La bohémienne

Je marche à pas lents sur cette rue éclairée par quelques doux rayons de soleil, ne m'attendant pas vraiment à ce qui allait s'offrir bientôt à ma vue. Le faible souffle du vent m'apaise, me caressant légèrement le visage. De la musique parvint à mes oreilles. Un violon, des percussions, quelques grelots, une voix. Je me laisse doucement porter par la mélodie, mes pas me portent, seuls.

Ce chant angélique... Mais d'où vient-il ?

Une foule se presse devant mes yeux, me cachant des musiciens. Je me faufile entre ces inconnus, et parvient à être juste devant eux. Ou plutôt...devant elle. Une femme ? Je ne sais pas. Un ange ? Sûrement...

De longs cheveux noirs tombent en cascade le long de sa peau. D'immenses yeux océans, dans lesquels même le ciel est venu se perdre, illuminent son doux visage. Et je prie pour un regard... Juste un simple regard qu'elle poserait sur mon futile être. Ses hanches ses balancent au rythme de la musique, ondulant avec grâce son corps. Je déraisonne.

Danse... Danse pour moi... Danse simplement.

Elle est simplement vêtue d'un court soutien-gorge à perles, et d'une jupe courte. Ses formes oscillent lentement devant moi, et le bleu de ses pupilles s'ancre dans les mien. Je m'égare, me noie dans cet océan de paillettes...

Et que sont les yeux des femmes, lorsque les siens me regardent ?

Subitement, tout, tout autour de nous devient flou. Tout est si léger... Je ne prête plus attention aux visages incertains et vaporeux de ces inconnus bruyants. Juste elle et ses lèvres alléchantes... Juste elle et la courbe de ses hanches... Juste elle et sa peau aussi blanche que la neige tombant en hiver.

Et ses yeux. Encore ses yeux. Toujours. Ils me narguent... Encore et encore. Que ça cesse, que ça cesse ! Cette admiration, cette adoration, cette...obsession. Et j'admire la forme de son visage, la fossette sur sa joue lorsqu'elle sourit, heureuse d'être là, à nous faire voir ses étoiles.

Un regard rieur, des prunelles qui s'accrochent aux miennes, inconsciemment. Un bassin qui s'agite doucement, me faisant perdre la raison, me faisant perdre tout contrôle, toute logique. Mes pensées s'évanouissent...

Elle chante. Chante pour me brûler la gorge, pour m'embraser le corps, pour me consumer toute entière. Je m'abandonne, m'abandonne à elle, à toi. Laisse-moi te toucher... Tu m'as condamnée, par ta beauté, par ton mystérieux parfum qui s'est infiltré dans mes narines, dans mes veines.

Cette passion qui me dévore... Pourrais-je détourner les yeux ? Laisse-moi te regarder encore. Je suis... Je suis possédée par elle, comme le démon peut te posséder. Ne brisez pas ce charme, pas maintenant.

Et elle danse, danse devant moi, s'approche... Vraiment ? Ma vue me fait défaut. Mes sens s'affolent. Je ne sais plus vraiment, je ne me comprends plus vraiment. Elle ondule, me présente sa grâce. Tout est bleu... Me perdre dans ses yeux... Une envie. Me perdre, me perdre, me perdre... Elle est près, trop près de moi. Je suffoque. Je parviens à percevoir encore une once de sourire à la commissure de ses lèvres. Rit-elle de moi ? Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Elle a cessé de chanter. Je peux sentir son souffle caresser ma peau. Et je ne vois que la sienne, diaphane. Je me perdrais dans tes bras... Et sa bouche, qui semble me murmurer des paroles célestes. Je t'écoute... Et la mienne est avide, avide de gouter ta peau.

S'abandonner, s'abandonner...

Elle s'approche encore, me nargue, se moque. Elle frôle mes lèvres, toujours plus proche, sans jamais les toucher. Doux supplice... Mes paupières se ferment, seules, l'émotion est trop lourde. Mon cœur cogne et cogne encore contre ma peau fragile, semble vouloir déchirer ma poitrine.

L'entends-tu ? Il ne bat que pour toi. Je suis faible, si faible.

Regarde-moi encore une fois ! La musique cesse à son tour. Elle s'éloigne. Je ré-ouvre doucement mes yeux mais la lumière m'aveugle. Le brouhaha environnant atteint soudainement à nouveau mes oreilles. Retour à la réalité. La chute.

Les musiciens saluent. Les spectateurs lancent des pièces. Moi je ne bouge pas. Mes membres sont encore tout ankylosés, après ce que je viens de vivre. Mon corps tout entier est paralysé. Elle me fait un clin d'œil, puis s'en va.

C'était court, mais tellement intense. Celui dont j'avais tant besoin. Merci, mon inconnue... Je me fais la promesse de te revoir un jour. Es-tu prête à hanter mes rêves, mes chimères et mes songes ? Laisse-moi te désirer encore, pétale de mes nuits.