Salut à tous ! Me revoilà pour une nouvelle histoire dont j'espère qu'elle vous plaira. :3

Auteur : Votre serviteur que voilà o/
Disclaimer : Joshua et Gabriel appartiennent à ma pote Jyô et à moi.
Genre : ouh la... romance/angst/hurt-comfort/humour ? Bon, surtout romance... mais aussi pas mal le reste... *très précise*
Rating : M...

Note : oh, Joshua et Gabriel ne vous sont pas inconnus ? Ben, vous pouvez oublier ce que vous avez déjà lu, parce que voici encore un nouvel univers alternatif !

Note 2 : "Forbidden Colours ? C'est quoi ce titre pourri ?" En fait, en japonais (je fais bref sinon on en a pour la nuit) "couleurs interdites", ça représente l'homosexualité, puisque le kanji de couleur veut aussi dire sexe, et interdit... Bah ça veut dire ce que ça veut dire. Et ceci mis à part, "Forbidden Colours", c'est le nom d'une géniale chanson dans le génial film "Furyo", avec David Bowie et Ryuichi Sakamoto, et dont ce dernier a composé la splendide BO. Voilà, vous savez tout ! :3

Avertissement : ATTENTION ! Dans cette fic, il est question d'hommes qui couchent avec des hommes, il y a de l'homophobie, du viol, de la violence... Oh et puis surtout, y'a Joshua qui dit beaucoup de gros mots. Si ça, ça ne vous fait pas peur, vous pouvez y aller ! o/

Bonne lecture !


.oOo.

De manière générale, j'aime pas le lycée. Les gens de ma classe sont une bande de crétins, les profs sont des bouffons hypocrites, et le bâtiment est un vieux débris sans cesse en restauration – ça m'étonnerait pas qu'on se le prenne sur la gueule un jour. Et puis surtout, c'est rempli de bourgeois coincés et soi-disant "bien pensants", qui hurlent au crime quand on a le malheur d'afficher son homosexualité. Et je suis franchement désolé pour les filles et tout ce qu'elles ratent, mais on ne fait pas plus gay que moi.

Par conséquent, plus de la moitié du bahut ne souhaite que de me voir brûler sur un bucher, surtout que j'ai plutôt tendance à ouvrir ma gueule et faire parler mes poings quand on me provoque – et on me provoque souvent.

J'ai donc l'honneur d'être considéré comme un "élève à problème" par l'administration du lycée et surtout par son stupide Conseil des Élèves, composé du président, du vice-président, du secrétaire, du trésorier, et du larbin. Quand une merde me tombe dessus sans prévenir, à tous les coups, je peux leur dire merci. Comme cette fois où ils avaient affiché une photo de moi en train de fumer sur le toit (ça avait provoqué un tollé général, heureusement que je suis du genre à savoir me défendre), ou alors quand ma copie de partiel avait été délibérément (j'en suis sûr!) égarée, ce qui m'avait valu un joli zéro...

Le truc, c'est que je n'en ai rien à faire, moi, de mes notes (j'arrive à avoir des zéros tout seul comme un grand) – et lorsque quelqu'un qui n'aime pas mon mode de vie vient me trouver, je suis toujours prêt à le recevoir...

- Sale pédé, t'as pas honte de souiller notre école ?

Surtout quand je m'entends dire des horreurs pareilles.

Je considère le type qui est en face de moi : il est un peu plus grand que moi, c'est sûr, mais j'ai plus de muscles – au corps à corps, je l'emporte. Mais je sais parfaitement que si j'engage une baston, c'est moi qui vais me retrouver devant le président du Conseil, et que ce type, lui, cette ordure, s'en sortira sans rien. Alors, en général c'est pas mon style, mais depuis quelque temps, j'essaye de tempérer les choses, quand c'est possible.

- C'est quoi ton problème, gueule de crunch ?

Il met un point d'honneur à ignorer l'insulte et me lance un truc à la figure – un journal. Celui du lycée.

- Mon problème, c'est toi, et tes tendances dégueulasses exposées en public !

Comme je ne vois absolument pas de quoi il parle, j'ouvre le papier (torchon serait un terme plus approprié pour qualifier le principal moyen d'expression de ce lycée de fachos) et je tombe sur un encadré qui me montre en train d'embrasser un type, accompagné d'un texte tout à fait charmant.

