Pour célébrer Halloween, voici une petite histoire de vampire, revue façon yaoi ! ^_^

J'ai écrit cette histoire pour le concours de fiction organisé par le site Omou Yaoi. Il s'agissait d'écrire un texte de 5 pages sur un thème imposé : « le secret ». C'était la toute première fois que j'écrivais une fiction originale, et ça n'a pas été sans mal ! Lorsque j'ai eu fini le premer jet, à moins de 24h de la clôture du concours, je me suis aperçue que mon histoire dépassait allègrement les 15 pages ! Inutile de dire qu'il a fallu me livrer à des coupes radicales... Bien trop radicales, hélas. Je me rends compte que je m'y suis prise très maladroitement et qu'en essayant de condenser le récit en 5 pages tout en conservant toutes les péripéties, j'ai complètement rompu le rythme de l'histoire...

La version que je vous propose ici n'est donc pas celle que j'ai envoyée à Omou Yaoi, mais ma version préférée, la plus longue, qui est aussi la plus proche de mon texte original.

J'espère que cette petite histoire vous plaira... et je serais très, très heureuse si vous pouviez me laisser un petit commentaire ! ^^

Avertissement : comme je l'ai mentionné, il s'agit d'une fiction yaoi, c'est-à-dire mettant en scène un couple homosexuel. Je lui ai donné une rating M en raison d'un lemon très détaillé. J'espère d'ailleurs ne pas dépasser les limites de ce qui est acceptable sur FP... Si vous pensez que c'est le cas, n'hésitez pas à me le dire et je censurerai mon texte. Quoi qu'il en soit, cette histoire est définitivement réservée à un public averti... et non homophobe. ^^


Un corps sous la lune

M'immobilisant sur le sentier empierré qui domine la falaise, je cligne des yeux dans la lumière crue du petit matin. Le soleil levant fait danser de petites étincelles au fond des grands yeux qui me regardent sans ciller : deux beaux yeux noirs, immobiles et sans vie.

Le cadavre est adossé contre le large tronc d'un séquoia, la tête penchée à un angle étrange, les bras ballants, les jambes fléchies. Les cheveux bruns brillants de laque, ondulés en larges boucles régulières, s'accrochent à l'écorce rugueuse de l'arbre géant.

La jeune femme, ou peut-être l'adolescente, est vêtue d'une jupe de cuir noir qui révèle la naissance de ses cuisses et d'une courte veste, bordée de fausse fourrure, qui lui glisse sur les épaules. Ses lèvres pleines, légèrement entrouvertes, sont recouvertes d'une épaisse couche de rouge carmin qui a dû, de son vivant, s'assortir parfaitement à sa peau noire, mais tranche maintenant d'une manière presque incongrue sur le teint gris cendré de son visage. La seule autre tache de couleur est apportée par les deux grands cernes violacés, assortis au fard à paupières, qui entourent ses yeux.

La victime est exsangue... littéralement.

Pendant de longues minutes, je contemple, à la base du cou, les deux trous circulaires dont s'échappe un filet brun rougeâtre. Une petite tache de sang séché macule le bord de sa veste et s'étend autour des racines du séquoia.

— C'est vous qui avez découvert le corps ?

La voix masculine me tire de mon hébétude. Avec un froncement de sourcils, je me retourne vers celui qui vient brutalement de me rappeler sa présence à mes côtés, et le peu de bonne humeur qui me restait après un réveil aux aurores s'évanouit.

Nathan Keller. Mon nouvel assistant.

Cette seule pensée suffit à me faire grincer des dents.

Sans se laisser démonter par mon air bourru, Nathan hausse les épaules comme pour s'excuser d'avoir pris la parole et me décoche un sourire qui creuse de petites fossettes sur ses joues parsemées de taches de rousseur, avant de se tourner vers le garde-forestier auquel sa question était adressée.

— Oui, je l'ai trouvée comme ça à six heures, en faisant ma première ronde, répond l'homme en passant une main burinée dans sa brosse de cheveux poivre-et-sel. J'ai aussitôt appelé le bureau du Shérif.

Ayant amorcé la conversation, Nathan enchaîne les questions sur un rythme rapide qui ne me laisse guère l'occasion d'intervenir. Il ne me reste plus qu'à admirer le jeune homme blond, au physique athlétique, poursuivre son interrogatoire avec l'aplomb d'un policier chevronné. Ce qui, bien évidemment, ne fait rien pour calmer mon humeur.

La semaine dernière, ce bleu, fraîchement émoulu de l'académie de police de Pennsylvanie, a été catapulté dans notre service. Major de sa promotion, paraît-il, et accompagné de lettres de recommandation tellement élogieuses que c'est tout juste si nos chefs n'ont pas sorti le tapis rouge pour l'accueillir.

Pourquoi ce cador a-t-il choisi de traverser tout le pays pour venir s'enterrer dans un petit comté rural du nord de la Californie au lieu d'entamer une prestigieuse carrière sur la côte Est ? Cela reste un mystère. Toujours est-il que c'est moi qui ai hérité du discutable honneur de montrer les ficelles du métier à notre nouvelle recrue.

Et depuis une semaine, j'ai l'impression d'être de retour à l'époque de mon premier poste. Je surveille chacune de mes paroles, dans la hantise de la gaffe que le petit génie relèvera bien sûr, l'air de rien, en me citant le code pénal ou le règlement interne qu'il semble avoir mémorisés mot pour mot. Le tout accompagné de ce sourire à la fois timide et charmeur et d'un regard tellement innocent qu'il m'est impossible de le rabrouer.

Un crissement de pneus, un claquement de portière et le bruit de pas rapides sur le chemin m'apprennent que les ambulanciers et le médecin légiste nous ont rejoints. Tandis que Nathan laisse enfin le garde-forestier retourner à ses occupations, je me retourne pour saluer les ambulanciers d'un signe de tête et le docteur Scott Graham, notre collaborateur habituel, d'une accolade amicale.

