PANDORA'S BOX


Chère amie,

je me désespère de ne pouvoir t'envoyer cette lettre. Cependant, il existe des choses intolérables, des choses qui ne doivent jamais être révélées. C'est pourquoi je brûlerai ce parchemin juste après l'avoir écrit.

Je t'aurai bien demandé si tout se passait bien pour toi, si tu étais heureuse, mais à quoi bon? Tu n'auras, de toute façon, jamais l'occasion de répondre à une question qui ne t'es pas parvenue. Alors passons au sujet qui nous intéresse: moi.

Non, ce fait n'a rien à voir avec mon prétendu narcissisme, ni avec mon arrogance feinte. Il s'agit juste d'une pensée, chenille incapable de devenir un papillon. Peut-être qu'à travers des mots qui ne me sont pas adressés, je parviendrai enfin à m'expliquer et à me comprendre. Peu importe qu'au final personne ne soit dans la confidence...

Je rigole doucement à la mine inquiète qui t'aurait défigurée si tu avais dû lire ces quelques lignes. Certes, se moquer de ses amis n'est pas noble et le faire pour repousser les conséquences d'un aveux, encore moins. Mais que veux-tu, on oublie l'angoisse comme on peut...

Hum... Je t'aurais bien fait mariner pendant des heures, néanmoins cela me porterait plus préjudice qu'à toi. Alors assis-toi bien par terre, tu peux même t'allonger si tu le désir, du moment que tu ne tombes pas de surprise ça ira.

Voilà, en fait... Je suis amoureuse de toi!!!

Tu y as cru? Non? Et bien tu avais raison, quoique cela soit un peu dommage... Il semblerait que je m'égare encore.

La véritable cause de mon trouble c'est que: je suis folle.

Enfin, ni de toi ni complétement.

Je suis juste une tout petit, tout petit, tout petit peu folle, mais c'est déjà trop pour ceux qui m'entourent. Je sais que toi tu ne m'aurais pas jugée, cependant, je ne peux pas prendre le risque que ce soit révélé à tout le monde. Je refuse de me faire interner! Et puis c'est bien trop drôle de voir comment un simple masque peut vous ouvrir toutes les portes, et ce même quand vous êtes un monstre de la pire espèce, du moins selon LEURS critères.

Sache que contrairement à la plus part des gens que je connais, je revendique ma normalité. Je conçois que me battre chaque jour pour être ordinaire reviens à admettre que je ne le suis pas. En gros, c'est très con! Enfin, ça le serait si je ne m'assumais pas, ce qui n'est pas le cas. J'imagine que mes propos te perdent plus qu'ils ne t'éclairent, alors passons à l'explication du pourquoi du comment de la cause de la raison.

Je ne suis PAS une marginale. C'est juste que ma normalité diffère un peu de celle des autres.

J'ai longtemps cru que l'imagination avait une trop grande influence sur ma vie. Je pouvais, et peux encore, voir des choses qui ne sont pas censées exister. Je leurs ai donné le doux nom de "Chimères". La plus part d'entre elles sont réelles. Non, en fait, elles appartiennent à une réalité différente de la nôtre qui se calque sur mes cinq sens de manière aléatoire.

Ainsi, j'ai découverts les capacités de l'humain lorsque j'étais enfant. Mais comme cela dévie du sujet d'origine, je résumerai ce point, ô combien long et fastidieux, en une phrase: "Tant que l'humain croit, il peut". Je te le démontrerai une autre fois alors en attendant, revenons en à nos souris en réglisse.

Ce dont je veux te parler, ce sont les "Chimères" qui n'existe que dans une seule réalité, la mienne. Tu dois comprendre que mon "monde" est en fait une sorte de bulle dans laquelle je m'enferme pour me protéger, comme tout le monde. De ce fait personne, mis à part moi, ne peut y avoir accès de quelque manière que ce soit.

Lorsque j'ai des sentiments un peu extrêmes ou que j'ai grand besoin d'expression, je deviens incapable de différencier ma réalité de la réalité commune. Tu me connais suffisamment pour savoir que j'aime les images macabres et dérangeantes, alors tu peux facilement imaginer ce que ça donne.

Il y a un cas particulier dans ce phénomène qui me fait penser que je suis folle.

Ma façon de réfléchir est simple: rien n'est bien ou mal ni même neutre. Le mal peut être un bien désespéré, tout comme le bien peut être un mal manipulateur. Je ne crois en rien que je n'expérimente pas. Cependant, je suis quelqu'un d'entier. Si je ne peux pas dire que j'aime ou que je n'aime pas -sauf exception-, il y a les choses que je tolèrent et celles que je ne tolèrent pas.

