Insane Flavour

Cette douce froideur sur mon cou … fut immédiatement remplacée
par la morsure du venin, paralysant ma gorge au tel point qu'il
me fut même impossible de hurler sous la douleur.

Mon cri s'étouffa dans ma gorge, et je me réveillai en sursaut, suffocant tant ce cauchemar m'avait paru réel. Je portai mes mains à mon cou endolori, étonné qu'un simple rêve eusse laissé des séquelles. Mon second réflexe fut d'allumer la lumière, tout en me reculant anxieusement dans un coin du lit, contre le mur, afin d'avoir une vue d'ensemble sur ma chambre. Les sens en alerte, je l'observai alors avec crainte, examinant plus minutieusement les coins sombres, vers les étagères.

Ne remarquant rien d'inhabituel, je retrouvai lentement une respiration à peu près normale, sans pour autant cesser de me masser le cou, et tentai de me persuader de l'incohérence de mon rêve - qui en était donc forcément un.

Déjà, les vampires n'existaient pas, c'était un fait. Alors qu'il y en ait un dans ma chambre, vraiment… Mais qu'est-qui m'était passé par la tête, bon sang ?!

L'anecdote de ma soirée me revint soudain en mémoire. Mais oui ! Tout était de la faute de cette satanée chauve-souris, évidemment ! Celle qui s'était incrustée clandestinement dans ma chambre quand j'avais tenté de fermer les volets, et que j'avais eu un mal fou à faire ressortir… D'ailleurs, n'arrivant pas à la chasser, je m'étais contraint de laisser la fenêtre ouverte, afin qu'elle sorte par elle-même - ce qui avait dû marcher : elle n'était plus là quand j'étais revenu me coucher.

J'eus beau avoir trouvé une piètre explication cohérente à mon songe, je ne pus néanmoins me résoudre à éteindre la lumière, et me rendormis donc avec ma lampe de chevet allumée.

- -

Au petit matin, j'avais complètement oublié ma frayeur de la nuit passée, ce qui ne m'empêcha pourtant pas de sursauter à plusieurs reprises dans la journée, sans que je m'en inquiète réellement.

En revanche, la peur me paralysa pour de bon le soir alors que, me prélassant innocemment dans mon bain chaud, l'obscurité se fit brusquement.

Si mon cœur rata un battement à ce moment-là, ce ne fut rien comparé à la soudaine terreur que j'éprouvai quand je sentis un courant d'air glacé effleurer la peau de mon cou, m'enveloppant telle une écharpe de glace. Le temps que je reprenne le contrôle de mon corps et m'empare à l'aveuglette d'une serviette traînant sur le rebord de la baignoire pour rallumer avec appréhension les spots de la salle de bain, toute chose suspecte avait disparu, ne laissant qu'un vague flottement de toile dans les rideaux séparant la salle d'eau du dressing - que je me persuadai aussitôt d'avoir imaginé. Les jambes encore tremblantes, je ne pris même pas la peine de rincer la mousse accrochée à mon corps, m'essuyai en vitesse et courus jusqu'à ma chambre, prenant bien soin d'allumer toutes les lumières au passage, histoire de rendre l'atmosphère plus rassurante. Je fermai ma porte à double tour, et me jetai sur mon lit pour m'enrouler dans la couette, enfonçant les écouteurs de mon baladeur dans mes oreilles.

- -

Quand je me réveillai le lendemain matin, seule la lumière de ma chambre était encore allumée, un mot de ma mère m'attendant dans la cuisine pour me rappeler que l'avenir de notre planète nous concernait tous et que, par conséquent, elle espérait que je saurai me montrer plus responsable concernant les économies d'énergie.
À la lueur des premiers rayons du soleil inondant la salle à manger de leurs couleurs chaleureuses, je trouvai effectivement mon attitude ridicule et risible.

Armé de ma tasse de chocolat brûlant, je décidai de chercher une fois pour toutes ce qui m'avait déjà effrayé à deux reprises, priant évidemment pour que ma parano disparaisse face à une recherche que j'espérais vaine.

Il me fallut bien une heure entière pour inspecter l'appartement de fond en comble, fouillant jusque dans les placards, sous les lits et derrière les rideaux.