"Non à la perversion ! Nos journalistes ont surpris, il y a deux jours, l'étudiant de terminale Joshua L. (photo ci-dessus) en train de se livrer à un acte de débauche honteux en compagnie de quelqu'un du même sexe dans une rue, à une heure où il n'est pas rare de croiser des enfants rentrant de cours. Ceci est un message destiné à tous, élèves comme professeurs : il faut protéger les enfants ! Aucun d'entre eux ne devrait avoir à poser les yeux sur une scène aussi honteuse, aussi moralement déviante. Le fait s'étant déroulé à l'extérieur du lycée, l'administration n'est malheureusement pas en mesure de réprimander l'auteur de cet acte de perversion insensée, mais une pétition pourra être mise en place pour tenter d'interdire ce genre de comportement indécent, qui si elle récolte assez de signatures, pourra être transmise à de plus hautes instances, et parvenir à notre gouvernement dont la politique est bien trop laxiste à ce sujet. Dites non à la dépravation sexuelle !"

J'ai pourtant l'habitude de me prendre des insultes dans la tronche à cause de mon orientation sexuelle, mais là, je reste tout de même ébahi devant tant de pourriture dans un seul article. Je commence déjà à entrevoir que seuls les poings pourront parler cette fois-ci, contre Gueule de Crunch : allez donc faire entendre raison à des types qui plussoient un monceau d'ordures pareil.

En plus, l'article est mensonger : "à une heure où il n'est pas rare de croiser des enfants rentrant de cours", c'est marqué. Les pauvres, s'ils rentraient vraiment chez eux à l'heure où j'ai effectivement embrassé ce type dans la rue, à savoir aux environs de 23h30, je crains autre chose pour eux que de devoir affronter la vision d'un couple de pédés en train de se rouler une pelle.

- T'es vraiment une bête, Lasheras, siffle Gueule de Crunch en roulant des yeux furieux. Une espèce sous-évoluée. Du moment que tu mets une bite dans un cul, t'es content, c'est ça ? Ou bien, tu préfères peut-être quand c'est toi qui te fais défoncer ? Aah, ça me donne la gerbe.

- Suffit d'essayer une fois, tu verras, je suis sûr que tu adoreras. Essayer, c'est adopter.

Il faut savoir que je n'ai pas toujours réagi aussi calmement à ce genre d'insultes, et c'est pour ça que les années de seconde et de première ont été un véritable calvaire. Mais depuis que j'ai décidé que je n'accordais aucun crédit à ce qu'une bande de petits péteux pourraient me dire sur des choses qui ne les regardent pas, ça passe mieux. Pas que je me laissais marcher sur les pieds avant, mais leurs remarques m'atteignaient tout de même. Et puis, j'ai manqué de me faire renverser dans la rue un jour, et comme toujours, il faut un truc grave pour se rendre que les petites misères de la vie sont du pipi de nouveau né, en comparaison.

Alors je suis vivant, je suis gay, et j'emmerde tous ceux qui y trouveront quelque chose à redire.

Voilà le message que mon poing essaye de faire passer au visage de Gueule de Crunch ; mais à mon avis, il n'a pas encore tout pigé au moment où le larbin du Conseil vient nous interrompre. Dommage, j'en avais encore en réserve.

- Joshua Lasheras !!

Et voilà. Je l'avais prévu, c'est encore pour ma pomme.

.oOo.

Je suppose que mes parents ont voulu faire de leur mieux quand ils m'ont inscrit dans ce lycée de bourges ; ils se sont sans doute dit que si j'étais entouré d'élèves sérieux, je serais plus motivé à travailler, et j'aurais de meilleurs résultats. Et en plus, le campus ne se trouve pas très loin de la maison – pour tous ces avantages, ils étaient prêts à payer trois années dans le privé au lieu de me laisser aller au lycée public (et gratuit), où je me serais pourtant certainement mieux entendu avec les autres.

Mes parents savent que je suis gay – du jour où j'ai décidé de l'afficher, ils ont été les premiers au courant. Et, il faut dire ce qui est, avoir un fiston homo ne leur a fait ni chaud ni froid. Je ne suis pas sûr qu'ils avaient de grandes attentes familiales venant de moi, de toute façon ; visiblement, ils ne m'imaginaient pas avoir un gamin un jour – sans doute que ça leur a permis d'avaler la pilule plus facilement.

Pourtant, façon inconsciente de me punir, ou quoi ? ils n'ont jamais accepté de me retirer du privé pour me faire passer dans le public. Même avec les notes piteuses que je leur ramenais, ils ont toujours été persuadés que le lycée m'aiderait à remonter la pente. Ils ne m'ont pas cru un seul instant quand je leur ai dit que cette pente, c'était à lui, ce lycée catho pourri, et à ses élèves d'extrême-droite que je la devais.

