Moonlight

Tu sais, tu ne devrais pas autant avoir confiance en moi.

Je te fixe, sans comprendre. Pourquoi dis-tu ça ?

Une jambe dans le vide, par-dessus la rambarde de la fenêtre, tu tires un coup sur ta cigarette et souffles doucement la fumée par la bouche. Presque délicatement. Un sourire étrange étire tes lèvres.

Parce que je n'en suis pas digne.

Ton visage est fait d'ombre et de lumière. Je suis captivé. Pourquoi ai-je l'impression que tu n'es pas humain ? Tu es une créature surnaturelle, union de ténèbres et de lumières. Tout est trop parfait chez toi, trop lisse et pourtant, tu es si sauvage, si indomptable. Comment cela se peut-il ?

Tu vois comme le ciel est noir ce soir ? Et comme les étoiles et la lune brillent ?

Je hoche la tête. Oui, je les vois. Mais pourquoi m'en parles-tu ? Quelle importance ?

Tout est si chaud et si froid chez toi. Ton contact est brûlant et pourtant ton attitude est de glace. Tu es si proche et en même temps si inaccessible. Tu es sali et pourtant tu restes si pur. Comme si rien ne t'atteignait.

Tu devrais partir. Je suis dangereux.

Mais pourquoi ces mots ? Tu es la douceur et la diplomatie incarné. Tu ne ferais jamais de mal à personne, je le sais, je le sens. Tu es au-delà de la perfection.

Tu tires une nouvelle fois sur ta cigarette, ton sourire énigmatique toujours présent. Pourquoi souris-tu ?

J'ai l'impression que tu parles aux Dieux. Que je suis trop bas pour t'atteindre. Pourquoi trouve-je ça si naturel ? C'est comme si tu n'appartenais pas vraiment à notre monde.

Ecoute-moi, mon ami. Sauve-toi et fuis-moi tant qu'il est encore temps.

Mais que racontes-tu ? Je veux rester ici, avec toi. Tu illumines l'air de par ta luminosité. Tu rends le réel si vivant et beau. Il n'est nulle créature qui exerce une telle fascination et un tel changement sur ce qui l'entoure.

Tu tournes ton regard vers moi et je suis hypnotisé. L'or de tes yeux n'est pas naturel. Mais il est si beau et si profond. Je pourrais m'y noyer.

Ton sourire s'accentue et j'y décèle une trace de tristesse. Pourquoi es-tu triste ? Je veux te rendre heureux. Je veux que tu sois ma lumière, je veux que tu m'éclaires. Sois mon guide dans les ténèbres.

Tu détournes les yeux et brises le charme. J'ai l'impression que tu viens de casser un lien entre nous. J'ai l'impression de tomber, de perdre un appui. Je me sens vide et dévasté. C'est comme si tu avais pris une partie de mon âme.

Et d'un mouvement fluide, tu te relèves, descends de ton promontoire, jettes négligemment ton mégot et te diriges lentement vers moi, d'une démarche féline et animale. Prédatrice et presque bestiale. Il y a quelque chose qui émane de toi mais je ne saurais dire quoi. Puissance, force, et sauvagerie.

Tes yeux se font plus jaunes à mesure que tu avances vers moi et cette fois, ton sourire découvre tes dents. Comment peuvent-elles être si blanches et parfaites ? Tout est si pur chez toi, pourquoi ?

Tu es un être dual.

Ton sourire se fait plus triste et amer à présent. Et plein de regrets et de remords. Que se passe-t-il ?

Je suis désolé. Pardonne-moi.

Et ta voix me parvient dans un souffle. Si faible que je l'aurais à peine entendue si je n'avais pas été aussi proche de toi. Il y a quelque chose en toi qui n'est pas normal. L'attraction se fait plus puissante à présent, plus brutale et violente. Et l'espace d'un instant, j'entrevois une fragilité presque enfantine en toi, empreinte de peur et de dégoût.

Que se passe-t-il ? Je prends peur.

Quelque chose ne va pas.

Je sens ma peau frissonner et la sueur couler dans mon dos. Je brûle et je suis pourtant glacé de l'intérieur. Que se passe-t-il !

Pris par un brusque sentiment de panique, je cherche à m'enfuir loin de toi. Il me faut une issue, il faut que je m'éloigne, vite! sinon tu prendras ma vie, j'en suis sûr.

Tu secoues la tête devant mes efforts vains. Et il y a l'autre partie de toi, elle, celle qui te contrôle une fois la nuit tombée. Tu n'as plus rien de celui que j'ai connu.

Et tu souffles doucement dans la nuit :

Il est trop tard.