À la vue du cadavre, le docteur laisse échapper un sifflement stupéfait et s'agenouille pour l'examiner. Pendant qu'il travaille, Nathan et moi en profitons pour passer les alentours au peigne fin, sans faire de découverte majeure. Nous revenons aux côtés du docteur Graham alors qu'il se relève et enlève ses gants de latex.

— Le décès remonte à cinq ou six heures environ. Il a donc eu lieu cette nuit entre une et deux heures du matin. Je n'ai pas constaté d'autres blessures que ces deux plaies à la base du cou, dont l'une a perforé la jugulaire. A priori, la mort a été causée par une perte massive de sang.

— Massive ? C'est-à-dire ?

— Oh, largement trois à quatre litres.

Je contemple dubitativement le petit filet de sang séché qui serpente sur le cou de la victime et la tache relativement réduite qui s'étend à côté.

— Oui, c'est certain, il nous en manque, commente le docteur Graham, qui a suivi mon regard.

— On peut donc supposer qu'elle a été tuée ailleurs et que le cadavre a été déposé ici peu après, non ?

— C'est très possible, acquiesce le docteur.

— Possible, mais improbable, intervient une voix derrière moi.

D'un même mouvement, le médecin et moi nous retournons vers la calamité qui me sert désormais d'assistant. Sans se démonter, Nathan nous adresse un haussement d'épaule qui se veut contrit et un sourire... LE fameux sourire. Une fois de plus, toute remontrance s'évapore de mon esprit alors que mon regard plonge dans les yeux bleus limpides qui illuminent ce visage juvénile. Et d'abord, pourquoi un grand gaillard qui a allègrement dépassé la vingtaine a-t-il encore des fossettes ?!

Et non, mon cœur n'a pas accéléré, mon estomac ne s'est pas serré lorsque mes yeux se sont posés sur ses lèvres fines et légèrement entrouvertes...

La voix de Nathan me tire enfin de cet état hypnotique. Je lui en suis presque reconnaissant.

— Regardez ses cheveux, poursuit-il en désignant du doigt les boucles noires laquées qui s'étendent en auréole autour du visage. Ils s'accrochent à l'écorce comme si elle avait glissé le long du tronc. Et ses jambes sont pliées sous elle, les pieds proches des racines. Si quelqu'un avait déposé le corps, il est plus probable qu'il l'aurait placé dès le départ en position assise ou allongée. Ici, on dirait qu'elle s'est d'abord tenue debout, adossée à l'arbre, puis qu'elle s'est affaissée, peut-être en état de choc suite à la perte de sang.

Je me mords la lèvre et retiens de justesse un grognement de frustration. Dit comme ça, ça paraît tellement évident...

— Mais dans ce cas, où est passé le sang ?

J'ai posé la question sur un ton de défi et Nathan répond par un nouveau haussement d'épaules, perplexe celui-là. Je suis presque rassuré de constater qu'il n'a pas entièrement réponse à tout.

Après avoir photographié le corps sous tous les angles, je laisse enfin les deux ambulanciers l'emporter. Le docteur Graham leur emboîte le pas. Nathan et moi entourons d'une bande jaune la scène du crime avant de regagner notre voiture.

Nous consacrons le reste de la matinée à visiter les bars, bowlings et boîtes de nuit environnants, dans l'espoir que quelqu'un, la veille, aurait remarqué la jeune femme. Si tôt dans la journée, la plupart des établissements sont encore fermés, mais aucun des gérants et des employés que nous tirons de leur sommeil n'a quoi que ce soit d'utile à nous apprendre.

Lorsque je reprends le volant après un énième interrogatoire infructueux, un soupir provenant du siège du passager me fait tourner la tête et je ne peux retenir un petit rire, plus compréhensif que méchant. Nathan fixe la pendule du tableau de bord d'un œil morose. Il a l'air à peu près aussi épuisé et frustré que moi. Ses traits sont tirés, sa chemise un peu froissée, et ses cheveux blonds s'échappent maintenant de son catogan en boucles désordonnées. C'est définitivement un accroc à son habituelle perfection, et pourtant, ça ne le rend que plus attirant...

Je secoue la tête pour chasser cette dangereuse pensée.

Nathan a probablement senti mon regard, car il tourne la tête vers moi et m'adresse un sourire penaud.

— Et si on faisait une pause, Sergent ?

L'entendre m'appeler par mon grade ne me déplaît pas, même si je sais qu'il ne le fait que pour m'amadouer. J'ai à peine ouvert la bouche que mon estomac répond pour moi par un long grognement. Nathan et moi écarquillons les yeux avant d'éclater de rire au même moment.

Alors que nous garons la voiture devant un restaurant familial, je me sens plus à l'aise en compagnie de mon assistant, comme si ce rire partagé avait rompu la glace entre nous.

Lorsque nous poussons la porte, une délicieuse odeur de viande rôtie nous accueille. Nous suivons la serveuse jusqu'à un box qui nous isole partiellement du reste de la salle. Nous nous asseyons face à face autour de la table rectangulaire, sur une banquette en similicuir.

Ce n'est qu'après avoir dévoré une bonne moitié de mon steak que je cesse de mastiquer pour m'adresser à mon compagnon de table.

— Alors, Génie, que penses-tu de cette affaire ?

— Je suis dans le brouillard, répond Nathan en secouant la tête, sourcils froncés. Une victime impossible à identifier, pas de mobile apparent, et ce mode opératoire bizarre...

— Tu l'as dit. Je n'arrive même pas à imaginer l'arme de crime. Un stylet ? Un poinçon ?

