Salut tout le monde !

Bon, voici mon premier one-shot posté sur ce site, un one-shot très particulier. En effet, il a été écrit...à 4 h du matin alors que j'entrais dans une phase dépressive, incapable de m'endormir. Ce qui m'a inspiré ce texte qui me laisse sceptique, ne serait-ce que pour le style, qui est loin de mon style habituel (je n'écris jamais au présent et j'aime les phrases lyriques). Je suis également sceptique quant au thème abordé, c'est la première fois que j'écris sur ce genre de trucs et je ne suis pas sûre de l'avoir bien abordé. J'ai un humour noir qui a quelque peu débordé ici, et j'aime le drame. Les deux ne vont pas forcément de paire...

Bon, bref, après ce speech peu encourageant, je vous laisse lire. Je vous rassure, ma prochaine histoire sera mieux.

Bonne lecture !


Vingt-quatre heures...Encore une journée qui se profile...

C'est étrange comme les heures défilent...Si lentement et si rapidement à la fois, comme une torture infiniment courte.

Je fixe le plafond blanc de ma chambre. Tiens, quelqu'un s'est amusé à coller un chewing-gum dessus...

Je rigole. Les infirmières à mes côtés m'adressent un regard bizarre. Je m'amuse vraiment de rien, ces derniers temps...Ça ne tourne pas vraiment rond dans ma caboche.

Je veux me mettre sur le côté. Ces tortionnaires m'ordonnent de ne pas bouger, pour ne pas déconnecter tous ces fils auxquels je ne comprends rien. Ah ouais, c'est vrai. Elles me l'ont déjà demandé un paquet de fois, depuis que j'ai échoué dans cet établissement. Un hôpital, c'est ça.

« Vous avez de la visite ! M'annonce une infirmière. »

Pas trop tôt...Je commençais à m'emmerder...

Tiens, je ne la connais pas, celle-là. Elle commence à me caresser la tête, un sourire aux lèvres. Elle est vraiment belle...Avec ses grands yeux bleus mouillés de larmes et ses cheveux noirs ébouriffés...Une vraie lionne, ROAARR !!!

Elle hausse un sourcil. Je crois que j'ai rugi à voix haute...Je rigole à nouveau. C'est vraiment bête, comme situation...

Elle, elle pleure. Ça n'a pas l'air de la faire rire, comme moi...Je me demande pourquoi elle pleure. C'est pas comme si je la connaissais...

« Ma puce... »

Hé là ! On en est déjà aux surnoms ? Alors que je ne connais même pas son prénom et qu'elle ne connaît pas le mien...
Tiens, faudrait peut-être faire les présentations. Allez, je commence.

« Je... »

Elle me regarde, attendant que je continue. Mais c'est le vide total dans ma tête. C'est con, tiens. Je devrais quand même être capable de me rappeler de mon propre prénom, non ?

« Allison chérie... »

Ah ben, je m'appelle Allison. Mouais, je m'attendais à mieux. Tiens, si je me renommais autrement ? Je vais m'appeler Lyra, tiens. C'est une héroïne de romans, je crois...Je l'aimais bien, du temps où je savais encore lire...Maintenant, je me contente de regarder les lettres...C'est joli, une lettre. J'ai essayé de les reproduire, mais je n'y arrive plus comme avant. Quoique...Quand je vois mes anciens trucs, je ne crois pas avoir déjà su écrire proprement...C'est juste pire qu'avant, c'est tout.

L'inconnue s'éloigne un peu. Elle va parler aux infirmières. Elle a l'air agitée...Les chiennes de service vont finir par lui injecter des calmants, comme elles me le font parfois. Je fais semblant de pas me souvenir, mais ça, je retiens. C'est tellement effrayant, une seringue...Et elles ne sont pas douées. Vraiment pas. Je suis trouée de partout. On dirait une...comment on dit déjà...Ce truc troué de partout...

Je pose la question à la dame. Elle m'adresse un sourire triste, vraiment triste. Et elle me répond :

« Une passoire, trésor. On appelle ça une passoire. »

Ah oui, ça me revient. J'en avais une toute rouge quand j'étais à la maison ! Je faisais souvent des pâtes avec. Enfin, pas vraiment avec, je crois...J'adorais ça. C'était facile comme tout.

Maman était souvent avec moi quand je le faisais. Elle ne vient pas me voir. Elle n'est jamais venue. J'ai fini par oublier ce à quoi elle ressemblait...C'est bizarre de ne pas se rappeler de sa propre mère...J'ai l'impression de la trahir, quelque part. Mais bon, c'est elle qui a commencé en ne venant plus à mon chevet, na !

...Je pète les plombs. Voilà que je retombe en enfance. Je pensais avoir conservé un semblant de lucidité. Il s'est évaporé comme neige au soleil. Pouf, disparu.

« Ne t'inquiète pas, ma puce, tu vas bientôt sortir d'ici... »

J'hausse un sourcil. J'suis devenue cinglée, pas stupide. Je ne sais plus comment marcher, mes mains sont devenues des moufles et j'ai le cerveau qui ressemble à un gruyère...

