Et bien, voilà, nous nous retrouvons pour la dernière de Polichinelle (partie one, je le rappelle, ce n'est pas la fin de chez fin, il y aura une SUITE).

Je vous souhaite avec cela une très bonne année 2011, avec tout plein de bonheur, de santé et que tout vous réussisse.

Un merci tout particulier à mes lecteurs qui m'ont gâtée pour Noël. Vous n'êtes pas très nombreux mais vos commentaires m'ont beaucoup touchée et vous m'avez fait fondre comme du chocolat ! Alors merci, merci, MERCI ! J'essaie toujours de faire de mon mieux pour ne pas décevoir, et même si ce n'est pas parfait, je suis contente que Polichinelle (qui en est quand même à son deuxième essai) ait su attirer toute votre attention jusqu'ici.

Je vous promets une deuxième partie qui n'aura STRICTEMENT rien à voir, et tout ce que je peux vous dire, c'est que ce que vous avez vu de Camille, c'est encore rien comparé à ce que vous allez voir d'elle prochainement. Les prologues (il y en a deux) arriveront très bientôt sur FP sous la nouvelle histoire : Polichinelle II - Les Toits de Paris !

Encore un grand merci à vous... et bon épilogue. ;)


Épilogue

– Et voilà, jeunes gens ! Après vous !

Sans flétrir son sourire Colgate, la commerciale ouvrit grand la porte de l'appartement, et laissa entrer un couple d'étudiants dans la pièce principale. Le garçon sourit franchement à la vue de ce qui lui apparaissait déjà comme l'affaire du siècle. Sa copine, en revanche, ôta ses lunettes de soleil d'un air suspect qui fit déglutir leur accompagnatrice. En effet, c'était au moins le dixième appartement qu'elle faisait visiter à ces jeunes gens, et la dixième fois que cette étrange rouquine refusait fermement l'offre qui lui était faite, trouvant tout le temps une dizaine de défauts à déballer de toute sa hauteur.

Sans perdre l'espoir de conclure une location, l'agent immobilier agrandit davantage son sourire vendeur qu'elle adressa à la jeune fille, qui scrutait le salon de son regard perçant, visiblement à la recherche d'un reproche à dire.

– Je me demande bien ce que tu vas trouver comme trucs qui clochent, Camille, ironisa le jeune homme.

– Boucle-la, Ajacier.

– Bien, euh… Nous sommes ici rue Mouffetard, en plein Quartier Latin. Les facultés et autres écoles sont à proximité, comme vous le désiriez. Le salon dans lequel nous nous trouvons a été refait à neuf. Voyez comme c'est clair.

– C'est blanc, commenta Joël, admiratif. C'est simple, mais ça agrandit vachement la pièce, je trouve !

– Oui, c'est ce qu'il y a de mieux si vous voulez mon avis. Qu'en pensez-vous, Mademoiselle ?

– Hmm, approuva l'Espionne, peu convaincue, alors que son interlocutrice sentait sa nuque dégouliner de transpiration.

La commerciale reprit son souffle et les entraîna au bout de la pièce, jusqu'à une porte-fenêtre qui donnait sur la petite rue où se succédaient commerces et cafés. Elle l'ouvrit d'un geste qui se voulait magistral, et guida le couple sur le petit balcon en demi-lune. L'intérêt plus vif de Camille l'encouragea dans son argumentaire et elle mit tout son cœur dans la suite de sa description.

– C'est calme, comme coin ? demanda Joël, qui fixait les bars d'un œil suspect.

– Je dirai vivant, jeune homme. C'est une rue commerçante assez fréquentée, mais elle est réputée pour son animation. Vous avez même des petits commerces de tous les genres juste en bas de chez vous ! Je connais des centaines de personnes qui rêveraient d'habiter dans une rue si pratique et si charmante que la rue Mouffetard !

