Douce nuit

Le soleil venait de se coucher et les derniers rayons enflammés avaient auréolé de feu sa longue chevelure qui cascadait sur son oreiller dans une rivière d'or. Sa respiration était lente et paisible et son souffle léger faisait danser un cheveu blond rebel. Doucement, il caressa son épaule nue et il la sentit frissonner. Il sourit, aux anges. Elle dormait mais sa caresse venait de la rejoindre au monde des rêves. Il se leva en douceur pour ne pas la réveiller.

Il portait encore son jean. Son T-shirt l'avait quitté mais il avait oublié comment. Il regarda la nuit étoilée de cette chaude journée d'été, même si il commençait à rafraîchir. La lune n'allait pas tarder à se lever. Il sourit à nouveau et regarda autour de lui, cette chambre qui n'était pas la sienne.

Il regarda, attendri, la photo de leur couple encadrée sur la table de chevet de la jeune fille qui souriait dans son sommeil. Il sourit en retour.

Il jeta un deuxième coup d'œil à la chambre et s'approcha d'un mur. Il se laissa glisser à son pied et ramena les jambes contre sa poitrine nue, les enserrant avec ses bras musclés. Il posa sa tête sur ses genoux et la regarda dormir. Il avait tant de chance d'être là…

Ils s'étaient rencontrés par pur hasard dans une gare, lui en vadrouille à travers la France pour faire connaissance avec quelques personnes connues sur Internet et elle rentrant chez elle après un court séjour chez sa meilleure amie. Il l'avait par maladresse percutée alors qu'il regardait ailleurs. Confus, il s'était répandu en excuses et elle, amusée avait engagée la conversation. Ils avaient appris qu'ils partaient dans le même train et ils avaient commencé à faire connaissance.

Lorsque le train était arrivé, ils étaient montés ensemble et ils s'étaient installés l'un en face de l'autre dans un coin presque désert. Si le voyage dura trois heures, il passa en un éclair. Au fil des paroles échangées, chacun en apprenait un peu plus sur l'autre. Lui était un adolescent de seize ans avec un grand manque de confiance en lui et un humour plus que douteux qui la laissait presque systématiquement hilare. Il adorait lire et écrire. Elle était une jeune femme de dix-sept ans pleine d'énergie et de vie partageant le goût de la littérature avec le jeune homme. Peu à peu des liens se tissèrent entre eux deux si bien que lorsque le train ralentit pour s'arrêter en gare de Filante où elle devait descendre, leurs visages se rapprochèrent jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent dans un court baiser chargé d'un amour nouveau pour tous les deux. Il lui laissa alors son numéro de téléphone et ils se quittèrent avec l'espoir de se revoir.

Elle le rappela le soir même et tous ceux qui suivirent jusqu'aux vacances de la Toussaint. La rentrée n'allait en effet pas tarder et ils devraient attendre deux long mois pour se revoir. Deux mois de doutes et d'espoir. Deux mois de joie et de tristesse. Deux mois de manque et de désir que les longues heures de téléphone échangées ne parvenaient pas toujours à tromper.

Ils se retrouvèrent dans un autre hall de gare et tous leurs doutes s'envolèrent dans un long et fougueux baiser échangé devant quelques passants amusés par cette scène.

La semaine passa vite, couronnée le dernier soir par leur première nuit d'amour. Une nuit emplie de caresses, de douceurs et de plaisirs. Ce fut leur première fois à tous deux mais cela ne leur procura rien d'autre qu'un bonheur encore plus grand.

Lorsqu'il rentra chez lui l'après-midi suivante, son visage morne et dur était illuminé par un sourire d'ordinaire miraculeux. Son caractère discret et sa réserve avaient volé en éclat et on le voyait souvent rire. Les doutes et inquiétudes de son cœur s'étaient évaporés.

Pendant le restant de l'année scolaire, ils alternèrent vacances ensemble et études acharnées. Tout deux décrochèrent d'ailleurs un BAC S avec mention.

Ils avaient passé les trois semaines suivantes ensemble chez elle, le jour dans de longues promenades en amoureux et la nuit dans d'interminables câlins, parfois agrémentés d'amour. Ils remonteraient demain chez lui où il la présenterait à ses parents avant que ces derniers ne partent pour un long mois de vacances à l'étranger avec le reste de la famille. Ils auraient alors la maison pour eux tout seul et ils pourraient parcourir à loisir les immenses espaces de la campagne.

Il rouvrit les yeux. La lune donnait à sa belle entièrement nue une couleur d'argent. Les draps avaient glissé et il voyait qu'elle commençait à avoir la chair de poule. Il se redressa, retira son jean et la rejoignit dans le lit.

Il la caressa avec tendresse, la réchauffant en douceur, la couvrant de baisers chargés d'amour et de tendresse. Elle finit par se réveiller et lui décocha à bout portant ses deux yeux vert émeraude. Elle sourit et lui rendit quelques uns de ses baisers. Elle se blottit ensuite contre lui et il la serra dans ses bras, remontant les draps pour lui tenir chaud.

C'est ainsi qu'ils s'endormirent et que les premiers rayons du soleil les trouvèrent : deux corps chargés d'un amour certainement éternel…