Finalement, j'ai laissé tomber les explications, parce que je n'avais plus envie de me prendre la tête, et à chaque relevé de notes, ils s'imaginent que ça ira mieux au trimestre d'après. Je suis loin d'en être certain, personnellement.

Et je ne suis pas le seul à en douter.

- Alors, Joshua Lasheras... Ça fait la troisième fois en moins de deux semaines que tu te retrouves devant mon bureau.

Au lycée, c'est le Conseil des Élèves qui est tout puissant. Pas le proviseur, pas le conseiller d'éducation, que nenni ; ils n'ont aucun pouvoir. Les cinq élèves de ce Conseil règnent sur le lycée, et surtout leur président, élève de terminale comme moi, qui est en train de me fixer, assis derrière son bureau. J'ai beau savoir qu'il me déteste comme on déteste la mouche qui vient de tomber dans notre potage (enfin, si on aime le potage, ce qui n'est pas mon cas), il ne montre aucune hostilité envers moi... quand on est face à face, s'entend. Dans mon dos, par contre, j'imagine que c'est une autre histoire.

- Encore une bagarre, à ce qu'il paraît.

Pendant qu'il parle, je ne peux pas m'empêcher de le fixer – c'est vraiment trop dommage qu'il soit hétéro, celui-là, parce que si je pouvais le mettre dans mon lit, je ne m'en priverais pas. Je suis sûr que les élèves l'ont élu pour son physique plutôt que pour ses aptitudes de président – un beau blond aux yeux bleus comme lui ne peut pas cumuler à la fois une gueule de mannequin et un ciboulot qui trime dur.

Gabriel, c'est son nom. Gabriel Lerielli, pour faire genre il est italien, mais à mon avis, il a autant de sang italien dans les veines que moi du sang japonais.

- Tu m'écoutes ?

J'aime pas ce type. Pourtant, contrairement aux autres crétins de ce bahut, il ne m'a jamais fait une seule remarque à propos de mes préférences sexuelles, il ne m'a jamais lancé d'insultes à la face, rien de ce genre ; et pourtant, il a l'air bien plus dangereux et sournois qu'un Gueule de Crunch au mieux de sa forme. Je n'arrive pas à le cerner, et c'est sans doute ce qui m'irrite chez lui.

- Joshua Lasheras !

Je cligne des yeux. J'ai rien écouté de ce qu'il m'a dit, et il s'en est rendu compte – merde. Il me fixe d'un regard froid et désapprobateur, et reprend :

- Raconte-moi en détail ce qui s'est passé.

- C'est simple. Gueule de Crunch est venu me trouver pour me balancer des immondices à la gueule, et j'ai pas vraiment apprécié, alors je me suis dit que j'allais lui faire comprendre qu'il faut pas s'en prendre à moi sans devoir en subir les conséquences.

Au lycée public, j'aurais sans doute fait un malheur. Sûr que tout le monde aurait eu peur de moi et m'aurait craint ou admiré. J'aurais eu des fans, peut-être des amis, et personne ne m'aurait détesté parce que je suis gay (ou du moins, pas les 95% du lycée, comme ici). Au lycée privé, Gabriel Lerielli se contente de soupirer, comme s'il n'en avait rien à battre de ma capacité à balancer des gnons à ceux qui me cherchent, et il griffonne distraitement un dessin sur une feuille.

Connard.

- Quand tu dis "Gueule de Crunch", tu parles de Hugo Werner, de terminale C ?

- Je connais pas son nom. Mais si on parle d'un type qui a plein d'acné sur la tronche, c'est bien lui.

Une lueur glacée traverse son regard – visiblement, mon sens de la sociabilité et de la camaraderie n'a pas l'heur de lui plaire. Après un silence, il reprend :

- Il avait tort de t'insulter, mais toi, tu es deux fois plus en tort pour l'avoir frappé.

- Mais il voulait rien entendre !

- C'est pas mon problème, tranche-t-il, inflexible. À partir du moment où c'est toi qui as commencé à le frapper, c'est toi qui es considéré comme responsable. Et c'est donc à toi que je dois infliger un renvoi temporaire.

- Quoi ? Mais c'est dégueulasse !

Il hausse les épaules – oh, je sais bien que t'en as rien à foutre de moi, sale petit bourge ! – et rédige son renvoi temporaire, dont il me donne un duplicata.

- Trois jours ? Rien que pour une petite baston de rien du tout ?

- Comme ça, tu réfléchiras à deux fois avant d'utiliser tes poings, la fois prochaine, dit-il doctement.

