Mais où est-ce que tu étais ? »

« J'étais perdue… Tu sais, je regardais les biscuits et pis je vous ai plus vus après. Alors je voulais vous chercher ».

« Je suis désolée, trésor. Tu as dû avoir peur… »

« Non, parce que tu sais, j'étais pas toute seule, j'étais avec Eliot ».

C'est à ce moment-là que je levais la tête vers l'homme de qui était accompagnée Sacha, et je croisai le regard d'Eliot. Je ne l'avais pas remarqué jusque là, trop soulagée de revoir ma fille pour faire attention à quoi que ce soit d'autre. Raffael, en revanche, l'avait vu et ça faisait cinq minutes qu'ils échangeaient des regards embarrassés.

« Salut, Alex », dit Eliot.

« Salut… »

« Je suis tombé par hasard sur Sacha », commença-t-il. « Elle m'a dit qu'elle s'était perdue et je lui ai suggéré de ne pas bouger d'où elle était pour que vous puissiez la retrouver plus facilement. Et puis j'ai préféré lui tenir compagnie pour m'assurer que vous la retrouveriez bien… »

Poussée par un élan de gratitude, je lui sautai au cou et il eut l'air un peu surpris.

« Merci infiniment, Eliot », dis-je.

« C'est normal, enfin… si la fille d'une de mes amies se perd, je ne vais pas la laisser poireauter indéfiniment quand même ! »

« Oui, mais merci quand même ».

Puis je le lâchai précipitamment, me souvenant que Raffael risquait de ne pas trop apprécier cette étreinte amicale, certes, mais étreinte tout de même. Je me tournai vers lui : il tenait à présent Sacha dans ses bras et adressai un regard inexpressif à Eliot. Oh, la, la, j'espérais qu'il ne me ferait pas la tête comme à chaque fois que nous croisions Eliot ! Pourtant, mon ex fiancé et moi étions devenus amis… pas spécialement bons amis, mais amis tout de même. Et il était une personne familière pour Sacha…

« Euh… et toi, ça va, sinon ? » demandai-je par pure politesse. « Et ce mariage, alors ? »

Il sourit.

« Ah, ça approche gentiment ; c'est le mois prochain ».

« Wow, déjà ? Et bien, Stéphanie doit être très excitée ! »

« En effet. Sandrine est vraiment très excitée… »

Je fis une grimace. Pourquoi diable n'arrivais-je jamais à me souvenir du prénom de la fiancée d'Eliot ? Ce n'est pourtant pas compliqué à retenir ''Sandrine''… En plus, ils étaient ensemble depuis trois ans, ce n'était pas comme s'il venait de la rencontrer !

« Pardon », dis-je, un peu gênée.

« Ce n'est rien… Bon, j'ai été ravi de te revoir. Enfin… de vous revoir.

« Oui, moi aussi… merci encore, Eliot. Et si on ne se croise pas avant : bon mariage ! »

Il sourit, et après avoir jeté un coup d'œil méfiant à Raffael, il tourna les talons. Raffael, quant à lui, me regardait fixement, la tête de Sacha posée sur son épaule et je lui adressai un sourire soulagé, dans l'espoir d'éviter une éventuelle dispute.

« Maman, je peux avoir un biscuit ? » demanda Sacha, interrompant notre contact visuel.

« Bien sûr, mon bébé, viens, on va te choisir des biscuits ».

Nous fîmes volte-face pour aller retrouver notre chariot de courses, et je glissai ma main dans celle de Raffael qui me la serra délicatement. Je soufflai alors imperceptiblement. Il n'était pas en colère…

*

« On était vraiment obligés de venir dîner chez ta mère ce soir ? » demanda Raffael alors que nous arrivions dans l'entrée de l'immeuble dans lequel habitaient mes parents.

« Ça fait des semaines qu'elle veut nous inviter et ce n'était jamais le bon moment… S'il te plait, chéri, fais un effort, tu veux bien ? »

« Bien sûr, je dis juste que pour le peu de temps qu'on est ensemble, j'aurais préféré passer la soirée seul avec toi et Sacha, c'est tout ».

J'esquissai un sourire et collai mes lèvres aux siennes. Nous échangeâmes un long baiser qui fut interrompu par notre fille qui se mit à tirer sur ma jupe.

« On ne fera pas trop tard », promis-je.

Je pris Sacha dans mes bras et nous montâmes les escaliers. Puis je la laissai, à sa demande expresse, presser le bouton de la sonnette. Ma mère vint nous ouvrir une poignée de secondes plus tard, s'essuyant encore les mains sur son tablier. Quand elle nous vit, elle poussa un petit cri de joie et tendit les bras vers Sacha.

« Mais c'est ma petite fille chérie ! »

« Bonjour, mamie ».

Elle la prit dans ses bras et lui colla un énorme baiser sur la joue. Puis elle nous salua brièvement, Raffael et moi, nous invitant à entrer. Robyn et Adam, qui étaient à présent fiancés, étaient là également, ainsi que Greg et Angie. Ces derniers se tenaient fermement l'un contre l'autre sur le canapé. Ils s'étaient enfin aperçus, après une longue relation un peu ambiguë, qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Apparemment, Greg avait eut un éclair de bon sens au moment où Angie s'était mise à fréquenter le même homme de façon régulière. Suite à quelques mois dans le déni total, il avait enfin admis qu'il avait des sentiments pour mon amie et que la voir avec un autre homme le faisait souffrir. Je ne pouvais qu'être heureuse pour eux.

« Hé, Eidelbach ! » s'exclama mon frère. « Tu reviens enfin parmi nous ! Alors, dis-moi, je t'ai manqué ? »

« Non ».

« A moi aussi tu m'as manqué. J'ai bien le petit jeune là, pour me tenir compagnie, mais il n'est pas très… formidable ».

« Ah, bah merci ! » s'exclama Adam, le fusillant du regard.

« Mais je t'en prie, jeune néophyte ! »

Adam croisa les bras et ne dit plus rien. J'avais un peu pitié de lui quand Greg se mettait à le ridiculiser comme ça. C'était un très gentil garçon et, qui plus est, il rendait ma sœur très heureuse.

Raffael s'installa sur le fauteuil qui faisait face à Greg et Angie, et je m'assis sur ses genoux avant de passer mon bras autour de son cou. Je m'appuyai contre lui et il embrassa délicatement ma joue. Je remarquai ensuite qu'Angie nous observait, un sourire attendri sur les lèvres.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demandai-je.

« Oh, rien. Je me disais juste que ça ne doit vraiment pas être facile pour vous de vivre séparés l'un de l'autre la majeure partie du temps… vous êtes tellement proches. J'imagine à quel point vous devez vous sentir seuls ».

J'esquissai un sourire amer et baissai les yeux, évitant soigneusement le regard de Raffael. Ça, pour me sentir seule, je me sentais seule. Pendant la journée, je me plongeais tête la première dans le travail, puis, quand venait le soir, toute mon attention était concentrée sur Sacha. Je ne me laissais pas la moindre seconde de répit. Tous les moyens étaient bons pour oublier à quel point il me manquait. Mais il fallait à présent que je songe à me calmer…

« C'est vrai que c'est très difficile », confirma Raffael. « Mais c'est pour la bonne cause ; n'est-ce pas, chérie ? »

Je hochai la tête doucement. La bonne cause, la bonne cause ; c'était tellement masculin de lâcher un excuse aussi lamentable !

« Ah ouais, tu dois te faire un sacré paquet de fric, là-bas », intervint Greg.

« J'ai entendu dire que les architectes en Suisse gagnaient en moyenne cinq mille euros par mois », ajouta Adam. « C'est vrai ? »

« Cinq mille quatre cents, en réalité », rectifia Raffael. « Mais ce n'est pas qu'une question d'argent. Ce boulot me plait ; j'ai enfin l'opportunité de montrer ce que je vaux, et ils me considèrent à ma juste valeur. Je regrette juste que ce poste ne soit pas à Paris… »

Moi aussi je le regrettais. Je le regrettais beaucoup, même. Deux mille euros de plus par mois dans le budget familial, ce n'était pas suffisant pour avoir à supporter son absence quotidienne. Mais il était enfin satisfait de son boulot. Après des années sous les joug ridicule d'un chef qui employait tous les moyens pour l'empêcher de gravir les échelons, il était enfin épanoui dans son travail ; je ne pouvais décemment pas lui demander de tout quitter parce qu'il me manquait trop… Je ne voulais pas être égoïste à ce point, même si j'avais toutes les raisons du monde de l'être.

« Excusez-moi, je… je vais voir si ma mère et Robyn ont besoin de mon aide. Et si Sacha n'est pas en train de les déranger… »

Je me levai et me précipitai en direction de la cuisine. Je croisai au passage mon père qui apportait des verres pour l'apéritif.

« Tout va bien, ma grande ? » demanda-t-il. « Tu ne veux pas un petit apéro ? »

« Non, je te remercie, papa ».

« Comme tu voudras… »

Je poussai la porte de la cuisine. Ma mère était en pleine préparation de son repas, Robyn était assise à table, et elles faisaient la conversation à Sacha qu'elles avaient posée sur le plan de travail. Cette dernière grignotait une carotte crue qu'elle tendit vers moi.

« Maman, regarde ce qu'elle m'a donné, Mamie ! »

« Hum, c'est très bon, ça, mon lapin ».

« Je fais comme Buggs Bunny, regarde ! »

Elle se mit à grignoter sa carotte de plus belle et je laissai échapper un petit rire.

« C'est un vrai trésor que tu as là », dit ma mère.

Je caressai délicatement le visage de Sacha.

« Je sais, oui. C'est mon petit trésor à moi qui nous a fait une sacrée frayeur cet après-midi au supermarché ! »

« Qu'est-ce qu'elle a fait, encore, la coquine ? » intervint Robyn qui venait de se lever pour venir nous rejoindre.

« Je me suis perdue ! » s'exclama ma fille en brandissant sa carotte. « Et même que j'arrivais pas à trouver maman et papa ! »

« Ouais, on a mis un sacré bon bout de temps avant de la retrouver », ajoutai-je. « J'ai eu la peur de ma vie ; je croyais que plus jamais je ne reverrais mon petit bébé… »

« ça ne m'étonne pas que tu aies eu peur ! » s'exclama Robyn.

Je serrai Sacha dans mes bras et déposai un baiser baveux sur son visage.

« Qu'est-ce que je ferais si je n'avais pas ma petite puce pour me tenir compagnie ? »

Ma mère et Robyn me regardaient sans rien dire, et j'eus l'impression qu'elles pensaient à la même chose. Inspirais-je à ce point la pitié ?

« Quoi ? » demandai-je.

« Tu vas bien, toi ? » s'inquiéta ma mère.

« Oui, ça va ».

« Et euh… avec Raffael… ? » ajouta ma sœur.

Je me tournai vivement vers elle.

« On pourrait éviter de parler de ça devant la petite ? » lançai-je. « Je vais bien, point barre ».

Je ne voulais pas que Sacha s'aperçoive que je n'étais pas au meilleur de ma forme. Bon, elle devait s'en douter ; les enfants sentent ce genre de choses. Mais je refusais de la mêler à mes petits soucis.

Ma mère déposa la nourriture dans les plats et nous fit signe à Robyn et à moi d'aller les poser sur la table de la salle à manger. Nous obéîmes et quittâmes la cuisine suivies de près par Sacha que ma mère avait fait descendre du plan de travail.

« Hé, la petite ! » héla Greg. « Qu'est-ce que c'est que cette politesse ; tu ne viens même pas dire bonjour à ton oncle préféré ? C'est ta mère qui t'enseigne les bonnes manières ? »

« Je l'ai dressée pour qu'elle croie que tu es un sociopathe », lançai-je.

« Ah, ah. Allez, viens par ici Sacha miniature, que je t'apprenne mes bonnes manières ».

Malgré mes protestations, Sacha sautilla en direction de mon frère qui la fit monter sur ses genoux.

« Ah, on n'est pas bien, là, sur les genoux de tonton Greg ? »

« Oui ».

« Je vais t'apprendre comment vivre, mini Sacha. Alors écoute bien tonton formidabilissime, d'accord ? »

Elle hocha vivement la tête, et je sentais qu'il n'en sortirait rien de bon…

« Règle numéro un : il faut toujours porter un costume », commença Greg.

« Pourquoi ? »

« Parce qu'on est plus beau avec un costume. Regarde tonton Greg. Il est pas beau, tonton Greg ? »

« T'es toujours habillé comme un pingouin ».

Angie éclata de rire, et Sacha l'imita. Ça, c'était bien ma fille ! Greg toussota et secoua la tête.