La seule chose qui m'attend si je sors, c'est l'hospice. Quoique...Ils seraient peut-être plus sympas qu'ici. Entre ce vieux toubib au regard de pervers et ces mégères blanches, je ne me sens qu'en relative sûreté...

Tiens, une main sur mes cheveux...Quelqu'un qui vient me rendre visite ?

Je la regarde. Elle est belle. De longs cheveux noirs et des yeux bleus très grands. Presque aussi grands que dans ces livres avec plein d'images que je reçois toutes les semaines...J'aime bien, il y a plus d'illustrations que de textes, je peux comprendre à peu près...Quand je retiens l'histoire.

Des fois, je reprends le livre que je viens de terminer parce que je l'ai oublié. Les infirmières me regardent bizarrement, me font des remarques...Mais je m'en fiche. Le plaisir reste intact. La surprise également.

Il faudrait peut-être que je dise bonjour à cette visiteuse. Je le lui dis. Ma voix me paraît bizarre. Éraillée.

Elle pleure. Elle pleure beaucoup. Puis elle essuie ses larmes et elle me dit :

« Tu me l'as déjà dit, mon bébé... »

Ah bon ? Alors, elle est là depuis longtemps ? Je ne m'en rappelle pas...

Je me demande qui elle est. Quelqu'un venu faire une visite de charité ?

Je secoue la tête, décontenançant l'inconnue. Nan, sûrement pas. Pourquoi elle serait venue s'ennuyer avec moi ? C'est pas marrant de discuter avec quelqu'un qui oublie tout quelques secondes plus tard...Et elle a l'air de me connaître. Elle m'appelle « mon bébé ». Pourquoi d'ailleurs ? Je suis grande ! J'ai...euh...pas mal d'années derrière moi, je pense.

J'ai envie de lui demander. Mais j'ose pas. Les infirmières ricaneraient. Elles ricanent tout le temps. Elles me trouvent drôle. Moi, j'aime bien rire. Mais, je ne sais pas pourquoi, leurs rires me font mal. Ils me donnent envie de pleurer.

Elle me prend la main. J'aime bien sa peau. Elle est douce. Elle sent bon. Je la serre. Difficilement. J'ai plus trop de force, ces derniers temps...C'est pas très pratique...On doit même m'aider à manger, c'est dire.

« Tes camarades de classe te souhaitent le bonjour. Ils disent qu'ils attendent ton retour avec impatience. Marjolaine dit même qu'elle te cédera volontiers la place de première de la classe qu'elle t'a volé bien involontairement lors de ton départ. »

Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris de ses mots...Mais je ris. Pour qu'elle rit aussi. J'aime bien son rire. Il réchauffe mon cœur. Il me fait croire que des lendemains meilleurs existent aussi pour moi.

« Mon cœur, si tu savais comme tu nous manques à la maison... »

A la maison ? Quelle maison ?

Je lui jette un regard désespéré. Je ne comprends rien. Pourquoi elle me parle comme ça ? On ne se connaît pas ! Elle doit se tromper de chambre...Se tromper de personne...

C'est peut-être invraisemblable, mais bon, je ne suis sûrement pas la seule personne à faire des bourdes aussi monumentales. Et puis, les sosies, ça existe...
Tiens, j'en croise un de moi, parfois, quand je suis sur mon fauteuil roulant et que les infirmières m'emmènent faire un petit tour...

Elle est bizarre. Je la vois toujours au même endroit. Elle a l'air complètement paumée et stupide, la pauvre...

Elle me regarde étrangement, des fois...Elle aussi est en fauteuil. C'est bizarre, je ne la croise que dans ces moments-là...Parfois, je lui fais signe. Elle me répond toujours. En fait, elle a tendance à m'imiter. Elle est peut-être malade comme je le suis ? Ça m'arrive d'imiter le médecin qui vient me voir ou les infirmières autour de moi...Je ne le fais pas exprès. C'est automatique.

« Comme les antibiotiques ! »

L'inconnue, qui ne le doit pas être tant que ça, sursaute. J'ai encore parlé à voix haute ? Ça commence à devenir gênant...Sa main sur la mienne se serre plus fort. Ça me ferait presque mal...

J'entends une infirmière ricaner.

« Il lui manque une case...Déjà qu'elle passe son temps à causer aux miroirs... »

L'inconnue se lève et se dirige vers l'infirmière. Elle la gifle. Ça fait un grand CLAC. Je rigole. Mais elle, elle est furieuse. L'infirmière aussi. Mais elle ne dit rien. Elle ne doit pas avoir le droit...

Bah, c'est pas la première fois que ça arrive...Pas la peine de s'énerver, j'aurais bientôt oublié de toute façon...

Elle revient à moi, caresse ma joue. J'aime bien son contact. J'ai l'impression de revivre quand elle est à mes côtés.

« Allison, je suis désolée...

-C'est rien. »

C'est tout ce que je peux lui répondre. Je ne sais pas quoi lui dire. J'ai juste envie qu'elle reste à mes côtés, qu'elle ne me laisse plus seule avec elles...

