*regarde autour d'elle discrètement*

*tiens, il n'y a plus personne, ici*

*c'est vrai que si j'avais publié deux trois trucs, au lieu de faire la morte pendant plus d'un an...*

Hmm... Bonjour tout le monde ? C'est le printemps, la saison de l'amour, paraît-il... On va essayer d'y croire, alors !? Bonne lecture ;)


Je m'étais toujours perçue comme une jeune femme indépendante, qui n'avait besoin de personne. J'étais célibataire et fière de l'être, avec quelques aventures d'un soir, mais pas d'attaches. La liberté, la possibilité de partir à l'étranger du jour au lendemain pour vivre quelques mois exotiques, hors du réel.

C'en était presque devenu mon idéal de vie, et quelques mois avant la fin de mes études, je n'aspirais d'ailleurs qu'à cela. Partir au bout du monde aussitôt mon diplôme en poche, changer d'air, changer d'entourage, oublier les obligations sociales, les erreurs de jeunesse, les ex, les quelques uns auxquels j'aurais pu m'attacher, peut-être.

M'aérer l'esprit, pour revenir au bout de quelques mois, prête à entrer de pleins pieds dans « la vraie vie », la vie active, la vie de travailleuse, la vie qui fait peur avec ses responsabilités, son rythme routinier, jusqu'à la retraite, et l'épuisement. Sans parler de la normalité imposée à la société et consistant à trouver au plus vite un partenaire, pour la vie, à avoir envie d'avoir des enfants, un bel appartement ou une maison dans la campagne péri-urbaine, un chien ou un chat, ou les deux, d'ailleurs...

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Je ne suis pas particulièrement anti-conventionnelle. Mais franchement, la jolie maison, le couple presque parfait, qui se déchire, mais discrètement, les enfants et les animaux domestiques, plus la routine métro-boulot-dodo, dans un job pas forcément épanouissant, plus le temps d'aller au théâtre ou aux expos, ou de sortir entre filles, parce que de toutes façons, les copines, elles sont elles aussi engluées dans leur routine quotidienne, et leur couple... Pas pour moi, je m'en étais persuadée, la vie à la Wisteria Lane, cette routine que je trouvais juste médiocre. Je hais la médiocrité.

Non, moi j'aurais un job passionnant, un peu original (oh non, on ne me retrouverait pas dans un bureau cinq jours sur sept, non, je voyagerais, moi !), des responsabilités mais pas trop, histoire d'avoir quand même une vie en dehors du boulot, des aventures nombreuses mais sans lendemain avec des hommes aux quatre coins du monde, des amies qui me serviraient d'attaches en France et qui me jalouseraient pour ma vie hors du commun, et d'autres amies partout dans le monde. J'aurais peut-être un homme qui ferait battre mon cœur un peu plus vite, qui vivrait sans doute à Paris dans un bel appartement, complètement masculin mais propre et soigneusement décoré, qui serait particulièrement doué au lit, et qui m'emmènerait au resto chaque fois que je rentrerais en France. Oui, j'aurais tout ça. Je me voulais libre et originale.

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Et surtout pas amoureuse. Oh non ! Non, être dépendante dans mon bonheur du bon-vouloir de quelqu'un d'autre, qui tiendrait mon cœur entre ses mains, peut-être même sans le savoir, culpabiliser de m'habiller de façon un peu trop sexy en partant en soirée parce qu'il trouverait peut-être ça de mauvais goût, ne plus avoir la liberté de flirter à droite à gauche, ou juste de rougir à un compliment fait par un autre que lui, et surtout devoir tenir compte de l'opinion de quelqu'un d'autre que moi avant de prendre une décision comme celle de me casser à l'étranger... Tout ça n'était pas pour moi ! D'ailleurs, on m'avait suffisamment brisé le cœur à 17 ou 20 ans, je n'avais plus l'intention de laisser ce pouvoir à quiconque.

Non, je voulais me contenter de nuits de folie avec des partenaires différents, je voulais n'avoir besoin que de mes amies et de mes études ou de mon travail, je ne voulais pas dire des choses gentilles, ni en entendre finalement, je préférais l'absence totale d'enjeux aux risques que comporte la tendresse, je me méfiais des mots doux et des beaux parleurs, et c'était très bien comme ça.

Si seulement on pouvait vraiment prendre la décision de fermer son cœur à double tour pour autre chose que de l'amitié, ça rendrait les choses beaucoup plus simple.