« Si tu commences comme ta mère, on ne va pas s'en sortir. Bref, règle numéro deux : il ne faut jamais penser à se marier avant d'avoir au moins… trente ans ! »

« C'est combien trente ans ? »

« C'est trois fois tous tes doigts ».

« Oh, c'est beaucoup ! »

« C'est ce que j'ai toujours dit ! Et puis les femmes de trente ans ne sont plus très fraîches, alors... Venons-en maintenant à la règle numéro trois ».

« Greg… » avertit Raffael qui se souvenait parfaitement de ce qu'était la règle numéro trois.

« Règle numéro trois : les princes charmants n'existent pas. Tout ce que veulent les hommes, c'est mettre les jolies filles comme toi dans leur lit ».

« Greg, ça suffit ! » intervint Raffael. « Tu te rends compte de ce que tu dis à une gamine de quatre ans ? »

« Et alors ? » demanda mon frère en prenant un air innocent. « Le plus tôt elle apprend ces choses-là, le moins elle sera déçue quand elle sera plus âgée ».

Raffael n'eut pas l'air convaincu du tout et appela Sacha vers lui. Elle se libéra de l'étreinte de Greg et couru se réfugier dans les bras de son père. Je vis alors Angie donner un coup sur le bras de mon frère et ce dernier fit une grimace.

« Je n'aurai peut-être jamais d'enfants », dit-il. « Il faut bien que je transmette mes livres à quelqu'un ! »

Peut-être, mais ce quelqu'un ne serait pas ma fille… Quelques minutes plus tard, je les appelai tous pour passer à table, et nous nous réunîmes tous autour du dîner qu'avait préparé ma mère. Je découpai minutieusement les aliments pour Sacha qui était assise entre Raffael et moi.

« Maman, je veux pas manger ».

Je poussai un profond soupir.

« Et je peux savoir pourquoi ? »

« Parce que j'ai pas envie ».

« Hum… argument non recevable. Tu manges comme tout le monde ».

Je posai son assiette devant elle et elle secoua la tête obstinément.

« Mais j'ai pas envie ».

« Je me fiche que tu n'aies pas envie. C'est moi qui décide, et tu vas manger. Tu vas même finir ton assiette si tu ne veux pas que je m'énerve ».

Confrontée à ma ténacité, elle alla chercher du soutien auprès de Raffael.

« Papa, je veux pas manger ».

« Tu fais ce que te dit maman ».

Se sentant seule face à nous, elle croisa les bras sur sa poitrine et prit un air renfrogné avant de se mettre à pleurer.

« Ça ne sert à rien de pleurer », dit Raffael. « Regarde la figure que tu fais ! Tu vois quelqu'un d'autre pleurer ici ? »

Elle secoua doucement la tête, mais les larmes continuaient à couler le long de ses joues. Je saisis une serviette et lui essuyai le visage.

« Hé, Sacha », dit soudain Robyn. « Les grandes filles ne pleurent pas comme ça, pour un rien, tu sais ? »

« C'est pas vrai », protesta ma fille.

« Oui, c'est la vérité », insista ma sœur.

« Maman elle pleure des fois le soir. C'est parce qu'elle est triste… »

« Assez, ça suffit ! » coupai-je. « Tu vas arrêter tes caprices tout de suite et tu vas manger comme tout le monde avant que je ne m'énerve sérieusement, c'est compris ? »

Elle fit la moue et saisit sa fourchette à contrecoeur. Elle ne dit plus rien de tout le dîner, et moi non plus d'ailleurs.

*

J'avais ressenti le besoin de prendre l'air après le dîner. J'avais à peine touché à mon assiette, bien trop préoccupée pour manger. Tout le monde l'avait remarqué, je le savais, mais personne n'avait osé rien dire. L'état d'esprit dans lequel je me trouvais était devenu un sujet tabou pour ma famille, alors que Raffael semblait être dans le déni total. Pour lui, la situation était parfaitement bien gérée, tout allait pour le mieux.

Je quittai tout ce beau petit monde pour m'exiler quelques instants sur le balcon. La nuit était douce et là, loin de toute confusion, je me sentais bien. Tout ce dont j'avais besoin, c'était de cesser de penser ; mettre fin à ce dilemme incessant qui me taraudait depuis quelques jours, me vider l'esprit. Mais je n'y arrivais pas ; c'était trop dur.

Je me retournai pour jeter un coup d'œil au salon où était réunie ma famille. Ils discutaient tous activement, semblant m'avoir complètement oubliée, faisant abstraction de mon existence. Ma présence les gênait. Ils riaient de quelque chose qu'avait dit Sacha, et je ne pus m'empêcher de sourire en voyant ma fille agiter les bras pour illustrer ses propos, quels qu'ils soient. ''Maman elle pleure des fois le soir. C'est parce qu'elle est triste''. Serait-ce ça qui les faisait rire ? Etais-je ridicule à ce point ? Etait-ce si absurde de ne pas supporter l'absence quotidienne de mon mari, alors que des milliers de familles vivaient la même chose que moi ? Je croisai soudain le regard de Raffael qui m'adressa un sourire que je lui rendis. "Je t'aime", murmurai-je, ce à quoi il répondit par un clin d'œil. J'avais besoin de lui. Un peu plus chaque jour. Je fis volte-face et regardai à nouveau du côté de la rue. Mes parents habitaient un quartier assez calme, bien que traversé de temps à autre par une voiture. Cette nuit-là, il n'y avait pas un chat à l'horizon.

« Tu nous fausses compagnie, ma belle » dit Angie dans mon dos.

Je ne pris pas la peine de me retourner et gardai les yeux fixés sur un ciel étoilé qui me rappelait la toile de Van Gogh.

« J'avais envie de prendre un peu l'air », dis-je doucement.

« Je te comprends. Il fait chaud, là-dedans ».

Elle s'avança et vint appuyer son dos contre la rambarde de sorte à me faire face. Nous restâmes quelques instants sans rien dire, puis elle prit la parole.

« Alex, tu es ma meilleure amie. On se connaît depuis qu'on est gosses, et j'ai appris à déceler tes humeurs. Tu ne vas pas bien. Je le vois et je suis étonnée que Raffael ne le voie pas lui aussi ».

« Raffael ne voit que ce qu'il veut voir », murmurai-je. « Je ne lui en veux pas de se faciliter les choses… même si c'est à mon détriment ».

« Pourquoi tu ne lui en parles pas ? »

« De quoi ? »

« De ce que tu ressens. Je suis sûre et certaine que s'il savait réellement dans quelle état tu es il quitterait son poste à Genève ! Tu es ce qui compte le plus pour lui ».

Je tournai la tête vers elle et fus touchée par son expression déterminée. A croire qu'elle croyait vraiment à ce qu'elle disait.

« Raffael sait dans quel état je suis. Mais il préfère l'ignorer. Il a mieux à faire que de supporter une femme névrosée et insatisfaite ».

« Ce que tu dis est ridicule ».

Il y eut un nouveau silence qui dura un peu plus longtemps que le premier. J'avais besoin de parler à quelqu'un et je ne voyais pas de meilleure candidate qu'Angie. J'avais en elle une confiance aveugle. J'avais certes des doutes sur sa capacité à me prodiguer des conseils à ce sujet, mais si je n'en parlais pas à quelqu'un tout de suite, je sentais que j'allais exploser.

« Angie, si je te confie un secret, tu promets de ne pas le répéter ? »

« Oui, bien sûr ».

« Même pas à Greg. C'est important ».

Elle me fixa intensément et hocha la tête.

« Tu as ma parole d'honneur ».

Je pris une longue inspiration. J'allais enfin pouvoir partager mon dilemme avec quelqu'un.

« Je suis enceinte », lâchai-je.

Angie ouvrit légèrement la bouche, comme si on lui avait mis un coup de poing dans l'estomac. J'étais contente qu'elle ne soit pas le genre de personne à sauter de joie face à ce genre de nouvelle ; ce n'était pas là la réaction que j'attendais.

« Depuis quand tu le sais ? » demanda-t-elle.

« Je suis allé voir un médecin mercredi. Je suis enceinte de neuf semaines ».

« Et… à tes yeux c'est une bonne nouvelle ? »

Je haussai les épaules. Ce n'était pas une mauvaise nouvelle, bien au contraire, mais cette grossesse tombait assez mal.

« Je ne sais pas vraiment comme réagir… c'est un accident, et… je ne sais pas ».

« Et Raffael ? »

« Raffael n'est pas au courant ».

« Ah non ? »

« Personne d'autre ne sait. J'ai peur de le dire à Raffael ; j'ai peur de sa réaction. Si je lui dis, je mets fin à sa carrière en Suisse ; il va se sentir obligé de rentrer à Paris, et je ne peux pas me résoudre à lui faire ça ».

« Pourquoi ? »

« Mais enfin, tu l'as entendu ! Il adore ce travail, il ne s'est jamais senti aussi bien dans sa vie professionnelle ! Je ne veux pas tout gâcher à cause de cette grossesse ! C'est pour ça que… je ne vais peut-être rien lui dire ».

Angie haussa un sourcil, incrédule.

« Tu ne crois pas qu'il va remarquer que ton ventre grossit au fil des semaines ? »

Elle esquissa un sourire, mais je demeurai la plus sérieuse du monde. Ce que j'avais en tête n'avait rien de drôle, au contraire.

« Non… ne me dis pas que tu penses… avorter ? »

Je baissai les yeux, sans prendre la peine de répondre. L'idée était effectivement présente dans mon esprit, je n'y pouvais rien. A mes yeux, cet acte serait dans le pur intérêt de Raffael. Parce que je l'aimais, et que je voulais le meilleur pour lui. Je ne voulais rien lui imposer, je ne voulais pas entraver ses ambitions. J'était prête à subir un avortement s'il le fallait…

« Alex, c'est de la folie ! Tu ne peux pas faire ça sans lui en parler ! Tu serais vraiment capable de lui cacher un truc pareil ? »

Je la regardai fixement, concevant cet acte comme tout à fait désespéré. Aussi, les larmes me montèrent aux yeux.

« Tu vois une autre solution ? Son absence est déjà assez difficile à gérer avec un seul enfant, imagine avec deux ! S'il l'apprend et qu'il décide de quitter son travail, je m'en voudrais. S'il retourne travailler en Suisse malgré tout, je n'y arriverais pas toute seule ! »

« Tu n'es pas toute seule, Alex. Dis-toi que tu ne seras jamais toute seule ».

« Oui, t'es marrante ! Et qui va m'aider à élever mes enfants ? Toi ? »

Elle baissa les yeux, l'air gêné. Non, décidément, ce n'était pas elle qui m'aiderait. Personne ne m'aiderait, je le savais très bien.

« C'est de me faute si je suis tombée enceinte », poursuivis-je. « C'est moi qui ai oublié de prendre ma pilule ; Raffael n'a pas à subir les conséquences de mon imprudence… »

Je détournai la tête en enfouis mon visage dans mes mains. Il ne fallait pas que je pleure ou alors les autres allaient s'en apercevoir ; ce serait la fin des haricots. Soudain, je sentis mes jambes faiblir et la tête me tourner.

« Angie… je ne me sens pas très bien ».

« Quoi, qu'est-ce qui t'arrive ? »

Sa voix semblait me parvenir de très loin, et son visage disparaissait petit à petit sous mes yeux.

« Alex ? Alex, reste avec moi ! Alex ! »

Puis ce fut le trou noir. Je ne savais pas ce qui se passait ; ce n'était pas dans mes habitudes de m'évanouir de cette façon, mais il fallait croire que cette fois, le malaise et le trop plein d'émotions avaient eu leur effet.

Quand je repris connaissance, la première chose que je vis fut le visage de Raffael au-dessus de moi. J'étais allongée sur le canapé du salon et tout le monde me regardait d'un air inquiet.

« Chérie, est-ce que ça va ? » demanda Raffael, l'air anxieux.

« Je crois ».

J'amorçai un geste pour me relever, mais il m'arrêta.

« Non, attention, doucement… reste allongée… ».

Je scrutai son visage soucieux et les larmes me montèrent aux yeux instantanément.

« Tiens, bois ça », dit ma mère en me tendant un verre d'eau. « C'est de l'eau sucrée. Tu n'as pratiquement rien mangé, au dîner. C'est probablement de l'hypoglycémie… »

Raffael m'aida à me redresser doucement et je saisis le verre qu'elle me tendait. Je bus une gorgée d'eau sucrée, alors que Raffael, accroupi devant moi, caressait délicatement mes cheveux. Une fois que j'eus vidé le verre je le tendis à ma mère et enroulai mes bras autour du cou de Raffael qui me serra fort contre lui.