Une fois ma mission accomplie, je m'autorisai un copieux petit déjeuner, satisfait et rassuré de n'avoir rien trouvé. J'avais probablement rêvé la nuit précédente, encore une fois… Je n'étais même plus certain que la lumière se soit vraiment éteinte.

Soulagé, je choisis ensuite de profiter au maximum de cette belle journée, et sortis après avoir englouti quelques tartines beurrées au miel. Portable en main, je décidai de ne pas rentrer avant tard le soir, ou plus précisément tôt le lendemain matin, et invitai immédiatement mes amis à me rejoindre en boîte pour la soirée. Je ne pris pas la peine d'en aviser mes parents, absents de toute façon. Je les voyais très peu à cause de leur enthousiasme pour leur travail, et à maintenant dix-huit ans, j'étais libéré depuis longtemps de leur responsabilité.

La journée entière se passa aussi bien que prévu, mais la fatigue me força à écourter ma soirée. Je rentrai silencieusement sur les coups de deux heures, et m'affalai sur mon lit, sans même prendre la peine de me déshabiller, ni même de me démaquiller.

Je fus malheureusement tiré de mon sommeil quelques minutes plus tard par un bruit cauchemardesque, qui me rappelait vaguement quelque chose. Le cœur battant alors que, une fois de plus, j'allumai en hâte la lumière, je découvris ce que je redoutais : la fameuse chauve-souris virevoltait dans ma chambre, rasant le plafond et les meubles, apparemment irritée par la lumière. Trop en colère pour faire le lien avec une quelconque créature sanguinaire, j'ouvris ma fenêtre à la volée, me saisis de mon oreiller et me mis en chasse.

Hélas, je n'étais pas encore tout à fait réveillé, et cette foutue bestiole s'avérait être plus énergique que je ne le pensais.

Au comble de l'agacement, j'éteignis ma lampe de chevet et me rassis sur mon lit, guettant la sortie de l'animal par sa propre initiative. Je commençais à m'assoupir, mais le bruit incessant des battements d'ailes ne me permit pas de ressombrer totalement dans le sommeil, et finit par me sortir de ma torpeur sans que la situation ait changé. Pris d'un nouvel accès de colère, je me mis à courir à sa poursuite en agitant les bras comme un dégénéré, histoire de lui faire peur… trébuchant au passage sur mon oreiller, lâchement abandonné à terre durant la dernière bataille.

Rageur, je martelais le sol de mes poings en pestant à voix haute quand un éclat de rire moqueur me cloua sur place.

Je relevai courageusement la tête, mais ne distinguai rien de particulier dans la pénombre. Avisant un bruit de tissu à ma droite, je penchai craintivement la tête dans cette direction, essayant désespérément de me convaincre qu'il ne s'agissait que d'un cauchemar.

Une ombre se dessina devant les rideaux à peine éclairés par la lumière extérieure, avant qu'elle ne les écarte vivement. Grande et longiligne, la silhouette qui me surplombait sortit ses mains jointes par l'ouverture en riant à nouveau, alors que je remarquai que l'infernal battements d'ailes avait cessé, et j'entr'aperçus la chauve-souris s'échapper de son étreinte à tire-d'aile.

Je n'eus pas le temps d'esquisser le moindre mouvement que l'étranger, hilare, se baissait déjà vers moi. Je crus deviner la teinte pourpre de ses pupilles, mais l'obscurité ne me permit pas d'en distinguer davantage. Son sourire sembla s'élargir, et mon regard quitta aussitôt le sien, hypnotisé par le faible éclat lunaire qui luisait sur ses dents ; ses canines, surtout, particulièrement longues et aiguisées. Ses doigts frais glissèrent sous mon menton, caressèrent même mes joues soudain écarlates, et il me saisit par la taille pour m'aider à me redresser.

Mon cœur, paralysé jusqu'à présent, se mit à s'affoler alors que je réalisais pleinement que j'avais affaire à un vampire. Je le soupçonnais d'ailleurs d'en entendre les battements effrénés, car il émit encore une fois un rire sincère et amusé, me rassurant en m'ébouriffant affectueusement les cheveux.