« Tu sais, on va t'opérer, aujourd'hui. Il y a de fortes chances que tu guérisses, ma chérie ! Tu retrouveras ta vie d'avant... »

Elle prend de nouveau ma main et la colle contre sa joue. Son expression me fascine. Elle a l'air si...effondrée. Et pourtant, illuminée d'un maigre espoir...

« Maman est fière de toi. Tu es très courageuse. »

Je me redresse brusquement, faisant paniquer le personnel médical.

« Maman ? Vous avez vu Maman ? »

Le faible sourire qui s'étirait sur ses lèvres disparaît. Ses yeux se voilent de nouvelles larmes et sa main lâche la mienne. Non...Je veux qu'elle serre encore sa main dans la sienne...C'est si doux...Si chaud...Si réconfortant...

Sans que je ne sache pourquoi, ma gorge se noue. Mes lèvres se mettent à trembler. Elle ouvre la bouche, une bouche discrètement maquillée. J'ai peur de ce qu'elle va dire.

« C'est moi, ta maman, Allison chérie. C'est moi. »

Tout s'effondre autour de moi...Comme un vulgaire château de cartes...Je ne pensais pas être capable d'une telle chose...Mais je l'avais fait. L'espace d'un instant...Fugace ou non, je ne peux le déterminer...J'avais oublié ma mère. La personne qui était la plus chère à mon cœur.

Je baisse la tête. Le goût salé de mes larmes parvient à mes lèvres.

« Pardon...Pardon, Maman... »

Alors, son visage se superpose à celui, sans forme distincte, de mes souvenirs...Ils deviennent plus précis, plus forts...Aussi douloureux que réconfortants...

Pour combien de temps ? Est-ce que je vais bientôt oublier ? Est-ce que je vais de nouveau oublier son visage ?

Elle s'éloigne. Je la retiens.

« Maman, reste ! Je suis désolée ! »

Elle sanglote.

« Chérie, maman doit partir. Les médecins vont t'opérer et te guérir. »

M'opérer ? Ils vont vraiment m'opérer ? Et je pourrais être comme avant ? Vraiment ?

« Je t'attendrais à ton réveil. »

Elle me fait un petit signe de la main. Puis je vois ses lèvres remuer et je crois entendre : Adieu.

Je ne sais pas ce que ça veut dire. Est-ce que c'est comme « à tout de suite » ? Sûrement...ils utilisent tous des mots trop compliqués pour moi.

Les infirmières s'approchent de moi.

« Qu'est-ce que vous faites ?

-On va t'opérer. On te le dit encore, pour que tu retiennes enfin. Ta mère te l'a redit il y a deux minutes. »

Je regarde ma maman, sur le pas de la porte. Elle tremble. Puis elle tourne finalement les talons et s'en va. J'ai peur, soudain. Sans comprendre pourquoi, j'ai vraiment peur.

Les infirmières me débranchent tous mes fils. Comme quand je vais faire une balade. Après, elles me rebranchent à plein de trucs et je revois cette fille qui me ressemble comme deux gouttes d'eau.

Mais là, elles me rebranchent pas. Elles approchent une seringue de ma peau. J'ai peur. J'ai envie de crier, mais ma gorge se noue. J'arrive à peine à émettre le moindre son.

« Désolée...Comprends qu'on fait ça pour abréger tes souffrances... »

Abréger mes souffrances ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Je...Je vais mourir ?

« On appelle ça l'euthanasie. Ça s'est légalisé, dans ce pays...Ça aide ceux qui n'ont plus d'espoir à partir. »

De l'espoir ? Mais...cette dame en avait ! Celle qui est venue ! Qui...Qui était-ce déjà ? Elle avait l'air gentille...Et douce...

L'aiguille s'enfonce. J'ai mal. Pas longtemps. Bientôt, je ne sens plus rien.

Mes yeux se ferment. Comme si j'allais dormir...C'est peut-être un peu ça. Je vais dormir, pour toujours. C'est peut-être mieux ainsi.

L'espace d'un bref instant, mes souvenirs reviennent. Mes facultés aussi.

Je m'appelle Allison Brooks. J'ai 18 ans. Et, en ce 12 novembre 2010, je meurs, euthanasiée pour cause de dégénérescence cérébrale incurable.

Je meurs en ayant oublié le visage de ma mère...En n'ayant pas compris que c'était elle qui avait voulu me tuer...

Adieu. Maintenant que je comprends la signification de ce mot si amer, je peux également le prononcer. Adieu.

Adieu.


Voilà. Hem. Que dire...?

Tout d'abord, contrairement à ce que ce texte peut laisser croire, j'approuve l'euthanasie dans la manière où l'on est sûr que la personne est consentante.

Ensuite, je n'ai pas précisé le pays parce que je n'étais pas sûre quant aux pays autorisant l'euthanasie et dans quelles mesures. Comme il était 4 heures du matin, j'ai un peu laissé ce détail de côté.

Mon prochain texte aura un style fondamentalement différent, se rapprochant plus des textes que j'ai pu poster sur en tant que LilyRogue. J'espère quand même que ça vous aura plu, ou tout du moins cela vous aura fait réagir d'une manière ou d'une autre. J'attends vos reviews avec impatience ^^.

A très vite.