PROLOGUE

Le bruit, celui des vagues qui s'entrechoquent avec la coque du bateau, celui du vent indomptable caressant les voiles du navire en une douce et éphémère symphonie, celui des hommes, de leurs souffles roque, des gouttes de sueur qui se mêlent à l'eau salée qui couvre le pont… Ce bruit est devenu sa routine, celle d'Ethan Davis, celle d'un des membres d'équipage de l'Arielle, la Caravelle sur laquelle il navigue depuis un peu plus de deux mois maintenant dans le dessin d'accoster au plus vite Port Royal, principale port de pêche et de commerce de Jamaïque mais surtout siège du gouvernement Britannique, et quitter les Caraïbes avec cette même hâte car il n'est pas bon en ces temps de naviguer en cette mer menaçante où seul la loi du plus fort, seul la loi des dits pirates règne.

La mer est de nouveau calme ce qui est en parfaite contradiction avec les jours passés où une des plus violentes tempêtes de la saison a manqué de peu de renverser leur bateau pour ne plus rien laisser derrière elle, quittant une scène de crime, une boucherie, sans un regard en arrière ; pourtant l'agitation règne toujours sur le pont, les regards sont vigilants, méfiants, chaque son est strictement étudié, décortiqué, analysé ; Tous les membres de l'équipage sont aux aguets car comme on le dit si bien « il n'y en a jamais deux sans trois » et l'attaque pirate qu'ils ont de peu réussi à dévier quelques semaines plus tôt a sans l'ombre d'un doute apposé la première dalle de leur malédiction.

Ethan se consacre au nettoyage du pont, une des rares activités où chacun de ses gestes à la maladresse inquiétante ne risque pas une nouvelle fois de blesser un des hommes de son père comme il l'a fait avec son second à qui il a par mégarde fait perdre un œil.

Cella fait maintenant trois ans qu'il suit bien malgré lui son père en mer ce dernier tentant vainement de transmettre à son seul fils son savoir pour pouvoir un jour lui passer la relève… Henri Davis a lui même repris le flambeau à feu son père qui l'avait, coutume oblige, reçu de son propre père ; L'entreprise a, comme sans doute toutes les autres avant elle, connu ses difficultés et un semblant de prospérité n'a commencé à faire son apparition il y a seulement deux ans lorsque son père a, sans doute plus par chance que par réelle réflexion, investie dans des affaires fructueuses en qui personne ne croyait à l'époque pouvant ainsi se payer l'Arielle pour remplacer la vieille et spéculative épave que son grand père c'était ruiné pour acheter à une époque où les voyage en outre-mer commençaient graduellement à se développer.

Au départ son père n'était qu'un modeste pêcheur qui ne rodait jamais bien loin de la cote et ne prisait en aucun cas le risque favorisant la douce protection des rivages cependant ce mode de vie avait un coût, un prix exorbitant, les dettes s'accumulaient alors que les caisses se vidaient un peu plus à chaque pleine lune, date où on venait habituellement toquer à leur cabanon pour récolter l'argent des impôts… Oui, l'Arielle a marqué un nouveau départ, une nouvelle chance pour la famille Davis…

Ethan lui-même ne sait pas exactement en quoi consiste ce voyage, c'est la première fois qu'il quitte les rivages de la mer douce et calme où il a grandit, c'est sans doute aussi la première fois pour son père et la majorité des marins à bord qu'ils entreprennent un voyage aussi long, aussi lointain, aussi périlleux. Les rares poissons qu'ils parviennent à pêcher ne leur sert que de repas aux cotés des amers biscuits de mer et pour le reste leur cargaison est bien triste, constituée de seulement quelques meubles entassés dans un compartiment de la coque sans doute attendus par un riche noble récemment installé à Port Royal ou aux alentours…

Son père se fait de plus en plus distant, mystérieux, murmurant dans son coin comme le vieux Alban avait l'habitude de le faire, Alban étant le teneur du bar où son père aimait se rendre, ce pauvre homme n'avait cependant plus toute sa tête et Ethan s'inquiète un peu plus à chaque jour qui passe de l'état mental de son père dont les rides se creusent au temps que le vent fouette les voiles de la belle Caravelle.