Cette tolérance varie d'un moment à l'autre et me fait passer pour quelqu'un d'étrange d'après mes proches. Je trouve banal qu'il y ait des guerres et je m'en fous royalement que les gens meurent mais je ne supporte pas qu'on fasse les choses sans une bonne explication.

L'élément perturbateur c'est cette exception que j'ai mentionnée plus haut: je voue une haine infinie à la vie. C'est aussi pour cela que j'ai du mal à supporter les êtres humains et que je me néglige autant. Ce genre de haine ne s'explique pas, c'est comme un gosse qui n'aime pas les épinards, c'est parce qu'il aime pas et c'est tout. En ce cas "où est le problème?", me dirais-tu. Eh bien, c'est très simple: ce n'est pas normal.

D'après mes connaissances, tu peux haïr les gens, tu peux haïr le noir, tu peux haïr la peur et même les bonbons à la fraise! Mais pas la vie... La vie c'est beau, c'est magnifique, il y a des bas mais c'est pas grave car il y a aussi des hauts, alors des personnes qui détestent ça? Impossible que ça existe!!!

Dois-je comprendre que je n'existe pas?

Pour en revenir au sujet, sache que ma haine de la vie en est la source.

L'être humain est, selon moi, composé d'un certain équilibre que se soit au niveau de l'esprit ou du corps. Or, une haine aussi intense déséquilibre grandement mes sentiments, les rendant extrêmement difficiles à gérer pour mon esprit qui, lui, envoie des SOS à mon corps (nausées, migraines... etc...).

Pour résoudre cette difficulté, je suis devenue blasée, une "je m'en foutiste" par excellence qui analyse tout sans se laisser toucher. Cependant, à force d'ignorer ce que je ressens, j'atteindrai un jour ce que certains appellent le point de non retour. C'est à dire que mon trop plein d'émotion explosera sans que je puisse le canaliser et détruira absolument tout.

Je le sens déjà qui bouillonne juste sous ma peau, attendant le moment où je ne pourrais plus le retenir. Tout ce que je vois, tout ce que je frôle, je n'aspire qu'à le détruire. Il en va de même pour les être-vivants. Je ne compte même plus le nombre de fois où je m'enferme dans ma chambre pour m'empêcher d'éclater la tête de ma mère sur le mur ou de briser la nuque du chat.

Donc oui, je suis folle, jusqu'au plus profond de mon être. Je tolère de moins en moins de choses et ce que je ne tolère pas je le détruit. Je tue ma mère à petit feu en lui faisant faire des crises de nerfs plus que fréquemment, j'espace de plus en plus les jours de donation de nourriture à mes poissons, je fuis le chat pour me retenir de lui faire avaler une bouteille de javel...

Et le pire c'est que je ne le fais pas exprès! Mes Globuleux-du-bocal je les aime plus que tout au monde (au même titre que les sucreries), le chat est si mignon que je lui cède tout et j'apprécie suffisamment ma mère pour ne pas vouloir consciement qu'elle meure.

Mais c'est plus fort que moi, je ne peux résister à ce désir enfoui en moi, je ne peux m'arrêter de torturer ce qui me provoque de fortes émotions jusqu'au point de rupture. Bien sur, j'en fais de même avec moi. Je m'arrache mes espoirs, je fuis la lumière, je me nourris mal, ne prend pas soin de moi et je laisse mon âme et mon intelligence dépérir.

C'est pour ça que je suis agoraphobe et que je fuis la société et le monde des gens dits "normaux". J'ai tellement peur. Peur de ce que je pourrais faire aux autres si je ne me retenais pas, peur de ce que eux pourrais me faire quand je vois ce dont je suis capable, peur de ce qu'il se passera le jour où je laisserai le place à ma folie, et surtout, surtout peur de moi.

Je m'en fous des gens mais je ne veux pas leur faire de mal, je hais la vie mais je n'ai pas spécialement envie de l'annihiler. Malgré tout ce qu'il y a en moi je continue à faire le maximum pour aider les autres sans m'en rendre compte, je suis toujours aussi gentille, je n'ai pas changé, tu sais? La Myah incapable de faire du mal à une miette de pain est encore là. C'est juste qu'elle n'est plus seule. Maintenant, il y a Anselme Codéine Curtis, alias Code, en elle, qui attend patiemment de sortir.

Je comprendrais que tu ne veuilles plus jamais me revoir, ni même me parler. Je ne dis pas que cela ne me toucherait pas, seulement la solitude ne m'est plus étrangère depuis longtemps. Puis, qui voudrait être amie avec moi?

Je ne suis plus humaine, je suis juste une boîte de Pandore.


FIN


Plew A.E

Pandora's box

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