CHOC

Il hésita devant l'entrée du Meli-Melo, que cherchait-il au juste en entrant ici ?

Les coups d'un soir ne l'intéressaient plus, une relation suivie n'était pas pour lui qui se voulait sans attaches et il n'avait jamais cru à l'Amour avec un grand A.

Blasé voilà ce qu'il était. Que lui restait-il alors ? Le plaisir solitaire dans son lit ou sur le canapé devant un bon vieux porno, histoire de varier. Il se décala pour ne pas gêner l'accès à la porte de la boîte de nuit. Appuyé contre le mur il alluma une cigarette, il se mit à sourire à la pensée d'une solution extrême à son problème, faire vœu de chasteté. Le sourire se transforma en rire en imaginant la tête de ses amis à l'annonce de cette nouvelle, lui Aubin Loiseleur, renoncer à sa vie de grand séducteur devant l'éternel.

Il écrasa sa cigarette avança d'un pas et ce fut le choc, au sens propre comme au sens figuré.

Oubliant sa position ridicule il ne pouvait détacher son regard de celui de l'homme qui l'avait percuté. Il envoya au diable ses certitudes et prit la main que celui qui serait l'homme de sa vie, lui tendait.

………….

ADVERSAIRE

On aurait pu entendre une mouche voler. La tension était palpable, depuis de longues minutes les deux adversaires étaient l'un en face de l'autre. La concentration était au maximum, les gestes étaient réduits à l'essentiel. Il n'y avait pas d'enjeu, seulement un désir de revanche de la part d'Aubin. Putain ! Quelle idée il avait eu de le défier la première fois, il s'en souvenait comme si c'était hier, défaite cuisante pour son égo. Il avait eu l'impression d'être un débutant face à la maîtrise de Raphaël.

C'était à son tour, il l'avait vu venir c'est sûr cette fois- ci la victoire serait pour lui. Parce que là c'en était trop, il accumulait les défaites comme d'autres les trophées. Il s'était entraîné en cachette avec Gautier, son meilleur ami.

« Echec et mat »

Il regarda d'un air incrédule l'échiquier et releva la tête vers son amant. Celui-ci jubilait de le voir se prendre la tête à deux mains, accablé.

Mais le poids de la défaite ne pesa pas longtemps sur ses épaules. Il avait trouvé son maître aux échecs mais il y avait un domaine où il était le meilleur. Il allait tout de suite le lui prouver.

………….

CELLULE

Raphaël décida de s'accorder une petite pause. Il s'appuya sur le dossier de sa chaise, passa une main sur ses yeux fatigués puis tendit les bras vers l'arrière, étirant ces muscles. Il jeta un coup d'œil vers Aubin qui vautré sur le canapé, la main dans un paquet de chips, regardait un film dont le seul atout était la plastique irréprochable de l'acteur principal. Il prit une gorgée du café que son homme lui avait gentiment apporté quelques instants plus tôt puis reporta son attention sur son travail.

Il y travaillait depuis des heures et sa présentation était presque terminée, plus de vingt pages d'études, de graphiques et autres. Sur l'écran de son ordinateur portable le dernier tableau n'attendait que son bon vouloir pour que les données passent du papier à ses cellules encore vierges. Le projet devait être soumis au conseil d'administration le lendemain, la date avait été avancé d'une semaine et c'est pour cela qu'il sacrifiait son dimanche au lieu de batifoler au lit avec son amant. Si tout ce passait bien il gravirait un échelon avec une augmentation à la clé, de quoi offrir à Aubin ce voyage au Mexique dont il rêvait.

SERVICE

Le nombre de cartons qui envahissaient l'appartement était impressionnant malgré l'amoncellement de ceux déjà vidés qui envahissaient le palier. Des meubles en kit, encore dans leur emballage encombraient également la pièce.. Raphaël s'empara d'un carton contenant le meuble informatique à monter et se dirigea vers le bureau pendant que Aubin ouvrait un carton marqué « vaisselle ».

Il enleva le papier bulle et sortit avec précaution un objet qui par la forme semblait être une assiette. Il la débarrassa de sa protection faite de papier journal et il ne sut pas s'il devait rire ou pleurer devant les fleurs rouges et oranges qui la décoraient. C'était simplement immonde .

« Raphaël c'est quoi cette horreur ? » criât-il

Raphaël passa la tête dans l'encadrement de la porte en regardant l'assiette que son amant tenait du bout des doigts.

« Ca c'est le service constitué par ma mère. »

« elle sait ? »

« quoi ? »

« que je suis exagérément maladroit. »

« non mais je crois qu'elle va le découvrir bientôt »

« tu peux en être sur » fit Aubin en prenant le carton et en le jetant sans ménagement sur le carrelage de la cuisine.

……………….