« Désolé si je t'ai fait peur… J'avais faim, à la base, c'est pour ça que je suis entré. Mais finalement, tu es quelqu'un de très… divertissant. C'est vraiment drôle de t'observer ! »

Je restai un moment sans réagir puis, surpassant ma peur, ma voix s'éleva dans l'air, tremblotante, sans que je puisse la retenir.

« Dans la salle de bain…
- Héhé, la salle de bain… Je dois dire que la vision de ton corps entièrement nu se délassant dans un bain tiède était franchement captivante… »

Je tentais difficilement d'ignorer la chaleur qui me montait aux joues, et essayais de ne pas me laisser troubler par son index qui descendait le long de mon cou pour s'infiltrer par le col de mon T-shirt et effleurer mon torse.

« C'é- … C'était vous …?
- Gagné ! Tu as eu de la chance, on peut dire… Si tu ne t'étais pas réveillé le premier soir, je n'aurais pas pu résister au sang qui coule encore dans tes veines… Mais j'ai eu ma compensation depuis, je me suis bien amusé ! »

Il finit sa phrase en riant, ce qui acheva de me vexer. Alors comme ça j'étais drôle et… divertissant ?! J'avais à peine l'impression d'être son jouet…

La colère l'emportant sur la peur, je m'écartai vivement de lui, lui lançant un regard que j'espérais furieux, et me dirigeai à pas rageurs vers la porte de la chambre, tâtonnant à peine pour la trouver. Je l'ouvris à la volée, et lançai à l'intention de la créature un « Dehors ! » cinglant.

Hélas, j'avais à peine refermé la bouche qu'il était déjà derrière moi, me ceinturant la taille et les bras.

« En fait, je préférais quand tu avais peur… »

Sa main sur mon cœur sembla apprécier la reprise de sa cadence affolée, tandis que son souffle à mon oreille me glaçait d'effroi.

Soudain, je sentis ses canines chatouiller mon cou, m'arrachant un gémissement terrifié. Il plaqua sa main sur ma bouche, et s'immobilisa un instant alors qu'une voix ensommeillée résonnait dans le couloir.

« Loan, qu'est-ce qu'il se passe ? »

Après une brève hésitation, la main qui me bâillonnait libéra ma bouche, et la sienne, menaçante, vint se poser sur ma gorge. Je crus même sentir la pointe de sa langue frôler ma peau.

Je déglutis difficilement, et me forçai à obéir à l'ordre silencieux de mon agresseur.

« C'est… C'est rien, un cauchemar…
- Hmm, bonne nuit alors. »

J'observai avec horreur mon assaillant refermer la porte de son pied, essayant vainement de réfléchir à une échappatoire… il ne m'en laissa pas le temps. Ses dents déchirèrent la barrière de mon épiderme, qui s'imprégna d'une douleur glacée. Mon cri de souffrance s'étrangla dans ma gorge, il ne sembla même pas s'en préoccuper. Je tentai de me débattre malgré son étreinte fermement serrée, mais ne réussis qu'à nous faire basculer sur mon lit, ce qui n'eut pas le moindre effet sur lui : il s'appliquait toujours à sucer avidement mon sang, et ma vue commençait à se brouiller, à mesure que je sentais mes forces s'évaporer. Pourtant, cela ne m'empêcha pas de me focaliser sur le contact de ses lèvres et de sa langue sur mon cou, presque… sensuel. Il bougea légèrement, desserrant un peu son étreinte pour se repositionner, et je tombai brutalement du lit - ce qui m'arracha des bras, et de la morsure du même coup, de mon ravisseur. Allongé bêtement sur le dos à même le sol, un peu sonné, je fixai d'un air hébété le plafond, essayant d'établir un lien logique entre tout ce qui m'arrivait, quand une tête penchée par-dessus le sommier apparut dans mon champ de vision. Le visage du vampire fut alors vaguement éclairé par la clarté lunaire, ce qui atténua un peu ses traits que j'avais devinés effrayants. Malgré les gouttes de sang qui perlaient à ses lèvres, qu'ils lécha d'ailleurs machinalement, je lui trouvai même un certain charme, obscur et mystérieux. Envoûtant, en quelque sorte. Il aurait carrément pu me paraître séduisant s'il ne représentait alors pas une telle menace pour ma vie de mortel.

