Bonjour à tous! J'ai changé de carrière et décidé que j'allais devenir auteure de romans Harlequins, ce dont je crois être capable et pour quoi j'ai un certain talent… Mon nom de plume sera Emma Verraud (pour les références, Emma est la protagoniste de Madame Bovary de Gustave Flaubert et Verraud est constitué de Ver- (pour Verlaine) et –baud (pour Rimbaud)). Voilà, il est minuit vingt-et-une minutes et j'ai mangé du sucre, ce qui ne peut rien donner de bon.

L'histoire suivante est la dernière que j'ai écrite, et j'espère qu'elle vous plaira plus qu'à moi (je suis difficile avec moi-même, je suppose). J'ai rougi en la relisant. Ceci est un SLASH, classé M, et ce n'est pas pour rien. Si vous n'aimez pas, ne lisez pas, c'est tout simple!

Bonne lecture à tous et à toutes! :D

pinote007 alias Emma Verraud

L'encrier posé sur le coin du bureau, je relis la lettre que je viens tout juste de terminer. Le destinataire de la lettre est présentement endormi sur une couche dans la petite chambre que je loue au deuxième étage de ma maison, six mois par année. Les autres six mois, ma sœur y loge, lorsqu'elle vient à Paris pour vendre ses créations : des corsets et des bas pour femmes, qu'elle vend au marché estival.

J'aime bien pouvoir offrir cette chambre à moindre coût pour des artistes que je crois talentueux. À quarante-cinq ans, ma fortune est assez grande pour que je puisse me permettre d'aider un artiste et vivre paisiblement au premier étage.

Cette année, par contre, c'est bien la première fois que je me laisse emporter à ma passion des arts. Le jeune destinataire de la lettre dont je vous faisait part plus tôt est arrivé ici il y a environ deux mois. Je dois avouer que je n'ai pu faire autrement que de l'héberger : il avait l'air si désemparé et un regard si curieux et avide d'apprendre que je lui ai laissé la chambre en échange de quelques poèmes.

La première quinzaine de mars (il était arrivé le 1er mars), nous nous sommes que très peu croisés : il restait enfermé dans sa chambre pour écrire. On pouvait entendre ses pas par le plafond du premier étage. Il semblait inquiet, il cogitait jusqu'à vingt heures par jour et ne mangeait que très peu. Un mode de vie assez malsain, je l'accorde.

Ce qui devait arriver arriva : il finit par craquer. Un soir, il ouvrit brusquement la porte de sa chambre et descendit l'escalier avec précipitation. Ses cheveux étaient de la laine d'acier dressée sur son crâne. Il me regarda avec des yeux effrayés, puis bondit littéralement à l'extérieur de la maison.

Une certaine inquiétude s'empara de moi : pourquoi quitter la maison si précipitamment? Et l'air sur son visage? Reviendrait-il? Allait-il retrouver quelque maîtresse dans un bordel?

Je fis donc ce que je fais à chaque fois qu'une émotion peu familière vient me trouver : je sors la bouteille de Brandy, m'en prends un verre, et je vais tailler ma barbe. Bien qu'étrange, cette habitude me fait un grand bien, m'apporte un calme quasi absolu. Et un peu de confiance.

Il finirait bien par revenir : ses vêtements et ses poèmes se trouvaient encore dans sa chambre et n'avait nulle part où aller. Je n'avais donc pas à m'inquiéter.

Quelques heures plus tard (il devait être passé onze heures d'après les bruits étranges qui me parvenaient de la rue), le poète revint. Ses cheveux, plus ébouriffés qu'à son départ, étaient aussi noirs que sa peau était blanche. Une odeur de bourbon arriva à mes narines, et cela me rappela l'odeur de Brandy que je devais moi-même dégager – j'en était terriblement imprégné.

Je me levai précipitamment du canapé sur lequel j'étais joyeusement avachi et vint à sa rencontre. Il paraissait sur le point de s'effondrer.

Son regard croisa le mien. Il lécha ses lèvres, ses prunelles toujours rivées aux miennes, la mâchoire crispée, une détermination brillant au fond de ses yeux. Avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, il s'écroula.

Il ne revint à lui que le lendemain soir, vers l'heure du souper, au moment où j'allais me préparer du thé pour mieux tenir à son chevet, ce que j'avais fait toute la journée.

Sa peau blême jurait avec ses lèvres presque cramoisies. Il me fixait de ses yeux noisette, les pupilles dilatées au maximum dans la pénombre de la chambre.