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Je n'en serais pas là, à contempler cette photo de lui et de moi, prise en soirée il y a quelques semaines, et sur laquelle nous sommes si beaux, nous allons si bien ensemble, ou à faire sécher entre les pages d'un livre la rose rouge qu'il m'a offert lors de notre premier week-end. Ou à attendre un simple signe de lui, un SMS, un coup de téléphone, le début d'une discussion sur MSN qui nous emporterait jusqu'au bout de la nuit. Je n'en serais pas là, à me dire qu'il me manque, à espérer des gestes romantiques, un rien qui prouverait qu'il pense autant à moi que je pense à lui.

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J'étais une femme indépendante, mais à cause de lui, de sa façon subtile mais efficace de s'infiltrer dans ma vie, mes moindres pensées et mon cœur, je ne peux plus dire que j'ai passé une bonne journée si il ne m'a pas donné signe de vie.

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Il a été doué, il n'y a pas à dire.

Nous nous étions rencontrés grâce à des amis communs, chez qui il était venu passer le week-end, lors d'une soirée. Nous nous étions particulièrement bien entendus, nous avions ri, flirté sans pousser les choses, discuté plus sérieusement, aussi. Il était intelligent, en plus d'être plein de charme, et plutôt beau garçon. Son sourire me plaisait, il me plaisait, mais il avait une petite amie, depuis deux ans déjà. Le genre de trucs sérieux dont une rencontre en soirée ne changera pas le cours.

A la fin du week-end, il était reparti chez lui, à l'autre bout de la France, où il faisait ses études, me laissant un goût de trop peu, déjà. Il m'avait laissé son numéro de téléphone, son adresse MSN, son compte Facebook, et tout cet attirail de la communication moderne. Je déteste MSN, je suis nulle au téléphone, et je n'utilise Facebook que pour stalker les gens, pas pour communiquer. Ça me semblait mal barré.

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Quelques semaines plus tard, il larguait sa copine.

Je refusais de tenir compte de cet événement, je ne faisais que rire des insinuations de nos amis communs, que je voyais régulièrement, puisqu'ils faisaient, eux, leurs études dans la même ville que moi.

Je l'avais consolé de cette rupture, par MSN. Je l'avais laissé m'embarquer dans une habitude de léger flirt, tout le temps. Il me complimentait, et je rougissais, derrière mon écran. Il m'envoyait des messages, à moi, quand il avait trop bu. Il pensait à moi, se souvenait de ce que je lui racontais, prenait le temps de me souhaiter bon courage lors des journées dont je pensais qu'elles allaient être longues, même depuis l'autre bout de la France. Les insinuations de nos amis se faisait de moins en moins subtiles, et je me surprenais à vouloir y croire.

Je me surprenais à vouloir croire à une relation, sans vraiment l'imaginer concrètement. Une relation à distance, d'un bout à l'autre de la France, qui plus est. Le genre de trucs qui ne marche pas, en vrai ! Le genre de trucs où on a l'impression de n'avoir que les inconvénients du couple, sans même voir le mec. Déjà que je n'étais pas douée pour les relations en direct...

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Je n'avais parlé à personne de mes espoirs, étant toujours extrêmement discrète sur mes histoires de cœur, même auprès de ma meilleure amie. Mon cœur explosait de croire en tant de possibilités sans pouvoir en parler, quand mon cerveau tentait de me raisonner, de me rappeler que lui n'avait jamais fait un geste sérieux envers moi, et que je ferais mieux de ne pas faire des plans sur la comète.

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Jusqu'à cette nuit, au début du printemps, où, pendant une discussion MSN du reste tout à fait anodine, il m'informa qu'il revenait voir nos amis une semaine plus tard, et qu'il avait très envie de me revoir. Comment faire battre mon cœur un peu plus vite, faire trembler mes mains devant mon clavier. C'était presque une déclaration, non ?

Là, je me suis rendue compte que j'étais vraiment mal barrée. J'y croyais, et j'étais en train de prendre un risque que je n'avais pas pris depuis quelques années : être déçue, et laisser quelqu'un piétiner mon cœur, probablement sans même qu'il ne le sache. Du moins je l'espérais.

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Le week-end de sa venue approchait, et les questions les plus futiles se bousculaient dans ma tête. Jupe, ou jeans ? Quelles chaussures ? A talons ? Oui, il était grand, si on s'embrassait, ce serait plus pratique. « Si on s'embrassait », mais je délirais, ma parole !