Ses yeux légèrement écarquillés de surprise m'observèrent quelques secondes, avant qu'un fou-rire démentiel ne le prenne. Je crus même distinguer d'infimes larmes au coin de ses yeux alors qu'il se tordait de rire sur mon matelas. Son humeur était tellement sincère et contagieuse que je réprimais l'esquisse d'un sourire. La douleur sourde dans mon cou me rappela néanmoins bien vite que la prudence était de rigueur.

Je me relevai en titubant, indécis. M'enfuir était exclu, puisqu'il me rattraperait aussitôt.
De toute façon, je n'en avais pas la force.

J'attendis donc patiemment qu'il se calme, en essayant d'ignorer la fatigue et les frissons qui m'assaillaient, malgré la tiédeur ambiante.
Ce ne fut finalement que lorsque mes jambes me lâchèrent que son rire s'apaisa.

Avec une rapidité fulgurante, il me rattrapa avant que je ne tombe et m'attira sur le lit pour me serrer dans ses bras. Il m'allongea sous ma couette, se penchant même pour ramasser mon oreiller et le caler sous ma tête.

Finalement, il lécha furtivement la morsure suintante sur ma gorge en me murmurant un « Désolé. » à l'oreille, posa légèrement ses lèvres sur les miennes, et s'enfuit par la fenêtre, après m'avoir gratifié d'un regard… emprunt d'un genre de tendresse, à ce que je pus en juger.

« Il faut que tu dormes pour reprendre des forces. Bonne nuit ! »

Il avait à peine disparu dans la nuit que mes yeux se fermaient déjà.

- -

Lorsque je sortis de mon sommeil le lendemain, je crus encore à un rêve. Les vampires devenaient décidément mon obsession… Puis le souffle tiède du vent de cette matinée estivale me ramena complètement à la réalité, et je remarquai ma fenêtre toujours ouverte, alors que je la fermais avec application chaque soir, ayant horreur des insectes nocturnes.

Je me levai doucement, et me postai anxieusement devant le miroir de la salle de bain.

Les deux traces sur mon cou achevèrent de me terrifier.

Je fermai en hâte ma fenêtre, quittai mes vêtements de la veille pour me rhabiller en vitesse, retouchai un peu mon maquillage, et passai ma main dans mes cheveux pour les coiffer, en prenant soin de vérifier qu'ils dissimulaient ma blessure.

Enfin prêt après ce qui me sembla une éternité, je pris mon sac et me ruai dans le hall de l'immeuble pour rejoindre l'arrêt de bus, pressé de m'éloigner de chez moi et d'aller à la fac, afin de fuir cette angoissante réalité.

Bien que je n'aie jamais été aussi peu attentif aux cours de ma vie, le simple fait d'être entouré me rassura curieusement. Je recherchai alors un maximum de compagnie, désireux de me changer les idées. Pourtant, la présence des autres me devint progressivement insupportable, et j'oubliai bien vite le soulagement que j'avais éprouvé à retrouver les élèves de ma promo.
Comme si ce que j'avais vécu la nuit dernière m'avait propulsé au rang de ces gens extraordinaires qui n'ont plus rien à voir avec les autres.
J'étais pris de vertiges à ce souvenir bien trop réel, j'avais peur de sombrer dans la folie : même pas une journée ne s'était écoulée depuis que j'avais rencontré un… vampire…
Je finis par m'isoler de mes amis, qui étaient trop habitués à mes sautes d'humeur pour encore me poser des questions.

Étonnamment aujourd'hui, les visages des autres étudiants me paraissaient terriblement banals… Je ne parvenais pas à effacer le visage espiègle et séduisant du vampire, ancré sur ma rétine. De jour et la frayeur s'estompant pour laisser lentement place à une sorte de fascination, il me paraissait réellement attirant. Je regrettai presque sa présence, alors que je commençais à prendre conscience de la platitude de mon existence, fade et ordinaire. Non mais c'est vrai, quoi, il m'avait mordu, certes, mais déjà, ça n'avait pas fait si mal que ça, et en plus, il n'avait pas eu l'intention première de le faire, alors… Réalisant le caractère plus que douteux de mes pensées actuelles, je m'esclaffai nerveusement, tout en passant machinalement la main sur la morsure, seule preuve que je n'étais pas encore complètement fou. Je la caressai un moment du bout des doigts et humectai mes lèvres, rêvant à nouveau à la créature. Et s'il revenait me voir ? Un frisson me parcourut l'échine. D'accord, je n'en mènerais pas large. Je serais même sûrement terrifié encore une fois… et pourtant…

Je me levai du banc sur lequel j'étais assis, rangeai mon sandwich à peine entamé et me dirigeai vers ma salle de TD, décidant finalement que oui, j'aimerais effectivement le revoir, même si je devinais que cela ne risquait pas d'arriver de sitôt.