« J'ai eu si peur, mon amour », murmura-t-il. « Il n'y avait pas moyen de te réveiller, je ne savais plus quoi faire… S'il t'arrivait malheur, je crois que je ne le supporterais pas ».

« Je vais bien, rassure-toi ».

Il caressa mon visage et déposa un baiser sur mes lèvres.

« Raffael, j'ai besoin de toi », murmurai-je.

« Je suis là, mon cœur ».

Oui, mais pour combien de temps ? Combien de temps avant qu'il ne reparte travailler à Genève, me laissant seule derrière lui ? Au fait, où était Sacha ? Je fis un petit tour d'horizon et l'aperçus, accrochée au cou de Robyn, en larmes.

« Oh, mon bébé, qu'est-ce qui t'arrive ? »

Elle s'accrocha de plus belle au cou de ma sœur et je me tournai vers Raffael.

« On a dû l'emmener ailleurs », dit-il. « Elle a violemment réagi à ton évanouissement. Elle était terrorisée, elle est devenue hystérique ».

« Mon pauvre trésor… »

Raffael se leva et alla la chercher pour me l'amener. Il s'assit à côté de moi sur le canapé, Sacha sur ses genoux. Cette dernière semblait avoir peur de moi, et s'accrochait obstinément à son père.

« Ce n'est rien, regarde, je vais bien », dis-je sur un ton rassurant. « J'étais juste en train de dormir, c'est tout. Viens dans mes bras, mon ange… »

Rien à faire, Sacha ne voulait pas s'approcher de moi.

« Laisse-lui un peu de temps », dit Raffael. « Elle est encore très impressionnée, mais ça lui passera ».

Je hochai la tête tristement, et pris une nouvelle fois conscience de tous ces regards qui me fixaient.

« Chéri, on peut rentrer à la maison ? » demandai-je.

*

J'étais assise, le dos appuyé contre la tête de lit et je feuilletais mon dernier livre en date. Depuis que Raffael était parti travailler en Suisse, je m'étais mise assidûment à la lecture. Cela me permettait de concentrer mon esprit sur quelque chose pendant les périodes de creux ; je lisais généralement après avoir couché Sacha. J'avais bientôt fini celui que j'avais entre les mains, un best-seller quelconque qui ne m'intéressait qu'à moitié. Il fallait que je pense à repasser à la librairie au plus vite pour m'en acheter un autre. Je ne voulais pas avoir une seule seconde pendant laquelle mon esprit pourrait naviguer librement, appelant immanquablement des pensées de solitude et d'abandon.

« Elle dort, ça y est », dit Raffael en entrant dans la chambre. « C'était dur, elle était vraiment sous le choc ».

« Je m'en veux, tu sais ? »

« Ne dis pas ça, tu n'y es pour rien. Au fait, comment tu te sens ? »

« Je me sens très bien. Ça m'a fait du bien de manger ; j'ai repris des forces ».

« Tant mieux ».

Il se déshabilla et se glissa en boxer sous les draps, avant de venir enrouler son bras autour de ma taille.

« Ne t'en fais pas pour Sacha », dit-il. « Demain elle aura déjà tout oublié ».

« Je l'espère en tout cas ».

Il déposa un baiser sur mon épaule, puis remonta le long de mon cou jusqu'à mon oreille.

« Je t'aime, chérie. Tu le sais ça… »

« Oui, je le sais ».

« Je crois que tu n'imagines pas à quel point tu me manques quand tu es loin de moi ».

Il posa sa main sur le haut de ma cuisse qu'il caressa doucement, puis elle glissa sous ma nuisette, remonta le long de mon ventre, plus haut encore, et termina finalement sa course sur mon sein gauche qu'il massa délicatement. Une vague de désir déferla en moi et je laissai glisser mon livre sur le sol.

« Hum… Raffael… »

J'enroulai mes bras autour de son cou et passai ma jambe gauche par-dessus sa taille.

« Alex, tu es sûre que tu te sens bien ? Parce que j'ai beau avoir une envie folle de te faire l'amour, je ne voudrais pas que tu refasses un malaise. Je me sentirais très mal si ça arrivait ».

Je laissai échapper un petit rire.

« Je pense que ça devrait aller… »

« Tu crois ? Parce qu'on peut remettre ça, tu sais, rien ne presse. L'important c'est que tu te sentes bien ».

Je déposai un baiser sur ses lèvres.

« Je ne suis bien que dans tes bras », murmurai-je. « Ça ne va pas très fort depuis quelques temps, et… j'ai besoin d'être consolée. J'ai besoin de sentir que tu es là, avec moi… »

Il sourit doucement et embrassa mon front.

« Je suis là, mon amour. Et je me ferais une joie de te consoler ».

Je décidai de ne pas prêter attention au fait qu'il ne s'était pas soucié de savoir ce qui n'allait pas. Il ne voulait pas savoir pourquoi j'avais besoin d'être consolée…

Je me défis toutefois de son étreinte et me hissai sur ses genoux, face à lui. Je lui adressai un sourire coquin et sentis ses mains sur mes fesses.

« Je t'aime, Raffael. Et je suis prête à tout pour toi ; pour que tu sois satisfait ».

Il sourit et m'embrassa. Puis il remonta doucement ma nuisette et finit par me l'enlever totalement. Il laissa ses mains glisser le long de ma colonne vertébrale, ce qui me fit frissonner. Il m'attira à lui en me saisissant par les hanches et je sentis son entrejambe se durcir contre l'intérieur de ma cuisse. Je me penchai et embrassai son oreille avant d'en mordiller le lobe. J'introduisis simultanément ma main dans son boxer pour le caresser.

« Alex… » gémit-il.

Il se mit à gémir de plus belle et soudain, il m'arrêta pour éviter que je ne le fasse jouir. Il saisit mes fesses et me fit basculer en arrière. Une fois que je fus allongée sur le dos, il retira ma culotte, puis ce fut au tour de son boxer. J'écartai les cuisses, l'invitant à s'y introduire, et il s'exécuta. Il me fit l'amour trois fois cette nuit-là, me faisant oublier les soucis qui me taraudaient. Et je ne fis aucun malaise…

*

« Maman, réveille-toi ! Maman, j'ai faim ! »

J'ouvris un œil, puis l'autre. Sacha se tenait devant moi, les cheveux en bataille, le regard impatient. Mon corps nu était encore collé contre celui de Raffael et je me félicitai de l'avoir recouvert avec le drap.

« Mon ange, va dans la cuisine, tu veux ? Je te rejoins tout de suite ».

Elle obtempéra et quitta la chambre à grands pas. Je poussai un profond soupir et me redressai. A première vue, elle n'avait plus peur de moi, ce qui était une bonne chose. Soudain, Raffael m'attrapa le bras et m'attira vers lui.

« Où est-ce que tu vas comme ça, ma belle ? » demanda-t-il.

« Je vais nourrir ta fille ».

Il embrassa mon épaule, puis il enroula ses bras autour de ma taille et se mit à couvrir ma poitrine de baisers.

« Chéri, arrête, ça suffit, tu n'en as pas eu assez ? »

« Je n'en ai jamais assez avec toi », répondit-il. « Tu réveilles chez moi un désir que je ne m'explique pas ».

Je ris.

« Moi je l'explique. Tu es un homme et tu ne penses qu'à ça ».

« C'est un peu simpliste comme théorie, mais ça se tient ».

« Bien, dans ce cas, laisse-moi aller donner son petit déjeuner à Sacha avant qu'elle ne s'impatiente et ne débarque ici comme une furie ».

« Bon, d'accord ».

Il esquissa un sourire et me lâcha finalement.

« Tu ne viens pas ? » demandai-je. « Tu ne veux tout de même pas que je t'apporte le petit déjeuner au lit ?! »

Il grogna et je me penchai pour embrasser son oreille.

« J'arrive », dit-il.

Je me redressai, enfilai une robe de chambre et me rendis dans la cuisine où je me fis sévèrement sermonner par ma fille : j'avais mis trop de temps à son goût ; voyez-vous ça !

« T'es plus malade, maman ? » demanda-t-elle en plongeant sa cuiller dans son bol de céréales.

« Non, tu vois, je vais très bien », répondis-je avec entrain.

Elle m'adressa un sourire satisfait et enfourna sa cuiller dans sa bouche.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda Raffael qui venait d'entrer dans la cuisine vêtu uniquement d'un boxer. Il tenait dans sa main une enveloppe blanc cassé. Au passage, il déposa un baiser sur le sommet du crâne de Sacha et vint s'asseoir à mes côtés.

« Fais voir… ah, ça c'est l'invitation que nous a envoyé Ceceel pour son mariage avec Chris ! Elle veut absolument qu'on y aille ; elle dit qu'on est des invités d'honneur parce que c'est grâce à nous qu'elle se marie aujourd'hui… »

« C'est qui Cicile ? » intervint Sacha.

« Tu ne connais pas, chérie ».

« Et qu'est-ce que tu lui as répondu ? » demanda Raffael.

« Que j'allais vois avec toi ».

« Tu voudrais y aller ? »

« J'aimerais bien, oui ».

« Alors on ira ».

J'affichai un air satisfait et il me sourit. Je me faisais une joie de retourner à New York et de revoir Ceceel. J'avais gardé contact avec elle après avoir quitté les Etats-Unis, ainsi qu'avec Mike qui m'envoyait de ses nouvelles plus ou moins régulièrement. Ces dernières années, il avait apparemment connu plusieurs femmes qu'on pourrait qualifier de ''normales'', mais il continuait l'éternel célibataire qui se demande à chaque fois si celle-là c'est la bonne…

« Au fait, chérie, Helena m'a téléphoné. Elle voudrait emmener Sacha au parc cet après-midi ; qu'est-ce que tu en dis ?

« Oui, pourquoi pas ? Tu veux y aller, trésor ? »

« Oui, je veux aller au parc ! »

Helena avait effectivement été réintégrée auprès de nous. En fait, Raffael avait insisté pour que nous fassions la paix elle et moi. Après tout, Helena était sa seule famille (Anna ne comptait pas, apparemment), et il ne voulait pas couper les ponts avec elle. J'avais donc fait un petit effort pour lui faire plaisir et nous nous étions rabibochées, peu après la naissance de Sacha. De plus, cette dernière adorait sa tante Helena qui l'emmenait si souvent au parc, accompagnée, bien sûr, de Greta.

« Parfait, c'est réglé ! » s'exclama Raffael. « Comme ça, ça nous laissera un petit moment en tête à tête… A moins que tu aies prévu quelque chose avec les filles ».

« Non, non ! Le week-end t'est exclusivement réservé et elles le savent très bien ! D'ailleurs, elles ne sont pas libres : Diane passe la journée avec ses enfants et son compagnon, et Clara… elle se cherche ».

Il rit. Du côté de mes amies ce n'était pas triste non plus. Diane avait enfin trouvé un homme qui correspondait à ses attentes et avec qui elle entretenait une relation depuis à présent deux ans. Quant à Clara… elle avait essayé de devenir homosexuelle, mais, malheureusement pour elle, ne devient pas lesbienne qui veut. D'ailleurs, si chaque femme qui dit en avoir marre des hommes pouvait devenir homosexuelle, la terre serait en pénurie d'habitants. On ne peut rien contre les hormones, hélas. Aussi, elle avait vite fait de proclamer qu'elle voulait un homme, un vrai et… elle cherchait encore, la pauvre.

Nous convînmes donc que Sacha passerait l'après-midi avec Helena, ce qui nous laissait du temps à Raffael et à moi pour discuter. La conversation que j'avais eue avec Angie avant mon malaise de la veille me revint alors en mémoire : Il serait peut-être judicieux d'en parler avec lui… Mais si ça se passait mal ? Peu importe ; je ne pouvais décemment pas interrompre ma grossesse sans lui en parler d'abord. Il était mon mari après tout ! Enfin… advienne que pourra.

*

Raffael et moi avions mangé dehors, puis nous étions allés nous promener dans le square. Rien que tous les deux, main dans la main, comme au bon vieux temps. Le bon vieux temps où il ne partait pas chaque dimanche après-midi pour ne revenir que le vendredi suivant. Le bon vieux temps où il était là, chaque jour que Dieu faisait… Plus l'après-midi passait, plus j'étais préoccupée ; je devenais donc anormalement distante. Raffael le voyait très bien, mais habitué à ma mauvaise humeur de la veille de son départ, il n'y prêtait pas plus attention que ça. Mais cette fois il y avait autre chose. Quelque chose qu'il ne savait pas. Quel était le bon moment pour le lui dire ? Je suppose qu'il n'y en avait pas…

La journée était chaude en ensoleillée et nous décidâmes de nous installer dans l'herbe fraîche du parc. Il y avait beaucoup de monde alentour : des couples, des familles, des étudiants, des femmes qui profitaient de ce soleil pour se faire rôtir comme un poulet… Nous trouvâmes un petit coin libre et je m'assis, alors que Raffael s'allongea, sa tête sur mes cuisses. Je caressai pensivement ses cheveux, tentant de trouver la meilleure formulation pour lui parler de ma grossesse accidentelle.