— Un pic à glace ?

Nos regards se croisent et nous éclatons à nouveau de rire.

— Tu vas trop au cinéma, Nat !

Je me prends la tête entre les mains d'un air faussement atterré, mais ma gêne devient réelle lorsque je réalise que je viens d'appeler par un diminutif affectueux la nouvelle recrue que je ne connais que depuis une semaine et que, quelques heures plus tôt, je considérais encore comme un boulet. Mon embarras redouble lorsque je sens mes oreilles rougir... Et évidemment, je peux compter sur le Prince des Flics pour le remarquer.

Après deux ou trois secondes de silence de l'autre côté de la table, je lève enfin les yeux pour trouver ceux de Nathan rivés sur moi. Il déglutit d'une façon audible. Je suis du regard le mouvement de sa pomme d'Adam le long de sa gorge, fasciné par le jeu des tendons sur sa peau claire.

Involontairement, je m'agite un peu sur ma chaise, et ma jambe rencontre la sienne sous la table. Je recule précipitamment le pied.

— Alex...

C'est comme ça que tout le monde m'appelle, la plupart des gens trouvant mon prénom complet, Alejandro, trop difficile à prononcer. Mais murmuré ainsi dans un souffle, d'une voix tellement différente du baryton habituel de Nathan, mon diminutif semble incroyablement intime. Je frissonne de la tête aux pieds.

Sa jambe frôle à nouveau la mienne et, cette fois-ci, je ne retire pas mon pied. Lui non plus ; au contraire, il accentue légèrement la pression contre mon tibia.

Je secoue la tête comme si cela suffisait à remettre de l'ordre dans le chaos de mes pensées et à chasser les émotions qui menacent de me submerger.

Quelque chose de totalement inattendu est en train de se passer. Non, pas inattendu : quelque chose que je redoute depuis le moment où le capitaine m'a présenté cet Adonis à la crinière d'or, largement de dix ans mon cadet, en me disant qu'il était désormais placé sous ma responsabilité.

Quelques éclats de rire ont suffit à réduire en miettes la barrière de méfiance et d'agacement que j'avais érigée, me laissant complètement vulnérable. Et en cet instant, je n'ai plus qu'une envie : jeter toute prudence au vent, me pencher par-dessus la table, le saisir par le col de la chemise et presser mes lèvres contre les siennes...

Au prix d'un effort de volonté surhumain, je romps le contact entre nos jambes et je ramène mes pieds sous moi, hors d'atteinte. Je saisis ma serviette et essuie avec une grande minutie, pendant de longues secondes, les doigts que je n'ai pas salis, en me forçant à respirer lentement et profondément. Ce n'est que lorsque je pense avoir repris un contrôle suffisant sur mes émotions que je lève enfin les yeux vers mon compagnon de table.

Nathan me regarde d'un air timide et un peu inquiet... dans lequel je discerne aussi de la déception. Pour ne pas m'attarder sur cette pensée, je reprends la parole.

— Si ton hypothèse est exacte et qu'elle a été tuée sur place, où est passé le reste du sang ?

D'abord dérouté par mon changement de sujet, Nathan retrouve en quelques instants l'expression attentive et professionnelle que je lui connais. J'admire sa maîtrise de soi.

— Va savoir... Peut-être le tueur l'a-t-il recueilli dans une bouteille ?

— Trois ou quatre litres ? Ça fait une grosse bouteille...

Nathan hausse les épaules, apparemment pas plus convaincu que moi par son explication.

— Ou alors, il l'avait enveloppée de couvertures qui ont épongé le sang, essaie-t-il encore.

— Mouais... Je suppose que c'est possible, fais-je en considérant le reste de mon steak d'un air songeur, comme si j'attendais qu'il me donne une réponse.

— L'autre solution...

Je relève la tête en entendant le changement dans la voix de Nathan. Ses yeux bleus pétillent de malice.

— L'autre solution, c'est que nous ayons affaire à un vampire.

— Ha ha ! En effet, ça expliquerait tout !

Je me force à rire, mais mon manque d'enthousiasme est flagrant.

Un vampire ? C'est aussi la première chose qui m'est venue à l'esprit lorsque j'ai vu cette double blessure sur le cou du cadavre. Et si c'était vrai ?

Je ne crois pas plus aux vampires qu'aux fantômes, évidemment. Mais... pourrait-il s'agir d'un tueur jouant les vampires ? Attaquant ses victimes sans discrimination, pour les vider de leur sang ? Voilà qui aurait de quoi provoquer une panique dans la population...

Cette affaire me plaît de moins en moins. Un mauvais pressentiment m'envahit.

Mon compagnon ne me quitte pas des yeux du reste du repas. Nous n'échangeons plus que quelques mots, mais le regard qu'il pose sur moi a une intensité troublante. Mon cœur bat si fort qu'il me semble que tout le restaurant doit l'entendre. J'ai beau être largement plus âgé que lui et, en théorie, plus expérimenté, j'ai l'impression d'être de nouveau un collégien, à la fois émerveillé et terrifié par son premier coup de cœur.

Je ne peux plus me mentir à moi-même. J'ai eu envie de lui dès le premier instant où je l'ai vu. Et je sens que ma résistance s'épuise. Il suffit qu'il pousse encore un peu pour que je tombe... et je sais d'avance que la chute sera dure.

Le repas terminé, je soupire presque de soulagement en atteignant l'abri relatif de la voiture, pour sursauter une fois de plus lorsqu'il m'adresse la parole.

— Alex, pourrait-on retourner à la station ? À moins que tu n'aies prévu autre chose...

Quelque chose de prévu ? Bien au contraire, il me trouble à tel point que j'avais complètement oublié qu'il faudrait bien aller quelque part une fois que nous serions dans le véhicule. Mais je ne vais pas lui dire ça, évidemment.