Oh, c'est contre lui que j'ai vraiment envie d'utiliser mes poings, là tout de suite... Il ne me fait même pas le plaisir de remarquer mon regard furax, et me dit tout en reprenant son griffonnage:

- Tu peux sortir.

Je hais ce type !!

.oOo.

Au fond, trois jours de renvoi, c'est plutôt cool. Je peux traîner dans les rues à faire ce que je veux, à embrasser des messieurs devant les petits nenfants (moi, je serais d'avis qu'il faut leur apprendre la tolérance au plus jeune âge, à ces gamins), et surtout, ça fait 72 heures sans voir les tronches des abrutis de mon lycée, et sans devoir subir leurs insultes homophobes – et ça, croyez-moi, c'est pas rien.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin, et le moment fatidique où je dois retourner au lycée ne tarde pas à arriver – trop vite à mon goût. Première personne croisée : Gueule de Crunch, qui me crache sur les chaussures et me fait un doigt d'honneur avant d'éclater de rire et de s'enfuir (il a toujours les bleus et les pansements de notre dernière rencontre) : avouez que ce n'est pas très motivant pour commencer la journée.

Je fixe d'un air découragé le lycée et son architecture gothique – avec sa chapelle, derrière... ça en dit long, hein ? – et je me demande vaguement quelle nouvelle avanie va me réserver la journée.

- Qu'est-ce que tu fais ? Ça va sonner, dépêche-toi d'aller en cours.

Surpris, je me retourne – derrière moi, il y a Gabriel, qui me fixe de son air indéchiffrable, comme toujours. Maintenant que je le vois debout, et pas assis derrière son bureau comme d'habitude, il est plutôt grand ; juste un peu moins que moi. La taille parfaite, si je devais l'embrasser – d'ailleurs, quand j'y pense, on ferait un sacré beau couple, tous les deux, parce qu'on ne se ressemble pas du tout. Je suis bronzé alors qu'il a la peau très pâle ; il est blond alors que je suis brun, et j'ai les yeux aussi noirs que les siens sont bleus. C'est l'ombre et la lumière. L'ange et le dieu de la mort.

Décidément, j'ai vraiment envie de coucher avec lui...

- Tu m'écoutes ? Je te dis de te dépêcher !

Bon, s'il pouvait juste être un peu plus aimable, ça ne serait pas du luxe. Avec un grognement, je me dirige vers ma salle de classe, tandis qu'il va sans doute rejoindre le bureau du Conseil des Élèves, et je le suis des yeux, lui et sa belle petite paire de fesses. Quand j'y pense, j'ai une nette tendance à me laisser distraire par son physique quand il me parle. Il ne se passe pas une seule conversation sans qu'il ne soit obligé de me dire "hé, tu m'écoutes ?".

Bon – c'est décidé ; ça va sans doute me prendre tout le reste de l'année, mais il faut que j'aie ce type avant de quitter le lycée. Il est beau, il est intelligent, et il ne m'a jamais traité de pédé ; ça me suffit. Le hic, c'est que malgré ses airs de petite follasse, il est sans doute hétéro – parce qu'un homo n'aurait jamais pu devenir président du Conseil, voyons ! Mais cela dit, il se peut qu'il cache son homosexualité. Enfin, tout ça, ce ne sont que des détails ; on verra ça plus tard.

Sauf que je ne suis pas le seul à vouloir me l'approprier ; la moitié de la population féminine du bahut est en concurrence avec moi. Il faut donc que je mette au point un plan d'attaque. Et, considérant ma situation, il n'y en a pas trente-six mille : puisque mon seul moyen de lui parler, c'est de faire des conneries, il va donc falloir que j'augmente la dose...

Mmh... Je sens qu'on va s'amuser.

.oOo.

- Encore deux bastons cette semaine... Tu veux vraiment te prendre un renvoi définitif ?

J'aime la voix veloutée avec laquelle il me dit ça. C'est la voix du sadique sournois qui prend du plaisir à me mettre dans des situations emmerdantes. Si ses lèvres restent de marbre, ses yeux sourient – je lui apporte la jouissance d'exercer son pouvoir sans limites et sans contraintes. Et je sais que c'est pour cette raison qu'il ne m'exclura pas du lycée définitivement : sans moi, il s'ennuierait ferme...

C'est le seul avantage que j'ai, à ses yeux – je me dois d'en profiter. Mais il faut que l'usage soit savamment dosé ; à peu près une baston par semaine, soit quatre par mois, dont une grosse et trois petites : c'est ce qu'il faut pour que je me retrouve fréquemment dans son bureau, mais sans être en mesure de me faire virer définitivement du lycée. Maintenant que j'ai décidé de le séduire, je n'ai plus envie de partir si vite.