Si les vents ne se lèvent pas contre eux l'embarcation devrait en principe arriver à bon port dans moins de deux semaines, l'excitation emporte peu à peu le jeune homme d'à peine dix-sept ans qui ne s'est jamais lassé des histoires de pirates et des longues descriptions des paysages exotiques que les vieux marins content entre deux coupes de rhum dans la taverne d'Alban devenu le repère faussement secret des mutilés de la mer et de ceux qui vont bientôt se joindre à eux dans leurs histoires et créations mélancoliques…

La nuit a déjà commencé à reprendre son dut pourtant des hommes s'activent encore sur le pont ce qui n'est pas le cas d'Ethan dont la maladresse redouble avec la perte de visibilité et qui décide finalement d'aller dormir dans le petit hamac grisâtre et miteux dans la petite pièce seulement éclairée de quelques lampes à huile qu'il partage avec les autres marins depuis de longues semaines déjà.


Ce n'est que le lendemain matin que la malédiction qui pesait depuis quelques semaines déjà sur le bateau et son équipage atteint son apogée en un fracas épouvantable…

Trois heures plus tôt…

La mère d'Ethan a toujours été une personne superstitieuse, c'est ce à quoi pensait le jeune homme en admirant l'horizon et le soleil qui commence à s'en détacher parsemant la grande bleu de couleurs orangées et rosâtres qui replongent instantanément le jeune homme dans son enfance et l'époque où il avait pour habitude d' écoutait insoucieusement les histoires des marins revenus à bon port et qui avaient pour coutume de 'philosopher' sous les caprices de l'alcool sur ce que cache l'horizon, le bout du monde comme certains aiment l'appeler … Certains superstitieux croyaient que dépasser l'horizon revenait à accomplir le dernier défit des Dieux qui exauceraient dès lors tous les souhaits des courageux aventuriers, d'autres quant à eux imaginaient que les flammes des Enfers reposaient derrière ce mirage… Ethan n'est, contrairement donc à sa mère, pas une personne bien superstitieuse et pour lui l'horizon ne représente qu'un mystère de plus qui embelli le monde aquatique à qui il a voué sa vie bien malgré lui.

La journée s'annonce belle, le ciel n'est parsemé que de rares nuages et l'eau est étrangement calme à l'instar du vent qui ne vient que très rarement la caresser à elle et aux voiles. L'impression de ne pas avancer ronge le jeune homme impatient de mettre enfin pied à terre pour découvrir les îles exotiques des Caraïbes à l'origine des légendes qui ont peuplé son enfance.

La brise matinale vient chatouiller son nez et déplacer certaines de ses mèches blondes qui lui arrivent aux épaules et qu'il a hérité de son père contrairement à ses yeux azurés qui viennent incontestablement de sa mère aux formes aussi fines et féminines que les siennes ; C'est un fait, il a bien plus de ressemblances avec sa mère qu'il ne parvient même pas à dépasser en taille que avec son père qui fait office de géant face à sa stature fine qui cache des muscles invisibles. D'ailleurs, il fut un temps où, alors qu'il redoublait de maladresse à chaque nouveau départ, l'équipage avait inventé une rumeur fort blessante selon laquelle il était en réalité une femme ce qui expliquerait parfaitement tous les malheurs qui n'ont de cesse de se fracasser sur la nouvelle embarcation et la précédente… A vrai dire même son père a commencé à avoir des doutes à une certaine époque ce qui est en partit responsable de l'état à demi-brisé dans lequel ce trouve en ce jour l'adolescent rêveur et solitaire.

