Toi qui m'as survécu


"_Fille, toi qui ne vois plus, que contemples-tu du bord de cette falaise?

_L'océan qui embrasse les nuages, rêvant doucement de voler auprès d'eux.

_Fille, toi qui n'entends plus, qu'écoutes-tu du haut de ces rochers?

_Les mouettes qui rient en pleurs leur amour à la mer.

_Fille, toi qui ne sens plus, qu'humes-tu au-dessus de ce précipice?

_Le parfum d'une algue qui, au milieu de ses congénères, s'est faite oublier.

_Fille, toi qui ne touches plus, que caresses-tu devant l'immensité?

_Les paroles d'une berceuse que tu m'as autrefois chantée.

_Fille, toi qui ne goûtes plus, que dégustes-tu sous ce soleil coquin?

_La liberté que seul le néant saurait offrir.

_Fille, toi qui ne vis plus, que deviens-tu ainsi prisonnière de la terre?

_Un souvenir qui lentement s'estompera de ta mémoire.

Et toi, Mère, toi qui m'as survécu, que fais-tu ici à me questionner?

_Je me demandais comment continuer mon chemin.

_Tu n'as pas besoin de savoir comment, fais-le et tout ira bien.

_Alors c'est un adieu...

_Bonne route, Mère."

La femme enterra au pied d'une croix les cendres qu'elle avait fait naître. Puis, sans une larme, sans un regard en arrière, elle partit.