Jouissance Mécanique

Genre : SF – OS – Angst - Lemon
Perso : Trey/Arty
Rating : - 16
Résumé : Dans un monde parfait, la Démocratie veille au bien être de l'humanité. Mais est-ce que chacun est pleinement satisfait ?

Salut. Je m'appelle TR 73-15. Ce n'est pas mon vrai nom. Enfin si. C'est mon nom complet. TR sont mes initiales dont j'ai oublié depuis longtemps la signification. 73 c'est mon année de naissance et 15 la zone où je travaille.
Le secteur 15 est consacré à la fabrication de circuits imprimés. Alors je soude des composants entre eux 11 heures par jour. Où vont mes pièces ? A quoi servent-elles ? Je n'en sais strictement rien mais peut-être y a-t-il une partie de moi dans votre télécran, votre mobilure ou votre arme d'auto-défense dernier cri.
Ce n'est pas un travail passionnant mais ça m'occupe comme cela occupe les 427 autres ouvriers du secteur 15. La journée passe comme toutes les autres, noyée dans le ronron du tapis roulant qui mène les circuits jusqu'à moi et la litanie incessante des hauts parleurs déversant la bonne parole de la Démocratie.

Il y a toujours un moment dans la journée où un autre travailleur me tape sur l'épaule pour me remplacer une heure durant. Alors je me lève et je me place dans la file. Nous allons tous ensemble dans la zone blanche pour prendre notre dose quotidienne de sexe.
La Démocratie l'a décrété, les choses essentielles pour l'homme sont : travailler, manger, baiser. Enfin, ce n'est pas écrit textuellement comme cela dans la Grande Constitution mais le Gouvernement de la Fraternité met à un point d'honneur à satisfaire ces trois besoins de son mieux.
Nu dans une cabine, j'attends. J'ai enfilé mon casque et mes gants sensoriels. Les pas du superviseur retentissent dans le couloir alors qu'il passe devant chaque porte et lance la séance. Aussitôt la Machine s'enclenche et je la sens prendre possession de mon corps. Ses tentacules caressent ma peau blanche et tentent d'animer mes chairs flasques. Je ne peux retenir un spasme quand un des bras tente de pénétrer mon intimité mais une décharge électrique détend les muscles de mes fesses et la machine est en moi.
Les tests à mon entrée à l'Usine ont révélé que j'étais homosexuel. Je suis d'accord avec eux. Les femmes m'ont toujours inspiré une indifférence un peu craintive. Là où je suis moins d'accord c'est que j'ai été qualifié de passif. Pourtant sentir la Machine aller et venir dans mes entrailles génère chez moi un malaise à la limite de l'écœurement. Mais le programme est efficace et rapidement je crie mon plaisir et mon désespoir d'avoir une fois encore cédé à cette jouissance mécanique.
Dix minutes plus tard nous sommes tous prêts à retourner sur la chaine de montage. Au moment où la file s'ébranle je croise son regard. AR 77-22. La première fois que je l'ai remarqué, j'ai été comme foudroyé. Et depuis je tente chaque jour d'entrer en contact avec lui. C'est dangereux mais je ne peux m'en empêcher. Comme chaque jour nos yeux se rencontrent une demie seconde et l'instant d'après il est parti pour sa séance.

Le soir j'erre toujours un peu dans les rues de la ville. Après avoir été confiné la moitié de la journée à l'Usine, j'ai besoin d'un peu d'espace avant de retourner dans les dix mètres carrés de mon appartement. Ma cellule.
Depuis quelques semaines mes pas me ramènent toujours au même endroit. Je pousse une vieille porte en bois pourri et au bout d'un long corridor malodorant il y a une cours. Il est là. AR. Arty comme il a voulu que je l'appelle. Sans un mot nos bouches se collent et nos langues se mêlent. Mes longs doigts parcourent son corps alors que je sens ses paumes chaudes sur la peau de mon dos. Au bout d'un moment il murmure le nom qu'il m'a donné. Trey. C'est le signal. Je déboutonne son pantalon et caresse doucement son sexe déjà dressé puis, doucement, je le retourne et je me déshabille à mon tour. Je prends rapidement possession de son corps, faisant coulisser ma queue triomphante entre ses fesses rondes.
Le plaisir, le vrai, celui de la rencontre des chairs, monte en nous et alors tout disparaît : la chaine de montage, les matricules, la Machine et même la Démocratie.
La Démocratie qui n'approuverait pas que nous nous passions de sa bienveillance pour satisfaire un des besoins essentiels. Pour elle nous sommes des déviants. Surtout moi qui sors de la case où elle m'a mise pour m'adonner à l'homosexualité active.
Mais, alors que de notre étreinte interdite transpire des gémissements essoufflés, je sais que je n'ai pas peur de mourir.
Et dans cette cour sombre je crie. Je crie, comme un défi, ma vraie jouissance.

FIN