SUJET: les Questions Universelles

Aujourd'hui, je n'ai pas envie d'écrire, tout d'abord parce que je suis malade et ensuite par pure fainéantise. Malheureusement pour ma crise de flème carabinée (crise qui me poursuit depuis ma naissance), le besoin d'éclaircir mes idées s'est intensifié au point de devenir insupportable et migraineux. Pour en revenir au sujet, il vous faut savoir que les migraines s'accompagnent souvent (beaucoup trop à mon goût) de nausées (ah bon) vicieuses (celles qui vous surprennent au milieu d'un repas ou d'une conversation téléphonique à l'importance capitale) et sadiques.

En début de soirée, torturée par l'insolente envie d'aller vider mon estomac dans les cabinets, j'ai eu un éclair de lucidité (qui s'est vite transformé en orage puis en tempête) qui m'a permis de comprendre la profondeur insondable d'une phrase shakespearienne. Bon, j'avoue l'avoir quelque peu transformée et adaptée à ma situation, mais l'idée est fondamentalement la même : "vomir ou ne pas vomir ? Telle est la question".

J'imagine d'ici les visages méprisants et/ou amusés que vous avez en lisant ces lignes, cependant je suis très sérieuse concernant la profondeur abyssale de cette question ! Car bien que mon corps désirait plus que tout accomplir ce geste plus ou moins libérateur d'un poids conséquent (principalement dû à l'accumulation de stress), mon esprit faisait tout pour l'en empêcher trouvant cet acte dégradant et définitivement dénué de toute classe.

Conséquence de cette lutte intérieure, la question "Vomir ou ne pas vomir ?" s'est bien vite transformée en : "Accéder à la requête du corps ou à celle de l'esprit ?". Or, il m'a paru évident qu'en répondant à la demande de l'un j'ignorai celle de l'autre, ce qui reviendrait à ignorer l'autre lui-même et cela signifierai renier une partie de moi ! N'ayant (malheureusement) pas une réflexion suffisamment tordue pour trouver le moyen d'obéir à ces deux instincts primitifs et surtout complètement opposés, j'ai finalement décidé de réaliser le souhait de celui qui serait le plus "moi". Inévitablement, une question s'est traitreusement glissée dans mon cerveau déjà bien malmené : "suis-je mon corps ou mon esprit ?".

Incapable de choisir un camp sans le regretter immédiatement, j'ai été forcée d'admettre que l'un sans l'autre n'existait pas. Amèrement, j'ai fini par me demander si "j'étais" réellement ... Après tout, rien ne me prouve que je ne suis pas issue d'un rêve ou de l'imagination d'un quelconque auteur taré et dépravé !

Accablée, j'ai baissé quelque peu ma garde et un minuscule Shakespeare en a vilainement profité pour s'insinuer entre mes oreilles et quémander malicieusement l'attention de mes rares neurones survivants (les autres étant morts au cours de la réflexion) en hurlant : "To be or not to be ?". Remarquant l'absence totale de réaction de la part de mes neurones (il semblerait que seuls les plus stupides aient survécus), il s'est repris : "Être ou ne pas être ?". Et la réponse m'est apparue subitement, comme le reflet sur la tête d'un chauve; "Je suis" ! Du moins, dans la mesure où ceci n'est pas un mensonge ou une invention.

Et tout le monde sait que la vérité diffère selon les être. Pour être plus précise, je dirais que chaque personne en a une notion différente : C'est ce qui créé les divergences d'opinion. Donc si je dis que je suis mais qu'une personne réplique que je mens, vous n'aurez aucun moyen de trouver La Vérité ! Et moi non plus... Parce que s'il y a Une question à laquelle je ne peux pas répondre c'est celle-là : "Mensonge ou vérité ?" ! Pour la simple raison qu'elle fait partie de ce j'appelle les Questions Universelles, auxquelles la recherche d'une réponse débouche obligatoirement dans un combat entre la raison et les sentiments, le conscient et l'inconscient.

La lutte acharnée et incessante entre ces contraires conduit au vide intersidéral. Pour faire plus simple : Rechercher une réponse à ce genre de question revient à sortir de la stratosphère. Stratosphère en dehors de laquelle, vous ne trouverez que des météorites (soit des vérités trop dures à supporter) et des trous noirs (soit un jumelage entre l'incompréhension et les doutes). Oh, bien sûr, vous apercevrez au loin des étoiles (débuts d'idées pouvant échouer sur la solution), cependant elles sont inaccessibles à cause des années lumière qui vous écartent d'elles. Vous pouvez toujours essayer de les rejoindre mais bien souvent elles seront mortes à votre arrivée. Hors, il est de notoriété publique que le décès d'une étoile engendre un trou noir.

Et même si (par miracle) vous arriviez à la saisir encore vivante, l'idée vous conduirait immanquablement à une fausse piste. Car les Questions Universelles cachent toujours les plus sombres secrets de l'Univers et en essayant (et j'insiste sur "essayant") de les découvrir, la question "Mensonge ou vérité ?" s'imposerait encore à votre esprit, créant ainsi paradoxe sur paradoxe ce qui aboutirait à la naissance d'une spirale infernale et par conséquent à l'annihilation lente, douloureuse mais absolue de votre intelligence.

Sachant pertinemment que la plupart des humains sont dépourvus de cette qualité, je vous le déconseille fortement : Il en va de l'avenir de la planète !!!

Je félicite tous ceux qui sont arrivés au bout de ce texte sans avoir de soudaines migraines (ou graines entières) !

Quant à ceux qui ont réussi à suivre le cheminement de mes pensées et à les comprendre, sachez que vous êtes complètement tarés (comme moi en fait) !!!

Enfin, toujours est-il que maintenant vous savez pourquoi, malgré mes nausées, j'hésite à me ruer vers les cabinets. Cela ne vous intéressait pas ? Ah bon ? Je croyais...

Plew A.E