Chapitre 4

Elle déposa ses clés sur la commode de l'entrée, qui commençait à crouler sous le courrier s'amassant au fil des jours. La plupart étaient des lettres de sa mère qu'elle n'avait même pas prit la peine d'ouvrir. Son répondeur aussi était harcelé par les accents hystériques de sa génitrice. Serena n'avait aucune envie de lui parler en ce moment. Elles n'avaient jamais été vraiment proches mais, depuis son déménagement à l'autre bout du pays, elles ne se voyaient pratiquement plus. Et, à dire vrai, cela ne dérangeait pas plus que ça la jeune femme. Ici, elle pouvait respirer librement sans subir ses constants reproches.

Sa mère semblait vouloir contrôler la vie de sa fille en plus de gérer la sienne déjà catastrophique. Elle s'offusquait continuellement de son mode de vie, et n'arrivait pas à comprendre son choix de travailler la nuit − en tant que simple gardienne de musée, bien sûr. Serena ne pouvait décemment pas annoncer à sa mère qu'elle était tueuse à gage à la solde de l'État ! Premièrement parce que c'était top secret et, deuxièmement elle ne se voyait pas lui dire tranquillement « mon métier c'est tuer des gens. C'est pas difficile et je suis bien payée. » Elle serait choquée et la rangerait directement dans la case « assassin » de son cerveau borné. Elle commencerait sans doute par l'appeler moins souvent pour tenter de faire comme si de rien n'était puis, n'appellerait plus, trouverait des excuses pour qu'elle ne vienne pas leur rendre visite, et ensuite, elle ne voudrait plus du tout la voir. Remarque, elle serait sans doute tranquille comme ça…

La jeune femme esquissa un sourire et s'installa sur son canapé après avoir enlevé sa veste et ses baskets. Elle posa ses jambes sur la table basse en verre et alluma son ordinateur qu'elle installa sur ses cuisses avant d'attraper la télécommande de sa chaine hifi, coincée élégamment entre deux meubles en bois clair. La musique ampli l'espace, volubile et apaisante, libérant gracieusement ses accents psychédéliques dans la pièce. Pink floyd l'aidait toujours à rester calme, leur musique lui faisait énormément de bien. Serena ouvrit son fichier word qu'elle avait laissé en plan au début de la semaine, pour se mettre au travail. Elle relu plusieurs fois ce qu'elle avait déjà écrit pour se remettre dans le contexte. Ses mains restèrent suspendues de longues minutes au-dessus du clavier tandis que son regard restait braqué sur l'écran cherchant qu'ajouter ensuite. La jeune femme tapa quelques mots. Les effaça. Recommença le même schéma plusieurs fois de suite. Elle ne trouvait pas ce qu'elle cherchait. L'inspiration semblait l'avoir quitté depuis quelques temps. Ça ne l'arrangeait pas.

Serena releva la tête et observa le paysage à travers la fenêtre. L'eau dégringolait au dehors et de nombreuses gouttes s'écrasaient sur la vitre. Elle les regardait glisser sur la surface transparente durant un long moment, l'esprit vide. Elle revint à son ordinateur qu'elle referma en soupirant. Ca ne servirait à rien de se forcer. Ce qu'elle produirait de cette façon serait d'autant plus fade. Ses yeux glissèrent lentement de la fenêtre vers son poste de télévision auquel elle lança un regard méprisant. Elle ne s'ennuyait pas assez pour s'abrutir devant des programmes sans intérêts. La jeune femme se demandait même pourquoi elle l'avait accepté. Mais Céleste avait tellement insisté pour qu'elle le prenne en argumentant qu'elle resterait informée en regardant les infos. Elle avait plutôt besoin de s'en débarrasser pour installer son nouvel écran plasma ouais... .

Serena se leva et entra dans sa chambre décorée dans des tons plutôt chauds pour changer. Elle n'allait pas passer la soirée à disserter sur l'inutilité de la télévision. Quitte à s'ennuyer, autant sortir. Elle connaissait un bar sympa à quelques centaines de mètres de chez elle, ils passaient des groupes plus ou moins bons. Pourquoi pas ?

