Disclamer : tous les personnages sont à moi, toutes ressemblances avec des personnages ayant existés seraient fortuites.

Genre : Tranche de vie.

Défi : Ecrit dans le cadre du "Logorallye" proposé par le forum : le coin des plumes frénétiques


Cannelle


Parfois, il se demandait où ses parents avaient trouvé l'idée de l'appeler de cette façon. Kamel, on dirait une marque de cigarettes, lui qui a horreur de cette odeur, de cette saloperie, cette drogue.

En plus ses copains s'amusaient à l'appeler Cannelle pour l'ennuyer et le faire mousser.

Il était né à l'équinoxe du printemps, il y a de ça maintenant dix-sept ans.

Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, qu'il fasse grand soleil, il aurait presque pu dire par mont et par vaux. Tous les matins pour se rendre à l'école, il part invariablement avec son pull rouge et son jean bleu clair. Parfois les autres élèves le regardent passer en plissant du nez, comme s'il ne changeait jamais de vêtements. Il les entendait médire derrière lui.

Il avait trouvé un ensemble qui lui plaisait, ce n'était pas pour en changer constamment, son meilleur ami était gothique, il n'avait pas droit à des critiques, ni des regards réprobateurs, alors qu'il était habillé de noir constamment lui.

Un jour, en rentrant de l'école, sa mère lui fait ôter son pull, il papillonne des yeux en voyant qu'on l'a taché d'encre de stylo.

Il soupire, qu'est-ce que les gens peuvent être stupides ? Bien sûr qu'il change de vêtements, il a seulement un stock de pulls rouge, s'ils avaient fait attention, ils auraient remarqué qu'ils n'ont pas tous la même coupe.

Dans son pull et son jean, il a l'impression de se fondre dans la masse, d'être un champignon dans un pré, on le voyait sans vraiment le voir. Dans cette tenue, il avait confiance en lui, il se sentait prêt à affronter un océan humain et être sans peur et sans reproche.

Qu'est-ce que ses parents avaient cru ? Qu'avec un prénom pareil, sa vie allait être rose tous les jours, qu'il allait s'envoler dans les airs, qu'il allait pouvoir danser sans se soucier des regards posés sur lui ?

Il n'est pas le seul dans sa classe à ne pas aimer son prénom et devoir l'assumer. Il n'est pas le seul à soupirer quand il doit se nommer. S'il avait pu choisir, il se serait appeler : Edwards, Philippe, n'importe quoi, mais pas Kamel.

Les absents ont toujours torts. Il devrait vivre avec lui et s'en accommoder.

De toute façon, avec son meilleur ami, ils font la paire, Cyprien, ce n'est pas mieux, c'est peut-être pour ça qu'il s'habille en gothique pour qu'on ne vienne pas l'ennuyer.

Merci papa, merci maman ça aurait pu être pire tout compte fait.