- Nope. Désolé.

Je ne suis pas du tout désolé, et ça s'entend très bien dans ma voix – mais tant que je baisse plus ou moins l'échine devant sa pseudo-domination, il est content, et je peux continuer à rôder à proximité. D'ailleurs, il y a du progrès, depuis que j'ai commencé ce petit jeu : quand je le croise par hasard dans le lycée, il me regarde – et même parfois, de loin, je le sens m'observer. Je commence à capter son intérêt. Là, par exemple : il ne griffonne plus, il me regarde attentivement. Président, vous êtes gay. Et si vous ne l'êtes pas, je me charge de vous le faire devenir.

- Alors, c'est quoi, ton but ? me demande-t-il brusquement, en me tirant de ma contemplation de ses lèvres.

- Mon... but ?

Cette fois, il arrive à me faire prêter attention à ses propos... Aurait-il deviné quelque chose ?

Il soupire :

- Oui, ton but. Tu as quelque chose en tête, pas vrai ? Depuis deux mois, c'est chaque semaine que je te vois dans mon bureau... Ce n'était pas comme ça, avant. Tu fais exprès de provoquer les bagarres. Pas vrai ?

Alors là, si je m'attendais... Il a tout deviné ! Décidément, ce type est vraiment perspicace...

- C'est pour que je te renvoie définitivement, c'est ça ? Pourquoi tu continues à venir en cours, dans ce cas ?

Je cligne des yeux.

Oui, en fait, non, pas si perspicace que ça. Quoiqu'il n'y a aucun moyen d'en être sûr, avec lui... Ou bien il sait parfaitement de quoi il retourne, et il fait exprès de faire tomber le coup au mauvais endroit, ce qui serait finement joué, ou alors il ne sait vraiment pas – ce qui prouverait soit qu'il est d'une naïveté étonnante, soit qu'il est totalement inconscient de son sex-appeal, soit qu'il a une mentalité de pur hétéro, incapable d'imaginer qu'il puisse plaire à un homme, ce qui ne m'arrangerait pas trop, je dois dire.

Mon problème, c'est que je ne peux pas lancer officiellement les hostilités en le draguant, parce qu'il le prendrait sans doute très mal, au vu de l'environnement. Il faut que ça se fasse doucement, en toute discrétion, romantique, comme diraient les nanas : je suis sûr que c'est du genre à leur plaire, les échanges de regards sensuels dans les couloirs et tout le tralala. Dire que j'en suis réduit à ça pour avoir ce type, alors que si on sort du lycée, je peux me trouver un mec en moins de dix minutes...

Mais en même temps, la difficulté du défi est ce qui le rend si intéressant, c'est bien pour ça que j'y consacre tout mon temps. Je me sens comme Valmont avec la présidente de Tourvel (eh oui – j'ai beau avoir des notes piteuses à mes devoirs, je connais mes classiques).

Mais Valmont n'était pas gay, c'est toute la différence.

- Tu m'écoutes ?

... Non. J'ai absolument rien bité de ce qu'il vient de dire, encore une fois. Et il s'en rend compte, et comme toujours, il soupire d'un air exaspéré. Mais sa voix est calme lorsqu'il reprend :

- Tu sais, j'en ai marre de dire des trucs qui rentrent par une oreille et qui sortent par l'autre. Donc, c'est mon dernier avertissement, Joshua. Si tu déclenches encore une fois une bagarre dans ce lycée, je vais devoir prendre les mesures qui s'imposent.

- Je ne les déclenche pas ! Ce sont les autres qui m'insultent.

- Je te l'ai déjà dit : c'est toi qui es considéré comme responsable à partir du moment où c'est toi qui donnes le premier coup.

- Mais ces connards méritent mes coups ! Ils me traitent de pédé, de pédophile, de zoophile, et de tous ces trucs à la con. Je pourrais porter plainte, si je voulais !

Bon, je ne le ferais pas parce que ça me causerait trop de problèmes, j'imagine, mais c'est la première fois que j'ai l'occasion d'aborder ouvertement le sujet de mon homosexualité avec lui – parce que quand il me donnait ses avis de renvoi temporaire, on discutait des conséquences de mes bastons, mais jamais des causes.

Grande première, donc. Il me fixe, et je poursuis :

- Les insultes homophobes proférées en public sont un délit. J'imagine que je me ferais buter par toute votre bande de petits fachos avant d'avoir eu le temps de porter plainte, mais ça m'énerve d'entendre dire que je suis le seul à être coupable, dans l'histoire.

