A.L.I.S.S

02

Apprentissage 1

C'est en bougonnant comme un enfant, frustré et insulté que le scientifique ignore ses questions en s'éclatant les tympans avec de la musique rock, que Christopher suivit ce dernier vers la salle de réhabilitation. Ses premiers pas furent semblables à ceux d'un enfant qui se tient pour la première fois sur ses pieds et la distance entre la porte et eux se fit sans qu'il ait vraiment fait autre chose que de s'être laissé trainer par l'homme, qui le soutenait sans mal. Le module A.L.I.S.S devait donc vraiment être léger.

- Je n'avais jamais entendu parler d'androïdes aussi sophistiqués avant… ohé. Louuuuuuvian. Eh ! Fais pas semblant je sais que tu m'entends ! Louvian ! TU FAIS CHIER !!!

Finalement, Christopher croisa les bras et se laissa trainer jusqu'à la salle de réhabilitation, sans rien ajouter. Lorsqu'ils arrivèrent devant la pièce, une porte coulissante les laissa y pénétrer et se referma derrière eux. Là, le jeune homme découvrit un espace incroyablement grand, doté d'une piste de course, d'un mur d'escalade, de diverses machines dont il n'en connaissait pas la moitié, puis, un autre jeune homme. Ce dernier était assis devant l'écran d'un ordinateur et le parcourait du bout des doigts.

- Hoy, Flint ! Ça avance ?

Le garçon, sans quitter l'écran des yeux, leva une main pour saluer brièvement le scientifique et continua de pianoter sans interruption. Louvian retira finalement ses écouteurs, lâchant Christopher, qui s'effondra lourdement sur le sol en poussant un « Ourf ! » qui attira l'attention de l'informaticien. Ce dernier leva de nouveau une main, cette fois-ci, pour pointer l'androïde du bout de l'index alors que de son autre main, il continuait de faire ce qu'il faisait.

- Eh, t'as presque terminé !

Louvian ébouriffa les cheveux du garçon, qui grimaça sans se plaindre davantage de ces manières agaçantes dont il ne pouvait néanmoins pas se passer.

Pendant que tout le monde l'ignorait, Christopher entreprit de se remettre debout, serrant les dents et utilisant ses bras comme balancement. L'espace d'un moment, il se rappela la petite sirène, alors qu'elle se tenait pour la première fois sur deux jambes humaines, vêtue d'une sorte de drap retenu par de la corde. Son accoutrement ne différait pas tant que cela du sien. Lorsqu'il parvint finalement à tenir debout, il laissa ses bras retomber le long de son corps svelte et jeta un regard à la ronde. Le scientifique lui avait dit qu'il maitriserait rapidement les fonctions premières du module mais il avait peine à y croire. S'il avait su se remettre sur ses pieds, il n'avait toujours pas l'équilibre de faire ne serais-ce qu'un seul pas.

L'informaticien toutefois lui fit signe de s'approcher. Christopher fronça les sourcils et resta sur place, le garçon répéta son geste tout en l'appelant.

- Aliss.

Sa voix était rauque et il ne fallait pas être devin pour comprendre qu'il dialoguait peu. Christopher avança le pied et s'effondra de tout son long contre le sol, grommelant sous les éclats de rire de Louvian. L'informaticien poussa ce dernier et vint à la rencontre de l'adolescent, l'agrippant par le bras pour le tirer vers le haut et l'aider à se remettre debout. Lui tenant une main, il l'invita à faire un nouveau pas, le rattrapa après une nouvelle perte d'équilibre et continua de le mener ainsi jusqu'aux côtés du scientifique, qui posa une main sur sa tête dans un geste beaucoup trop paternel à son goût. Flint se remit à pianoter sur son écran, abaissant plusieurs fenêtres. Une réplique 3D de l'androïde apparut à leurs yeux.

Sans demander, l'informaticien agrippa Christopher par la taille et le tira vers lui, étirant un câble qu'il prit entre ses dents, le temps de prendre la main de l'androïde et de la disloquer pour laisser paraitre un minuscule interstice à la place des veines, où il brancha l'USB.

Une nouvelle fenêtre apparut, où il se mit à taper frénétiquement un code de programmation.