CONFRONTATION

Aubin avait bien essayé d'échapper à la corvée en invoquant un remplacement d'un collègue de dernière minute ou prétextant un mal de gorge persistant, Raphaël avait été inflexible et ses arguments l'avaient convaincus. Il faut dire qu'une semaine sans pouvoir toucher sa peau était au-dessus de ses forces. Ils étaient invités tout les deux chez les parents de son amant pour le déjeuner dominical. C'était la première fois et cette confrontation ne lui disait rien qui vaille.

Si les parents de Raphaël avaient bien accepter son homosexualité, ce qui était à mettre à leur actif, il n'en était pas de même sur le choix de son compagnon. Le père de son amant l'avait appelé au début de leur relation et il lui avait fait comprendre qu'ils étaient au courant du passé de séducteur et de la vie dissolue qu'il menait avant de leur fils. Il savait que Raphaël avait été discret sur son passé, il suspectait qu'ils avaient du faire appel à un détective privé ou alors cuisiner ce faux-jeton de Fabien, qui prétendait être le meilleur ami de son homme.

Raphaël s'impatientait alors il enfila sa veste, dompta une mèche rebelle et suivit son amant avec un soupir résigné.

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TEMPETE

La pluie fouettait les carreaux et le vent faisait plier les branches des arbres mais ce n'était rien comparé à la tempête qui se déchaînait à l'intérieur de l'appartement..

Les deux hommes, tels des coqs de combat, s'affrontaient occultant l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre. Les noms d'oiseaux fusaient appuyés par le bruit d'objets se brisant sur le sol. A court de munitions ils s'affrontèrent du regard avant de claquer les portes, celle de la chambre pour Aubin et du bureau pour Raphaël.

C'était leur première grosse dispute et sûr de leur bon droit ni l'un ni l'autre ne voulait faire le premier pas.

Raphaël s'était laissé tomber sur un fauteuil. Le visage baigné de larmes il se demandait comment ils en étaient arrivés à se déchirer. Quelques heures auparavant ils étaient heureux puis sans trop savoir comment, tout avait capoté. Les non-dits, les reproches étaient remontés à la surface et ils n'avaient jamais été aussi proches de la rupture que maintenant.

Tout à son chagrin il n'entendit pas la porte s'ouvrir, il ne prit conscience de la présence de son amant que lorsque celui-ci posa sa main sur épaule.

« pardon »

Et il n'eut qu'à ouvrir les bras.

ECHANGE

« qu'est-ce que tu regardes ? » la voix d'Aubin résonna par-dessus l'épaule de Raphaël le faisant sursauter.

Trop tard pour réduire la page, il se maudit intérieurement de n'avoir pas pris plus de précautions, par exemple que son homme soit sorti. Sa surprise était d'autant plus foutu qu'Aubin s'installant sur ses genoux examinait l'écran avec attention.

« pourquoi tu te renseignes sur les vols pour Los Angeles, ta boîte t'envoie là-bas ?

Fichu pour fichu, la surprise étant éventée autant dire la vérité.

« non c'est pour nos vacances »

« je croyais que l'on partait au Mexique, on y part toujours ? » dit-il une pointe d'inquiétude dans la voix.

« oui mais je voulais nous offrir un petit bonus, Hollywood, le pacifique »

« tu crois que l'on peut s'offrir ça ?

« t'inquiètes j'ai tout prévu on aura qu'à payer les billets d'avion, la nourriture et nos loisirs »

« Et l'hébergement ? »

« c'est ça le truc, on va échanger notre appartement contre un à Los Angeles pour la durée de notre séjour. »

« chouette » et Aubin se pencha pour s'emparer des lèvres de Raphaël, pour un tout autre échange cette fois.

………….

CELEBRATION

La lumière du jour déclinait quand Raphaël rentra du travail. Aubin devait travailler ce soir là et il en avait profité pour prendre de l'avance dans ses dossiers. Il allait mettre la clé dans la serrure quand la porte s'ouvrit sur Aubin, sourire aux lèvres. Il était étonné de le voir mais encore plus de trouver l'appartement plongé dans une semi-obscurité alors que son amant était présent. Il avança la main vers l'interrupteur mais Aubin l'en empêcha.

Celui-ci lui pris la main et lui ordonna de fermer les yeux. Il trouva la précaution inutile mais s'exécuta de bonne grâce. Il se laissa conduire jusqu'à la salle à manger et après avoir obtenu l'autorisation de son compagnon, ouvrit les yeux.

La table recouverte d'une nappe blanche était dressée, des bougies étaient allumées et un magnifique bouquet de fleurs était posé au centre.

« c'est en quel honneur ? »

« c'est la célébration de notre première année de vie commune. »

« je ne te savais si sentimental ! »

« zut, j'allais oublier »

Aubin attrapa la télécommande de la chaîne et une musique douce envahit la pièce. Il enlaça son amant pour une danse et un baiser.