Bienvenue à bord du TGV Polichinelle en direction des Toits de Paris. Cette histoire desservira Camille Laurier, Joël Ajacier, Michaël, les Espions et bien d'autres tout nouveaux personnages. Sortez vos codes Dalloz et vos billets de train, cette fois, on ne rigole plus (enfin, quand même un peu hein). Dans quelques instants, nos agents iront à votre rencontre pour contrôler votre titre de transport. Nous vous remercions d'avoir choisi la p'tite Clo et nous vous souhaitons de passer un agréable voyage.

Attention à la fermeture automatique des portes, attention au départ !

Camille Laurier s'est toujours sue unique, terriblement douée, et incroyablement exceptionnelle. D'accord, il lui arrive de boucher le siphon de la douche avec ses cheveux, ce qui a tendance à faire crier Joël Ajacier, mais tout de même, y'en a pas deux comme elle, et elle le sait.

Et c'est une jeune femme tout ce qu'il y a de plus rangée. Un bon CV, un bon mec, un bon appartement, et un bon chien (Douceur, qui se fait vieille, mais toujours fidèle au poste). Une bonne vie. Rien qui pourrait lui faire prendre la fuite en tout cas.

Alors pourquoi, bon sang, Camille Laurier a-t-elle décidé de disparaître tout à coup alors que tout allait si bien ?

Joël Ajacier ne l'explique pas.

Tout comme le 36 quai des Orfèvres, qui n'explique pas cette affaire étrange et sanguinaire lugubrement renommée "Les Toits de Paris"...


POLICHINELLE

Deuxième partie : Les Toits de Paris


Prologue


Clac ! Les commerçants empilèrent les dernières caisses en bois sur le côté de leur boutique et arrangèrent deux ou trois poireaux sur les étalages. Il n'était pas huit heures du matin que le marché était déjà opérationnel et que les Parisiens se bousculaient dans l'allée à l'affût de quelques emplettes.

Baguettes sortant du four, poissons frais, fromages et viandes à gogo, poulets en train de rôtir, fruits et légumes du verger… On ne savait plus où se donner de la tête. Les odeurs alléchantes chatouillaient les narines des piétons et relevaient du supplice. Comment ne pas céder à la tentation ? Plus les minutes passaient, plus la rue Mouffetard se peuplait de vieux et moins vieux armés d'un panier ou d'un chariot à courses.

– Y sont beaux mes poissons ! lança à tout-va un commerçant dans l'espoir d'attirer la clientèle. R'gardez comme y sont beaux et frais mes poissons, ma bonne p'tite dame ! Allez, on n'hésite pu ! Dix euros le kilo !

Dans les cafés, certains profitaient de la douceur du mois de juin pour boire leur petit café et lire Le Monde, le Parisien ou Métro sur les terrasses aménagées. Chacun trouvait son compte, à la rue Mouffetard. Même les musiciens de jazz manouche au coin de la rue qui égayaient la matinée des passants et récoltaient par la même occasion quelques pièces de monnaie.

Un homme, étranger à ce rituel quotidien, se faufilait dans la foule. Ses cheveux blonds plaqués à l'arrière de son crâne, sa peau blanche et ses yeux bleus glacés étaient les seules touches de couleur qui le composaient. Habillé en costume noir, il frôlait et bousculait bien des personnes, mais aucun ne semblait le remarquer. Les Parisiens, le matin, avaient autre chose à penser.

Deux mamies lui barrèrent la route et marchèrent au passage sur ses souliers cirés pour rejoindre un filet de pommes de terre sur l'étalage le plus proche. Il grimaça en sentant ses pieds écrabouillés avec si peu de manières. Contrarié, il se maudit de ne pas avoir emprunté les toits de Paris pour se rendre jusqu'à sa destination. Le chemin aurait été certainement moins encombré.

Une dame armée d'une dangereuse poussette (et d'un gamin aux cordes vocales redoutables) le bouscula sans ménagement et il lui jeta un regard assassin. Elle l'ignora et ne s'excusa même pas, ce qui eut le don de le rendre davantage de mauvaise humeur.

Si tu savais, connasse, si tu savais seulement qui je suis… Tu tremblerais de peur…

Mais bref. Il n'était pas là pour apprendre la politesse à une vulgaire femme du peuple. Reprenons notre sang-froid, concentrons-nous sur les numéros des immeubles, et repartons à la recherche de cette femme qui a causé notre perte. Cette traîtresse, cette mante religieuse, cette veuve noire, cette… cette fille géniale, incroyable et extraordinaire.

Au fur et à mesure qu'il remontait la rue Mouffetard, il pensait à elle et le minois de la mystérieuse adolescente qu'il avait pris son aile à l'époque lui revenait parfaitement en mémoire. Une adolescente ? Mais non ! Elle avait grandi depuis ces cinq dernières années où il avait été séparé d'elle. Elle devait être un sacré bout de femme maintenant !

Cinq ans…

Cinq ans à se faire oublier. De la presse. De l'État. Des forces de l'ordre.

Cinq ans à se faire oublier. Pendant qu'elle s'épanouissait.

L'heure était enfin venue de quitter l'ombre, de reprendre les affaires. De la retrouver. Il s'arrêta devant le numéro d'une porte qu'il reconnut. C'était l'entrée d'un immeuble pas chic, mais pas pourri non plus. Juste coincé entre deux commerces. Personne ne regardait par les fenêtres : parfait. Il voulait vérifier par lui-même, en toute discrétion, les paroles que ses hommes lui avaient rapportées la veille.

Son regard froid parcourut les sonnettes de l'interphone, vissé à côté de la lourde porte en vieux bois. Une étiquette de travers attira son attention et un léger sourire éclaira son visage pâle. Il les avait retrouvés. Ils habitaient ici. Lui. Elle.

AJACIER – LAURIER


« Le droit et la loi, telles sont les deux forces : de leur accord naît l'ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes. »

Victor Hugo


Allez, je sais bien que c'est court... Mais un deuxième prologue - oui parce que je ne fais jamais rien comme les autres - arrive bientôt avant de vous laisser dans le flou le plus total jusqu'à l'apparition du Gros Premier Chapitre. Et non, le coup du TGV, en guise d'introduction, c'est pas une blague, c'est vraiment vrai, vous comprendrez au troisième chapitre. Outch, c'est loin tout ça... ;)

J'espère vous mener tous jusqu'au terminus de ce train. On y croit !

Bien des bisous mes bichons,

Clo