Je m'approchai de lui, lui demandant de quoi il avait besoin. Il me répondit qu'il ne désirait qu'un peu de compagnie pour la soirée. Ce qui me faisait plaisir de lui offrir.

Nous passèrent la soirée à discuter calmement en buvant du thé – nous avions tous deux abusé de l'alcool la veille. Il me posait des questions sur ma vie, pourquoi je ne m'étais pas encore marié (une homme de quarante-cinq ans en l'an de grâce 1870, c'est plutôt inhabituel), ce que j'aimais faire dans mes temps libres, etc. Je fis de même : pourquoi avait-il commencé à écrire, ses proches supportaient-ils son choix de carrière, etc.

Je descendais parfois au premier étage afin de faire bouillir de l'eau et préparer des linges afin de faire descendre la fièvre de mon locataire.

Au moment où je lui fis part de mon envie de dormir, c'est là que tout se chamboula. Ses yeux s'agrandirent, et se remplirent aussitôt d'une pellicule humide et brillante. Il me supplia de rester auprès de lui et me fit même une place auprès de lui dans son lit. Même si nos contemporains n'approuveraient certainement pas que deux hommes soient dans le même lit, j'acceptai son offre avec plaisir. Pendant toutes les heures passées où nous avions discuté, je m'étais sensiblement rapproché de ce jeune poète, intelligent et talentueux – sa beauté ne faisait aucun doute non plus.

Je me glissai dans sous ses draps, étirant mes jambes à côté des siennes. Mon manque de sommeil me frappa et Morphée m'enlaça de ses bras puissants.

Quelques heures plus tard, lorsque je me réveillai en sentant les rayons du soleil percuter mes paupières closes, je ne me rendis pas tout de suite compte que mon locataire s'accrochait à moi comme à une bouée de sauvetage. Ni que je l'enlaçais malgré moi.

En fait, je n'eus pas vraiment le temps de m'en rendre compte qu'il se réveillait et m'embrassait, tout d'abord avec douceur, puis passionnément, comme s'il avait peur que je me retire brutalement et que je le fuirais à tout jamais. Ce qui n'étant certainement pas le cas – mes allégeances étaient du même côté que les siennes, apparemment… Je ne voulais plus jamais séparer nos lèvres humides et rougissantes. Nos souffles chauds se mélangeaient et dégageaient une odeur musquée et délicieuse. Mes mains glissaient dans les cheveux courts de sa nuque, les siennes sur mon torse, mon cou et mon visage. Le point culminant de nos corps rassemblés : nos deux érections qui se rencontraient à travers nos pantalons de toile.

Je désirais que ça dure des heures, ne plus jamais me séparer de ses lèvres douces et chaudes, de son corps fiévreux – de passion, cette fois-ci – de son étreinte invitante.

Il finit par prendre l'initiative de toucher ailleurs que mon torse : il fit glisser ses mains dans mon dos, mes reins, mes fesses (ce qui me fit sursauter) et puis mes cuisses. Il me reluquait avec des yeux brillants, mi-clos, frottait son nez contre le mien. Nos bouches se dévorèrent ensuite, mêlant ma salive à la sienne, nos mains essayant de découvrir les secrets les plus profonds du corps de l'autre.

J'ai retiré ses vêtements, un à un, respirant sans arrêt son odeur, celles de toutes les partie de son corps nu : une odeur musquée, délicate et agréable qui emplissaient mes narines de bonheur! Je pouvais sentir son regard inquiet, incertain, sur moi tandis que je me délectais de la vue de son corps magnifique. Ce regard disparut et fit place à du désir lorsque je me suis mis à embrasser chacune des parcelle de peau à ma disposition : son torse lisse et pâle, ses mamelons roses tendus, ses hanches blanches au centre desquelles se dressait un phallus, entouré de poils roux dans lesquels mes doigts se perdaient, caressant son membre. Je pouvais sentir les pulsations de son cœur dans le creux de ma main et la chaleur de sa peau contre ma joue, car il tenait ma tête contre son torse en me tenant par les cheveux.

Soudainement, il me pris par les poignets, me retourna sur le dos afin de monter sur moi, une jambe de chaque côté de mon corps et entreprit de me départir de mes vêtements. Il détacha les boutons de ma chemise, puis dénoua ma cravate lavallière et glissa ses mains sur ma poitrine et mon ventre, recouverts de poils bruns, je vous l'accorde. Il ne cessait de glisser ses prunelles sur mon corps. Après m'être brutalement départi de ma chemise, je le laissai enlever mes pantalons de toile noirs et mes chaussettes assorties. Seuls mes caleçons nous séparaient de l'intimité la plus totale.