« Tout va bien, chérie ? » demanda-t-il. « ça va faire cinq minutes que tu ne dis rien ».

Je haussai les épaules silencieusement. Je n'arrivais même pas à lui adresser un sourire réconfortant ; comme si bouger mes lèvres me demandait un trop gros effort.

« Dis-moi ce qui ne va pas, Alex… » insista-t-il en prenant ma main dans la sienne.

Je soupirai.

« Oh, tu sais… tout un tas de trucs », répondis-je, évasive.

Il soupira à son tour. Il avait probablement une idée de ce de quoi je parlais ; mais bizarrement, j'avais du mal à le lui énoncer clairement. Que lui dirais-je exactement ? Il se redressa en position assise pour me faire face.

« Pourquoi tu ne veux pas me parler de ce qui te tracasse ? » demanda-t-il.

« Parce que ça ne t'intéresse pas ».

Il fronça les sourcils.

« Comment peux-tu croire une chose pareille ? Bien sûr que ça m'intéresse ».

Je plantai mon regard dans ses yeux froids et l'y laissai quelques instants. J'essayais d'y trouver du réconfort, mais c'était peine perdue ; j'avais l'impression que rien ne pourrait me rassurer. Pas même lui…

« Je suis fatiguée, Raffael », dis-je d'un ton las. « Fatiguée de faire semblant que tout va bien. Je ne trompe personne… Sauf peut-être toi ».

« Je ne te suis pas, là. Qu'est-ce que tu essayes de me dire ? »

« Que je souffre parce que je m'efforce de supporter une situation qui ne me convient pas. A ce stade, j'ai l'impression que notre couple ne tient plus qu'à un fil, je… »

« Ne dis pas ça », coupa-t-il sèchement. « Notre couple ne tient pas qu'à un fil, tu m'entends ? Bien au contraire ».

Son expression déterminée et sûre de lui eut le don de me taper sur les nerfs. Comment pouvait-il être aussi aveugle !

« Quand est-ce que tu vas arrêter de te voiler la face ? » dis-je en haussant le ton. « Tu ne vois donc pas qu'il y a un problème quelque part ? Tu ne veux pas voir que je souffre, parfait ! Mais n'essaye pas de me faire dire que tout va bien, Raffael. Parce que tout ne va pas bien ».

Il me regarda fixement en silence pendant quelques instants, puis dit :

« On ferait peut-être mieux de poursuivre cette conversation à la maison ».

*

« Je ne comprends pas pourquoi tu mets ça sur le tapis maintenant », dit-il en claquant la porte de notre appartement derrière lui. « On en a longuement discuté, je croyais qu'on était d'accord ».

« Non, c'est toi qui était convaincu que tout se passerait bien ! Tu te rappelles, tu as dit ''ne t'en fais pas, chérie, ça va très bien se passer, notre couple est assez solide pour supporter ce genre d'épreuve''… Et bien il se trouve que non ! Notre couple, je ne sais pas, mais moi je ne suis pas assez solide pour endurer ton absence ! »

Il fallait que ça sorte. Je ne pouvais plus garder toutes ces choses pour moi ; il en allait de ma santé mentale ! Et maintenant que le robinet était ouvert, je ne pouvais plus m'arrêter.

« Qu'est-ce que tu veux que je fasse, Alex ! On a besoin de cet argent ! »

« On n'a pas besoin de cet argent ! Tu voudrais t'en convaincre pour soulager ta conscience, mais on vivrait très bien sans ! »

« Et alors quoi ? Tu voudrais que je quitte mon travail, c'est ça ? Que je rentre à Paris et que je reprenne mon ancien boulot ? »

Je passai mes mains dans mes cheveux et secouai la tête.

« Non, je… non. Je ne te demande pas de quitter ton boulot, Raffael. Je sais à quel point ce poste est important pour toi… Je suis contente de te voir si épanoui professionnellement et je ne veux en aucun cas gâcher ça, crois-moi ».

« Alors pourquoi est-ce qu'on a cette conversation ? »

« Parce que je suis… »

« Pourquoi tu ne viendrais pas vivre à Genève avec moi ? » coupa-t-il. « C'est la seule solution valable qui me vient à l'esprit, là, maintenant ».

Je secouai vivement la tête. Je m'étais attendue à ce qu'il me le demande.

« Non, ça je ne peux pas faire, désolée ».

« Pourquoi ? »

« D'une part à cause de mon travail : je ne trouverais jamais rien d'aussi bien dans mon domaine ailleurs qu'ici. Et d'autre part il y a Sacha : sa vie est ici ; son école, ses copines… »

Raffael leva les yeux au ciel.

« Je t'en prie, Alex, elle a quatre ans ! Elle s'habituerait très bien, j'en suis sûr. Et je te rappelle que j'ai tout quitté, y compris mon travail, pour m'installer à New York avec toi ! »

« Ah ben tiens, je l'attendais celle-là ! » m'exclamai-je en levant les bras au ciel. « La situation était différente à l'époque, et tu le sais très bien ! Alors ne viens pas me balancer ton incroyable sacrifice à la figure, tu veux ?! »

Son regard se durcit et sa froideur me fit frissonner. Ça faisait très longtemps qu'il ne m'avait pas regardée comme ça… Evidemment, j'avais déjà pensé à l'éventualité de déménager en Suisse pour être avec lui, mais je ne pouvais pas m'y résoudre. Ma vie et celle de ma fille étaient à Paris ; sans oublier qu'avec mon ''problème'' actuel, je ne pouvais aller nulle part. Définitivement.

« Tu es vraiment une ingrate, tu sais ? » dit-il sèchement. « Doublée d'une égoïste. Tu veux parler de ta contrariété ? Très bien, vas-y, parles-en. Mais n'espère pas que ça changera quoi que ce soit, parce que ça ne changera rien. Je n'ai aucune raison valable de quitter mon travail. Aucune ».

Il devenait odieux et commençait à nous dénigrer Sacha et moi. Là, je savais qu'il était vraiment en colère. Mais malgré tout, les larmes me montèrent aux yeux et je les laissai couler silencieusement sur mes joues.

« Comment tu peux dire une chose pareille ? » dis-je doucement. « Et comment peux-tu me traiter d'égoïste alors que je viens de te dire que je m'efforçais de supporter cette situation sans broncher parce qu'elle te convient à toi ? C'est toi qui est égoïste ».

Je me laissai tomber sur le canapé et il s'approcha doucement de moi.

« Je suis dos au mur, Alex », dit-il plus calmement. « Dis-moi ce qu'il faut que je fasse, parce moi je suis perdu ».

Je tournai vers lui mes yeux baignés de larmes dans l'espoir de trouver du courage. Il affichait une expression confuse, et je ne pus m'empêcher de penser que j'allais lui asséner le coup de grâce…

« Raffael, je suis enceinte », lâchai-je.

« Quoi ? »

Je l'avais dit, ça y est. Et je l'avais dit rapidement, comme on arrache un sparadrap… Mais je doutais que la nouvelle en soit moins douloureuse pour autant.

« Je suis enceinte », répétai-je. « De neuf semaines. Je l'ai appris mercredi ».

Il glissa sa main dans ses cheveux et je devinai que ses inquiétudes étaient de la même nature que les miennes.

« Comment est-ce possible ? Comment ça a pu arriver ? »

Je lui jetai un regard blasé qui signifiait que je n'avais aucune intention de lui expliquer comment on fait les bébés…

« Je suis désolée, Raffael, j'ai dû oublier de prendre ma pilule une fois, et je… »

« Tu es désolée ? » coupa-t-il. « Tu es désolée ? Parce que tu veux me faire croire que c'est un accident ? »

« Comment ça ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »

« Tu savais très bien que je me sentirais obligé de rester en apprenant ta grossesse ! »

« Est-ce que par hasard tu serais en train de suggérer que j'ai fait exprès de ne pas prendre la pilule afin de tomber enceinte, et tout ça pour te retenir ? »

Il ne répondit pas, mais ses yeux en disaient long. Je me redressai vivement et le fusillai du regard. Je n'arrivais pas à croire qu'après avoir songé à interrompre ma grossesse pour ne pas mettre de frein à sa carrière, il en vienne encore à me traiter de manipulatrice ! J'étais dégoûtée.

« Je ne te retiens pas, Raffael », dis-je sèchement. « Je ne veux pas être un boulet pour toi ; cette grossesse était un accident et je vais y remédier au plus vite. Je vais prendre rendez-vous dans une clinique et tout ça ne sera plus qu'un mauvais souvenir. Tu vas retourner joyeusement travailler en Suisse, et laisse-moi te dire une chose : inutile de te déranger le week-end. Reste là-bas. Inutile de venir te pavaner ici avec ton beau salaire et faire semblant que tout va bien dans le meilleur des mondes ! Quelle importance que ta femme devienne dépressive ? Qu'est-ce que ça peut bien faire qu'elle se fasse avorter, après tout, puisque ça arrange ta carrière ? Pourquoi te soucier de ta fille, parce que de toute façon elle n'a que quatre ans, elle ne comprend rien ?! »

Son expression était figée en mode "horrifié". J'y avais peut-être été un peu fort, mais j'étais vraiment blessée. Ce de quoi il m'accusait était tout simplement ignoble.

« Alex, tu n'es pas sérieuse, tu… »

« La ferme ! » coupai-je. « Tais-toi. Je ne veux plus rien entendre de ta bouche. Casse-toi. Prends tes affaires et fout le camp. Retourne à Genève ou ailleurs, j'en ai rien à foutre ! Tu es allé trop loin, Raffael. J'en ai assez supporté ».

Il me regarda fixement, espérant peut-être que je plaisantais, je ne sais pas. Mais j'étais on ne peut plus sérieuse. Ma colère me faisait dire des choses que je ne m'étais jamais crue capable de dire, et pourtant… Est-ce que je pensais toutes ces paroles ? Probablement pas, mais Raffael, ça, il ne le savait pas. Son regard était si dur que pendant un moment je crus qu'il allait me frapper ; mais il ne fit rien. Il hocha simplement la tête et fila dans la chambre pour récupérer son sac de voyage dans lequel il mit le gros de ses affaires. Il se tourna vers moi une dernière fois avant d'ouvrir la porte d'entrée, mais je ne revins pas sur mes paroles. Une fois la porte fermée, je m'écroulai sur le canapé et fondis en larmes.

*

J'avais demandé à Helena de bien vouloir me garder Sacha pour la soirée. Je lui avais expliqué que Raffael et moi avions eu un petit différent et que je voulais garder la petite en dehors de tout ça. Fort heureusement, elle avait accepté sans trop poser de questions. J'étais effondrée. Ma dispute avec Raffael m'avait vidée de toute mon énergie et mes glandes lacrymales arrivaient gentiment à épuisement. De plus, je vomissais toutes les dix minutes, ce qui n'arrangeait pas mes affaires. Mon amour pour Raffael avait-il atteint ses limites ? Avait-ce été la dispute de trop ? Celle qui aurait raison de notre histoire ? ça n'était jamais allé aussi loin entre nous ; jamais je ne l'avais mis à la porte avec ses affaires ; jamais je ne lui avais dit de partir et de ne pas revenir… Et il revenait toujours. Mais cette fois, ça faisait plus de quatre heures qu'il était parti et rien. Pas de nouvelles.

Je n'étais même pas capable, à ce stade, de déterminer qui était fautif dans cette affaire. Lui ou moi ? J'avais mis la discussion sur le tapis et il avait violemment réagi. Nous avions mis le pied sur une pente glissante et nous nous étions rétamés en beauté ! Après considération, nous étions tous deux fautifs.

Je songeais également à prendre rendez-vous avec la clinique qui pratiquait les avortements. "Pour quelle raison voulez-vous mettre un terme à votre grossesse ?" "Parce que mon mari ne veut pas sacrifier sa carrière professionnelle pour s'occuper de sa famille, et que je ne me sens pas capable d'élever toute seule deux enfants dont un bébé…" Quel beau mobile pour un crime de sang froid !

