Pétales blancs et perles de soleil

Tout le monde était vêtu d'habits sombres. Rassemblés en groupes de deux, trois ou quatre, ils discutaient. Tous des adultes qu'il ne connaissait pas. Sur son passage, ils se retournaient et parfois lui adressaient la parole mais il ne les voyait ni ne les entendait.

Il foulait de son pas silencieux une pelouse grasse et douce au regard mais il ne le remarquait pas. Autour de lui, le printemps avait revêtu les cerisiers d'une parure de bouquet de ces fleurs aux pétales blancs qui tourbillonnaient tel des flocons de neige mais son regard ne fixait qu le lit là-bas, au pied du plus vieil et du plus majestueux arbre du verger, là où il l'avait rencontrée la première fois.

Il s'arrêta enfin au pied du lit et tomba à genoux. Des regards tristes et désolés tentèrent, en vain, d'atténuer sa peine.

On l'avait revêtu d'une chemise noire dont les manches ouvertes jusqu'aux coudes étaient faites de soie blanche légèrement transparente. Ses jambes, hier encore rapides, agiles et si gracieuses, étaient couvertes d'un pantalon également noir qui s'arrêtait au niveau de ses chevilles laissant ses pieds nus. Il observa ce corps aux courbes parfaites, ce corps qu'il avait tant enlacé, ce corps à la fois musclé, gracieux et fragile. Une maladie foudroyante avait suffi. Ses bras étaient étendus le long de son corps. Il se rappela la caresse de ses doigts si fins sur sa joue.

Avec tristesse, il tourna son regard vers le visage de la jeune fille. Ses longs cheveux d'un noir d'une nuit sans lune avaient été étalés en éventail, lui offrant une auréole angélique. Ses oreilles élégantes, son doux front, ses fins sourcils, ses paupières closes, fermés sur cette lumière pétillante de joie et de vie où il avait si souvent sombré, son joli petit nez, ses joues harmonieuses, ses lèvres charnues, son menton volontaire et son teint légèrement halé que la mort n'avait pour le moment emporté.

Une brise de vent emporta autour de lui les pétales blancs des cerisiers et de minuscules perles qui emprisonnaient la lumière du soleil s'y mêlèrent, ses larmes.

Il plongea dans l'infini de ses souvenirs. Ces moments merveilleux en sa compagnie, ces baisers chargés d'amour qu'ils avaient échangés.

Il sentit son cœur ralentir. Il savait, pour avoir failli y rester une fois que s'il continuait, il mourrait.

Mais aujourd'hui c'était différent. Son cœur, son âme était déjà morte. Lentement, il s'effondra près du corps de sa meilleure amie, sa seule amie, sa bien-aimée.