Je les enlevai.

Maintenant que nous étions nus et que le soleil était levé, la luminosité de la pièce était plus élevée, et cela nous gênait tous les deux. Je ne peux me souvenir qui en a pris l'initiative, mais un baiser nous fit oublier la gêne. Je dévorais ses lèvres, et c'est ainsi que nos deux membres en érection se rencontrèrent pour la première fois. Il se coucha de tout son long pour moi, sa jambe droite prenant appui sur le lit près de ma cuisse gauche.

Pendant plusieurs minutes, nous nous embrassâmes goulument, passionnément. Nous roulâmes l'un sur l'autre, enchevêtrés comme le coudrier et le chèvrefeuille. Une mince couche de sueur recouvrait nos deux corps comme un étui brillant à l'éclat des rayons de soleil qui pénétraient dans la chambre à travers les rideaux.

Lorsque je me trouvais au-dessus de lui, je léchais avec délectation chaque parcelle de peau blanche qui s'offrait à moi. Je ne pus m'empêcher de descendre sous son torse, où cette vue magnifique s'offrait à moi : un phallus bien dressé, prêt à délivrer sa semence. J'embrassai donc le bout de son gland – il respira plus bruyamment qu'auparavant – puis léchai de haut en bas son pénis, l'enduisant de salive.

Ayant eu deux amants, quelques années plus tôt, j'avais déjà vécu l'expérience que nous étions sur le point de partager dans les minutes suivantes. Je décidai donc de prendre la position la plus douloureuse – disons-le franchement – et de me faire pénétrer.

Donc, après avoir lubrifié son membre, j'enjambai son corps et il me pénétra de toute la longueur de son phallus.

Son visage traduisait à la fois le soulagement de voir ses désirs se réaliser et l'inquiétude face à la douleur que je manifestais (je n'avais pas pu m'empêcher de gémir lorsque mon intimité fut envahie). Cette inquiétude s'envola rapidement lorsque, après m'être habitué à sa présence en moi, je fis bouger mon bassin de haut en bas, et nous gémissâmes ensemble de plaisir.

Son visage devenait rouge sous mes yeux, et c'était la chose la plus belle que j'avais vu de ma vie. Ses joues reprenaient la couleur qu'elles arboraient quelques heures plus tôt, mais à cause d'une fièvre beaucoup plus agréable. Ses yeux mi-clos semblaient bouffis tant ils étaient incapables de rester ouverts sous le plaisir qu'il ressentait à se mouvoir en moi. Il laissait ses mains sur mon torse, n'osant pas les bouger.

Je me penchais souvent sur lui pour l'embrasser, laissant quelques secondes ma bouche entrouverte contre la sienne, qui laissait parfois échapper quelques ahanements de plaisir. Son assurance grandissait avec chaque seconde qui s'écoulait. Il en vint même à me repousser : il souleva mes hanches, sortit de mon antre et échangea sa place contre la mienne.

Ses prunelles noisette, incertaines, fixaient les miennes comme s'il pouvait y voir mes désirs. Il se remit à embrasser, frôler, toucher, mordiller chacune des parties de moi qu'il pouvait atteindre. Ses doigts et ses lèvres s'aventuraient dans des endroits méconnus et se laissaient aller dans des danses érotiques et amoureuses avec sa langue, rose et humide.

Je me cambrais de plaisir lorsqu'il atteignait des endroits plus sensibles à certains contacts, dont ceux dont il me gratifiait. Il semblait vouloir autant que moi que ce moment s'éternise : des paroles l'auraient brisé, ce moment magique que nous partagions ensemble. Aucun de nous ne se souciait de ce qui pouvait arriver si des passants nous entendaient, dans la rue en bas.

Je me suis soudainement mis à douter : me trouvait-il trop vieux? Avait-il honte de ce que nous faisions? J'espérais que non, puisqu'il ne m'était jamais arrivé de tels attouchements avec mes amants précédents, qui ne se servaient de moi que pour leur propre jouissance, sans même se soucier de la mienne.

Les gestes de ce jeune poète, au contraire, étaient doux, gracieux, amoureux – je l'espérait tant! – comme je l'avais toujours souhaité.

Comme s'il devinait mes questionnements et doutes internes, il cessa son expérience sensorielle et, sans ciller, vint me donner un baiser comme je n'avais jamais connu : sucré, doux, humide, passionné, tumultueux. Ses mains, tenant mon visage comme un bol de café au lait, caressaient ma peau brûlante.