J'étais assaillie par tout un tas d'idées noires du même genre quand le téléphone fixe sonna. Trop déprimée pour répondre, je laissai le répondeur s'en charger.

« Alex, c'est moi ».

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Raffael. Enfin. Je fixais l'appareil comme si je m'attendais à en voir tout d'un coup surgir son visage.

« Chérie, s'il te plait, réponds-moi. Je sais que tu es là et j'ai besoin de te parler… »

J'étais figée sur place. J'avais peur de lui répondre ; je ne savais pas quoi lui dire, et qui plus est au téléphone… J'avais honte de mes paroles, honte de mon attitude, honte de moi, tout simplement.

« Bon, je comprends tout à fait que tu ne veuilles pas me répondre ; rien ne t'y oblige. Je te demande simplement de m'écouter. Tu veux bien ? J'ai merdé. Gravement, même. Et je te demande pardon. Je ne sais pas ce qui m'a pris de te dire toutes ces choses ; je n'y pensais pas une seconde. C'est toi qui as raison ; après tout, toi et moi on est mariés, on partage la même vie et tu as largement ton mot à dire dans cette histoire de travail à Genève. Tu as raison, tout ne va pas bien ; tu souffres et je souffre autant que toi. Mais c'était plus facile de l'ignorer parce que te voir aussi désemparée m'est insupportable. Et regarde où cette histoire nous a menés… Je ne supporte pas cette situation, Alex ; on est fâchés depuis quelques heures seulement et déjà j'ai l'impression de mourir asphyxié… Tu es toute ma vie, chérie, sans toi je ne suis rien. Même ce putain de boulot bien payé n'a aucune valeur si tu n'es pas là pour l'apprécier avec moi. Et maintenant que je sais que tu ne l'apprécies pas, il me semble bien moins attrayant, crois-moi ».

Je l'entendis soupirer. De nouvelles larmes coulaient sur mes joues et je n'avais qu'une envie : le prendre dans mes bras. Comment avais-je pu être assez conne pour le foutre à la porte ?!

« Encore une chose. En ce qui concerne cette histoire de bébé… je t'en prie, ne te fais pas avorter. Je suis profondément désolé d'avoir suggéré que tu avais fait exprès de tomber enceinte pour m'empêcher de partir ; je ne t'en crois absolument pas capable. C'est juste que… j'étais énervé et je ne savais plus ce que je disais. Pardonne-moi mon amour. Pardonne-moi de t'avoir déçue. Encore… Je suis le dernier des cons. Je ne sais même pas pourquoi j'essaye de me faire pardonner à chaque fois : si tu avais un minimum de bon sens, ça fait longtemps que tu m'aurais rayé de ta vie… »

Je laissai échapper un sourire. Jamais je ne pourrais le rayer de ma vie. Je n'arrivais jamais à lui en vouloir assez pour qu'un chose pareille risque d'arriver !

« Bon, j'espère seulement que tu m'as écouté et que je n'ai pas parlé dans le vide pendant un quart d'heure… Bref… J'aurais aimé te voir pour qu'on puisse parler de tout ça calmement et sans s'énerver, tu veux bien ? Tiens moi au courant. Surtout n'oublie pas que je t'aime. Je t'aime depuis le début et je t'aimerai jusqu'à la fin, ça tu peux en être sûre. Je t'embrasse, chérie. Ah, au fait, c'était Raffael… »

Je ne pus retenir un petit rire et sautai sur le téléphone.

« Raffael ! »

Mais il avait déjà raccroché. Franchement, j'étais vraiment nulle dans le rôle de la femme fâchée et boudeuse. Parce que je ne supportais pas son absence, parce que je n'arrivais pas à lui en vouloir, parce que je n'étais totalement heureuse que quand il était là…

Je saisis le téléphone et composai le numéro de son portable. La sonnerie eut à peine le temps de retentir deux fois qu'il décrocha aussitôt.

« Alex ! »

« Oui, c'est moi ».

« Je suis si content de t'entendre, chérie… Tu as reçu mon message, alors ».

« Quel message ? »

Il laissa échapper un petit rire et je l'imitai.

« Où est-ce que tu es ? »

« Chez Greg. Ça fait deux heures qu'il passe des pornos sur écran géant pour me remonter le moral, mais je t'avoue que ce n'est pas très concluant… »

Je ne pus m'empêcher de rire.

« Greg a des méthodes plutôt draconiennes ».

« Je ne te le fais pas dire. J'en ai marre de ces histoires de photocopieuses en panne ; ce n'est pas en s'envoyant en l'air dessus qu'elles vont se remettre à fonctionner ! »

Je ris à nouveau. J'étais tellement contente de l'entendre que j'avais l'impression d'une bouffée d'air frais revigorant.

« Rentre à la maison », dis-je sur un ton suppliant.

« Tu n'as plus envie que je fiche le camp avec mes affaires ? »

« J'étais en colère, je ne savais plus ce que je disais ; je n'ai jamais voulu que tu fiches le camp ! Il faut qu'on parle calmement toi et moi ; il me semble que c'est important. Et puis… laisse-moi te rappeler que Greg a une collection impressionnante de pornos ».

« J'arrive tout de suite ! »

« Dépêche-toi ! Et… Raffael ? »

« Oui ? »

« Promets-moi qu'on ne se disputera pas. S'il te plait ».

« Je te le promets. A tout de suite ».

Il raccrocha.

*

Je tournais en rond, excitée comme une puce, attendant que Raffael revienne. ça faisait presque une demie heure que je lui avais parlé au téléphone et l'impatience commençait à m'étouffer gentiment. Mais qu'est-ce qu'il faisait ?!

Soudain, j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir doucement et je me tournai vivement dans cette direction. Je vis alors Raffael pénétrer dans l'appartement, son sac de voyage suspendu à son épaule et les mains prises par un énorme bouquet de roses rouges. Je me précipitai dans sa direction.

« Désolé d'avoir fait si long », dit-il, « mais j'ai mis du temps à trouver un fleuriste ouvert à cette heure-ci… »

Je me jetai dans ses bras et il me serra contre lui ; je collai mes lèvres aux siennes et nous échangeâmes un baiser langoureux.

« Pardonne-moi, mon amour », dis-je en caressant son visage. « Jamais je n'aurais dû te parler de cette façon ; je suis affreusement stupide ! »

Un autre baiser.

« Tu n'es pas stupide, Alex. Mais cette fois je croyais vraiment t'avoir perdue, tu sais ? J'ai littéralement révolutionné mon mode de vie pour toi ; je ne sais pas ce que je deviendrais si tu me quittais… »

Je secouai la tête.

« Je n'ai jamais eu l'intention de te quitter… Toi et moi, c'est pour la vie. Quoi qu'il arrive ».

Il m'embrassa à nouveau et me tendit finalement le bouquet de roses. Je le posai sur la table de la salle à manger et l'entraînai avec moi dans la chambre. Là, il s'allongea sur notre lit et je m'allongeai à ses côtés, la tête posée sur son bras tendu. Je me sentais incroyablement fatiguée et j'aurais pu m'endormir, là, comme ça.

« Je crois qu'il faut qu'on parle de ce qui va se passer maintenant », dit-il.

« Oui, je sais… Ecoute, j'ai réfléchi et je reste sur mon idée de départ : tu dois poursuivre ton travail à Genève. Tu fais enfin ce que tu aimes et je suis heureuse pour toi ».

« Mais toi ? »

« Moi ? Et bien… on s'habitue à tout, pas vrai ? »

Il ne répondit pas. Je pouvais sentir sa contrariété sans même voir son visage, mais je ne doutais pas que ma décision était la meilleure chose à faire. Pour lui, en tout cas. Il se tourna légèrement vers moi et je pus enfin croiser son regard dans lequel je lus un mélange de tendresse et d'indécision.

« Chérie… ne te fais pas avorter », dit-il doucement. « Je veux qu'on aie ce bébé ; on y arrivera, je te le promets. Je ne suis pas contre l'idée d'avoir un deuxième enfant… »

Je me resserrai contre lui et il déposa un baiser sur mon front. Son accord venait de m'ôter un horrible poids de la poitrine : je n'avais jamais eu envie d'avorter.

« On aura peut-être un petit garçon, cette fois », dis-je.

Il se pencha sur moi, un sourire aux lèvres et m'embrassa tendrement. Puis il descendit doucement le long de ma poitrine, souleva mon T-shirt et déposa un baiser sur mon ventre. Puis un autre.

« Je ne t'aurais jamais laissé tuer une petite partie de toi », murmura-t-il. « ç'aurait été comme… perdre un précieux trésor dans les eaux profondes du Pacifique ».

Je lui adressai un sourire attendri et caressai ses cheveux. Puis il vint s'allonger sur moi et j'enroulai mes bras autour de son cou pour l'étreindre.

« En parlant de trésor », chuchotai-je, « il faudrait aller chercher Sacha chez ta sœur… »

« Je vais y aller ».

« Je me demande comment elle va réagir en apprenant qu'elle va être grande sœur ».

« Je suis sûre qu'elle sera ravie ».

Il m'embrassa et se redressa.

« Raffael ? » appelai-je une fois qu'il fut debout.

« Oui ? »

Je me redressai à mon tour et tendis mes bras vers lui. Il sourit, puis revint vers moi pour me serrer à nouveau contre lui.

« Je suis contente que tu sois le père de mes enfants », murmurai-je.

« Si un jour tu n'es pas contente, on pourra toujours louer quelqu'un pour me remplacer… »

Je ris et il m'imita. Puis il m'embrassa une dernière fois et partit chercher notre fille.

*

Raffael ferma son sac de voyage. Je lui tendis un sachet en kraft dans lequel j'avais mis un sandwich qu'il pourrait manger pour le dîner s'il avait faim.

« C'est gentil à toi, mais je ne mange jamais rien après vous avoir quittées », dit-il. « Je n'ai plus vraiment d'appétit… »

J'avais décidé de ne pas l'accompagner à la gare cette fois ; quitte à avoir droit à des adieux larmoyants, autant que ce soit en privé, non ?

« Tu m'appelles dès que tu arrives à Genève, d'accord ? »

« Comme d'habitude, oui ».

Je me blottis dans ses bras, le cœur serré. Je sentis le sien battre violemment contre ma poitrine et je ne pus m'empêcher de pleurer. Il essuya mes larmes.

« Ne te mets pas dans cet état, s'il te plait, tu vas me mettre dans un sale état à moi aussi. Et puis une semaine ça passe vite, on va se revoir bientôt ».

« Oui, on va se revoir pendant deux jours et puis tu vas repartir pour une semaine ».

Il m'adressa un regard désolé. Il ne pouvait rien y faire, je le savais. Soudain, Sacha fit son apparition devant Raffael et ce dernier s'accroupit pour être à sa hauteur.

« Papa, pourquoi tu dois partir encore ? »

« Parce que je dois aller travailler. Je t'ai déjà tout expliqué, tu te rappelles ? »

Elle hocha la tête, puis elle lui tendit une petite peluche ; une sorte d'animal qui balançait entre l'ours et le chien, je n'en étais pas sûre.

« Tiens, comme ça tu seras pas tout seul quand tu seras là-bas ».

Raffael saisit la peluche et adressa un sourire à Sacha.

« Merci, ma grande. Je penserai à toi très fort comme ça ».

Elle lui sauta au cou et il la serra dans ses bras. Puis elle s'écarta et il déposa un baiser sur sa joue. Je demandai à Sacha d'aller jouer dans sa chambre et accompagnai Raffael jusqu'à la porte.

« Avec vous, j'ai à chaque fois l'impression de partir pour des mois », dit-il. « Alors qu'en fait, ce n'est que pour une semaine ».

« Ce qui me pose problème, ce n'est pas combien de temps tu pars, mais combien de temps au total tu restes loin de nous. Et tu es plus souvent absent que présent ».

« Je suis désolé, mon amour, je… »

« Chut… coupai-je. Ce n'est rien, ça va aller ».

Il posa alors sa main sur mon ventre et approcha son visage du mien.

« Promets-moi de prendre bien soin de toi, d'accord ? » dit-il

« C'est promis ».

« Je t'appellerai tous les jours pour prendre de tes nouvelles. Si quelque chose ne va pas, si tu as un quelconque problème, je saute dans le premier train pour venir te rejoindre ».

Je laissai échapper un petit rire attendri.

« Tout va très bien se passer, fais-moi confiance. Ce n'est pas comme si j'étais toute seule… »

« D'accord, mais on ne sait jamais ».