- Qu'est ce que tu fais ? demanda tout bonnement Christopher.

- Configuration de l'équilibre, répondit Louvian.

L'adolescent lui jeta un regard noir qui ne lui fit, malheureusement, ni chaud ni froid. Devant ses yeux, le code matrice s'afficha un instant. Affolé, il recula de plusieurs pas, arrachant de fait l'USB de son poignet et Louvian l'applaudit joyeusement.

- Tu vois, je t'avais bien dit que tu apprendrais vite !

- Surtout pas grâce à toi !

Le scientifique éclata de rire et l'adolescent roula les yeux. Puis, il se mit à arpenter la grande pièce après avoir réarrangé son poignet. Maintenant que Flint avait ajusté l'équilibre, il ne doutait plus des capacités d'adaptations d'Aliss. Il repéra un grand miroir et s'en approcha, curieux de voir à quoi il ressemblait maintenant. Son reflet le laissa estomaqué. Il contempla sa longue tignasse dorée, qui lui tombait jusqu'au bas du dos, puis ses grands yeux vert clair. Sa peau de pêche paraissait à s'y méprendre à celle d'un humain. Il remarqua qu'il avait même des empreintes digitales et des grains de beauté. Sa poitrine n'était pas très grosse, et ses hanches plutôt étroites. Il se mit de côté pour regarder la courbe de ses fesses. Les proportions d'Aliss ne sortaient pas trop de l'ordinaire. Elle ressemblait à la moyenne des jeunes filles qui fréquentaient son établissement scolaire.

- Bon, t'as fini de te miroiter, princesse ?

La voix railleuse de Louvian le ramena à la réalité et tout d'un coup, il vit Aliss d'une toute autre manière. Aux premiers abords, il n'avait pas vraiment prit conscience que ce corps, c'était lui. L'information se gravant à son esprit le dégoûta et il se détourna rapidement de la glace.

- À quelle vitesse tu crois pouvoir courir ?

Flint vint se placer aux côtés de son mentor et fit signe à Christopher de venir vers eux. Ce dernier s'exécuta et l'informaticien plaça sur lui divers capteurs. Puis, il lui désigna le point de départ pour le sprint.

- Vas y, ma jolie ! lança joyeusement Louvian.

L'adolescent grommela et se plaça sur la ligne de départ. Lorsque le scientifique lui fit signe, il s'élança sur la piste sans réfléchir et réalisa trop tard que le mur du fond approchait beaucoup trop vite. Il le percuta de plein fouet et le code matrice s'afficha devant ses yeux pendant un moment. Derrière lui, il entendait Louvian se tordre de rire.

- Ça fait quoi, de se prendre un mur à 50 kilomètres heure ?

Christopher se releva et se retourna vers le scientifique pour lui jeter un regard noir qui, comme les précédents, ne firent aucun effet sur leur cible. Il revint vers la ligne de départ en marchant, de peur de ne pouvoir s'arrêter s'il se remettait à courir.

- Fallait me le dire avant !

- C'est toi qui t'es lancé tout seul comme un défoncé. Parlant de défoncer, c'est ce que t'as fait au mur… le patron sera pas content… tu vas devoir t'y habituer et apprendre à régler la vitesse. Dans le futur, on devrait pouvoir te faire gagner 330 kilomètres heures. C'est la vitesse d'une moto super sport.

- Mais t'es malade !

- Recommence. Et cette fois, essais de t'arrêter avant le mur.

Christopher pinça les lèvres et fronça les sourcils, sans bouger.

- C'est pas parce que tu me fais un joli petit minois que tu vas pouvoir t'en sortir. Allez hop.

Flint s'en retourna à son ordinateur et recommença à y pianoter alors que l'adolescent s'élançait à nouveau sur la piste. Il fit attention à ne pas courir trop vite et Louvian poussa un soupir agacé.

- Attends… même moi, je cours plus vite que ça… fais un effort.

- Pour me reprendre le mur en pleine gueule ? Non merci.

- Tu vas devoir t'y faire de toute façon. Reviens par ici.

L'adolescent revint plus rapidement, mais le scientifique n'étant toujours pas satisfait, il lui fit faire quelques allés-retours supplémentaires, jusqu'à ce qu'il finisse par maitriser sa vitesse maximale.