— Pas particulièrement. Pourquoi ? Tu as une idée ?

— Très vague... J'aimerais consulter les archives pour voir s'il y a déjà eu des cas similaires.

— Parfait. J'en profiterai pour consulter le fichier des disparitions pour l'ensemble du pays. On ne sait jamais.

Je jette un rapide coup d'œil au GPS. Nous nous trouvons au nord du parc naturel où le meurtre a été commis. Rentrer à la station centrale nous prendra une bonne demi-heure.

Nous roulons en silence. Je commence à peine à regagner un certain sentiment de contrôle, autant sur mes émotions que sur la situation, lorsque je sens la main de Nathan se poser près de mon genou. J'avale un cri de surprise et manque de faire une embardée.

Je n'ose pas bouger, les mains crispées sur le volant, les yeux rivés sur la route. Nathan ne dit rien, mais sa main monte lentement le long de ma cuisse et frôle mon entrejambe avant de redescendre, dans une lente caresse. J'ai l'impression d'avoir oublié comment respirer.

Mon corps, bien entendu, apprécie la soudaine attention dont il est l'objet. Je n'ai pas besoin de baisser les yeux pour savoir qu'une érection doit désormais enfler la toile kaki de mon pantalon d'uniforme de la façon la plus visible. Je ne fais rien pour la dissimuler, car ce n'est pas ce qui me préoccupe le plus. Je tente de m'exprimer, mais un seul mot franchit mes lèvres :

— Pourquoi ?

La main de Nathan s'immobilise sur ma cuisse. Je lui jette un rapide regard en biais. Il semble perplexe.

— Tu me plais. Beaucoup. Faut-il une autre raison ?

Je soupire, incapable de trouver une réponse. Nathan me regarde d'un air inquiet et se mordille la lèvre.

— Est-ce que... je ne te plais pas ?

Je secoue la tête avec frustration. La réaction de mon corps devrait pourtant lui donner une bonne idée de la réponse. Mais...

— Tu es trop parfait !

Les mots m'ont échappé sans que je réfléchisse. Nathan reste un instant interdit avant de rire doucement.

— Loin de moi l'idée de te contredire, mais... en quoi suis-je parfait, selon toi ?

— Enfin, regarde-toi ! Tu es de loin l'élève le plus brillant de ta promotion. Tu as un talent naturel pour le travail d'investigation. Et, comme si ce n'était pas suffisant, tu es beau comme un dieu...

Un éclat de rire interrompt ma diatribe.

— Je ne dis pas que je n'apprécie pas le compliment... mais je crois que tu pousses un peu !

— Bon, bon... Alors, disons, particulièrement bien foutu.

— Là, j'accepte, répond-il avec un clin d'œil.

Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Sa candeur est désarmante.

— Et ça te déplaît ? poursuit-il.

— Non ! Ça me rend jaloux, je l'avoue, mais ça ne me déplaît pas. Je me demande juste... ce que ça cache.

Je me mords la lèvre, réalisant soudain à quel point ce que je viens de dire peut être mal interprété. Je coule un regard inquiet dans sa direction, mais il n'a pas l'air en colère. Il semble juste intrigué.

— Qu'est-ce qui te fait penser que je cache forcément quelque chose ?

— Ce n'est pas ce que je voulais dire, Nat. Simplement... personne n'est parfait, toi pas plus qu'un autre, j'en suis persuadé. Et ça m'intrigue. Je meurs d'envie de savoir quel est le défaut de la cuirasse.

Nathan hoche pensivement la tête.

— Oui, c'est certain, il y a certaines choses que personne ne sait sur moi... Ce que tu appelles le « défaut de la cuirasse », j'imagine. Mais c'est pareil pour tout le monde, non ? Tu n'en as pas, toi, des secrets ?

— Si, bien sûr.

— Alors, quel est ton plus grand secret ?

Je lui lance un regard incrédule avant d'éclater de rire.

— Pourrais-tu m'expliquer comment on en est passé de tes secrets aux miens ?

— Parce que tout dans la vie...

Sa main, dont j'avais oublié la présence sur ma cuisse, reprend soudain son ascension et vient terminer sa course entre mes jambes. J'écarquille les yeux, le souffle coupé.

— ... est donnant-donnant, termine-t-il avec un clin d'œil.

Il serre légèrement les doigts et je ne peux retenir un gémissement étouffé, auquel il répond par un petit rire.

— Tu veux dire que tu me diras ton plus grand secret si je te dis le mien ?

— Oui. Je te le promets.

Ses yeux bleus plongent un instant dans les miens et il prononce cette phrase d'un ton si doux, si intime, que je sais que je ne peux rien lui cacher.

— Bon. Si tu veux savoir... Mon plus grand secret, c'est que je suis gay.

Il hausse les sourcils d'une façon comique et part d'un éclat de rire tellement communicatif que je ne peux m'empêcher de l'imiter. Bientôt, nous nous tordons tous les deux, sans plus savoir ce qui a déclenché cette crise de fou rire. Toute la tension des derniers jours semble s'évanouir.

Nous rions encore lorsque nous franchissons en voiture le portail de la station centrale, sous les yeux ahuris du planton dans sa guérite.

— Alors là, réussit à articuler Nathan en s'essuyant les yeux alors que je gare la voiture devant le bâtiment, vraiment, je suis choqué. Je ne m'en serais jamais douté !

J'ai suffisamment repris mon sérieux pour pouvoir lui décocher un regard vexé.

— Bon, d'accord, c'était apparemment assez évident pour toi... Mais je t'assure que, pour autant que je sache, personne d'autre à la station n'est au courant. En tout cas, je n'en ai jamais parlé, et j'évite soigneusement de sortir avec des collègues de travail. Voilà pourquoi je peux dire que c'est mon plus grand secret... ou peut-être mon seul secret. En tout cas, c'est la seule chose me concernant que je dissimule volontairement.

