Lorette

Je me recroqueville sur moi-même, me faisant toute petite dans le fauteuil, j'essaie même de respirer le moins fort possible, fixant intensément mes mains posées sur mes genoux. Elles tremblent un peu, mai j'essaie de ne pas y penser, ne pense à rien du tout d'ailleurs.

Il ne me regarde pas non plus, mais je sais que quelque chose se prépare, je sais qu'il attend le bon moment, le bon prétexte surtout. Je réfléchis à toute allure, qu'ais-je fais de mal, quel détail a bien pu m'échapper. Au moins, ça ne sera pas de la faut au sandwich, j'ai pris soin de placer le jambon de façon symétrique cette fois. J'ai aussi veillé à ce que les tranches de cornichon soient parfaitement égales. Non, le sandwich était parfait ce matin.

Un bruit. Je l'entends se lever et s'approcher de moi. Je serre les dents en espérant qu'il ne verra pas mes tremblements. Il s'arrête devant moi. Un long silence. Je n'ose pas bouger.

« Regarde-moi ! »

Il parle d'une voix doucereuse, je devine un sourire sur ses lèvres. Je lève légèrement la tête pour lui obéir. Je reste sage, je ne le dérange pas.

« Je ne veux plus de toi ! Tu vas aller faire tes valises et tu te casses, ce soir ! »

Interdite, je lève cette fois-ci franchement les yeux sur lui. Que se passe-t-il ? Quelle mouche peut donc bien le piquer ? Est-ce une feinte ou me quitte-il vraiment ? Est-il réellement en train de me libérer ? Cela signifie donc que nous allons devoir divorcer ! Mais que vont penser notre famille ? Et nos voisins ?

BAM

Je ne l'ai pas vu venir, le premier coup. Je sens le sang couler à flot de mon nez, ou alors de mes lèvres ? Ou bien les deux. Je n'ai pas le temps de réagir, les coups pleuvent désormais.

« Je te quitte et tu n'es même pas fichue de répondre ! » me hurle-t-il.

Brusquement un terrible crochet vient s'abattre sur ma tête, je vacille. Ma tête vient heurter notre jolie table basse en fer forgé. Je sens une violente douleur. Je souffre, mais pas plus que d'habitude, je tente de serrer les dents en espérant qu'il ne me tue pas. La liberté, bientôt ! Je n'ai plus que ce mot en tête. Je ne sens même pas qu'il est allé s'asseoir sur le divan, qu'il me regarde, l'air dédaigneux.

« Je pars, quand je serais de retour, tu auras fichu le camp, est-ce bien clair ? Et nettoie moi tout ce sang, espèce d'ingrate ! »

Il me laisse seule. Tout doucement, je me relève. Ma tête me fait mal. Peut importe, je vais chercher les produits de ménage. Effacer mes traces. Liberté. Ma tête me fait affreusement mal. Je frotte le tapis persan. Les taches ont du mal à s'effacer. Il va me corriger ! Je me relève. Ma tête me fait désormais atrocement mal. Je m'allonge sur le divan. Et je ferme les yeux. Rien qu'une seule seconde. Liberté…

Lorette ne se réveillera plus jamais.