Par les Temps qui Courent

Genre: humour, farfelu, yaoi/slash

Rating: Bon public ^^ (T)

Résumé: C'est l'histoire d'un employé de bureau sans aucun avenir professionnel, ni sentimental, d'ailleurs. A trente ans, il est amoureux d'un acteur de série télé, et gribouille son nom sur une page d'agenda. Et ce jour-là, il est mis à la porte...

Notes: Histoire écrite pour le "challenge du mois" du forum (avril 2010) qui avait pour thème: « comme au cinéma ». Je ne vous mets pas les références ciné auxquelles j'ai pensé, si jamais vous voulez essayer de deviner ;)


1.

« Tu es un imbécile. »

Sa propre voix résonna bizarrement à ses oreilles. Avec un petit grésillement, comme si elle provenait d'un poste de radio mal fréquencé.

Fréquencé, ça se dit, ça ?

Il se racla la gorge et recommença plus distinctement :

« Tu es. Un imbécile. Crétin. Incapable. »

Il haussa les épaules avec indifférence et continua de griffonner la page de son agenda. Plus aucun rendez-vous pour cette semaine. Dire qu'on était que mardi. Ça lui laissait plein de pages blanches.

« C'est la crise. »

Il soupira longuement. Il allait finir par rejoindre la porte, lui aussi. Comme ses collègues. Celle de son bureau, et de l'immeuble entier. Il allait enfin quitter cette moitié d'étage qui lui cassait le dos et lui assombrissait l'esprit. C'était pas plus mal. Peut-être qu'il allait réapprendre à se détendre, à ne plus plisser les yeux et grimacer au soleil, et à ne plus parler tout seul, qui sait ?

En attendant, il fallait bien passer le temps.

Luke Noble. LN.

Il inspira une grande bouffée d'air et soupira encore plus longuement.

Par les temps qui courent, le temps passe lentement.

Mmm, joli.

Il la griffonna aussi, cette phrase, entre un Luke calligraphié pompeusement et un LN gribouillé en négatif dans un rectangle. Dire qu'il ne travaillait pas très loin d'ici. Comme bon nombre d'acteurs connus et moins connus qui tournaient dans les studios comme des fourmis bossaient dans une gigantesque fourmilière. Il n'avait pas son étoile sur Hollywood Boulevard, son acteur préféré, mais il avait quelque chose que les autres n'avaient pas.

« SCHWARZ!!! »

Il sursauta. La voix de son boss venait de traverser la cloison et d'y faire un trou, putain. Enfin on aurait dit. En se retournant, il vit bien que non. Il se pinça les lèvres, reporta sa misérable attention sur son agenda et en arracha la page, sans trop savoir pourquoi. Sans doute pour se donner un peu de courage.

Son réconfort dans la poche, il se leva et, plié en deux, se dirigea vers la porte de son bureau. Celle qui donnait directement dans le bureau du boss. Viré, il était viré. Enfin.

Sans trop savoir pourquoi non plus, il ferma les yeux en ouvrant la porte et s'avança dans la pièce.

« Qu'est-ce que... Ah mon Dieu, qu'est-ce qui m'arrive ? »

Il ouvrit les yeux. Son cher boss avait changé de ton, et de voix. Et pourquoi cette question ? Il faisait bien plus clair, ici.

« C'est plutôt à moi...»

Il sursauta, et se retourna brusquement. La porte avait disparu. Les bureaux, aussi. Tout l'étage, l'immeuble. Il se trouvait dans une maison, a priori, ou bien un grand appartement. Le problème, c'était qu'il ne s'était pas vraiment retourné. Pas vraiment lui, du moins. C'était incompréhensible. Inexplicable.

Il se tut.

Son environnement pivota à nouveau, lui laissant mieux entrevoir l'endroit où il avait... atterri.

Son coeur, qui s'était méchamment emballé ces dernières secondes, retrouva sa place dans sa poitrine, mais sans ralentir la cadence de ses battements. Il ne contrôlait rien. La sensation était affreuse. Comme s'il venait de s'immiscer dans la tête de quelqu'un d'autre. Il n'osait même pas parler de peur de se faire surprendre par... son hôte. Celui-ci balança son scénario sur la table basse et se leva, pour se diriger vers la salle de bain.

Comment pouvait-il penser des choses pareilles ? Comment, si ce n'est en étant dans la tête de cette personne ? Un homme. Sinon les sensations auraient peut-être été différentes.

Difficile à dire.

Il entra dans la pièce, et s'aperçut dans le miroir de l'armoire à pharmacie... Non...

Une aspirine. Il referma l'armoire.

Si !

« Luke Noble !!!! » s'écria-t-il de joie.

Il sursauta encore une fois. Enfin ils sursautèrent tous les deux, pour être précis. Son sexy reflet était terrorisé. Il en laissa tomber le tube d'aspirine et s'écria :

« Sortez de ma tête !!! Pitiééééé !!!

_Vous êtes Luke Noble ! Je suis dans la tête de Luke Noble !

_AAAAHHHH !!!!! »

Leurs cris se mêlèrent en un seul, jusqu'à ce qu'il n'entende plus que le sien, tandis qu'il tombait... Oh non ! Il aurait voulu que ça continue un peu ! Le meilleur avait à peine commencé ! C'était terrible de se réveiller en plein milieu d'un rêve, surtout quand Luke Noble était dedans !!

Il émit un son étouffé en rencontrant le sol. Un nuage de poussières s'éleva tout autour de lui, après une culbute désarticulée qui le laissa inerte. Par chance, ou plutôt par miracle, il s'en sortit apparemment indemne.

Il bougea ses mains, redressa sa tête, puis tout le haut de son corps jusqu'à s'asseoir. Il plissa les yeux. Le soleil l'éblouit. Il ne comprit pas pourquoi il se trouvait soudain sur ce talus près de l'autoroute.

« Drôle de façon de mettre les gens à la porte », fit-il remarquer... à lui-même.

Il se demanda s'il avait rêvé, et s'il rêvait encore. Si tout cela n'était pas le fait d'un sévère trouble somnambulatoire, qui l'avait conduit là...

somnambulatoire, ça ne doit pas exister...

Enfin bref, certainement que non, tout était trop réel. Trop de sensations l'assaillaient. Les bruits, le paysage, le sol terreux, une douleur dans le dos, aussi.

Il regarda sa montre. À quoi bon ? Il ne savait même pas à quelle heure il s'était levé de son bureau pour se faire mettre à la porte. Enfin... si ce n'était déjà fait, à présent c'était sûrement le cas.

« Mouais », fit-il en se penchant sur le côté pour mettre sa main dans sa poche.

Il en sortit la feuille arrachée à son agenda. Celle où il avait griffonné le nom de sa lubie du moment. L'acteur de série télé, Luke Noble. Il était amoureux de sa lubie.

Joseph Schwarz, vous êtes pathétique.

« Par les temps qui courent...», lut-il tout haut.

Il ne faut pas laisser passer sa chance. Il faut saisir les occasions, les signes et les miracles. Qui n'essaie pas ne sait pas. À noter, aussi.

Il replia la feuille et la remit dans sa poche. Les studios n'étaient qu'à un demi-kilomètre de l'endroit où il se trouvait. Et quelque chose lui disait qu'il n'avait plus que ça à faire de sa journée, voire celles d'après.

...