Nathan, qui a lui aussi cessé de rire, se penche vers moi. Il est suffisamment proche pour que je sente son souffle me caresser la joue.

— Je comprends... et je suis heureux d'être le premier à qui tu en aies parlé, Alex.

Ses lèvres effleurent les miennes. Le baiser ne dure qu'un instant, mais cela suffit à faire bondir mon cœur dans ma poitrine et à chasser toute pensée cohérente de mon esprit. En cette seconde, plus rien d'autre n'existe que la tiédeur de ses lèvres, le parfum épicé de sa peau et la douceur qui envahit ses yeux mi-clos.

Lorsque je me souviens enfin que nous sommes garés dans la cour de la station de police, je bondis littéralement hors de la voiture. Je regarde frénétiquement autour de moi, mais la cour est heureusement déserte. Je ferme la voiture et m'éloigne d'un pas vif, Nathan sur mes talons.

C'est seulement en entrant dans le bâtiment que je réalise que j'en ai oublié de demander à Nathan quel était son secret. Le regard amusé qu'il me jette m'apprend qu'il en est parfaitement conscient. Je grince des dents et inaugure la liste de ses défauts en y inscrivant mentalement le mot « manipulateur ».

Les quatre heures suivantes se déroulent d'une façon studieuse. J'épluche le fichier des personnes disparues, sans le moindre succès, hélas. À côté de moi, Nathan fixe son écran, sourcils froncés, ne s'interrompant de temps à autres que pour griffonner quelques notes rapides.

Mes yeux commencent à larmoyer et je suis sur le point de faire une pause lorsque je l'entends m'appeler. Sans se lever de sa chaise à roulettes, Nathan se propulse dans ma direction d'un coup de talon. Sa course s'arrête lorsque sa cuisse percute doucement la mienne.

— Idiot ! lui dis-je à mi-voix.

Il me tire la langue d'un air espiègle avant de m'adresser un sourire que je ne peux m'empêcher de lui rendre. Je ne retire pas ma jambe.

— J'ai trouvé une affaire non résolue qui présente des similarités avec la nôtre, dit Nathan à voix basse. La seule chose, c'est qu'elle remonte à 1967.

— Si vieille ? En quoi est-ce que ça peut nous aider ?

Je n'essaie même pas de dissimuler mon scepticisme.

— Je sais, je sais... Mais tu verras, les faits sont troublants. Il s'agit d'une série de meurtres qui ont été commis près de Wharton, dans le New Jersey. Cinq corps ont été retrouvés dans les bois : trois femmes et deux hommes, sans relation particulière entre eux. Il y a d'abord eu trois meurtres en trois nuits, puis les deux derniers un mois plus tard. Dans tous les cas, les cadavres étaient vidés de leur sang et ne présentaient comme blessures que deux trous à la base du cou.

— Oh, merde.

— Comme tu dis. Ça semble familier, non ?

J'ai l'impression qu'un étau glacé me serre la poitrine. Le mauvais pressentiment qui m'avait assailli durant le déjeuner me revient au centuple. Un meurtre isolé, passe encore. Mais un tueur en série...

— À l'époque, l'affaire a fait la une des journaux, poursuit Nathan. Le tueur a été surnommé « le vampire du New Jersey ». Un homme a été arrêté et exécuté, mais l'année suivante de nouvelles preuves sont venues l'innocenter. L'affaire n'a donc jamais été élucidée.

Je me prends la tête entre les mains et pousse un lourd soupir.

— Tu as raison, c'est une drôle de coïncidence. Mais plus de quarante ans plus tard, il ne peut tout de même pas s'agir du même meurtrier !

— En effet... sauf si nous avons affaire à un véritable vampire, bien sûr.

Il me regarde d'un air blagueur, mais mon expression courroucée lui fait vite retrouver son sérieux.

— Je sais, je sais, je n'y crois pas plus que toi, dit-il en soupirant. Par contre, je pense qu'il pourrait très bien s'agir d'un crime d'imitation.

Je fronce les sourcils en me souvenant d'un détail qu'il vient de mentionner.

— C'est tout de même curieux, cet écart d'un mois entre les deux groupes de meurtres, non ?

— Ah... C'est un élément qui m'a laissé perplexe, moi aussi, jusqu'à ce que j'aie l'idée de vérifier quelle était la phase de la lune lors des crimes. Et là, tiens-toi bien : dans tous les cas sans exception, le meurtre a eu lieu la nuit de la pleine lune, un jour avant, ou un jour après.

Je sens une sueur froide me couler dans le dos.

— Et ce soir, nous sommes... ?

— La nuit de la pleine lune.

— Bordel de merde !

Je me lève, vérifie que mon arme de service est chargée et sors de la pièce à grands pas. Nathan en fait de même.

Ce n'est qu'une fois sur la nationale que je retrouve un semblant de calme, aidé par le bourdonnement régulier du moteur.

Je jette un coup d'œil à mon passager. Pour une fois, Nathan ne sourit pas. Il est assis très droit, les mains à plat sur les cuisses, regardant sans les voir les panneaux routiers à travers le pare-brise poussiéreux de la Chevrolet. Sur une impulsion soudaine, j'avance la main vers lui et fais courir un doigt le long de son avant-bras. Il tourne la tête dans ma direction.

— Ça va ?

Il hoche la tête et me sourit gentiment. Mon cœur s'accélère une fois de plus.

— Je suis désolé, Nat.

— Pourquoi ?

— Pour t'avoir forcé la main comme ça. Pour t'avoir emmené sans te demander ton avis.

Il secoue doucement la tête.