J'étais stressée comme une adolescente à son premier rencard, et je le détestais de me mettre dans cet état-là. Je n'avais pas été aussi inquiète, je n'avais pas placé autant d'enjeux dans un rendez-vous depuis des années. Je croyais être devenue une femme qui ne se posait plus ce genre de questions. Visiblement pas.

D'autant que le déroulement du week-end n'incluait pas de tête à tête entre nous deux ! Non, c'était restau et après-midi ensemble avec tout notre groupe d'amis, une dizaine de personnes environ ! Et le samedi soir, il devait revoir d'autres personnes, que je ne connaissais pas, mais je savais qu'une de ces personnes était une fille avec laquelle ses relations étaient ambigües, d'après certains de mes amis, qui m'avaient annoncé ça sans prendre de pincettes, ne sachant pas à quel point je commençais à tenir à lui...

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Je devenais folle d'impatience, le vendredi précédant son arrivée fut l'une des journées les plus longues de l'année. Enfin arriva le samedi fatidique. Je m'étais levée particulièrement tôt pour me préparer aussi bien que possible, prenant en compte tout ce qu'il m'avait dit sur ce qu'il aimait chez les filles : bijoux, maquillage léger, cheveux détachés, ongles soignés... Il aurait tout ça, et plus encore.

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La journée fut en fait particulièrement dénuée en évènements, et nous n'avions pas vraiment eu de moments à nous, si on excepte quelques moments de complicité au restaurant, où nous étions placés l'un en face de l'autre. J'étais paralysée par mes incertitudes et mes souhaits, moi qui habituellement savais flirter sans complexe.

Rentrée chez moi, le soir, je me demandais bien pourquoi j'avais fait de ce week-end une montagne alors qu'il ne s'était rien passé, que je n'avais rien perçu de différent dans son comportement envers moi ou les autres, et que je m'étais sans doute fait des films pour rien... La désillusion était cruelle, après m'être laissée embarquer par des espoirs et des impressions depuis quelques semaines déjà...

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Alors quand je reçus son sms, dans la soirée, qui me proposait de petit-déjeuner ensemble le lendemain matin avant son train, qui partait à 11h, mon cœur battait d'autant plus fort que j'avais renoncé à y croire. Ce « ensemble », il voulait bien dire « tous les deux, seulement tous les deux », il ouvrait la porte à tout plein de possibilités. Il me paniquait, surtout, ce « ensemble ».

Je n'arrivai à rien avaler, ce soir-là, ou presque, paralysée par le stress, par la volonté de faire les choses bien le lendemain, sans trop en faire pour ne pas avoir mal. Je veux bien prendre des risques, mais pas avec mon cœur, non, ça je n'en suis pas capable. Je dormis mal, aussi, et je me levai tôt avec une boule au ventre. A nouveau, je passai du temps à me préparer. Je devais le retrouver à la gare, et nous trouverions bien un endroit sympa dans le coin pour boire un café, et manger un croissant !

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Ce petit-déjeuner fut un des moments les plus agréables de ma vie, une vraie réussite. Aucun de nous deux ne toucha à son croissant, le café n'était pas très bon, mais nous étions tellement bien, nous avions discuté pendant deux heures sans jamais être à court de sujet de conversation, nous avions ri, flirté un peu, nos yeux ne s'étaient pas quittés pendant deux heures... J'étais sous le charme, plus encore qu'avant, ce que je ne pensais pas possible. Mais il allait repartir, sans savoir quand il reviendrait, et y penser me donnait envie de pleurer, de crier, et d'inventer la téléportation dans l'heure !

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Nous nous sommes embrassés pour la première fois sur le quai de la gare, quand son train est arrivé. J'avais bien fait de mettre des talons, il était vraiment plus grand que moi.

J'ai découvert que vivre un parfait cliché, un baiser d'au revoir, pouvait être particulièrement agréable, et contenir toutes les promesses du monde. J'y ai mis tout mon cœur, toutes mes envies, je pensais que si je l'embrassais comme je n'avais jamais embrassé personne, il ne partirait pas, il prendrait quelques jours de vacances pour rester chez moi. Nous ne sortirions pas de ma chambre, à peine de mon lit, nous nous nourririons d'amour et d'eau fraîche, ou peut-être d'un peu de vin. Nous serions heureux, pour quelques jours de plus, tout comme j'étais heureuse, là, dans ses bras. Je me disais que si je l'étourdissais suffisamment, il n'entendrait pas l'annonce du départ du train, laisserait les portes se refermer sans être monté...

