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Warning : ... Blasphème ?

Note : écrit pour un thème du forum « Chant des mots ». J'hésite à laisser ce texte à l'état d'OS, ou à le développer en un vrai projet. On verra si j'ai le temps, les idées et le courage de m'embarquer là dedans ;)

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« Et pour vous monsieur, ce sera quoi ?
Un allez simple pour l'Enfer, s'il vous plait.
Très bien... Vous partez quand ?
Le 2. Je voudrais prendre celui de 9h43
Voilà !
Je peux payer par carte ?
Bien sûr. Vous n'allez pas être tout seul vous savez ?
Je m'en doute mais que voulez-vous...
Oui, je sais, on n'a pas toujours le choix ! Allez,bonne journée monsieur, au revoir. Numéro vingt-six ! »

Andriel marmonna une formule de politesse et s'éloigna en fourrant le billet au fond de la poche de son jean. En sortant, comme à chaque fois depuis la réfection de la station, ses ailes manquèrent de se coincer dans les portes automatiques, lui prélevant douloureusement quelques plumes. Pour la troisième fois de la journée, il faillit jurer sur ces technocrates qui avaient cru bon de réaménager le Paradis à l'image de la Terre. « Pour que les âmes s'adaptent plus aisément à ce nouvel environnement, » « profitable à tous le monde ». Quelle bande de c...

Mais il se retint. Ce n'était pas le moment de perdre des points, il ne s'était pas retenu de jurer, sacrer, maudire, blasphémer pendant ces quinze derniers siècles pour tout gâcher bêtement. Avec un peu de chance, il en aurait bientôt fini avec ce boulot d'ange gardien. « Encore quelques décennies à tenir, c'est tout ! » tentait-il de se persuader. Malheureusement, la foi et les certitudes étaient rares chez lez gens de sa profession.

À vrai dire, il n'avait aucune idée de ce qu'il se passerait exactement quand il en aurait fini avec ce travail ingrat, une fois qu'il serait un ange reconnu et embauché à temps plein. Cependant, rien ne pouvait être pire que d'avoir un humain geignard et stupide sous son aile.

Cette dernière pensée recentra le pur esprit qu'il était sur la mission qu'il s'était fixé. Et qu'il devait éviter de divulguer en se comportant bizarrement. De préférence. Certes, ce n'était pas à proprement parler illégal, puisque nulle loi ne l'interdisait explicitement, mais ce genre de faux-fuyant marchait étrangement très mal au Paradis. Il en avait personnellement expérimenté les limites.

Dans une semaine, il irait dire deux mots au démon tentateur qui s'était vu confier la même âme humaine que lui. Très franchement, il ne devrait pas être impossibles pour deux êtres éternellement raisonnables et élevés au rang d'esprits supérieur de passer un petit accord à l'amiable. Dans le pire des cas, corrompre un démon était surement facile. Ce maudit fils de Satan allait lui laisser cette âme. Quelque soit la méthode qu'il doive employer pour parvenir à ses fins.

Andriel s'était lassé de perdre systématiquement au profit de l'Enfer les âmes qu'on lui avait attribué ces dernier cycles, et ses supérieurs commençaient à partager ce sentiment. Après quelques drogués basiques, il y avait eu deux fonctionnaires corrompus, un prêtre converti au satanisme, et la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase céleste, c'était celui qui s'était engagé en politique. En plus, cet idiot avait fait une brillante carrière. Bref, tout allait de mal en pis depuis quelques siècles : il fallait que ça change. Ou alors... Hum, là encore, il bénéficiait d'une ignorance bénie, grâce Lui soit rendue, mais Andriel ne doutait pas qu'On trouverait des manières très saintes de lui faire regretter ses échecs à répétition.

Il n'avait donc plus tellement d'alternative. Peut-être demanderait-il une bénédiction à Sainte Rita avant, tout de même. Ils étaient voisins, elle lui devait bien ça. Cet aller simple pour l'Enfer était son ultime planche de salut.