— C'était la décision la plus logique. Je te l'aurais suggérée si tu ne l'avais pas prise.

Sa réponse n'apaise que partiellement mon sentiment de culpabilité.

— Mais j'ai agi trop impulsivement. Nous aurions dû demander des renforts.

— C'est vrai, ça aurait augmenté la probabilité de tomber sur le tueur. Mais d'un autre côté, une force de police importante aurait été plus facilement repérable. Et puis...

Son regard se fait à nouveau espiègle, et j'attends avec curiosité qu'il poursuive.

— ... et puis, c'est notre enquête !

Je ne peux m'empêcher de rire. Il a l'air incroyablement jeune et je réalise soudain que Nathan, malgré tout son talent, n'a que vingt-deux ans, et que c'est sa toute première enquête.

— Ça ne m'empêche pas d'être... un peu appréhensif, bien sûr, poursuit-il. Et je sais qu'arrêter le tueur dans ces conditions sera surtout une question de chance. Pourtant, je suis heureux qu'il n'y ait que toi et moi, ce soir.

J'entrelace mes doigts avec les siens. Il soupire doucement et caresse du pouce le dos de ma main. Mon cœur saute quelques battements. Le regard qu'il dirige vers moi, sous sa douceur, brûle de passion contenue.

Lorsque je ramène ma main sur le volant, celle de Nathan retrouve sa place sur ma cuisse et je sens, une fois de plus, mon corps se tendre sous ses caresses. Peu à peu, ses mouvements se font plus amples et ses doigts frôlent de plus en plus fréquemment l'érection maintenant comprimée par mon pantalon. J'entends sa respiration s'accélérer et, inconsciemment, la mienne se règle sur son rythme. L'afflux d'oxygène me fait tourner la tête.

Nous débouchons soudain sur une portion de la route 101 qui surplombe la falaise. Le soleil est sur le point de s'enfoncer dans l'océan et le disque incandescent, qui paraît maintenant immense, colore l'ensemble du ciel d'un rouge cramoisi qui se reflète à la surface de l'eau. J'ai l'impression que nous avons plongé au cœur d'un brasier, à moins que ce ne soit dans un océan de sang.

Fasciné par ce spectacle, j'arrête la voiture sur le bas-côté. À peine ai-je coupé le moteur que Nathan se dégage de sa ceinture de sécurité et plonge vers moi. La main qui caressait ma cuisse se plaque contre mon érection. Son autre main se glisse derrière ma nuque et m'attire vers lui, pressant nos poitrines l'une contre l'autre. Sa bouche s'écrase contre la mienne. Sa langue parcourt mes lèvres avant de s'insinuer entre elles, ferme et audacieuse, exigeant le passage. Lorsque je les entrouvre, il s'engouffre à l'intérieur, pourchassant ma langue pour l'entraîner dans une danse endiablée. Il incline la tête, augmente la pression de sa main sur ma nuque et ouvre un peu plus les lèvres pour atteindre le plus profond de ma bouche, caresser mon palais avec sa langue, parcourir mes dents.

Je lutte pour reprendre mon souffle. Je n'ai jamais reçu de baiser aussi fougueux, ou qui réussisse à embraser mes sens aussi vite. Bientôt, je lui réponds avec le même enthousiasme, prenant sa bouche d'assaut alors même qu'il envahit la mienne, bataillant avec sa langue, saisissant sa nuque pour presser son visage un peu plus contre le mien.

Lorsque nous nous séparons enfin, tremblants et haletants, le soleil a presque entièrement disparu sous les flots et il ne reste plus de l'éclat sanglant dans lequel nous étions baignés que quelques traînées pourpres et violettes qui se diluent déjà dans l'encre de la nuit.

Nathan rajuste le col de sa chemise et essaie, tant bien que mal, de ramener un peu d'ordre dans le chaos de ses mèches blondes. Lorsqu'il a suffisamment repris son souffle pour parler, il le fait d'une voix rauque et haletante.

— Nous... ne sommes plus... qu'à dix minutes...

Je hoche la tête et remets le moteur en marche, mais je peux à peine me concentrer sur la conduite. Je ne peux plus penser qu'à la force de son étreinte, à la fermeté de son corps contre le mien, à sa langue ravageant ma bouche, à sa paume pressée contre mon sexe. Je n'ose pas regarder la place du passager, de peur de ne plus parvenir à ramener les yeux sur la route. Le peu que j'ai vu de Nathan avant de redémarrer, ses lèvres rouges, gonflées et encore luisantes de salive, sa crinière en bataille, ses yeux brillants d'un éclat sauvage, m'a donné envie de lui sauter dessus et de lui arracher ses vêtements ici même.

Je ne me souviens pas avoir jamais voulu quelqu'un avec une intensité aussi désespérée. Je ne pense certainement jamais avoir été l'objet d'un désir aussi violent. J'ai autant envie de me soumettre à lui que de le posséder.

J'ai besoin de dire quelque chose, n'importe quoi, pour détourner mon attention du désir urgent qui m'envahit. Étrangement, la première chose qui me vient à l'esprit n'est pas l'enquête, mais notre conversation de l'après-midi.

— Eh bien, je crois que c'est à ton tour de me faire une confession...

— Pardon ?

— Cet après-midi, je t'ai dit mon plus grand secret, n'est-ce pas ? Maintenant, c'est à toi d'en faire autant.

Nathan rit doucement, de cette voix basse et rauque qui me fait frissonner. Je pourrais jouir rien qu'en l'entendant murmurer à mon oreille.

— D'accord, je te le dirai... plus tard.

Il me reste encore suffisamment de sens, derrière les brumes érotiques qui envahissent mon esprit, pour protester :

— Hé ! Tu avais promis !

Nathan rit de plus belle, et j'en perds presque le fil de la conversation.