C'est presque malgré moi que j'entends le ton de ma voix monter – mais ces comportements intolérants, ça m'a toujours couru sur le haricot. Et je sais que je n'arrangerai rien en engueulant Gabriel, alors que je ne connais même pas sa position sur le débat, mais je m'en fous, parce que ça soulage.

- De ce point de vue..., dit-il seulement.

- Mais oui, de ce point de vue, bordel ! Y'en a marre d'être considéré comme de la sous-merde rien que parce qu'on est pas branché par une paire de nibards ! Les filles, c'est toutes des connes, de toute façon... surtout dans ce lycée.

Et là, il se met à rire, et je le regarde d'un air surpris. C'est la première fois que je l'entends rire – il en était donc capable ? Est-ce qu'il rit parce qu'il est d'accord avec moi sur l'imbécillité des filles de ce bahut ?

- Faudrait savoir, sourit-il.

- Qu'est-ce qu'il faudrait savoir ? J'ai jamais prétendu être hétéro...

- Non, mais tu t'enflammes contre l'intolérance des gens du lycée à propos de l'homosexualité, et parallèlement, tu tiens des propos complètement misogynes... Désolé de te le dire, mais ça casse toute ta crédibilité.

... Eh ben, je me suis bien fait avoir, sur ce coup-là... Et en plus, je ne sais toujours pas ce qu'il pense de tout ça. Je le fixe, mouché, et il reprend :

- Si tu ne veux pas qu'on te traite avec intolérance, commence déjà par faire pareil avec les autres.

- Oh, ça va bien, les leçons de morale à deux balles, je m'insurge. Ça me donnerait la gerbe de coucher avec une nana, mais j'en ai jamais agressé une simplement parce que c'était une fille. Alors qu'avec ces pauvres cons, je demande rien, et je me prends tout dans la gueule.

Tiens, maintenant que je le remarque, est-ce que parce que je fréquente son bureau de plus en plus régulièrement ? Quoi qu'il en soit, il ne m'arrive plus de tuiles comme avant, que ce soit la photo affichée sur le panneau ou la copie de partiel qui se perd dans la nature. Est-ce que c'était vraiment lui qui était derrière tout ça ?

Ce type est indéchiffrable.

- Si tu veux porter plainte, rien ne t'empêche de le faire, répond-il simplement. Maintenant, tu me laisses, j'ai du boulot.

Je soupire – c'est toujours comme ça au final, quand on commence les sujets vraiment intéressants, il me demande de me barrer ! Résultat, je ne peux jamais rien apprendre sur lui.

Non, vraiment, faut que je fasse quelque chose, à ce train là, il ne se sera toujours rien passé à la fin de l'année. C'est un peu sans réfléchir que les mots quittent ma bouche :

- Gabriel, j'aimerais bien te parler un peu... T'es libre, ce soir ?

J'imaginais qu'au moins la demande le surprendrait un peu, mais il ne me fait même pas le plaisir d'avoir l'air interloqué, ce con. Il garde son calme et répond :

- Pour faire quoi ?

- Bah... boire un verre...?

- Désolé, alors... Je ne bois pas de verre avec des misogynes.

Il sourit et ouvre la porte pour me faire signe de me barrer – et c'est bouche bée que je me retrouve dans le couloir. Il m'a mis un vent, et en beauté, encore ! Et ce "misogyne"... c'est carrément plus sournois que s'il m'avait traité de pédé !

Non, décidément, ce type a forcément un parti pris. Il est bien moins neutre et innocent qu'il en a l'air...

Ce qui ne rend le challenge que plus intéressant.

.oOo.

Bon, la technique de l'accumulation de conneries n'a pas franchement l'air de bien fonctionner, aussi j'ai décidé de changer de tactique, et d'adopter celle dite du "stalker". Précisons que je ne l'exerce qu'intra-muros, parce que j'ai quand même autre chose à foutre que de le filer jusque chez lui quand on sort du lycée.

Mais quand on se retrouve dans le bahut, là, j'excelle dans le filage et l'espionnage. Je sèche allègrement mes cours – de toute façon, dans ce lycée, les profs sont comme les élèves, aussi coincés de corps et d'esprit, et ils se planquent derrière n'importe quelle excuse pour me punir d'être homosexuel, donc ne pas les fréquenter, ce n'est pas une grande perte. Que je bosse ou pas, ils me mettront des zéros.

Par conséquent, j'évite leur classe, et je stalke Gabriel avec un talent qui me laisse penser que je devrais faire de ce loisir un job professionnel. Espion, sniper... Métier dangereux, mais je pourrais me faire des thunes...