« Arrête donc de dire des bêtises et dépêche-toi, tu vas rater ton train… »

Je forçai un sourire et l'embrassai longuement ; puis il s'en alla et je refermai la porte derrière lui. Je m'affalai ensuite sur le canapé et fondis en larmes : les adieux, c'était décidément la partie que j'aimais le moins…

« Pourquoi tu pleures, maman ? »

« Pour rien, mon ange. Pour rien ».

« T'es triste ? »

« Non, ça va aller ».

Je m'en voulais de me laisser aller de cette façon devant Sacha, moi qui ne voulais rien laisser transparaître…

« Il va revenir bientôt papa, on dit ? »

« Oui, très bientôt ».

Elle monta sur le canapé à côté de moi et vint enrouler ses bras autour de mon cou ; je la serrai contre moi.

« Pleure pas, maman. Tu sais, les grandes filles elles pleurent pas ».

Je souris. Tiens, elle avait retenu les leçons de Robyn… Je caressai son petit visage angélique et embrassai sa joue.

« Je t'aime, mon bébé ».

Elle s'allongea, la tête sur mes cuisses et je caressai ses cheveux jusqu'à ce qu'elle s'endorme paisiblement. Sacha m'aidait sans aucun doute à tenir le coup. Elle et le petit être qui grandissait en moi. Non, décidément, je n'étais pas seule ; et je devais être forte pour ceux qui dépendaient de moi.

Environ une heure plus tard, je reçus un SMS de Raffael qui disait la chose suivante :

Mon cœur se noie de tristesse et de désespoir ; ses cris sont aussi déchirants que la plainte du loup qui hurle à la lune. Loin de toi il s'essouffle, se fatigue à battre pour me maintenir en vie, mais il n'aspire qu'à une chose : retourner entre tes mains, car c'est là qu'est sa place. Il t'appartient à tout jamais. Je t'aime.

Je souris, à la fois heureuse et bouleversée. J'entrepris de lui répondre.

Sa place est bien gardée et j'attends son retour avec impatience. Prends soin de toi, mon amour. Je t'aime.

Message envoyé.

*

La situation s'était régularisée. Raffael était toujours absent pendant la semaine et quand il était là, nous passions des week-ends merveilleux. C'était toujours aussi difficile pour moi de devoir le quitter le dimanche après-midi, mais bon… j'essayais de relativiser ; de me dire que cette situation ne durerait pas éternellement et puis que de toute façon, Genève ce n'était pas si loin que ça… En parallèle, ma grossesse se passait très bien ; j'avais mis tout le monde au courant. Pour ma mère, j'étais devenue une sorte de déesse de la fertilité à qui elle faisait des offrandes quotidiennes, alors que Raffael était devenu à ses yeux le père, le mari et le gendre idéal… D'un autre côté, j'avais relancé les espoirs de Greg pour qui j'incarnais la chance de voir arriver un garçon à qui il pourrait transmettre tout son pseudo savoir… Une idée qui n'était pas pour me rassurer, d'ailleurs. Quant à Sacha, et bien… elle était mon petit rayon de soleil. Elle était très excitée à l'idée d'avoir bientôt un bébé de qui elle pourrait s'occuper, et à la fois très intriguée qu'il puisse y avoir quelque chose dans mon ventre… Bref, bien que je me sois plus ou moins fait à cette situation, elle laissait tout de même perplexe certaines de mes amies.

« Il faut que je revoie ma façon de faire », dit Clara. « Je crois que je fais fuir les hommes ».

Elle but une gorgée de vin et leva pensivement les yeux vers le plafond. Nous étions plus ou moins installées, Diane, Angie et moi, dans l'appartement qu'elle venait de louer. Elle avait réquisitionné notre aide pour emménager, mais pour l'instant notre rôle s'était limité à nous asseoir où nous pouvions et boire une bouteille de vin (de l'eau pour moi, bien évidemment…) Le tout en écoutant Clara se lancer dans de grands discours philosophiques sur le sens de sa vie et surtout sur le rôle qu'y jouaient les hommes…

« Je suis sûrement trop indépendante, je ne sais pas. Ou trop dominante. C'est ça, en fait : je leur fait peur ».

Je lançai un regard intrigué à Angie qui était sur une chaise derrière moi. En ce qui me concerne, j'étais assise par terre sur un coussin, à ses pieds. Elle m'adressa un petit sourire.

« Mais non, tu ne leur fais pas peur, enfin ! » dit Diane sur un ton qui se voulait rassurant.

« Alors quoi ? Regardez, je suis la seule ici à ne pas avoir de vie privée ! Il y a bien un problème quelque part, non ? »

« Je n'ai pas de vie non plus », protesta Angie. « Je sors avec Greg. C'est une vie, ça ? »

J'éclatai de rire et secouai la tête.

« Certainement pas ! » m'exclamai-je.

« Parce que ta vie à toi est meilleure, peut-être ? » demanda Diane sur un ton qui ôta immédiatement tout sourire de mes lèvres.

Je la regardai en fronçant les sourcils, tout comme Angie et Clara, d'ailleurs. N'avait-elle pas compris que je plaisantais ? Avais-je dit quelque chose de mal ?

« Euh… non, je n'ai pas dit ça » dis-je doucement.

« Ah, tant mieux, parce que franchement, ce n'est pas ta vie que j'envierais le plus », dit-elle.

Je ne cherchai même pas à savoir pourquoi elle disait ça. En fait, je crois plutôt que je le savais très bien, mais que je ne voulais pas l'entendre le dire. Une femme enceinte avec un enfant à charge qui passe quatre-vingt pour cents de son temps toute seule parce que son mari travaille à l'étranger. Ce n'était pas folichon, c'est vrai, mais il y a bien pire ! Elle, elle avait un ex mari en prison, ce n'était pas mieux ! Aussi, je me contentais de dire :

« Chacun sa merde ».

« Si tu le dis… »

Elle fixa le sol, pensivement, sans rien dire.

« Est-ce que ça va ? » lui demanda Clara.

« Hum ? Oui, oui. Enfin, non, pas vraiment en fait. Excuse-moi, Alex, mais ma vie est en train de partir en sucette et j'avais besoin de sentir qu'il y avait pire que moi… »

Je haussai un sourcil.

« Contente d'avoir pu te soulager. Tu as envie d'en parler ? »

Elle eut l'air hésitant puis tendit son verre à Clara, la priant de le remplir de vin. Quand ce fut fait, elle en but une grosse gorgée.

« C'est Arthur », commença-t-elle.

Arthur était son compagnon depuis à présent deux ans.

« Il ne s'entend pas bien du tout avec les enfants. Il a surtout un problème avec Kévin qui le rejette complètement. Il n'arrête pas de répéter qu'il n'est pas son père et… tout ça met Arthur mal à l'aise. Du coup, il essaye d'autant plus de faire jouer son autorité et j'avoue que ça ne me plait pas trop… Sans oublier que ça affecte notre vie de couple. Y compris ce qui concerne euh… en ce qui concerne le euh… »

« Le sexe ? » termina Angie.

« Voilà ».

Nous la regardâmes toutes en silence. Personnellement, je ne savais pas quoi lui dire. Elle trouvait vraiment que ma situation était pire que la sienne ?

« Greg est peut-être un cas pathologique, mais au moins je n'ai pas de problème de ce côté-là », dit Angie.

Nous rîmes, ce qui apaisa un peu le malaise qui s'était installé après la confession de Diane.

« Moi non plus je n'ai pas de problème de ce côté-là », dis-je à mon tour.

« Ah oui ? » demanda Diane, l'air sincèrement étonnée.

« Oui, pourquoi ça te surprend ? »

« Pour rien. Ne le prends surtout pas mal, mais de nous quatre, tu es quand même celle qui est en couple depuis le plus longtemps, alors… »

« Alors quoi ? ça ne change rien ».

Diane semblait hésitante. Elle avait peut-être peur de me dire quelque chose de mal et de me mettre en colère, je ne sais pas. Elle but une autre gorgée de vin et fixa ses yeux sur moi à nouveau, alors que les regards de Clara et Angie passaient de Diane à moi, comme si elles suivaient un match de tennis.

« Non, mais… enfin, ne me dis pas que vous êtes aussi actifs de ce côté-là qu'au début de votre relation ! » dit Diane.

« J'admets qu'on ne fait pas l'amour aussi souvent qu'autrefois, mais on le fait régulièrement ! »

Elle haussa les épaules. Elle avait tout à fait raison, évidemment. L'attraction animale, passionnelle de nos débuts s'était un peu atténuée, ce qui est normal. Il était loin le temps où nous faisions l'amour plusieurs fois par jour, mais je n'étais pas insatisfaite pour autant, loin de là !

« Et comment vous faites maintenant qu'il est loin toute la semaine ? » demanda Clara.

« Bah le week-end ».

« ça ne doit pas être facile ».

« Non, mais ça peut aller. On sait se contrôler, tout de même ! »

« Oui, toi tu sais », dit soudain Diane.

Je tournai vivement la tête vers elle et la fixai intensément les sourcils froncés. Qu'est-ce qu'elle insinuait exactement ? Quoi qu'il en soit, je sentais déjà que je n'allais pas aimer ça.

« Et Raffael aussi sait se contrôler », affirmai-je.

« Tu ne peux pas en être sûre », insista Diane. « Réfléchis bien : vous êtes mariés depuis sept ans : problème de routine. Vous avez un enfant : problème de responsabilités. Vous êtes éloignés l'un de l'autre : problème de disponibilité. Tu es enceinte : futur problème de silhouette. Il est loin toute la semaine, rien ne l'empêche de fricoter avec la jeune secrétaire sexy, tu n'as aucun moyen de l'apprendre… »

Je la regardai bouche bée.

« Elle n'a pas tort », souligna Clara. « C'est un homme ».

Je tournai la tête vers elle, une expression hautement agacée sur le visage. J'en avais ras le bol de ses commentaires sexistes, pseudo féministes ou que sais-je. C'était horrible de me dire une chose pareille en sachant que j'étais déjà assez affectée par son éloignement !

« Arrêtez vos conneries », intervint Angie à ma place. « Raffael n'est pas comme ça ; il ne ferait jamais rien qui puisse blesser Alex ! »

« On croit toujours ça jusqu'au jour où on apprend qu'on a été trompée », insista Clara.

Ça y est, elle avait prononcé le mot. "Trompée". C'était bel et bien le risque que j'encourrais : être trompée. Les arguments de Diane étaient parfaitement recevables dans tous les cas… Angie posa sa main sur mon épaule et je poussai un soupir.

« Non, Raffael serait incapable de me faire une chose pareille », dis-je résolument. « Et s'il le faisait, il n'arriverait pas à me le cacher ; il serait très vite rattrapé par sa conscience ! »

Clara m'adressa un regard compatissant qui eut le don de m'énerver. Non, Raffael était fidèle, j'en étais sûre. Je n'avais aucune raison de ne pas lui faire confiance. En réalité, il avait plus de raisons de douter de moi que moi de lui : il savait que j'avais déjà été infidèle… Pas à lui, certes, mais il savait que j'en étais capable. Aussi, je lui étais reconnaissante pour sa confiance, et je n'avais aucune raison de ne pas lui accorder la mienne. Malgré tout, cette idée fit son petit bonhomme de chemin dans ma tête, et quand je l'eus au téléphone le soir même, je dus lui sembler un peu préoccupée.

« Alors, comment tu vas ? » demanda-t-il.

« Bien ».

« Tant mieux. Tu as passé une bonne journée ? »

« Oui… »

« Et Sacha ? »

« ça va ».

Il y eut un silence.

« Chérie, qu'est-ce qui ne va pas ? »

« Rien, tout va bien ».

« Tu es fâchée contre moi ? »

« Non ! »

Il resta silencieux quelques instants. Il ne manquerait plus que je lui demande sans détour s'il me trompait. Ce serait le comble ! Je suis sûre qu'il le prendrait mal et il aurait raison ; j'étais censée lui faire confiance !

« Raffael, est-ce que je te manque ? »

« La question ne se pose même pas ! Bien sûr que tu me manques ! »

« D'accord, mais je veux dire… sexuellement ».

« Oui, sur tous les plans ».

Je fis une pause ; j'avais peur qu'il ne se doute de la nature de mes inquiétudes si je ne posais pas les bonnes questions… Aussi, je préférai en rester là.

« On se voit demain, alors ! » dis-je plus enthousiaste.

« Oui, demain. Tu n'as pas besoin de venir me chercher à la gare ; inutile de te déranger. Je prendrai un taxi et on se retrouve directement à la maison, d'accord ? »

« Si tu veux ».

« A demain, mon cœur. Je t'aime ».

« Je t'aime aussi ».

