L'espoir s'éteindra avec la fin des légendes, l'oubli des temps anciens... (AFA)

Un grand merci à Prolixius5 pour son formidable travail de correction dans des délais vraiment très court. Que le souffle des dragons veille sur elle. Bonne lecture.


Printemps éternel

La nuit était épaisse, froide et humide. L'hiver gardait ce jour dans son emprise glacée. Les saisons étaient détraquées depuis quelques années, suite logique de l'oubli de Gaïa par les hommes.

Les violentes lumières des spots du bâtiment principal de la faculté des sciences déchiraient la nuit, éclairant parcs et entrées.

Daran Heavenofdream était presque comme tout ceux qui attendaient sur le perron. Il portait un jean bleu aux coutures vertes, un blouson noir aux multiples poches et de long cheveux noirs rassemblés en une queue de cheval. C'est ce qui le distinguait de cette masse d'étudiants.

Il attendait sa petite amie, une certaine Ada Difinveshadeau. Elle était brune, des courbes là où il faut, des yeux verts brillant d'intelligence et de malice, un sourire facile, le rire cristallin...

Nombreux étaient ceux qui enviaient le jeune homme, mais leur amour était réciproque et ils ne craignaient pas la jalousie de leurs camarades. Il avait pourtant tort : si leur amour pouvait résister au temps et aux tentations, il n'était pas immortel.

Lorsqu'elle apparut enfin, vêtue d'un long manteau blanc, d'un jean de la même couleur et de grandes bottes noires à talons hauts, ce ne furent pas la joie et le désir habituels qui l'envahirent mais la peur.

Tout autre aurait évoqué plein de possibilités pour expliquer ce ressentiment ou l'aurait ignoré mais pas lui. Il était le dernier des elfes, peuple jadis prospère qui vénérait Gaïa. Les humains les avaient presque exterminés dans l'Antiquité. Les rares survivants avaient caché leur apparence à travers les âges. La chasse aux sorcières, bien que tuant bien plus d'humains innocents que de membres de sa propre race, avait éradiqué la communauté qui avait fini de se relever de ses cendres. Éparpillées sur les continents, les familles brisées avaient fini par tomber durant les nombreuses guerres, combattants ou non. Ses parents étant morts il y a quelques années dans un « accident de voiture ». Il était le dernier mais il connaissait le pouvoir qui coulait dans ses veines et la brutalité dans celles des hommes.

Lorsqu'une silhouette bougea derrière un arbre prisonnier de l'ombre et que la lumière d'un spot se refléta sur le canon d'une arme, son sang se glaça et il s'élança.

« - Sauve-toi ! » hurla-t-il.

Elle n'avait pas ce sixième sens, elle ne comprit pas. Elle s'arrêta et ses fins sourcils, ces deux lignes sombres au-dessus de l'océan d'émeraudes magnifique de ces yeux, traduisirent sur son front une expression de surprise qui aurait provoqué dans le cœur de Daran des élans de tendresse en d'autres circonstances.

Mais pas en cet instant.

L'inconnu comprit qu'il avait été repéré. La flamme jaillit dans la nuit avant que la détonation ne répande le silence.

Ada oscilla. Sa surprise augmenta encore puis la douleur prit possession de ses traits. Une tache rouge grandit sur son manteau, partant de sa poitrine et se répandit le long de son corps. Elle bascula en avant au moment où il arrivait. Les bras qui l'avaient si souvent serrée, arrêtèrent sa chute en douceur.

Il n'entendit pas les cris derrière lui. Il ne vit pas les étudiants s'enfuir. Il n'entendit pas la seconde détonation ni ne vit Gaïa réagir à la détresse du dernier de ses fils : la balle se désintégra et des racines jaillirent du sol, emprisonnant le meurtrier dans une cage indestructible de bois, de magie et de rage. Daran ne vit rien.

Il passa un bras sous l'épaule de son aimée et l'autre sous ses jambes. Il la tint ainsi, contre son cœur. Il sentit sa concentration brisée mais l'ignora, cela n'avait plus d'importance qu'il retrouve sa forme normale. Ses cheveux reprirent leur couleur d'argent, ses oreilles s'allongèrent légèrement et ses grandes ailes blanches réapparurent dans son dos.

Elle ouvrit les yeux et sourit :

« - Tu es plus beau comme ça. »

L'adolescent s'étonna :

« - Tu savais ? »

Elle ferma à nouveau les yeux, une lueur de souffrance déforma ses traits puis elle sourit à nouveau :

« - Lorsque nous nous sommes aimés, tu étais comme ça. Tes plumes sont douces, j'aurais aimé les caresser une nouvelle fois. Ne m'oublie pas s'il te plaît. Je t'aime... » termina-t-elle dans un dernier soupir.

Elle ferma les yeux. Il sentit son corps s'affaisser mais son sourire, à jamais figé, ne quitta pas son visage.

Il était temps pour lui aussi. Son peuple n'était plus, sa vie venait de s'éteindre : c'en était trop.

Une onde de choc se dispersa dans toutes les directions. L'air devint tiède, les nuages furent balayés et la lumière du soleil levant pu apparaître. Les arbres se couvrirent de fleurs et de feuilles à des lieues à la ronde. Le printemps s'était levé au cœur même de l'hiver, le dernier acte d'un peuple mythique tué par l'ignorance, l'avidité et de la violence ; le dernier vœu d'une déesse oubliée, celle de la vie.

La magie se dissipa, après avoir changé le monde et rappelé sa puissance aux hommes une dernière fois. Les corps des deux adolescents n'étaient plus que diamants aux couleurs chatoyantes. La faculté avait été rasée par l'onde et jamais on ne put abattre la forêt où régnait ce printemps éternel qui poussa sur une large étendue autour du lieu du drame. Le meurtrier vécut dans d'atroces souffrances : les racines le nourrissant tout en le torturant.

La statue des amants fut toujours vénérée et leur histoire, jamais oubliée. Cela devint un lieu où l'amour avait tous les droits, un lieu magique qui vit concevoir nombres d'enfants chéris, former un nombre innombrable de couples et mourir certains veufs et veuves.

Non, il y a erreur.

La mort elle-même ne put rompre leur lien unique.


Voilà ma première fic postée sur ce site. J'espère qu'elle vous a plu. N'hésitez pas à laisser une review pour donner votre avis ou des conseils, je suis ouvert à tout :)