- -

Une semaine s'écoula, une longue semaine où le mot obsession prit pour moi tout son sens. Je l'imaginais jour et nuit, ressassais inlassablement ces souvenirs, l'idéalisant plus encore à mesure que les jours défilaient. Jours que je passais d'ailleurs en solitaire : si je m'étais forcé au début à me rendre en cours, persuadé que cela m'aiderait, j'avais fini par renoncer, et restais désormais des journées entières allongé sur mon lit en écoutant parfois de la musique, toutes mes pensées centrées sur une seule et même personne.

Chaque soir, j'espérais secrètement qu'il reviendrait. À tel point que je laissais même ma fenêtre ouverte, invitation subtile qui lui était évidemment destinée. Son rire me hantait, et je passais des nuits blanches à l'attendre. Passer ma main sur sa morsure était devenu une habitude, je restais même de longues minutes à l'observer devant la glace, regrettant toujours un peu plus le seul lien qui me rattachait à lui d'une certaine façon, qui s'atténuait progressivement. J'essayais toujours de me rappeler des moindres détails de notre rencontre mouvementée, en inventant certains, désireux de garder un souvenir précis et inaltérable de sa présence.

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Cette nuit encore, je ne réussis pas à trouver le sommeil, malgré la fatigue accumulée ces derniers jours. Je me tournai et me retournai désespérément dans mon lit, les mêmes images repassant sans cesse dans ma tête.

Épuisé, je finis pourtant par glisser dans les bras de Morphée sans m'en rendre compte.

Je refis le même rêve auquel j'avais eu droit, peu avant de le rencontrer. Je me faisais mordre, encore, et bien que je ne pus vraiment distinguer le visage de mon agresseur imaginaire, je n'eus aucun mal à le deviner.

Sauf que cette fois, au lieu de me réveiller en sursaut et horrifié, je sortis de mon songe haletant et transpirant, surpris par la température élevée qui régnait sous ma couette. Je mis quelques secondes à réaliser que mon caleçon était humide, et qu'une chaleur anormale animait mon bas-ventre. Soulevant les draps, je remarquai enfin mon état. Je les écartai, embarrassé, en repensant à mon rêve. Je devenais définitivement dingue ! Ma main effleura instinctivement mon membre tendu, ce qui eut le don de m'arracher un gémissement. Je me souvins à nouveau de sa bouche sur mon cou, le soir où il m'avait mordu et, las d'attendre et de résister, ôtai rapidement mon caleçon et relevai mon T-shirt sur mon torse, laissant mes mains moites errer sur mon corps, imaginant les siennes caresser ma peau brûlante.

Jamais je ne m'étais masturbé avec autant de fièvre.

Tout mon corps déjà enflammé était électrisé par mes gestes, tremblant au gré de mes pensées salaces, accaparées par mon vampire. Mes mains remontant sur mes cuisses et mon sexe, pressant légèrement ma verge et titillant mon gland ne m'avaient jamais procuré un tel plaisir qu'en cet instant où je m'imaginais tout à lui.

Au comble de l'excitation, j'éjaculai enfin entre mes doigts, la sensation de ses dents plongeant dans ma chair m'achevant dans un cri étouffé.

Allongé en étoile, les draps poussés au pied du lit, j'écoutais ma respiration sifflante, troublé par la cadence affolée de mes pulsations cardiaques. Je me laissais progressivement envahir par une douce mélancolie, déplorant ma solitude en cet instant. Mes yeux balayèrent ma chambre à travers l'obscurité, s'arrêtèrent à l'endroit précis où il m'était apparu.

Le silence et le vide me désolèrent encore davantage.