Sa main dans mes cheveux, l'autre au creux de mes reins, qui me faisait frissonner, ma main sur son torse, l'autre dans son dos, entre son manteau et son pull, le serrer aussi fort que possible dans mes bras, l'embrasser à en perdre le souffle, puis jouer à déposer de légers baisers sur ses lèvres, sa mâchoire, sa pommette, respirer son odeur... Retenir ma respiration quand ses lèvres à leur tour se perdaient dans mon cou. Mordiller ses lèvres, puis soulager la douleur de ma langue. Le regarder droit dans les yeux, tout au long de ce baiser, et y voir le reflet exact des sensations que tout mon corps ressentait. Poser ma tête sur son torse, le laisser me serrer fort, déposer un baiser sur ma tempe... Désir et tendresse formaient un cocktail qui me faisait frissonner de la tête aux pieds.

Evidemment, il a pris son train. Evidemment. Et nous ne savions toujours pas quand nous allions nous revoir. Je ne savais qu'une chose : nous devions nous revoir, au plus vite !

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Il est revenu. Je l'ai eu, ce week-end de sexe et de vin blanc dont je rêvais sur le quai de la gare.

Et puis, je suis allée chez lui. Soirée d'école, lui en costume, moi en robe noire sexy, être présentée à ses amis, percevoir leur approbation, me sentir bien, savoir que notre si jeune couple était beau, en plus de fonctionner parfaitement, intellectuellement comme sexuellement... Ça valait le coup d'avoir pris le train pendant des heures, juste pour le voir !

Et puis, un week-end à Paris, restaurant, ciné, balades dans les parcs, fous rires dans le métro, quelques larmes quand il fut reparti, quelques heures avant moi.

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Et soudain, en un peu plus d'un mois, après seulement trois week-ends passés ensemble, faire des projets pour l'automne, partir vivre à l'étranger, ne pas le voir pendant des mois, parce que je serais loin, encore plus loin, tout ça me semblait insoutenable. Pourquoi pas m'installer dans la petite ville où il faisait ses études, et où il ne se passait rien, finalement ? Ce n'était pas grave, qu'il ne s'y passe rien, si nous étions ensemble !

J'avais envie de prendre le train pendant des heures pour aller le retrouver pendant mes vacances, j'étais prête à l'attendre dans son appart pendant qu'il serait en cours, je voulais le voir, je voulais m'endormir dans ses bras et me réveiller à ses côtés.

Et je détestais avoir envie de tout ça, l'amour et la romance, les mots bleus et les petites attentions, je n'y avais jamais cru. Pourtant, avec lui, tout semblait si normal, si crédible, si beau, si facile... J'y croyais, et j'en avais besoin, soudain.

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Il m'avait eue, en quelques efforts, quelques phrases, quelques sourires, quelques attentions, beaucoup d'humour et de patience.

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Je ne l'ai pas vu depuis plus d'un mois. Enfin, son train arrive, il sera là dans quelques heures ! J'ai passé ma journée à me préparer, m'épiler, me faire la peau toute douce, me maquiller, bayer aux corneilles et rêvasser, au plus grand amusement de mes colocs, changer de tenue cinquante fois, et me promener avec un sourire niais dans tout l'appartement, le genre de sourire que j'ai toujours détesté voir sur les autres.

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Est-ce que cette nouvelle robe va lui plaire ? Ou me préfèrera-t-il sans ? Prendra-t-il le temps de l'enlever, de faire glisser les bretelles sur mes épaules, de remarquer mes nouveaux sous-vêtements, de redécouvrir mon corps de ses mains et de ses lèvres ? Ou lui aurai-je manqué autant que lui m'a manqué, et nos retrouvailles seront-elles passionnées et rapides ? Prendrons-nous avant tout le temps de discuter, de nous raconter ces dernières semaines, de rire et de nous observer, ou nous enfermerons-nous dans ma chambre pour quelques heures, son corps contre mon corps, avant, peut-être, de nous diriger vers un restaurant pour un dîner en tête à tête ?

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Son train arrive dans quelques heures.

Je ne sais pas comment il a fait le coup.

Mais je crois que je suis amoureuse.


Si vous croyez que je mérite vos critiques ou vos compliments, une ou deux reviews pourraient bien me faire plaisir... J'espère que ça vous a plu ;)