Il raccrocha.

*

Je versai un peu de shampoing dans ma paume et frottai la tête de Sacha. Nous étions toutes les deux dans la baignoire que j'avais remplie d'eau moussante et je lui donnais son bain. Elle chantonnait doucement en jouant avec la mousse qui la recouvrait pratiquement jusqu'au cou.

« Frottez, frottez, frottez », fredonnait-elle.

Je lui mis un peu de mousse sur le nez et elle rit, s'essuyant vivement avec ses mains mouillées, ce qui ne fit qu'empirer les choses. Je ris à mon tour. Puis elle se redressa, pris un peu de savon et me l'étala sur les épaules.

« Il faut te laver », dit-elle. « Tu va être toute propre comme ça. Voilà ! »

« Merci ma petite puce », dis-je en la saisissant par la taille pour l'attirer contre moi. « Fais-moi un gros câlin ».

Elle enroula ses bras autour de mon cou et je la serrai contre moi avant de déposer un baiser sur sa petite épaule.

« Maman ? Il va venir quand le bébé ? »

« Oh, dans plusieurs mois », répondis-je en caressant délicatement sa joue.

« C'est combien plusieurs mois ? »

« C'est dans longtemps. Il faut d'abord que j'aie un gros gros ventre ».

Elle poussa un petit cri d'admiration.

« Gros comme ça ? » s'exclama-t-elle en écartant les bras.

« Oui ! Gros comme ça ! »

« Wow ! Et quand le bébé il viendra, tu vas beaucoup l'aimer ? »

« Oui, bien sûr ! »

« Oh, ça veut dire que moi tu vas plus m'aimer ? »

Elle afficha une petite mine triste qui me fit de la peine. C'était son petit air renfrogné qui avait le don de m'attendrir…

« Mais oui, je vais t'aimer, mon ange. Je t'aimerai toujours ; tu es mon bébé à moi ».

« Tu vas nous aimer tous les deux, alors ? »

Elle avait l'air surprise. Je savais que tôt ou tard, elle me poserait ce genre de questions ; c'était inévitable, elle voulait savoir. Je cherchai donc un moyen efficace pour lui expliquer qu'on pouvait aimer très fort plusieurs personnes à la fois.

« Oui, je vais vous aimer tous les deux la même chose. Tu sais, trésor, maman elle a trois cœurs. Un pour toi, un pour le bébé, et un pour papa. Et ils battent tous les trois très très fort ».

« Pour papa aussi ? »

« Oui, pour papa aussi ».

Elle eut l'air satisfaite de mon explication, ce qui me soulagea. J'avais peur de ne pas réussir à la rassurer sur mon amour pour elle, et la dernière chose que je voulais, c'était qu'elle se sente à l'écart une fois que le bébé serait là.

Je rinçai ses cheveux et lui essuyai le visage avec de l'eau non savonneuse.

« Hé, ça te dit un chocolat chaud et un petit gâteau ? » demandai-je avec enthousiasme.

« Ouais ! » s'exclama-t-elle en sautillant.

« Génial, alors on y va ! »

Je sortis de la baignoire, enroulai un linge autour de ma poitrine et la fis sortir à son tour avant de l'emmitoufler dans son petit peignoir rose clair.

*

Vendredi, fin d'après-midi. J'attendais Raffael avec grande impatience. J'avais baissé tous les stores pour cacher la lumière faible et pâle de la fin du jour et avais allumé quelques bougies pour créer une ambiance romantique. J'avais déposé Sacha chez ma mère une heure plus tôt pour avoir le temps de tout préparer. Enfin… il n'y avait pas grand chose à préparer ; je n'avais rien fait pour le dîner. Non, ce soir, tout ce que je voulais, c'était faire l'amour. Je voulais faire l'amour comme nous avions l'habitude de le faire quelques années auparavant. Je voulais qu'il voie que j'étais encore capable de lui sauter dessus, toujours opérationnelle, et bien plus performante que n'importe quelle jeune poufiasse qu'il pouvait avoir envie de s'envoyer. Oui, je l'avoue, cette histoire d'infidélité éventuelle me trottait encore dans la tête. Je n'en étais pas fière, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. J'avais soudainement commencé à douter de moi, de mes capacités à le satisfaire sexuellement…

Je me trouvais donc vêtue d'une robe de chambre sous laquelle j'étais entièrement nue (inutile de s'encombrer de dessous sexy, cette fois), je m'étais faite belle, et je n'attendais que le retour de mon cher mari adoré.

Il arriva enfin. J'entendis la porte d'entrée s'ouvrir, puis claquer.

« C'est moi, je suis là ! » s'exclama-t-il. « Qu'est-ce que… ? »

Il regarda autour de lui, l'air légèrement surpris. Voilà : il y a quelques années, ce genre de mise en scène ne l'aurait pas surpris. Ses yeux se posèrent alors sur moi et il fronça légèrement les sourcils avec un petit sourire.

« Salut, toi », dit-il.

« Salut… »

Je m'approchai de lui lentement, sans jamais détacher mes yeux des siens, et quand j'arrivai à sa hauteur je lui sautai dans les bras. Il me serra au niveau de la taille et mes pieds quittèrent le sol. C'est alors que je collai mes lèvres aux siennes et l'embrassai fougueusement. Puis ma bouche se détacha de la sienne et je couvris son cou de baisers ardents, respirant lourdement, comme en proie à un intense plaisir. Je lui enlevai également son veston et ôtai sa chemise de son pantalon, faisant glisser mes mains sur sa peau douce et chaude.

« Alex… calme-toi », murmura-t-il.

« Tu m'as tellement manqué, Raffael ! J'ai envie de toi ! J'ai envie de toi tout de suite ! »

Je décrochai le bouton de son pantalon, ainsi que tous ceux de sa chemise. J'embrassai son torse avec insistance et mordillai son téton gauche. Puis je fis glisser mes mains le long de son dos et elles terminèrent leur course sur ses fesses que je serrai. Le pauvre semblait un peu dépassé par les événements, mais je n'y prêtai pas attention.

« Hum… qu'est-ce que tu es sexe, chéri… » glissai-je au creux de son oreille. « Tu me rends complètement folle ».

Complètement folle, oui, c'était le cas de le dire. Je défis le nœud de ma robe de chambre et l'ouvris, laissant apparaître ma nudité. Il me regarda fixement, semblant flotter entre le désir et l'incompréhension. Et plus il semblait perturbé, plus j'avais envie de lui montrer de quoi j'étais capable… Je saisis ses mains et les posai sur mes seins. Il les y laissa sans broncher et les massa délicatement, avant de descendre lentement le long de mes flancs, sur mes hanches, descendant doucement mais sûrement vers mon entrejambe qu'il caressa. J'émis un gémissement de plaisir et il m'attira contre lui.

« Hum… Raffael… tu m'excites… »

Je m'emparai à nouveau de ses lèvres et le gratifiai d'un énième baiser passionné. J'étais sur le point de faire descendre son pantalon quand il agrippa mes bras fermement.

« Chérie, attends… »

Attends ? Comment ça, attends ? Je fus coupée dans mon élan par cette petite intervention et je stoppai net, les yeux fixés sur lui.

« Quoi ? » demandai-je sèchement.

« Je peux savoir ce qui t'arrive ? »

« Comment ça, ce qui m'arrive ? Tu n'as pas envie de faire l'amour ? »

« Oui, mais je voudrais d'abord comprendre pourquoi tu agis comme ça. Ce n'est pas dans tes habitudes de me sauter dessus comme une chatte en chaleur ».

« Bien sûr que si. Je le faisais avant ».

Il fronça les sourcils.

« Ah non, pas que je me souvienne, non ».

Il caressa mon visage avec le dos de la main et je baissai les yeux.

« Tu as toujours été si douce, chérie… » ajouta-t-il. « Je ne suis pas contre le fait d'y aller avec un peu plus de poigne, mais… Je te connais trop bien pour savoir que tu n'agis pas comme ça dans le simple but de révolutionner nos rapports. Dis-moi ce qu'il y a ».

Je soupira et fermai ma robe de chambre.

« Oh, c'est juste que… j'ai l'impression que notre vie sexuelle a changé depuis la naissance de Sacha ; ce n'est plus pareil qu'avant. Et puis on ne fait plus l'amour aussi souvent ; qui plus est, je suis enceinte, je vais à nouveau devenir obèse, et… toutes ces choses font que je perds confiance en moi. J'ai l'impression que je ne te satisfais plus ».

Il arbora une expression contrariée et déposa un baiser sur mon front.

« Tout d'abord, laisse-moi te dire que si on ne fait plus l'amour aussi souvent, c'est parce que je suis absent toute la semaine. Parce qu'avant que je parte, on avait des relations trois à quatre fois par semaine, ce que je trouve plutôt raisonnable ».

Je haussai les épaules.

« Bon. D'accord, je veux bien t'accorder ça… »

« Ensuite, tu ne vas pas ''devenir obèse'' comme tu dis. Chérie, on a déjà eu cette conversation quand tu étais enceinte de Sacha et je te répète ce que je t'ai dit à l'époque : pour moi, tu seras toujours magnifique, gros ventre ou pas. D'accord ? »

Je hochai doucement la tête. Je me sentais un peu stupide, à vrai dire ; j'avais effectivement montré les mêmes inquiétudes lors de ma première grossesse : la peur de ne plus être assez désirable pour le séduire…

« Pour finir », poursuivit-il, « sache que tu me satisfais amplement. Tu me procures un plaisir incroyable ; tu es à la fois tendre, inventive, fougueuse, sensuelle… Et tu es toujours là quand j'en ai envie ; tu ne t'es pratiquement jamais refusée à moi. Que demander de plus ? »

J'esquissai un petit sourire ; ce qu'il disait était vrai et je me sentais incroyablement rassurée. Je m'en voulais même d'avoir écouté Diane et Clara, ces idiotes qui avaient réussi à me faire douter de moi. Toutefois, une inquiétude persistait.

« D'accord, mais si jamais tu rencontrais une jeune et jolie Genevoise, que tu te laisses séduire et que tu couches avec elle parce que tu ne supportes pas de devoir t'abstenir, hein ? »

Il soupira et passa sa main dans ses cheveux, l'air très fortement contrarié. Je commençais à douter du bien fondé de cette conversation, mais rester dans l'ignorance était pour moi mille fois pire que de savoir.

« Je savais que ça arriverait », dit-il.

« De quoi tu parles ? »

« Je savais qu'à un moment ou un autre tu allais te mettre à suspecter des infidélités. C'était inévitable, étant donné le temps qu'on passe loin l'un de l'autre. Cela dit, j'avais espéré que peut-être tu me ferais assez confiance pour ne pas te laisser abuser par des idées pareilles ».

J'agrippai vivement son avant-bras, comme effrayée à l'idée qu'il puisse disparaître sur le champ.

« Je te fais confiance », dis-je. « Je ne t'ai jamais cru capable de me tromper. C'est Diane et Clara qui m'ont mis cette idée dans la tête… excuse-moi. Mais tu as raison ; que je me pose des questions était tout de même inévitable. Parce que je ne sais pas ce que tu fais quand tu es à Genève ».

Il m'adressa un regard en coin et poussa un profond soupir avant de me prendre dans ses bras. Il me serra fort contre lui et je déposai un baiser sur sa joue.

« Alex… la plus jolie de Genevoises ne sera jamais assez belle pour que j'aie envie de te tromper avec elle », murmura-t-il au creux de mon oreille.

Mon cœur se mit à tambouriner violemment contre ma poitrine et je m'écartai pour le regarder en face. Son regard était chargé de tendresse et je pouvais y lire l'amour et la sincérité. J'embrassai le bout de son nez et il me sourit. Puis il défit le nœud de ma robe de chambre et me l'ôta ; elle tomba mollement sur le sol avec un petit bruit étouffé. Il appuya son front contre le mien et encercla mon corps nu de ses bras, me saisissant par la taille.

« Tu es ma déesse », murmura-t-il. « A-côté de toi les autres femmes, aussi belles soient-elles, me semblent fades et sans aucun intérêt. Chérie, je voudrais tellement que tu te voies à travers mes yeux… ça te ferait prendre conscience d'une chose : tu es parfaite ».

Je l'embrassai avec passion et il me souleva, passant son bras droit autour de ma taille et son bras gauche sous mes genoux. Après quoi nous finîmes la nuit dans notre lit…

*

« Sacha, viens manger ton goûter ! » appelai-je.

Ma fille se précipita dans la cuisine et grimpa sur une chaise.