— J'ai promis que je te le dirais, reprend-il sans pitié, mais je n'ai jamais dit quand.

— Tricheur !

Je suis sur le point de dénoncer ce que je considère comme une sorte de trahison lorsque je sens sa main se poser doucement sur ma joue.

— Alex... Ne sois pas fâché...

Sa voix est douce et caressante, et son ton celui que l'on emploie avec un enfant boudeur.

— Je ne cherche pas à te dissimuler quoi que ce soit, poursuit-il. Mais mon secret est plus facile à montrer qu'à expliquer. Fais-moi confiance et donne-moi un peu de temps...

Sa main caresse toujours ma joue d'un mouvement apaisant et, à l'encontre de tout bon sens, je réalise que je lui fais en effet confiance.

La nuit est complètement tombée lorsque nous nous garons près du sentier qui mène à la falaise et quittons la voiture en silence. L'air est frais mais agréable. Le sentier et le bois sont déserts, ou du moins le paraissent. Nous nous arrêtons au pied d'un séquoia majestueux, à une dizaine de mètres de l'endroit où se trouvait le cadavre ce matin. Je me penche pour murmurer à son oreille.

— Puisque nous ne savons pas où apparaîtra le tueur, s'il apparaît, cet endroit en vaut un autre. Nous pourrons changer périodiquement de point d'observation.

Je me dissimule partiellement derrière le tronc de l'arbre géant et Nathan se rapproche de moi jusqu'à toucher mon dos. Je réalise soudain à quel point notre entreprise de ce soir est illusoire. Je suis censé observer mes alentours et écouter les bruits de la nuit, mais seule chose que j'entends est sa respiration rapide et le vacarme de mon propre cœur. Je suis seulement conscient de la chaleur de son corps contre le mien, du parfum épicé de sa peau et du désir ardent, impérieux, qui me domine. La présence possible d'un tueur près de nous, dans ce bois, ne fait qu'ajouter à mon excitation.

J'entends un petit bruit près de mon oreille, comme une sorte de sanglot. Je sens les bras de Nathan encercler mes épaules, me serrant convulsivement, douloureusement, et son visage presser contre ma nuque. Sa voix me parvient étouffée.

— Alex... Je n'en peux plus... J'ai envie de toi...

Ses mains saisissent mes épaules et me font pivoter, plaquant mon dos contre le tronc de l'arbre. L'instant d'après, son corps est pressé contre moi et ses lèvres sont sur les miennes. Pris de la même fièvre, je lui rends son étreinte et accueille avec joie la langue qui prend possession de ma bouche.

Ses lèvres quittent mon visage pour glisser le long de mon cou. Il le lèche et l'embrasse, tirant de moi de petits gémissements de plaisir, alors que ses mains s'acharnent fiévreusement sur ma chemise, arrachant plus de boutons qu'elles n'en dégrafent.

Lorsque les pans de ma chemise s'écartent enfin, il s'attaque voracement à mon torse, laissant un sillage de salive sur ma peau mate. Il aspire goulûment mes tétons dans sa bouche et les mordille jusqu'à me tirer un cri de douleur et de plaisir mêlés, puis il descend encore plus bas, goûtant la peau tendre de mon abdomen, le couvrant de suçons dont il apaise la brûlure par les caresses de sa langue humide.

À tâtons, ses mains essaient maladroitement de défaire ma ceinture. Je l'aide à m'en débarrasser, laissant par la même occasion glisser au sol mon pistolet dans son étui. Je n'accorde à mon arme qu'une pensée fugace.

Je dégrafe le bouton de mon pantalon et descends la crémaillère. Il tire fiévreusement sur l'étoffe, faisant glisser pantalon et sous-vêtement le long de mes cuisses. Mon érection, d'abord entraînée vers le bas par le tissu, s'en dégage et rebondit contre mon ventre.

Il reste un instant immobile, les yeux fixés sur ma queue engorgée au bout de laquelle perle une goutte transparente, puis, avec un grognement rauque, il se jette dessus, l'engouffrant dans la caverne chaude et humide de sa bouche.

La sensation est si voluptueuse qu'elle me fait presque tourner la tête. Je m'adosse contre l'arbre pour ne pas tomber et lance une exclamation de plaisir. Les lèvres de Nathan glissent le long de ma verge alors que sa langue tournoie autour de mon gland.

Ses mains encerclent mes hanches, m'attirant vers lui, faisant pénétrer un peu plus profondément ma queue dans sa bouche. Ses doigts me serrent convulsivement, pétrissant, meurtrissant mes fesses. La légère douleur ne fait qu'accroître mon ardeur. Bientôt, mes coups de bassin accompagnent le mouvement de sa tête. À chaque va-et-vient, sa gorge accueille un peu plus profondément mon érection.

Nathan s'interrompt soudain et je frissonne au contact la brise nocturne sur ma verge brillante de salive. Je baisse les yeux pour le trouver en train de se lécher soigneusement un doigt. L'instant d'après, ma queue a retrouvé sa place dans sa bouche et son doigt humide s'insinue entre mes fesses, trouve mon entrée et me pénètre d'un coup. Je prends une inspiration brusque et mes yeux s'écarquillent. Nathan se met à rire, la bouche pleine, et les vibrations se répercutent voluptueusement autour de mon sexe.

Le doigt de Nathan entame un mouvement qui gagne peu à peu en vitesse et en intensité, glissant sans effort dans mon passage, me caressant de l'intérieur. Bientôt, bouche et doigt vont et viennent en harmonie, toujours plus vite, toujours plus profond, m'entraînant dans un tourbillon de sensations que je ne peux retenir d'atteindre le point culminant. Un premier spasme de volupté envahit mon corps, suivi d'un autre, et d'un autre encore. Mes doigts se crispent douloureusement contre l'écorce et je hurle mon plaisir sans retenue, sans la moindre pensée pour la discrétion dont nous sommes censés faire preuve, alors que j'explose au fond de la bouche de Nathan.