– Pas possible, ironisa Camille avec mauvaise foi. Et dites-moi un peu, Madame, y a-t-il des marchés dans cette rue ?

– Bien entendu, répondit la dame sans ciller, les primeurs du coin font leur marché tous les matins. Sauf le lundi.

– Intéressant.

La rouquine fronça les sourcils et leva la tête vers les toits de l'immeuble d'en face. Joël comprit aussitôt à quoi elle faisait allusion : les Espions fréquentaient les marchés comme un cinéphile les cinémas. Il crut que c'en était fini pour cet appartement qu'ils commençaient à peine de visiter. Jamais elle n'accepterait qu'ils fussent à si petite portée de Michaël. Mais à sa grande surprise, elle sourit avec satisfaction et annonça à leur guide :

– J'aime ça. On continue ?

Pour l'agent immobilier, c'était une première victoire. N'en croyant pas ses oreilles, elle se hâta de quitter le balcon pour se diriger vers la cuisine. Alors qu'elle se trouvait trop loin pour les entendre, Joël arrêta la jeune Espionne et lui jeta un regard affolé.

– T'es dingue ?!

– Non.

– Les Espions vont squatter sous nos fenêtres tous les jours, et ça ne te fait rien ?!

– S'ils me cherchent, ils me trouveront, répondit Camille, mystérieuse.

Joël ne savait pas ce qui devait l'alarmer le plus : l'éventuelle permanence hebdomadaire des Espions dans la rue où ils allaient peut-être vivre ou l'indifférence de Camille face à cette situation. Nul doute : elle avait quelque chose derrière la tête. Sûrement ses fameux projets qu'elle refusait de dévoiler, ni à lui, ni à son père.

La visite se poursuivit, et Camille reprit ses grands airs ainsi que son scan de l'appartement. La cuisine, modeste mais propre, plut à Joël mais la laissa insensible. Elle bâilla devant la salle de bain qui, pourtant, possédait une magnifique baignoire. Si elle se montra légèrement intéressée par la chambre à coucher, son compagnon se douta bien que c'était juste parce que ce serait la pièce où elle passerait le plus clair de son temps.

Bref, Camille Laurier avait paru si peu enthousiaste tout le long de la visite, que Joël et la commerciale mettaient presque leur main à couper qu'elle refuserait de s'installer dans cet appartement. Toutefois, quand ils revinrent dans le salon, Camille ouvrit la bouche pour les surprendre.

– On le prend.

– Quoi ?! sursauta Joël.

– On le prend. Je veux cet appart.

– Mais...

– Il te plaît à toi aussi, non ? Alors, on le prend, répéta fermement Camille avant de se tourner vers leur accompagnatrice. Parlons loyer, Madame. Je suppose qu'il doit être hors de prix.

– Et bien, c'est-à-dire que pour de jeunes étudiants sans gros revenus…

– Ce n'est pas un problème, je braque des banques, répondit très sérieusement l'Espionne.

Alors que l'agent immobilier hésitait à savoir si c'était du lard ou du cochon, Joël leva les yeux au plafond. La vérité concernant le financement de la location était tout autre. Camille possédait ce qu'il restait des revenus de son père et avait travaillé tout le mois d'août à la piscine municipale de Bobigny en tant que maître-nageur pour se faire quatre sous. Elle disait avoir d'autres cartes dans sa manche pour trouver un travail facile à concilier avec ses études, et même s'il n'avait pas plus de détails sur ce sujet, Joël doutait fortement qu'elle eût en tête un braquage de banque. De son côté, le jeune homme cherchait déjà un cabinet d'avocats où il pourrait être secrétaire juridique durant les vacances scolaires. Comme avec tous ces moyens ils ne pourraient pas vivre confortablement sur le long terme, Monsieur Ajacier avait décidé de prendre en charge le loyer de l'appartement le temps que les deux étudiants fussent enfin autonomes dans la gestion de leurs finances. Il leur avait bien précisé que sa grande générosité n'était que temporaire et excluait l'ameublement de leur nouveau logis. Traduction : Camille et Joël devraient se fournir chez IKÉA.