Les hommes sont bien moins agités et vigilants que la veille après tout les Dieux sont particulièrement cléments aujourd'hui et bien qu'ils avancent à une allure décevante ce repos tout l'équipage l'attendait depuis la violente tempête qui a marqué leurs esprits sans doute à jamais il va donc de soit que personne ne se plaint des caprices Divins du jour…

Ethan est confortablement installé sur le pont avant depuis le début de la matinée à admirer les reflets de la mer et à rêver d'aventure et de liberté se perdant totalement dans les limbes de son esprit au point même de confondre rêve et réalité c'est donc ainsi qu'un reflet dans la mer qu'il se dit imaginaire attire son attention à peine quelques secondes avant que le quasi silence ne soit brisé par un violent fracas en provenance de la poupe du navire ;
Tout le bateau est secoué comme s'il était victime d'un tremblement de terre dont l'épicentre se posterait à l'arrière de la coque, là où ce qui semble être une force invisible a déchiré le bois paralysant la Caravelle que l'eau salée commence déjà à emplir, reprenant son dut et entrainant tous les membres affolés de l'Arielle vers le fond…

Les minutes défilent à l'instar des hommes qui s'activent devant Ethan lui même s'étant recroquevillé dans un coin du pont où il est certain de ne pas gêner les marins affolés et désespérés ;

Les hommes jettent un maximum de choses à la mer pour ralentir le naufrage malheureusement la faille à l'arrière de la coque semble trop sévère et importante cependant, avec la force du désespoir, ils continuent à vider, jeter, prier tout en s'enfonçant dans la mer en un parfait mimétisme du soleil qui s'enfonce tous les soirs dans l'horizon… mais eux ne se relèveront pas, ils le savent et pourtant cette peur constante de la mort les empêche d'abandonner, de lâcher prise, d'accepter.

Le vent souffle de nouveau de façon raisonnable apportant avec lui d'épais nuages et une forte pluie qui ne fait qu'aggraver la situation déjà fortement compromise.

Ce n'est qu'un temps indéterminable plus tard qu'une vague d'espoir frappe les marins quand un imposant bateau apparaît à l'horizon et navigue en leur direction ;

Ethan reste sans voix devant la Frégate, ce légendaire bateau à la taille disproportionnée qu'il n'a jusque là vu que dans les vieux livres poussiéreux de la bibliothèque de son père mais ce qui lui coupe le souffle n'est pas la magnificence de l'embarcation mais le pavillon qu'il aperçoit déjà malgré la distance qui les sépare encore : un pavillon pirate portant un fond noir et en son centre la légendaire tête de mort dont il avait tant entendu parler mais qu'il rêvait secrètement comme tant d'autres de ne jamais rencontrer…

Les exclamations de joie et les cris d'espoir de l'équipage lui fendent le cœur alors qu'il s'avance vers son père qui est dans un état purement misérable. La voix du jeune homme n'est qu'un murmure lorsqu'elle s'élève à proximité de l'oreille de son père qui n'a pas abandonné ni sa position agenouillée, ni sa prière depuis l'attaque fantôme :

« Ce sont des pirates… »

Ses mots semblent avoir l'effet d'une bombe et le sourire qui s'était redessiné sur les lèvres du vieux marin disparait instantanément pour laisser place à une expression de pur effroi.

L'horreur lisible sur le visage de son vieux père ne lui fait pas au temps de peine qu'il l'aurait cru, il est quasi indifférent à la souffrance de cet homme qui n'a jamais cherché à le comprendre et qui maintenant ressemble à un enfant qui a perdu sa mère, son seul repère, son trésor… En fait son père ressemble tout simplement à un homme qui est partagé entre la mort et l'Enfer.

Les autres marins ne tardent pas à apercevoir le pavillon du bateau qui s'avance à vive allure vers leur position statique et une nouvelle vague de panique nait sur le pont dont certains décident par pure folie de sauter dans le vain espoir d'être à portée de nage d'une quelconque île en cette mer déserte qui les sauverait de ces dits barbares qui viennent d'atteindre leur position et s'apprêtent à sceller leur triste destin.


Et voilà le début d'une nouvelle histoire qui me tient tout particulièrement à cœur après tout j'ai depuis toujours rêvé d'écrire une histoire de pirates et j'espère que mes longues heures de recherches et de travail vont etre fructueux et que donc cette nouvelle fiction vous plaira...

Merci à tous ceux qui ont lu et à très bientot.

Elyah.

PS : cette histoire est pour moi bien plus difficile à écrire que LIYH de ce fait je posterai aussi sans doute moins régulièrement... désolée...