Découragé, je me levai et me dirigeai vers ma fenêtre ouverte, priant pour qu'il m'attende en dessous. Mais j'eus beau me pencher et m'appliquer à scruter les environs, aucune créature ne vint troubler le calme du parc désert à cette heure bien trop tardive. Abattu, je m'accoudai au rebord de ma fenêtre, continuant malgré tout mon observation. Le cœur serré, je compris que ce fantasme allait réellement me faire souffrir. Je m'obstinais à espérer, plus ou moins consciemment, mais il devenait évident qu'il ne reviendrait pas. Il était devenu une véritable addiction, et son absence allait finir par m'anéantir... J'avais besoin de l'attendre, besoin d'y croire encore, mais chaque jour qui passait me ramenait à une dure réalité que je n'avais jamais envisagée comme telle, et qui me déprimait de plus en plus. Je commençais vraiment à m'inquiéter de ce que j'allais devenir, conscient que je me noierai bientôt dans mes rêves éveillés si je ne tâchais pas de me reprendre et de l'oublier.

Pourtant, l'idée seule de reprendre mon quotidien comme si rien ne s'était passé suffisait à me donner la nausée, alors que j'imaginais le trou béant qui s'ouvrirait dans ma poitrine.

Je soupirai de désespoir et me détachai de l'ouverture, hésitant un instant à fermer la fenêtre. Je ne pus cependant m'y résoudre, et me recouchai vêtu de mon vieux T-shirt bien trop large, sans prendre la peine de ramasser mon caleçon.

Pris de vertiges, je laissai mes yeux se fermer, et m'endormis avec l'image rassurante du gardien de mes nuits sous mes paupières.

- -

Le jour d'après et les suivants ne furent pas tellement différents, si ce n'est que j'avais recommencé à suivre les cours.
Pas que cela me fasse un bien quelconque, non, juste histoire de me donner bonne conscience.

Chaque nuit, je me couchai avec appréhension, sachant pertinemment que je ferai encore et toujours le même rêve, et surtout dans quel état j'en sortirai. Je ne prenais même plus la peine d'enfiler un pyjama, je laissais juste mon corps se consumer sous les draps. Je m'étais refusé à me toucher à nouveau, mes quelques tentatives s'étant révélées bien trop douloureuses psychologiquement parlant après l'orgasme, la peine prenant aussitôt place dans mon cœur dans ces moments de faiblesse. Je me sentais seul comme jamais, et rêvais sans cesse du contact de ses lèvres effleurant les miennes, comme il avait si bien su le faire avant de me quitter.

Ce soir comme les précédents ne fit pas exception. Je n'avais pas encore ouvert les yeux que je sentais déjà l'envie me dévorer sous le nombril. Je m'efforçai de l'ignorer, cherchant un moyen de la freiner, mais mes pensées à nouveau orientées vers mon vampire ne m'aidèrent pas à la tâche. Plus les minutes passaient, plus je pensais à lui. Mon érection commençait sérieusement à me faire mal, mais cette fois, j'étais juste incapable de penser à autre chose. Les paupières serrées, je me mordais les lèvres tout en frappant rageusement mon oreiller à coups de poing, maudissant mes fantasmes.

Soudain, une poigne de fer stoppa mes mains en les plaquant contre le matelas, alors que je sentais quelqu'un s'asseoir sur mes cuisses étendues. Je n'eus que quelques secondes de confusion, avant de tourner vivement la tête en direction de ma fenêtre. Comme je m'en doutais, elle était fermée - j'avais repris peu à peu cette habitude -, à l'instar des rideaux qui l'encadraient.

