Note de l'auteur: petite nouvelle humoristique, écrite il y a un an. Toute ressemblance avec des personnes réelles est fortuite.


Histoire de quarante barres

Il était en train de regarder un reportage très intéressant sur la manière dont l'eau s'écoulait dans le lavabo, assis dans son lit aux multiples couvertures, couettes, draps – pour être sûr de ne pas avoir froid –, sans parler du reste. Le documentaire en question mettait en analogie ce phénomène à celui du cyclone. Juste avant, il s'était concentré sur une émission parlant de fantômes en tout genre. Pour se distraire un peu plus devant ces morceaux très passionnants de vie, il chercha ce qui pourrait compléter tout cela. Une idée germa dans sa tête : et s'il allait entamer un paquet de carambars offerts par une amie, il y a déjà trois mois ?

Entre nous, c'était déjà miraculeux s'il se souvenait qu'il avait de tels bonbons dans son placard !

Posant l'ordinateur sur le fauteuil à côté de lui, il se leva d'un trait et dévala les marches pour aller chercher l'objet tant rêvé de sa convoitise. Sans même allumer sa cuisine, il se dirigea vers le meuble où il stockait les gâteaux et les bonbons, faillit se cogner le genou dans la table tout près de lui puis, après maints tâtonnements, réussit à trouver le paquet. Une chaise vint percuter son tibia; il poussa un juron et l'envoya valser. Puis il remonta dans sa chambre, la jambe un peu douloureuse de cet assaut inattendu.

Il se réinstalla confortablement dans son lit douillet, en ayant pris soin d'éteindre toutes les lumières. Cette atmosphère s'accordait tellement bien avec l'émission sur les fantômes dont on a précédemment parlé. Pour un peu, on entendrait les esprits s'agiter…

Il reprit l'ordinateur sur ses genoux, remit en marche la vidéo, s'empressa d'ouvrir le paquet. Déjà, ce ne fut pas chose facile. Il était quasiment dans le noir, et de plus le papier semblait résister à ses assauts. Il tira tellement fort – ils mettent de la glu pour emballer leurs aliments maintenant, ils ont tellement peur qu'on les vole ! – que l'emballage finit par céder, mais il se retrouva couvert de carambars au caramel.

— Mais c'est pas vrai… Bordel de m* de s* de bip à la con !

Il jura ainsi pendant cinq bonnes minutes, avant de poser de nouveau l'ordinateur sur son fauteuil et de se mettre à chercher/ramasser tous les bonbons éparpillés par terre, sur le lit, sur le clavier, etc. Un homme niais pendant ce temps-là continuait son langage monotone, parlant d'ondes paranormales et de machines pour les détecter, pendant que – dans le noir ! – il continuait son ménage.

BOUM !

— Aie… Rhaaaaaa et m*…

Il s'était tapé la tête contre la commode pour pouvoir chopper le dernier carambar fugitif.

Il se releva, prit un bol qui se trouvait sur le bord de la fenêtre – ne me demandez pas le pourquoi de sa présence – et mit les bonbons dedans. Toujours dans le noir, Il se réinstalla et posa le bol à côté de lui. Il jeta un coup d'œil sur une photo de l'émission montrant une sorte de drap flottant dans le vide, puis il piocha d'un air inspiré dans le bol. Au moment de l'ouvrir, il fronça les sourcils et le regarda. Il s'exclama :

— Quoi ? Ils sont tous petits ! Elle s'est payé ma tête ou quoi ?

D'un air dépité, il le fixa encore quelques secondes, avant de marmonner de nouveau :

— Bon, on va faire avec, mais je vais me plaindre pour arnaque, pfffff…

De ses ongles inexistants, il commença à enlever le papier… qui restait bien sagement enlacé à la sucrerie caramélisée. Il força un peu plus; un morceau lui vint dans les mains. Un minuscule morceau… de papier.

— Mais c'est pas possible…

Il persévéra dans sa démarche, mais le bonbon ne voulait toujours pas montrer son visage. Alors il décida d'essayer avec les dents. Tout en s'attaquant au malheureux emballage junior, il ronchonna :

— Ché pratique tiens, très bon le papier…

Cette fois, un morceau de carambar finit par se loger entre ses dents, mais il était toujours rattaché à son autre moitié par une magnifique torsade.

— Mais… Ché pas vrai ché quoi ché bonbons !

Il tira de toutes ses forces; l'ordinateur bougeait sur ses genoux et menaçait de valser par terre. Cela ne semblait pas déranger les scientifiques qui semblaient parler aux murs d'une maison bien lugubre. Il finit par arriver à vaincre le carambar récalcitrant, qui collait bien aux dents de son adversaire. Cette fois, c'étaient les bouts de papier qui se retrouvaient disséminés un peu partout dans le lit.

— Pfff che vé pas rechercher un bol tant pis… Rhaaa puis ché faim…

Pour ce faire, il en reprit un autre… qui lui causa le même cirque. Et encore un autre… Au final, il avait mangé plus de papier que de bonbons, il était très énervé. Et le reportage qui n'en finissait pas…

— Pfffff ch'est pas fini che machin ? Ooooh chtop !

Il arrêta la vidéo et en cliqua sur une autre au hasard. Il tomba sur un documentaire dont le sujet l'inspira.

— Aaaah, enfin quelque choche qui me plaît…

En fait, il s'agissait d'une émission sur la musique qui passait en revue les dernières nouveautés du moment. Il termina d'avaler son énième carambar entouré de papier, il avait réussi à le manger entièrement sans que ce dernier ne s'empale sur ses dents. Il cliqua sur « play »: à ce moment-là, une musique techno se fit entendre dans la pièce et on vit en arrière-plan une piscine et une nana, avec un chien…

— Oh non…

Il regarda son bol de carambars, d'un air dépité. Il avait toujours aussi faim et il avait consommé la moitié du paquet… La musique techno continuait joyeusement son vacarme. Ça finit par l'énerver; il ferma l'ordinateur et s'empara du bol. Les morceaux de papier qui avaient échappé au carnage tombèrent de son pyjama blanc – sans nounours… – et il ne prit pas la peine de nettoyer.

— Bon... je vais voir ce qu'il y a ce soir à la télé...

Il descendit les marches, toujours avec son précieux bol de carambars, et il se dirigea vers le salon, faiblement éclairé par des petites lampes sur les murs. Il avait oublié d'éteindre tout à l'heure. Il s'installa devant la télé, en ayant pris soin de prendre la télécommande. Avant de l'allumer, il se bagarra de nouveau avec un carambar. Cette fois, le papier était mélangé au caramel, il allait être obligé de sucer le papier pour pouvoir le manger… Il n'émit aucun commentaire. Il mit la télé en marche. En mastiquant/suçotant son bonbon, il faillit s'étrangler quand il vit le sujet de l'écran en couleurs :

— Oh non…

C'était l'émission « combien ça coûte »; le thème portait sur les carambars…