Je sens sa gorge travailler autour de mon membre qui s'assouplit, avalant ma sève. Un instant plus tard, il est debout contre moi et m'embrasse avec fougue. La saveur âpre de mon propre sperme envahit ma bouche. Je n'ai jamais rien goûté de plus érotique.

Interrompant notre baiser, Nathan enfouit son visage au creux de mon cou. Ses mots me parviennent assourdis.

— Alex... Alex, mon amour...

J'ai l'impression que mon cœur cesse de battre. Mes bras enserrent sa poitrine. J'aimerais crier « je t'aime », le hurler face au disque lunaire qui s'élève maintenant au dessus de l'océan et nous baigne de sa clarté laiteuse, mais les mots ne parviennent pas à franchir mes lèvres. Je ne réussis qu'à lui offrir un hochement de tête tremblant, mais il n'a pas besoin de ma réponse pour poursuivre.

— Je te veux... Tu es à moi...

Il m'étreint convulsivement, comme s'il cherchait à fondre nos deux corps par-delà la barrière de nos peaux. Ses hanches glissent contre moi et, au contact de son érection, mon propre sexe se ranime.

— Alex... Tu es à moi ! Dis-le !

Je plonge mon regard dans le sien et ne peux retenir une exclamation étouffée. Ses iris bleus semblent briller de leur propre lumière, faisant écho à l'éclat de la lune. Son visage est animé d'une expression sauvage et passionnée. Comme échappant à ma volonté, mes lèvres s'entrouvrent et les mots sortent d'eux-même.

— Je suis à toi.

Et dans un instant de révélation aveuglante, je réalise que je lui appartient en effet. Irrémédiablement. Jusqu'au plus profond de moi-même, jusqu'à ma dernière cellule, jusqu'au dernier recoin de mon esprit. Je suis à lui, corps et âme.

Avec un grognement farouche, il m'embrasse encore une fois, meurtrissant mes lèvres, avant de dégrafer sa ceinture et de laisser glisser son pantalon à ses pieds. Je le contemple, souffle coupé. L'idée qu'il faut que j'ajoute « monté comme un étalon » à la longue liste de ses qualités traverse mon esprit, mais je n'ai pas le temps de m'y attarder. Ses mains empoignent mes épaules et me font pivoter si brutalement que je perds l'équilibre. Seul le tronc de l'arbre m'empêche de basculer vers l'avant, et je m'y accroche comme à une planche de salut.

Pendant un instant, ses mains me relâchent. Je n'ose ni bouger, ni tourner la tête, mais aux bruits que je perçois, je l'imagine en train d'enduire son membre de salive. La main humide qui s'insinue entre mes fesses un instant plus tard, parcourant ma raie, confirme ma déduction.

Un doigt teste mon orifice puis se retire, et bientôt c'est son sexe énorme et raide qui pousse contre moi, m'emplissant lentement, délicatement, glissant en moi centimètre par centimètre alors que ses mains caressent tendrement mon dos et mes reins, comme pour détourner mon attention de la douleur.

Lorsqu'il me semble que j'ai atteint les dernières limites de ma résistance physique et que mon corps va se déchirer en deux, son bassin entre enfin en contact avec mes fesses. Il s'appuie contre moi de tout son long, son ventre contre mes reins, son torse contre mon dos. Son souffle chaud et haletant caresse ma nuque et je l'entends murmurer mon prénom avec passion. Seules ses mains bougent encore, parcourant mes côtes et descendant le long de mon ventre pour terminer leur course entre mes jambes. Mon érection, qui avait fléchi sous l'effet de la douleur, se ranime sous ses caresses.

Lorsqu'il sent enfin mes muscles se détendre, il entame un balancement régulier des hanches. Ses mouvements, d'abord superficiels, se font peu à peu plus profonds, et ses doigts montent et descendent le long de ma verge au même rythme langoureux.

Je sens que la douleur recède, d'abord remplacée par un plaisir diffus, jusqu'au moment où un coup de reins particulièrement bien dirigé fait exploser une myriade d'étoiles devant mes yeux. Un plaisir aigu parcourt mon corps comme une décharge électrique, m'arrachant un gémissement.

Comme s'il avait attendu ce signal, Nathan accélère le rythme, percutant le même endroit encore et encore. Je sens les sensations me submerger, m'entraîner dans une spirale de plaisir de plus en plus intense. Son membre brûlant plonge maintenant en moi à un rythme presque frénétique, m'arrachant à chaque passage un cri de volupté. Je sens l'orgasme monter comme un raz-de-marée, incontrôlable, entraînant sur son passage les derniers vestiges de ma raison.

Soudain, la main de Nathan saisit ma mâchoire, tourne mon visage vers lui, et sa bouche s'écrase contre la mienne. Je ressens une douleur vive à la lèvre et ma bouche s'emplit du goût du sang. J'écarte la tête de quelques centimètres pour poser les yeux sur le visage de mon amant.

Ce n'est pas de la surprise que j'éprouve, mais simplement un sentiment de fatalité, en contemplant les deux longues canines dont l'émail brillant capture l'éclat de la lune. Et tout au fond de moi, il y a aussi un sentiment de contentement, celui de voir le dernier mystère éclairci, le secret enfin mis à nu.

Lorsque les crocs acérés s'enfoncent dans la chair délicate de mon cou, me pénétrant aussi intensément que le membre brûlant qui s'enfonce jusqu'au plus profond de mes entrailles, la douleur exacerbe le plaisir qui noie tout mon être.

Mon dernier orgasme me submerge et, dans un râle ultime, je déverse mon essence vitale sous la lune.