Une odeur sauvage et… indescriptible atteignit mes narines dilatées, odeur que j'avais inconsciemment assimilée comme étant la sienne lors de notre première rencontre. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine, alors que je sentais déjà ses dents altérer ma peau, à l'endroit exact où sa morsure avait récemment fini par s'effacer. Je ne ressentis pas la moindre douleur, tous mes sens focalisés sur la sensation de mon sang glissant vers sa bouche, caressant probablement sa langue avant de couler dans sa gorge. Le contact de la fraîcheur de ses mains serrant les miennes, de ses lèvres collées sur mon cou et de son corps surplombant le mien sans le toucher me faisaient complètement tourner la tête. Et lorsque je sentis l'une de ses mains libérer mon poignet pour venir se poser sur mon torse dénudé, ainsi que son corps se rapprocher du mien, je ne pus juste pas empêcher un gémissement de désir de franchir la barrière de mes lèvres, ma tête se penchant d'elle-même vers la sienne alors que je me cambrai imperceptiblement en arrière. Ma réaction dut le surprendre, car je le sentis soudain se détacher de moi pour venir plonger ses iris pourpres dans les miens. Ma respiration était déjà saccadée, j'hésitai entre la frayeur, l'envie de me jeter sur lui ou la colère, car j'étais sûr maintenant qu'il m'avait observé pendant au moins plusieurs jours sans daigner se manifester.

Un sourire fier se dessina sur son visage tandis qu'il me gratifiait d'un « Bonsoir, Loan… » lourd de promesses.

L'une de ses mains caressa mes joues, traçant légèrement le contour de ma mâchoire et de mon front, tandis que l'autre épousa les formes de mes épaules, mon torse et mon ventre, avant de se saisir de mon sexe raidi, le tout pendant que sa tête replongeait dans mon cou afin de poursuivre sa délectable activité.

Le désir l'emporta sur toutes les autres émotions qui se bousculaient en moi, et je me laissai soudain jouir entre ses doigts fins et habiles, m'agrippant sans vraiment m'en rendre compte à son corps alors que mes gémissements se tarissaient dans ma gorge.

Sa langue remplaça immédiatement ses dents sur ma peau, s'appliquant à lécher ma plaie nouvelle, et sa main souillée vint soulever mon postérieur pour me relever, alors qu'il se glissait sous mon dos, appuyant le sien contre la tête de lit. Ses bras se refermèrent autour de mon corps et me hissèrent contre lui, ses jambes encerclant les miennes tandis que ses lèvres se posaient sur mes paupières closes. Bercé par la caresse aérienne de ses doigts frais sur mon visage et par son étreinte protectrice, je blottis ma tête contre son torse et m'endormis sans la moindre explication de sa part.

- -

Au petit matin, j'étais complètement seul, soigneusement enroulé dans ma couette à la manière d'un cocon. Pris de panique à l'idée qu'il eût encore osé m'abandonner, je me débattis avec mes draps pour m'en défaire, et me précipitai vers la fenêtre ouverte pour chercher le fugitif.

Hélas, il n'y avait pas la moindre trace de lui dans les parages, d'après ce que je pouvais en juger vu d'ici. Sentant le désespoir me guetter à nouveau, j'allais m'écarter de l'ouverture quand les rideaux se fermèrent brusquement, et qu'un souffle me frôla l'oreille :

« Je serai là ce soir, ne t'inquiète pas. »

Je crus même sentir ses lèvres effleurer ma tempe, mais tout se passa à une vitesse telle que lorsque je me retournai, il ne restait personne d'autre que moi dans la chambre.

Le cœur plus léger, je décidai de le croire et me préparai pour la journée.

Évidemment, il ne quitta pas mes pensées d'une seule seconde. J'appréhendais encore un peu de le revoir une troisième fois, mais ce n'était rien comparé à la hâte paradoxale que j'avais de le retrouver. Plusieurs fois, je me scrutai dans le reflet d'une vitre pour apercevoir ma morsure toute fraîche, ravi de l'avoir récupérée. À chaque fois mes joues se coloraient, alors que je repensais à ce qu'il m'avait fait et, surtout, à la façon dont j'avais réagi. Je devais avoir de sérieux problèmes… Cette idée me fit sourire. Peut-être que c'était le cas, mais sincèrement, je n'en avais foutrement rien à cirer. Il m'était revenu, c'était tout ce qui m'importait.

En fin de journée, je rentrai précipitamment chez moi, mangeai et me lavai en vitesse, me ruant enfin dans ma chambre pour l'y attendre avec impatience. Plus les minutes s'égrenaient, plus je doutais de la conduite à adopter. Je n'eus cependant pas longtemps à tergiverser, il apparut rapidement par je ne sais quel moyen dans mon dos, saisissant mes poignets pour m'inciter à lui faire face et me serrer dans ses bras, caressant gentiment ma chevelure.