Son trajet dans l'obscurité l'ébranla légèrement. Quelque chose de lugubre régnait dans les rues. Ce n'était pas le genre de chose qui l'effrayait. Elle était surentrainée et donc capable de se défendre en cas de problème mais, la jeune femme se demandait si ce n'était pas ça qui inquiétait Sean. Il ne l'avait pas dit clairement mais son regard avait parlé pour lui quand Ethan avait parlé de ce qui s'était passé la nuit où ils s'étaient tous retrouvés au hangar. Il soupçonnait quelque chose, mais quoi ?

* * *

Il y entra d'un pas trainant. Quand il ne travaillait pas, Ethan ne faisait pas grand chose. Ca n'arrivait pas trop fréquemment mais quand même. D'habitude ils avaient pas mal de dossiers à faire disparaître ou des preuves à dissimuler. Cependant, plusieurs jours par mois, ils obtenaient des sortes de « congés » et durant ces périodes, Ethan ne faisait rien. Ou rien qui lui soit bénéfique en tout cas. Il poussa la porte d'entrée et s'installa directement au bar. Il avait ses habitudes maintenant. Depuis le temps qu'il venait ici, c'était quasiment toujours la même rengaine. Il arrivait, il buvait, il repartait, accompagné ou non. Il s'assit mollement sur un des hauts tabourets et le barman n'eut même pas besoin de lui demander ce qu'il souhaitait boire : il le savait déjà.

Ethan sirota donc tranquillement son verra sans même se préoccuper de ce qui se passait autour de lui. Il se disait que ça commençait à faire un moment qu'il n'avait pas eu de nouvelles de Sean. Il n'allait sans doute pas tarder à les rappeler pour un nouveau contrat. Ca faisait déjà une semaine mais l'État avait beaucoup d'ennemis. Du moins, le FBI connaissait énormément de personnes trop nuisibles pour être capturées et qu'on ne pouvait qu'éliminer. Il était un peu en manque d'action ces temps-ci. Il avait besoin de bouger.

Il releva la tête pour recommander un verre quand un serveur se posta à côté de lui pour lui en déposer un devant lui. Étonné, Ethan le regarda d'un air interrogateur. Le serveur lui désigna un homme assit au bar à deux sièges de lui, qui lui fit un clin d'œil quand il croisa son regard. C'était franchement pas son jour...

Il retourna à son verre, le vida d'un trait sans réfléchir et le reposa bruyamment sur le comptoir. Il fit de nouveau signe au barman pour qu'il le resserve. Ce qu'il fit sans attendre.

L'homme, prenant ça comme une invitation, s'avança vers lui et s'accouda au bar en le détaillant tranquillement, semblant apprécier ce qu'il voyait.

Ethan sentant sa présence se retourna lentement vers lui, prenant son temps pour bien marquer son irritation.

— Salut. Lui lança le jeune homme.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Je pensais qu'on pouvait discuter un peu. Répondit-il sans se laisser démonter par la froideur de son interlocuteur.

— Pour quoi faire ?

— Eh bien ... je ...

— Écoute, les mecs c'est pas mon trucs, okay ? Le coupa-t-il en le regardant bien en face.

— Mais, tu as accepté mon verre ...

— Et alors ? Tu me l'offres, je le bois, c'est pas pour autant que je vais coucher avec toi.

Ethan pivota sur son siège grinçant, se plaçant face à la salle et y laissa courir son regard. Elle n'était pas pleine à craquer mais il y avait quand même du monde et pas mal de jeunes filles dont une plutôt sexy, assisse seule à une table, on ne la voyait pas clairement mais son corps nonchalamment adossé à la banquette dégageait une onde brute de sensualité.

— Tu vois, mon genre c'est plutôt ça. Déclara Ethan en pointant un doigt assuré dans la direction de la jeune femme.

Il se leva, attrapa son verra et planta là le jeune homme plutôt perplexe. Ethan se dirigea vers elle d'une démarche décontractée mais, en arrivant devant elle, se laissa tomber sur la banquette en soupirant.

— Ah c'est toi ...

— Oui c'est moi, qui voulais-tu que ce soit ?

— Je ne sais pas ... une belle femme sulfureuse ?

Serena leva les yeux au ciel. Il ne changerait jamais.