– Je ne suis pas sûre que ce soit très raisonnable pour des étudiants… répéta la commerciale, très embêtée. Le dernier studio que nous avons visité était, je pense, plus approprié à votre situation.

– Je crois que vous n'avez pas bien compris, objecta Camille d'une voix menaçante. Je veux cet appartement, et je l'aurai. Le reste, ce ne sont pas vos affaires. Faites vos papiers tout de suite, parce que si j'apprends qu'il me passe sous le nez, vous risquez fortement de le regretter, et vous avez ma parole.

– Vous devriez l'écouter, suggéra Joël, amusé. Elle est très sérieuse, vous savez.

Toujours aussi transpirante, la dame voulut ouvrir son attaché-case pour sortir quelques papiers lorsque Camille l'arrêta d'un geste. L'Espionne parut soudainement incertaine de son choix.

– Attendez. Vous avez un accès au toit au moins ?

– Pardon ?! s'étrangla la commerciale.

– Camille, non ! gronda Joël.

– Il est hors de question que je prenne un appartement sans accès au toit.

– Et il est hors de question qu'un appart nous passe sous le nez à cause d'un détail aussi stupide que le toit.

– Je veux mon accès au toit ! Madame, y'en-a-t-il un, oui ou merde ?!

– Euh… Qu'entendez-vous par là au juste ?

– Bah, un escalier de service, un velux ou n'importe quoi qui permet de monter sur le toit de l'immeuble, ma foi !

Blasé, Joël se frappa le front. Cette bécasse allait encore tout faire rater à cause de ses exigences trop farfelues. Mais Camille n'en démordait pas : elle voulait son accès au toit, sinon adieu la rue Mouffetard ! L'ennui, c'est que la commerciale ne connaissait rien en accès aux toits et c'était bien la première fois qu'elle entendait parler de ce critère.

– J'ai compris, maugréa la rouquine. Je vais devoir vérifier par moi-même et faire donc le boulot à votre place.

Elle quitta l'appartement la tête haute, suivie de près par Joël et l'agent immobilier qui n'en croyait toujours pas ses yeux. L'appartement se situant au troisième étage sans ascenseur, Camille monta le plus haut possible, jusqu'au dernier palier, où effectivement un velux était encastré dans le plafond de l'immeuble. L'Espionne réfléchit un instant, se demandant comme elle allait bien pouvoir atteindre le toit, jusqu'au moment où elle remarqua une échelle de fer rouillée enchaînée au mur. Au grand désarroi de la commerciale, elle ne cacha certes pas sa joie et voulut arracher l'échelle de son support, mais Joël eut tôt fait de la remettre sur le droit chemin.

– N'y pense même pas, Laurier.

– Allez, Joël, supplia la rouquine, j'aimerais juste jeter un petit coup d'œil là-haut pour voir comment c'est !

– Hors de question. Tu nous as fait assez perdre de temps comme ça ! Pour l'heure, tu as vu qu'il y avait une échelle, et c'est bien suffisant comme réponse à ta question. Tu iras sur le toit une fois qu'on habitera ici, mais pas maintenant.

Il agrippa son bras et la reconduisit sans ménagement jusqu'à l'escalier où attendait leur accompagnatrice estomaquée. Camille grogna pour la forme, puis accepta la triste réalité en se disant pour réconfort qu'elle visiterait le toit une fois qu'elle serait bien installée rue Mouffetard avec Joël. Ils loueraient cet appartement, profiteraient des petites boutiques pittoresques et de la vie qui habitait la ruelle jour et nuit, et vivraient tranquillement dans ce petit nid rien qu'à eux. Cela paraissait même une excellente consolation, rien qu'à y penser.

Et c'est ce qu'ils firent.


À suivre…