« Je t'ai manqué, on dirait… »

Pour toute réponse, je me pressai contre son torse et embrassai sa clavicule, que laissait entrevoir le col relevé de sa chemise, bien échancré grâce à un bouton stratégiquement dégrafé. Son rire qui m'était devenu si cher retentit à mes oreilles, alors que ses mains encadraient ma tête pour la relever vers la sienne, ses lèvres capturant aussitôt les miennes avec envie.

Si notre baiser fut bref, il n'en fut pas moins intense. Pourtant, alors que j'allais lui offrir l'accès à ma bouche, il se recula de moi et relâcha son étreinte pour me faire tourner devant lui, m'inspectant de ses yeux perçants sans se départir de son sourire malicieux. Il se stoppa dans mon dos, se colla contre moi et me saisis doucement par les cheveux pour me faire pencher la tête en arrière, contre son épaule, tandis qu'il venait lécher ma gorge jusqu'à mon menton.

« Je dois t'avouer que je préférais t'avoir nu dans mes bras… »

Attisé par la douceur de sa voix et de ses gestes, je l'aidai à retirer mes vêtements, avide moi aussi de le sentir contre ma peau. Mon corps tremblait alors que je me révélais à lui, subitement plus intimidé que je ne l'avais jamais été.

Bien que ma vue était réduite par l'obscurité, je devinais que la sienne devait détailler les moindres détails de mon enveloppe charnelle, et m'empressai de placer discrètement mes mains devant mon phallus déjà en érection. Il rit de ma gêne et m'attira à lui, écartant mes bras pour me coller contre son corps. Le cœur affolé par cette proximité lascive, je me laissai faire, appréciant en gémissant malgré moi les caresses fermes de ses doigts épousant chaque parcelle de mon corps. Je le sentis enfouir sa tête dans mes cheveux en inspirant longuement, tandis qu'une de ses mains plongeait entre mes reins et s'immisçait entre mes fesses, effleurant mon entrée à plusieurs reprises, alors que je m'agrippai timidement à sa chemise, étouffant une exclamation surprise.
Son sourire s'élargit et il me saisit soudain contre lui pour m'asseoir sur mon lit, lui-même prenant position sur mes cuisses outrageusement écartées.
Il passa son bras derrière ma nuque en m'embrassa avec une fougue nouvelle, me faisant frémir de plus belle. Profitant de la distraction que me faisait subir sa langue jouant avec la mienne, il s'extirpa habilement de son pantalon et me pénétra brusquement, avalant mon cri de douleur et s'emparant aussitôt de mon sexe pour me masturber à nouveau, désireux, je crois, de me faire du bien. La sensation de sa présence au plus profond de moi me fit rapidement oublier le mal éphémère que m'avait causé sa pénétration, et je me laissai entièrement aller dans ses bras, ne cherchant même plus à réfréner mes gémissements aigus. Ses attouchements et la cadence de ses coups contre ma prostate eurent tôt fait de me propulser au septième ciel, où je l'entraînais à ma suite alors qu'il éjaculait délicieusement en moi.

Le corps brûlant et transpirant, je me blottis entre ses bras, regrettant immédiatement sa chaleur au fond de moi alors qu'il s'écartait et libérait ma virilité de sa main. Il me caressa longuement du bout des doigts sans prononcer le moindre mot, et je finis par sombrer dans le monde des songes, le sourire au lèvres. Qu'il soit là ou pas quand je me réveillerai m'était égal, je savais désormais qu'il ne m'abandonnerait pas réellement. Et savoir que mon vampire me rejoindrait chaque soir pour prendre soin de moi et veiller sur mon sommeil était le plus cadeau qui ne m'avait jamais été offert…

Cette nuit-là, endormi entre ses bras tendres et protecteurs, je rêvai de ses lèvres sur les miennes et de sa peau que je ne connaissais pas encore.

Du fond de mes songes, je sentis le bonheur inonder mes veines jusqu'à affluer dans ma poitrine, et il me sembla même percevoir la douceur de sa bouche effleurant mon cœur tandis que la douceur de ses bras se refermaient sur moi pour me bercer avec tendresse.

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Merci d'avoir lu !

En espérant que cet OS vous ait plu...