Résumé : Il était une fois une nuit de pleine lune à New York City.
Genre : Puzzle dramatique, avec quelques pièces de thriller et un coin de romance

Notes : Possibles approximations géographiques et médicales.

A la base, cette histoire est une Real Person Story, sur les Fun Lovin' Criminals. Mais il n'est pas nécessaires de connaître les membres du groupe et leur musique pour lire et comprendre cette histoire. J'aurais pu changer les noms, je ne l'ai pas fait parce que ce sont eux, et leur musique, qui m'ont inspirée :p


PUZZLE


Collins

C'était de la bombe. De la putain de bombe. Avec ça, ils allaient tout faire péter.

Un ricanement machiavélique s'échappa de sa gorge.

Il se retourna et constata que le plus grand terroriste de la planète dormait toujours. Ayant enchaîné deux nuits blanches de suite, pas étonnant que la musique, diffusée par tous les hauts parleurs, le berce plus qu'autre chose.

Sa putain de musique.

Lui et son groupe, c'était des vrais tueurs. Il les aimait à la folie. Pas comme une femme aime un homme, mais comme une groupie idolâtre son chanteur préféré.

Le dernier morceau enregistré ce soir était à présent mixé. Les petits défauts avaient été gommés, le reste attendrait demain.

Il fallait qu'il le réveille. Le canapé du studio était vachement confortable, mais rien ne remplaçait un bon lit, une bonne nuit de sommeil, et un bon petit-dèj.

Il éteignit tout, musique et lumière, et récupéra ses affaires, ainsi que les clés du studio. Puis il se pencha au-dessus de Huey et posa une main sur son épaule.

Ce dernier s'était effondré après sa dernière session au micro, quand la discussion engagée avec ses deux musiciens, et amis, s'était finalement tarie. Ils avaient bu un coup, réécouté quelques morceaux, et quelque part entre tous ses événements, il avait fermé les yeux pour ne plus les rouvrir.

Fast avait déconné avant de mettre les voiles, en l'embrassant sur le front comme si c'était son gosse. Frank avait pris des photos, et puis il était parti lui aussi. Le leader du groupe était entre de bonnes mains, après tout.

"Huey, on ferme boutique. Réveille-toi."

Peut-être qu'ils étaient partis avant d'avoir à le réveiller, cela dit... Huey était un ours, au réveil. Il en avait la carrure, en plus du côté grognon et pataud. Et à cette heure-ci, pas question de lui proposer un café pour le rendre à nouveau humain.

"Je te ramène chez toi ?

_Quelle heure il est ?"

Collins lui apprit qu'il était près d'une heure du matin. Il se redressa et attendit qu'il émerge. Huey se frotta le visage, puis jeta un regard autour de lui. Tout le monde était parti, la journée terminée.

Il prit une profonde respiration et se leva. Tous les deux prirent la direction de la sortie sans un mot. Une fois sur le trottoir, Huey sortit son paquet de clopes et s'en alluma une, tandis que Collins fermait la porte à double-tour.

"On se voit demain ? lança-t-il ensuite. Enfin tout à l'heure !"

C'était une question sans en être une. Bien sûr qu'ils se reverraient dans quelques heures. Ils avaient une putain de tuerie d'album à enregistrer !


Huey

Il fit un signe à Collins, refusant une nouvelle fois qu'il le ramène chez lui.

"C'est bon, je crèche à deux rues, tu veux pas me tenir par la main, aussi ?"

Collins se marra et répondit à son signe. Ils se séparèrent ainsi, chacun de leur côté, sur ce trottoir désert.

Huey expira la fumée de sa cigarette, fichée entre ses lèvres, et renfila sa chemise dans son pantalon. Vautré sur le canapé, il avait glissé dans le sommeil jusqu'à s'en débrailler. La fraîcheur de la nuit venait de le rappeler à l'ordre. Il avait besoin de dormir, et de ne surtout pas s'enrhumer. Il avait besoin de sa voix, c'était son outil de travail. Quoique son gagne-pain était déjà un peu éraillé par des années d'excès, alcool et clopes, mais il n'était pas nécessaire qu'il le soit davantage.

À peine sorti de son petit somme d'une heure, il se mit en marche en direction de son appartement, espérant reprendre son rêve là où il l'avait laissé. Il n'était pas dans son habitude de se faire trop d'illusion, mais celle-ci, il y tenait.
Il tira une longue bouffée de nicotine et reprit son mégot du bout des doigts. Tout se passait comme sur des roulettes. Dans quelques jours, leur nouvel album serait enregistré. Dans quelques semaines, il serait dans les bacs. Et dans deux mois, lui, Fast et Frank seraient sur les routes.
Enfin.
Longeant les murs de ce trottoir tout juste éclairé par les lampadaires, il calcula que dans moins de quinze minutes, il serait dans son lit, délesté seulement de ses chaussures. À presque quarante balais, une nuit blanche, passait encore, mais deux...


Waverly

Ses mains tremblaient. Il marchait vite, à petits pas, sans savoir où il allait. Il ne pouvait pas y aller sans argent. Il ne pouvait pas y aller, et le braquer. Sinon il était mort. Il était mort, de toute façon. Quelle vie de merde. D'un côté comme de l'autre, quoi qu'il fasse, il ne faisait plus que des mauvais choix. Mais fallait bien en faire un, de temps en temps.

Il leva la tête et aperçut... son prochain mauvais choix. À l'intérieur de la poche de son survêtement, sa main serra la crosse de son arme. Ça le rassurait toujours quand il croisait une menace potentielle. Tout le monde était une menace. Il en était même une pour lui-même.

"Hey, mec, t'as du fric ?"

Putain, les mots étaient sortis de sa bouche avant qu'il les pense dans sa tête. Il était grave, quand même.

Le type, un quarantenaire à l'air endormi, se tâta à la recherche de son fric, probablement, et se retourna.

"Merde, j'ai tout laissé au studio. Mes clés, bordel...

_Y'a du fric, au studio ?

_Qu'est-ce que tu me fais chier ? J'ai pas les clés, ni des studios ni de mon appart'..."

Il s'éloignait déjà.

Mais Waverly ne voulait pas le laisser filer. Il le suivit à grands pas, et sortit son arme de sa poche.

"File-moi ta montre.

_Il est une heure du mat'... putain, range-ça avant de blesser quelqu'un.

_File-moi ta montre.

_Elle vaut rien, c'est du toc.

_ME FORCE PAS A ME RÉPÉTER !!"

Il le poussa et le plaqua contre le mur, le canon de l'arme appuyé sur son front. Il le vit alors lever son poignet, et en détacher sa montre rapidement. Il l'avait énervé. C'était pas comme ça que les gens réagissaient avec le canon d'une arme planté entre les deux yeux, d'habitude.

La montre atterrit un peu plus loin sur le sol.

"Connard", lui dit-il, ne sachant pas quoi faire.

S'il la ramassait là tout de suite, il pouvait s'attendre à un coup de pute. S'il le laissait filer comme ça, il pouvait s'attendre à d'autres choses, encore. Pas moyen de savoir. Le meilleur moyen, c'était encore d'y aller franco. Et puis de lui faire payer sa petite rebellion de merde.

Il se recula et tira. Une fois, deux fois, trois fois.

Et puis il entendit un cri, au loin.

Sans réfléchir davantage (c'était vraiment pas son truc), il ramassa la montre en toc et se barra en courant, aussi vite qu'il le put.

à suivre...