Jour gris

Le vent souffle entre les rues, rabat les fenêtres, fait gémir les bâtiments.

Le ciel est blanc en cette journée d'octobre. Les gens courent pour aller au travail.

Morceaux de vies, foule de gens sans visage. Vies entr'aperçues, murmures entr'entendus. Ils avancent pour moi comme des fantômes...Ou peut-être est-ce moi le fantôme ?

Je resserre mon manteau rapiécé autour de moi, tête basse, et avance à travers la monotonie de ma vie.

J'entends les cloches de l'église sonner. Mélodie morose.

Je marche, contourne, évite, serpente entre les gens.

Le dernier coup de cloche retentit dans l'air sec.

J'entre dans une boulangerie, regarde les pâtisseries d'un œil morne. Toujours la même femme. D'une voix sans ton je demande un croissant, elle me l'emballe, même rituel, mêmes mouvements tous les matins. Je paie, dis au revoir et sors.

Une bourrasque fait voler mes cheveux dans un léger tourbillon de vent, pour qu'ils reprennent exactement la même place quelques secondes plus tard.

Je marche, traverse. Toujours les mêmes rues, les mêmes façades, les mêmes vitrines.

J'arrive sur une place isolée, un banc délabré sous un arbre flétri.

Je m'y assieds, promène mon regard vide sur l'endroit désert.

Il commence à pleuvoir, je m'en rends à peine compte.

Je pose les yeux sur le paquet que j'ai à la main. Je l'ouvre, machinalement, j'engouffre une première bouchée. Une deuxième, une troisième et enfin une dernière. Jamais plus de quatre.

Je me relève, laisse là le croissant à peine entamé. Peut-être fera-t-il le bonheur d'un clochard ou encore d'un pigeon.

Mes pieds foulent le sol dallé de la placette, je lève le regard, geste dérisoire, par automatisme, pour voir qu'il est neuf heures quarante-cinq. Comme toujours.

Je marche encore, atteins l'entrée du métro, attends que le monstre de métal vienne me chercher sept minutes plus tard.

J'entre, avec les quelques autres, m'assieds, attends. Deux stations plus tard, je sors dans l'air d'octobre, une fine pluie tombant du ciel.

Je me promène et marche durant des heures. Mange parfois si j'en ai l'absurde envie.

J'attends que le soleil tombe derrière l'horizon, prends le dernier métro, presque vide.

Et puis je rentre chez moi. Je me rends à mon appartement, sors ma clé, ouvre la porte et ferme derrière moi.

Je n'allume pas la lumière et me dirige vers ma chambre, tombe sur le lit comme je serais tombé mort.

Et j'attends que le sommeil vienne m'emporter, à défaut de la mort, les yeux fixés au plafond gris. Peur du vide, peur du gouffre.

Et demain sera pareil à aujourd'hui.

Qu'est-ce que j'attends de cette vie ?

Rien.