Le réveil fut dur pour les deux amants ce matin-là. Beaucoup de douleur, beaucoup de pleurs.

Hier, Manu avait reçu la décision de l'appel de son procès. David avait ouvert la lettre, avait lu et avait su. Il avait su que, quoi qu'il fasse ou dise, Manu serait anéanti. Que tout son amour ne refermerait jamais cette blessure mortelle.

Et un échange de regard plus tard, il avait vu l'anéantissent dans les yeux de Manu. Il avait compris que la lettre ne serait pas une bonne nouvelle. David avait fermé les yeux pour pleurer en silence. Il savait que plus rien ne retenait Manu sur terre. Que sa souffrance serait trop grande pour le restant de ses jours. Il savait que toutes ses économie de l'année étaient passées dans ce procès et que plus rien n'était envisageable comme recours.

Il avait envie de lui supplier de rester pour lui, de se battre encore et encore…mais en se mettant à sa place, il savait qu'il n'avait plus le courage, qu'il s'était déjà tellement battu contre tous pour sa transition. Manu était simplement à bout de souffle, épuisé, éreinté, et le refus signifiait l'achever définitivement.

David avait rouvert des yeux flous sur Manu livide, voire absent. Il l'avait pris dans ses bras pour le bercer. Pas un mot n'avait été prononcé. Quoi dire ?

Après une soirée à le bercer il avait finalement allongé Manu sur son lit et le brun l'avait attiré à lui pour l'embrasser. C'était simplement trop désespéré pour être de l'amour. David s'y était raccroché, toujours en pleurant, et avait fini par lui faire l'amour tendrement.

C'était juste son message d'adieu, qu'il parte avec un bon souvenir de lui, un instant fugace de paix et de plaisir. Le blond avait retenu ses sanglots et, dans ce silence, il avait fait l'amour une dernière fois. Il avait repensé a tous les moment où Manu et lui avaient été ensemble, pas forcément en couple, mais ensemble, en amis, puis en amants.

Le baiser comateux post orgasme fut ponctué de larmes salées, et David s'était recroquevillé contre Manu en le serrant peut être plus que nécessaire. Il avait besoin de lui encore un peu. Encore juste un peu.

Il s'installa sur le bord du matelas, encore nu, la tête dans les bras. Deux bras vinrent l'enlacer.

« Ça ira ? » demanda Manu à David qui soupira.

« Ouai. » Manu soupira, fataliste « Pas comme si j'avais vraiment un moyen de t'aider. »

Manu resserra sa prise sur David.

« je suis désolé David… »

Le blond le fit taire d'un baiser.

« Et si on partait d'ici ? Toi recommencer une vie ailleurs, moi... Commencer ma vie ailleurs. Rien ne nous oblige à rester ici, je suis orphelin et toi tu... Enfin, ta famille t'a rejeté alors on peut aller où on veut. »

Manu soupira.

« J'ai plus d'argent. »

David soupira fataliste une nouvelle fois.

« Je sais. »

Après un long moment à s'embrasser, David reprit ses affaires et, sans se retourner, se rhabilla. Il ouvrit la porte de l'appartement et, avant de la refermer, fit une pause.

« Je t'aime Manu, je veux pas t'imposer de rester pour moi. Je peux pas te demander de souffrir parce que je t'aime comme un fou. »

Et il referma, sous les sanglots de Manu dans son dos.

OOOO

Une semaine que David était en cours sans aucune nouvelle de Manu. Il pleurait en silence le soir dans son lit

Il avait tout essayé. Il avait tout tenté... Mais finalement ça n'avait servi à rien.

Après quinze jours, l'école avait fait passer le mot que Emanuel était introuvable et, d'après la lettre, l'État avait conclu à la mort de la ' jeune fille'. La cérémonie avait été simpliste, après quelques temps de recherche du corps on lui avait finalement fait une petite tombe. Malheureusement, à son prénom Féminin. L'État était sacrément têtu !

OOOO

Un an plus tard.

David, chargé d'un bouquet de fleurs, remonta l'allée de graviers pour s'arrêter devant la tombe de ce cimetière athée. Au moins, ses 'parents' avaient eu la décence de le mettre dans un cimetière athée, c'était déjà ça. Pas de passage a l'église. C'était l'anniversaire de sa mort et David ne s'attendait pas à ce que la tombe de Manu soit fleurie. Il devait être le seul à la fleurir. Il n'avait même pas vu les parents de Manu à son enterrement, tout juste les amis d'enfance, en petit nombre, quelques camarades de classe. La petite pièce, puis le cimetière, avait vu défiler cinq personnes.

Perdu dans ses souvenirs, il n'entendit pas les pas dans son dos.

Il se fit sortir de sa rêverie par une voix douce et basse.

« Comme ça, elle est bien morte. »

David laissa couler ses larmes.

« Tu aurais pu me donner des nouvelles, à moi au moins ! »

Le blond était en colère, mais soulagé. Deux bras l'enlacèrent.

« Il le fallait David, je devais la tuer. »

Après un moment de silence il reprit.

« Je ne voulais pas te donner de faux espoir David. Si j'avais échoué, tu aurais eu encore plus mal. »

David se colla au torse dans son dos en fermant les yeux.

« Tu as réussi ? »

« oui. Et… enfin si tu veux j'ai un billet d'avion pour toi. Mais je comprendrais si tu a continué ta vie avec quelqu'un d'autre. »

David laissa échapper ses sanglots de soulagement.

« T'es un connard Manu, t'es un putain de connard, mais je suis incapable de refaire ma vie avec un autre en si peu de temps ! Je t'ai cru mort ! Tu imagines ? »

Manu le berça un moment.

« Shut, je suis là maintenant, je suis là en chair et en os. Je sais que j'ai peut-être pas fait comme il fallait mais je suis là et pour longtemps. J'ai fini toutes mes opérations, j'ai tous mes papiers, je n'ai attendu que toi tout ce temps. Tu n'imagines pas comme ça a été dur de faire tout ça sans toi David, comme tu m'as manqué. »

David se calma et se retourna. Après une gifle cinglante, il embrassa le brun avidement comme si il venait de retrouver son oxygène perdu depuis un an. Au bout d'un moment, il se détacha pour sonder les yeux de son amant.

« On part quand ? »

David vit la plus belle chose depuis des années naitre sur le visage moustachu en face de lui : un sourire, un vrai sourire heureux, tendre, qui fit pétiller les yeux du brun et il sut que le restant de leur vie serait belle.

FIN