Bon, pour l'instant, il n'y a pas d'argent impliqué, juste la possibilité d'obtenir plus d'informations sur le président du Conseil – et quand j'y pense, c'est assez pathétique que j'en sois réduit à me décarcasser autant rien que pour ses jolies fesses, même si elles doivent en valoir la peine. D'autant que je n'ai rien appris de vraiment intéressant sur lui pour le moment, si ce n'est qu'il est en terminale A (moi, je suis en terminale D), qu'il va en cours à peu près la moitié de son temps au lycée, et que l'autre moitié, il se consacre entièrement à son job de Président. Il met les lettres d'amour des filles dans un tiroir de son bureau sans les lire, il donne les chocolats et les cookies qu'on lui offre aux autres membres du Conseil, et il est carrément sexy quand il est en simple chemise avec les manches retroussées jusqu'au coude (mais pour avoir cette vision collector, il faut plutôt rester tard le soir, quand il n'y a plus personne dans l'établissement). Ce qui est nettement plus dangereux, d'ailleurs, car il y a plus de chances de se faire griller qu'en pleine journée...

- Joshua Lasheras ?

Comme là, par exemple. Je tourne la tête vers lui, alors qu'il sort de la salle du Conseil, et je le vois qui me fixe d'un air surpris.

- Euh, j'avais oublié un truc ici, alors je suis revenu le chercher...

- Je vois...

On dirait que le mot d'ordre chez lui, c'est neutralité absolue. Son regard n'est ni hostile ni bienveillant, ni même un peu agacé ou amusé. Il est totalement indéchiffrable. C'est chiant ! Je ne sais même pas s'il a gobé ma pitoyable excuse ou pas.

Mais bon, puisqu'il m'a capté, autant en profiter pour faire un brin de conversation. Surtout que depuis que j'ai un peu freiné sur les bagarres, j'ai moins l'occasion de lui parler.

- Tu rentres chez toi ?

Cette fois, je vois qu'il se demande en quoi exactement ça me regarde, puis il finit sans doute par juger que l'information n'est pas capitale, car il répond :

- Oui. Tu devrais sortir, le lycée va bientôt fermer.

- Oh, ok. On y va ensemble ?

Eh, après tout, si je ne tente jamais rien, il ne se passera jamais rien ! J'aimerais bien l'embrasser ici, d'ailleurs, profiter que les couloirs soient vides, et le coller contre un des murs de cet établissement si catholique. Ce serait leur faire un beau pied de nez, à tous, que d'embrasser leur président dans ce saint des saints de l'intolérance. Mais le blondinet me coupe dans mon élan :

- Non, je dois passer par mon casier pour récupérer des affaires.

- Je ne suis pas pressé.

Et là, il me jette un regard dont je ne sais pas trop s'il signifie "Lasheras, tu sais que t'es lourd" ou "j'ai envie de toi ici là tout de suite", mais comme j'imagine que ce n'est pas la deuxième solution, je crois qu'il me trouve lourd.

Et contre toute attente, il répond :

- Les casiers du Conseil sont par-là.

Alors finalement, peut-être qu'il avait envie de moi là ici tout de suite ? Non, à mon avis, ça signifiait juste que j'ai besoin de m'améliorer en ce qui concerne l'interprétation des expressions d'autrui.

Je le suis alors qu'il se dirige vers les casiers des membres du Conseil, où je n'ai jamais eu accès, et il brise tout à coup le silence pour lancer :

- On dirait que tu t'es calmé, pour les bagarres...

- Hein ? Euh, ouais... T'as dit que tu me virerais si je continuais.

- Hum... c'est vrai.

C'est quoi ce ton ? On dirait qu'il dit ça comme s'il avait oublié qu'il l'avait dit ! Enfin, de toute façon, il y a moins de personnes qui m'insultent, maintenant ; le fait d'avoir joué des poings à partir du moment où j'ai commencé la première tactique pour me rapprocher de Gabriel a eu pour conséquence une réputation de véritable violent au sein du lycée. De toutes les bastons que j'ai faites, je n'en ai jamais perdu une seule, ce qui a quelque peu refroidi les gens qui aimaient me balancer des ordures dans la tronche... Tout benef, donc.

Je m'apprête à lui demander s'il m'aurait vraiment viré s'il l'avait pu, mais il s'arrête devant une porte à digicode (on n'arrête pas le progrès...) et l'ouvre : c'est l'espace casier réservé aux membres du conseil. Il me fait entrer avec lui, et je remarque qu'il n'y a pas que des casiers, d'ailleurs : c'est une vraie salle de repos, avec machine à café, fauteuils luxueux, table basse et poufs, garde-manger et frigo...

