PASSION


Vérone, ville des amours impossibles. Parmi les ombres des bâtisses dansaient les amoureux. Rêveries éphémères, utopies doucement amères et autres amourettes bravant les ères, se laissaient emportés par la romance d'autrefois. En chaque femme grandissait l'adoration de Juliette, en chaque homme vivait la dévotion de Roméo. Et c'est au milieu de toutes ces.... Tiens?! Quels sont ces éclats de voix qui me parviennent? Cette chère Vérone, berceau de Vénus et d'Aphrodite, accueillerait-elle en son sein une nouvelle tragédie née des cœurs et des quiproquos? Venez chers amis, allons observer le drame qui se joue au coin de cette sombre rue.

Voyez-vous ce jeune couple? Non, ne vous approchez pas! Vous pourriez les effrayer... Installez-vous confortablement et observez, ce n'est pas tous les jours que ce genre de spectacle s'offre aux visiteurs. Entendez donc cette jeune femme qui s'indigne:

"_Monsieur, vous êtes un cochon, un grossier personnage!

_Et vous une pécore et une hypocrite! Avouez donc pourquoi vous m'aimez!

_Moi, je vous aime?!

_Parfaitement!

_Vous vous trompez! Je vous déteste!

_Ah? Et que haïssez-vous chez moi?

_Tout!

_Mais encore?

_Ce torse finement ciselé, cette peau douce et alléchante! Et ces bras, juste assez musclé pour me retenir... Cette gentille mesquinerie et cette horrible affection qui suintent de vos pores. Puis ces lèvres roses et charnues qui m'enchainent de leurs baisers incandescents. Et aussi ces longues jambes sur lesquelles vous campez devant le septième ciel, m'empêchant de m'en enfuir! De vos regards coquins à vos caresses obscènes, en passant par vos paroles réconfortantes et vos souffles d'amour inaudibles. Tout! Je déteste tout chez vous!

_... Pourquoi?

_Car j'en suis follement amoureuse...

_Mais, à l'instant vous disiez... Alors, vous m'aimez réellement?

_Oui, a vous en tuer!!!

_Comment?!

_Je grefferai vôtre main gauche sur mon cœur et vôtre main droite sur mes hanches. Puis j'arracherai vos muscles et vos ligaments et m'en tisserai un manteau, afin que toujours vous me protégiez! Quant à vôtre bouche, je la dévorerai d'un désir nouveau chaque jour. Je vous ferai souffrir de mes doutes et agoniserai vos entrailles de mes peurs. Je prendrai vos os, de gré ou de force, et les fixerai à la place des miens, ainsi, à jamais, vous me soutiendrez en silence! J'extirperai vos nerfs et vos veines que je tresserai en des parures qui, tous les matins, sublimeront mon teint. Je vous dépulperai, embrasserai vos yeux et déchiquèterai vôtre conscience en un million d'étoiles qui, parsemées dans la nuit, veilleront sur moi. Puis, finalement, je remplacerai mon sang par le vôtre pour toujours vous avoir en moi!

_Et... Et, mon cœur?

_Vôtre Cœur?! Vôtre cœur, mon bon monsieur, je le laisserai là où il est! En rêvant que, peut-être, il bat encore..."

Regardez, chers amis, cette "Juliette" qui fuit son soupirant, les larmes inondant ses joues rougies! Regardez ce "Roméo" qui, pétrifié par la force des sentiments de sa dulcinée, hésite à se lancer à sa poursuite! Ouvrez grand vos yeux devant cette comédie quotidienne de nos ruelles cyniques! Car si les illusions demeurent, jamais en cette ville les amours véritables n'ont aboutit. Contemplez! Ceci est la magie de Vérone!

FIN


Plew: Ah, ce que j'aime ce texte... A la base je l'ai écrit juste pour pourvoir placer la dernière phrase du dialogue (elle me tourmentait depuis une semaine), et maintenant.... bah, de tous mes écrits il est loin d'être le meilleur, mais c'est mon préféré. Et vous? Qu'elles sont vos impressions ?