Ses lèvres contre les miennes laissèrent alors échapper une phrase terrible, je t'aime.

Jamais de tels mots ne m'avaient été adressés, malgré toutes mes attentes et sacrifices, par mes amants.

Nos jambes entremêlées, nos torses collés, mes mains sur ses hanches, les siennes sur mon visage; nous nous firent l'amour encore et encore, dans la chambre de plus en plus éclairée.

Quelques heures plus tard, lorsque je me réveillai, je pouvais toujours sentir son corps contre le mien, la preuve de nos unions étalée sur nos corps et sur les draps. Je ne les ferais pas disparaître, même si j'en avais le pouvoir : elles prouvaient que je n'avais pas rêvé cette journée, tout comme la douleur qui me tiraillait entre les fesses. Cette douleur semblait pourtant douce face à celles que j'avais connu quelques années plus tôt. Elle n'en était que plus sincère.

Je pouvais sentir son odeur partout où mon nez osait respirer (à pleins poumons tellement c'était délicieux).

Pour réveiller mon jeune poète, je décidai d'embrasser sa tête, de lui chuchoter des mots doux, de chatouiller ses flancs et son dos du bout des doigts. Il s'éveilla lentement, avec un minuscule sourire, tout attendrissant, me repoussant de ses paumes comme un chaton l'aurait fait.

De toutes les fois où je m'étais retrouvé ainsi collé contre le corps d'un homme, je dois avouer que je c'était la première fois que je me sentais aussi jeune!

Il devait être plus de dix-sept heures, maintenant, et je me décidai de me lever pour nous préparer de la baguette et des fromages. Il parut si désemparé quand je me levai, une couverture autour de la taille, qu'il rajeunît d'au moins cinq ans d'un coup – lui qui était déjà si jeune, tout au plus dix-huit ans…

Un baiser tendre sur ses lèvres chaudes sembla le rassurer.

Après avoir déposé notre repas sur la table basse du salon, je montai le chercher au deuxième étage : j'entrai dans la chambre et, en l'apercevant, toujours aussi nu, beau et jeune, je le soulevai, un bras sous ses genoux et l'autre dans son dos, et je descendis le déposer sur le canapé du salon. L'entreprise se fit bien entendu dans les éclats de rire et les protestations.

Nous nous assirent ensemble, lui lové dans le creux de mon cou, mon bras sur ses épaules.

Notre sérieux ne revint que lorsque nous eurent rassasié nos estomacs vides. Il me fit part de la raison pour laquelle il était parti précipitamment la veille (ou bien il y a une éternité de cela) : depuis quelques jours déjà, il essayait d'écrire quelques poèmes pour compléter un recueil de poèmes et enfin le publier. Il était incapable de produire ne serait-ce qu'une seule ligne : ses pensées étaient accaparées par l'obsession de la personne qui faisait battre son cœur plus vite qu'à l'ordinaire. (Mon cœur fit alors un bond dans ma poitrine, car j'éprouvais le même symptôme à sa simple vue.) Il continua son récit en m'expliquant qu'il avait pris peur. Il ne savait si j'allais l'aimer en retour, ou bien si j'allais lui retirer le logement, et il avait peur de perdre également sa dignité dans le processus. Il a donc décidé d'aller prendre un verre afin de se changer les idées. En me voyant, après avoir descendu les escaliers, il comprit qu'il était incapable de cacher ses sentiments à mon égard, mais ne se sentait pas prêt à aborder le sujet. Il avait donc pris la fuite.

(Il m'a également avoué qu'il ne se souvenait pas de son retour du pub, ni de comment il s'était rendu dans sa chambre.)

C'est lorsqu'il a remarqué que j'avais veillé sur lui une partie de la nuit qu'un espoir est ressuscité dans son esprit. Quand j'ai montré une certaine fatigue, il a donc pris l'initiative de partager son lit. Son inconscient a pris le relais : il m'a agrippé dans son sommeil.

Cette histoire me toucha profondément, car j'avais enfin trouvé un amant à la hauteur de mes espérances, qui m'aimait sincèrement et que j'aimais en retour.

Si quelqu'un, après avoir lu ce récit, se demande pourquoi je l'ai rédigé, sachez tout simplement que je ferai tout en mon pouvoir pour aider mon poète, et que je ne laisserai rien nous séparer.

FIN

Voilà. Les commentaires constructifs sont très appréciés! :)