- Tes capteurs ne sont pas la pour rien. Tout le système peut répondre assez rapidement pour que tu ne te casses pas la gueule. Suffit de l'écouter.

- Il ne m'a rien dit le système, la première fois.

- C'est parce que tu es encore trop attaché à tes habitudes d'humain. Là, t'es un androïde.

Christopher se mordit la lèvre et baissa la tête, cachant son visage derrière un rideau de filins dorés. Flint leva les yeux de son écran et après un soupir, il s'approcha de l'adolescent et lui tapota gentiment la tête.

- Pour le moment, fit-il.

- J'ai rien demandé, moi.

- T'aurais préféré le coma, peut-être ? demanda lâchement Louvian.

Les yeux verts se levèrent sur lui. Il ne savait pas. S'il était tout simplement resté comateux, il n'aurait conscience de rien et ça n'aurait pas pu le déranger. Mais d'un autre sens, pouvoir décider, il préférait évidemment être conscient. Toutefois, ne plus être considéré comme un être humain lui faisait froid dans le dos et ce corps dans lequel il était ne lui plaisait pas du tout.

- Et mes parents ?

- Quoi, tes parents ?

- Ils savent que je suis…

- Ils savent que leur fils est dans le coma, coupa le scientifique. Et qu'une équipe de professionnels veillent sur lui. Pour ce qui est du projet Aliss, c'est secret d'état.

Christopher s'efforça de mettre ces songes de côté et de se concentrer sur le moment présent. Ça ne le mènerait à rien de paniquer. Il décida de se jeter au pas de course sur la piste et fut surprit de voir à quel point, à la vitesse à laquelle il allait, prendre la courbe lui était aisé. Il fit un second tour, sans remarquer que Louvian avait quitté son poste pour aller vers l'ordinateur de Flint. Tout à coup, une barrière bondit hors du sol devant l'adolescent et sans même qu'il y ait pensé, son corps se propulsa pardessus. Surpris, il s'arrêta de courir et se retourna vers le scientifique et son informaticien.

- Pas mal, ce coup-ci, tu t'es pas planté. Tu commences à comprendre comment marche le système.

- Mais j'ai rien fait…

- Si t'avais rien fait, tu te serais planté. On appelle ça des réflexes. Ton esprit fusionne bien avec la machine.

Christopher sentit un frisson lui parcourir l'échine. Aliss avait beau être un corps mécanique, il reproduisait à merveille les sensations humaines.

- On va faire une pause. Flint va te montrer ta chambre.

L'informaticien secoua la tête en signe de négation et Louvian fronça les sourcils.

- Bon… Flint te montrera pas ta chambre…

Il soupira et se brancha sur son IPOD avant de faire signe à l'adolescent de le suivre. Ce dernier soupira et s'exécuta, lui emboitant le pas hors de la pièce. Enfin seul, Flint se remit à travailler tranquillement sur ses divers programmes.


P.S. Tout commentaire posé dans mon récit n'est pas nécessairement un indice sur le fond de mes pensées. Entendons-nous sur ce sujet : les personnages sont dotés de leur propre caractère, de leur propres croyances et pour les faire vivre, certes, je me met à leur place. Cela ne signifie toutefois pas nécessairement que je suis d'accord avec tous les propos que vous pourrez voir au cours de l'histoire. Aussi, toute ressemblance avec une personne existante ou ayant déjà existé ne serait que le fruit du plus pur des hasards.

Sur ce, si vous désirez laisser des commentaires, ils seront le bienvenue, dans la mesure du respectable. En effet, cela vous étonnera peut-être, mais je n'écris pas pour me faire lancer des insultes et des pierres, c'est loin d'être mon passe temps favori. Si vous n'aimez pas l'histoire, si vous avez quelque chose contre ma manière d'écrire, voir, contre ma personne tout simplement, faites-vous une faveur et allez lire les projets d'autres artistes. Comme ça, ça évitera les embrouilles, autant à vous qu'à moi. Parce que sachez, chers lecteurs, que si on m'attaque, je mords.

A.L.I.S.S ©Kidann