« On mange quoi ? »

« D'abord tu vas manger ces morceaux de fruits que j'ai coupés tout spécialement pour toi, et puis si tu finis tout tu auras droit à un morceau de gâteau au chocolat ».

« D'accord, je vais tout manger, regarde ! »

Elle se mit à dévorer les petits morceaux de fruits sous mon regard amusé. Nous étions le mercredi après-midi suivant et j'avais pris congé pour rester avec Sacha, car la personne qui restait d'ordinaire avec elle – a savoir, ma mère, pour ne pas la nommer – était indisposée. Aussi, j'avais dû faire un petit sacrifice… c'était aussi ça, le rôle de parent. Sans oublier que Marc avait été très compréhensif, comme à son habitude.

« J'ai tout fini ! » s'exclama Sacha, la bouche encore pleine.

« Bravo, mon ange. Tu l'as bien méritée ta part de gâteau ».

Elle m'adressa un sourire satisfait et je lui coupai un petite tranche du cake au chocolat que j'avais préparé le matin même. Je m'assis en face d'elle et la regardai manger avec appétit. Je ne pus m'empêcher de me dire qu'elle était à croquer. Oui, c'est vrai qu'une mère trouve rarement ses enfants moches, mais Sacha était une parfaite synthèse de ce qu'il y avait de mieux chez moi et Raffael, et je la trouvais belle comme un cœur.

« Maman, j'ai fini de manger ! » dit-elle après avoir enfourné le dernier morceau dans sa petite bouche.

« C'était bon ? »

Elle hocha la tête vigoureusement et je ne pus m'empêcher de rire. Je saisis une serviette et lui essuyai son visage et ses mains recouverts de chocolat.

« Voilà, tu peux aller jouer, maintenant ».

Je la regardai sauter de sa chaise et se précipiter en direction de sa chambre. Quant à moi, je demeurai dans la cuisine, partagée entre l'envie de manger un morceau de gâteau et de mordre dans une belle pomme. Le choix était cornélien, mais j'optai finalement pour le chocolat. Je n'en avais pas encore pris une bouchée quand je vis Sacha revenir dans la cuisine, une Barbie dans une main, et un morceau de tissu dans l'autre.

« Maman, j'arrive pas », dit-elle en me tendant le jouet à demi nu. « Tu peux m'aider à l'habiller ? »

Je soupirai, et consentis finalement à saisir la poupée et son vêtement. J'enfilai donc son corps bien trop svelte dans sa robe d'été rikiki, ce qui ravit ma fille.

« Merci ».

Elle tourna les talons et quitta la cuisine, et c'est à ce moment-là que la sonnette de l'entrée retentit. Je jetai un regard en biais à la tranche de gâteau à laquelle je n'avais pas eu le temps de toucher et me levai péniblement. La sonnette retentit à nouveau.

« Maman ça sonne ! » cria Sacha depuis sa chambre.

« Oui, bon, ça va… » marmonnai-je dans ma barbe.

Je me dépêchai donc d'aller ouvrir. Aussitôt, je lâchai un petit cri de surprise et portai ma main à ma bouche.

« Mon Dieu, Raffael, mais qu'est-ce que tu fais ici ? »

Il m'adressa un petit sourire en coin et je jetai un coup d'œil à son sac qui était suspendu à son épaule droite.

« Je rentre à la maison », dit-il.

Il entra et je fermai la porte derrière lui.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« J'ai quitté mon poste à Genève ».

« Tu es sérieux ? Mais enfin, Raffael, tu adores…»

Il saisit mon visage, me forçant à m'interrompre.

« C'est fini, je ne te quitterai plus désormais. Je ne ferais plus jamais rien qui puisse te rendre malheureuse, mon amour. Je veux être là pour toi chaque jour ; te soutenir pendant ta grossesse et profiter un maximum de Sacha ».

Je lui adressai un sourire radieux et lui sautai dans les bras. J'étais plus heureuse que je ne l'aurais voulu, mais c'était plus fort que moi : mon égoïsme m'avait rattrapée.

« Le fait que tu m'aies dit que tu avais peur que je te sois infidèle a été la goutte qui a fait déborder le vase : notre couple était réellement en danger. Mais tout va rentrer dans l'ordre, maintenant », ajouta-t-il.

« Et pour ton travail ? »

« Ne t'inquiète pas pour ça. Je me suis arrangé avec mon patron qui veut bien que je récupère mon ancien poste ici à Paris. Je ne serais pas aussi bien payé, mais ça me convient largement puisque je serai à tes côtés tous les jours ».

Je collai mes lèvres aux siennes, ignorant encore comment exprimer toute la joie que j'éprouvais à ce moment-là.

« Papa, t'es là ! » s'exclama soudain Sacha qui venait de faire irruption dans le salon.

Elle couru vers nous et je lâchai Raffael pour qu'il puisse la prendre dans ses bras.

« Tu vas plus partir ? »

« Non. Je reste ».

« Ouais ! »

Raffael serra Sacha contre lui et je posai sur les deux amours de ma vie un regard attendri.

*

« Vas-y, dis-lui », dit Raffael.

« Non, je t'en prie, à toi l'honneur », répondis-je.

« Quoi, quoi, me dire quoi ? » s'impatienta Greg.

La plupart des regards étaient tournés vers Raffael et moi. Nous étions tous réunis chez Greg (qui avait l'appartement le plus grand) pour fêter le trente-septième anniversaire d'Angie. A cette occasion, tous ses amis et leur famille étaient réunis. Mon frère avait d'ailleurs du mal à rester tranquille en voyant Sacha et Eloïse gambader un peu partout dans son chez lui, risquant de casser une de ses précieuses babioles… Tout ce que j'espérais, c'était qu'elles ne tombent pas sur sa collection de pornos…

Raffael fit durer le suspens encore un peu pour faire languir mon frère.

« Alex a passé une échographie ce matin », dit-il.

Le visage de Greg s'affaissa, ce qui me fit rire.

« Wow, mais c'est trop génial », dit-il sur un ton très ironique. « Mais sérieusement, ça ne m'intéresse pas ».

« Attends, je ne t'ai pas encore tout dit ».

« Quoi, il lui ont aussi fait un prélèvement d'urine ? Assez de suspens, racontez-moi tout ! »

Je lui donnai un coup de pied sous la table et il poussa un petit grognement de douleur. Cela dit, je ne pouvais pas m'empêcher de rire, car je savais parfaitement quelle serait sa réaction quand Raffael lui annoncerait la nouvelle ».

« Alex et moi on va avoir un garçon », dit-il enfin.

Le visage de Greg se figea et son expression changea perceptiblement, passant du scepticisme agacé à l'émotion, en passant par la gaieté. Il leva les bras en l'air et poussa un cri de joie.

« Merci mon Dieu de m'envoyer enfin un successeur ! »

« C'est vrai, alors, vous allez avoir un garçon ? » demanda Angie.

« Et oui », dis-je en posant la main sur mon ventre arrondi. « Il semblerait que ce petit ait un pénis ».

« Ah oui, alors. C'est bien un garçon », dit-elle en hochant la tête.

« Et comment vous allez l'appeler ? » demanda Diane, que j'avais bien sûr pardonnée d'avoir suggéré que mon mari était infidèle…

« On s'était arrêtés sur Max », répondis-je.

« J'aime bien », dit Angie.

« Hum… Max Eidelbach… » dit Greg pensivement, en se grattant le menton. « Vous ne trouvez pas que ça fait un peu trop… allemand ? »

Raffael fronça les sourcils.

« Parce que tu voudrais que ça fasse quoi ? Chinois ? » dit-il.

« Euh… non, mais pourquoi pas français ? »

« Laisse tomber, Greg », priai-je. « De toute façon, quel que soit le nom que tu colles avec Eidelbach, ça sonnera toujours allemand… mais on s'y habitue ».

Raffael passa son bras autour de mes épaules et déposa un baiser sur ma tempe.

« Si tu le dis… Maximus et Gregorius… Maximator et Greginator… je viens de trouver mon nouveau copilote ! »

« Tu oublies Gregounet et Maxounet », intervint Angie.

Mon frère lui lança un regard noir, puis il se tourna vers moi pour dire quelque chose, mais au moment où il ouvrit la bouche, je l'interrompis.

« Ecoute-moi bien, pauvre crétin. Si tu essayes de corrompre mon fils avec tes préceptes à la con, je te préviens : je t'arrache les tripes et je t'en fais un collier, c'est compris ? »

« Mais quelle violence ! Eidelbach, tu devrais tenir ta femme ! »

« C'est toi que je vais tenir… pendant qu'elle t'arrache les tripes ».

Greg grimaça, et nous changeâmes aussitôt de conversation. Cette dernière dévia alors sur une potentielle nouvelle conquête de Clara qui semblait être, selon ses dire, apprivoisable. Qu'elle ne vienne pas se plaindre après parce qu'elle fait peur aux hommes !

Après le dîner, je sortis prendre un peu l'air sur la terrasse, et, surtout, j'avais besoin de me dégourdir les jambes qui prenaient un coup de rouille à force d'être assise… Je m'appuyai sur la rambarde et regardai au loin. Ce crétin avait trouvé un moyen d'acheter un appartement avec vue sur la tour Eiffel (enfin… on en voyait un petit bout), et je ne savais toujours pas ce qu'il faisait pour gagner sa vie.

Soudain, je sentis les bras de Raffael autour de ma taille et ses lèvres se posèrent sur mon cou. Je frissonnai.

« Pourquoi tu t'isoles ? » murmura-t-il.

Je me tournai pour lui faire face et lui adressai un large sourire.

« J'attendais que tu viennes me rejoindre », répondis-je.

Il se pencha et déposa un léger baiser sur mes lèvres. Il était là. ça faisait à présent une semaine qu'il avait repris son travail dans son cabinet à Paris, mais j'avais toujours du mal à réaliser qu'il était bien là, avec nous ; que ce n'était pas un rêve…

« Maman, Papa, regardez ce que tonton Greg m'a appris ! »

Raffael se tourna légèrement, et nous regardâmes Sacha tendre la peau de son visage pour former une grimace hideuse.

« Ouh, ça c'est pas beau, chérie », dis-je. « Ton oncle ne peut vraiment pas s'empêcher de répandre la bêtise autour de lui… »

Elle fit demi-tour et repartit par où elle était venue. Raffael plongea alors ses yeux dans les miens et je m'y noyai.

« Je t'aime, Alex », dit-il.

Je lu adressai un regard amoureux et l'embrassai tendrement. C'était incroyable ; on avait vécu tellement de choses depuis le jour où on s'était rencontrés… On avait connu des très hauts, des très bas, mais pas une seule seconde je n'avais cessé de l'aimer d'un amour fou. Un amour dont Sacha et – bientôt – Max étaient les fruits ; un amour qui allait durer, j'en étais certaine, jusqu'à ce que mon cœur ne cesse définitivement de battre.

FIN


Re-Bonjour! Et bien voilà, il semblerait que ce soit fini... J'espère que cette histoire vous a plu et que la fin était à la hauteur de vos espérances (j'aime quand ça fini bien, moi. Pas de ma faute...) Je tiens à vous remercier déjà de l'avoir lue (parce que mine de rien, les visites, ça augmente) et un grand merci à celles qui m'ont laissé des reviews régulièrement (z'êtes trèèès gentils!!)

Désolée de faire de la tartine alors que vos yeux doivent se liquéfier gentiment après ce long chapitre, mais j'ai une petite info à vous transmettre (et je fais un petit coup de pub en même temps^^): J'ai vu que beaucoup d'entre vous appréciaient tout particulièrement le personnage de Greg. Je me dois donc de vous informer qu'il n'est pas une pure invention de mon esprit tordu, malheureusement (ou heureusement, en fait, parce qu'il en tient une couche, quand même...) En réalité, je me suis largement inspirée du personnage de Barney Stinson dans la série How I met your Mother. J'ai d'ailleurs utilisé plusieurs de ses phrases clé, comme "It's gonna be Legendary" ou encore "Suit up", et comme personne ne semble avoir tilté, je me suis dit que vous ne connaissiez pas. Aussi, je me dois de vous en informer^^. Certaines de ses théories débiles (comme la Lemon Law) ont été reprises telles quelles de la série, mais j'en ai inventé d'autres. Donc voilà, si Greg vous a fait rire et que vous en voulez plus, n'hésitez pas à jeter un coup d'oeil à cette série (à regarder uniquement en V.O, sinon c'est nul...)!!

En ce qui concerne les autres personnages, je les ai inventé de toutes parts, rassurez-vous... :-)

Voilà, merci encore, et j'espère vous retrouver peut-être sur une autre de mes fictions!

A bientôt,

Marana