Eh beh ! Ils se font pas chier, au Conseil ! Je regarde la pièce d'un air ébahi.

- J'espère que t'as conscience que tu n'as pas le droit d'être là, dit subitement Gabriel. C'est totalement interdit aux élèves qui ne font pas partie du Conseil.

- Pourquoi tu m'y as fait entrer, alors ?

Il ne répond pas et se contente de prendre ses affaires, et garg – j'ai envie de lui. Tant pis pour ma résolution de faire profil bas, il faut que je tente quelque chose. De toute façon, il fallait bien que ça arrive un jour ou l'autre. Alors je vais vite, je prends ses poignets, je relève son menton, avant qu'il ait compris quelque chose, et je l'embrasse comme ça fait des mois que j'en ai envie. Des mois ! J'ai tenu sacrément longtemps, depuis ma décision de me le faire. Et j'adore son odeur ! Aucun parfum, mais l'odeur de savon de sa peau et celle de lessive de ses vêtements.

Je le sens choqué, là, à travers ses lèvres – il reste totalement figé, sans savoir quoi faire, et j'ai envie de sourire : j'ai enfin réussi à lui faire abandonner son masque de neutralité. Maintenant, le stade supérieur serait qu'il commence à répondre à mon patin, mais je suppose qu'il ne faut pas trop en demander : et même si c'est dommage, je trouve au fond tout à fait logique le moment où il me repousse.

Il me fixe d'un air mi-ébahi, mi-hostile, et la seule chose que je me dis, en le regardant (en dehors du fait que sa colère le rende canon), c'est que j'ai enfin réussi à lui inspirer un sentiment. L'irritation, après tout, ça vaut toujours mieux que l'indifférence.

- Qu'est-ce que tu fous...?

- Oh... Je t'embrasse, ça me paraissait assez clair, pourtant.

Ses yeux lancent des éclairs, et soit dit entre nous, il est bien plus sexy comme ça que dans sa version sage et lisse de président du Conseil. Manquerait plus que la cravate un peu défaite et les cheveux légèrement décoiffés pour qu'il acquière l'aura d'une vraie bombe sexuelle.

Malheureusement, à 19h30, ses cheveux sont toujours autant en place (j'aurais dû profiter de notre proximité pour foutre en l'air son brushing avec mes doigts), et sa cravate n'a pas bougé d'un pli. La négligence n'est tolérée chez lui qu'en ce qui concerne les manches de chemise, et rien d'autre. Dommage.

Et c'est là, en le regardant, que je me demande : va-t-il m'agresser verbalement, me faire part de son homophobie officiellement, me cracher à la gueule ? Va-t-il dire que je suis un animal, que je l'ai abusé sexuellement...? Ce serait l'occasion rêvée, mais ça ferait voler sa neutralité en éclat. Quelque part, tout de même, j'aimerais bien être fixé.

La seule chose que je sais, c'est que le regard de tout à l'heure ne voulait effectivement pas dire "j'ai envie de toi là ici et maintenant".

Mais il reste silencieux, et je ne sais absolument pas ce qui lui passe par la tête.

- Va-t-en, finit-il par lâcher simplement.

C'est tout ? Pas de grands mots, pas de hauts cris, pas d'autre explosion de colère ? Même pas de mépris dans son regard. Indéchiffrable. Connard.

- On ne rentre pas ensemble ?

Peut-être qu'avec ça, il répondra "je ne veux pas rentrer avec un pédé" ou "je préfèrerais me taper un vieux schnoque plutôt que de marcher côte à côte avec un type comme toi!" – mais non, même pas.

- Je n'ai jamais dit que j'étais d'accord.

Saleté. C'est toujours une bataille de mots, avec lui, et moi, je suis plus à l'aise dans les affrontements physiques.

Mais ça ne fait rien – j'ai enfin lancé la première offensive, je vais pouvoir passer à l'attaque officiellement, maintenant qu'il est au courant.

- Je vois... À plus, alors.

Il ne répond pas, et je sors de la salle sans pouvoir m'empêcher de sourire vicieusement – s'il est l'agneau, je suis le loup, et il sera dévoré avant la fin de l'année, juré.

Ses lèvres étaient un excellent petit avant-goût.

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Hello les gens ! Merci d'avoir lu jusqu'ici ! Si vous avez aimé, je me ferai un plaisir de vous mettre la suite très prochainement, qu'est-ce que vous en dites ? :3

Sur ce, je vous dis à la prochaine !