Genre : Romance

Résumé : Marc cherche une bonne raison de ne pas assassiner son chef à coups de sacs de litière pour chat... Et il va finir par trouver !

Avertissements : il s'agit d'une histoire d'amour entre deux hommes, si cela vous dérange, je vous déconseille de lire la suite. Je vous préviens aussi qu'il risque d'y avoir quelques menaces de mort, des silences gênés, et un excès de guimauve par moment.

Note de l'auteur : jusque là, je n'avais quasiment écrit que des fanfictions, c'est la première fois que j'écris une histoire avec mes personnages à moi et rien qu'à moi. J'espère que cette petite histoire vous plaira, et si vous pouviez me dire ce que vous en avez pensé, si je dois continuer à écrire des fics originales, retourner aux fanfics, ou carrément abandonner l'écriture... Bref, donnez-moi votre avis !

Donne-moi une raison...

« Donne-moi une bonne raison, une seule bonne raison de ne pas l'assassiner à coups de sacs de litière pour chat ? »

« Heu... Parce que le sac en question deviendrait invendable, et serait donc fatalement retenu sur ta paye ? »

« Mouais... enfin, vu le prix du sac, c'est pas franchement dissuasif... »

Cette discussion se tenait au fond du parking d'un supermarché, entre un jeune homme brun et une jeune femme blonde, qui tous deux travaillaient dans le supermarché en question.

Le jeune homme, Marc, se plaignait auprès de sa collègue de son supérieur hiérarchique, un véritable tyran, un monstre, un insupportable cafard qui trouvait toujours à redire sur son travail. Aujourd'hui, il s'agissait de sacs de litières pour chat, qui n'avaient pas été mis en rayon correctement, ce qui, à en croire le supérieur en question, nuisait au bon fonctionnement du rayon et avait fatalement des conséquences négatives sur le chiffre d'affaires du supermarché, donc du groupe, et était la cause probable du déficit du pays et de la crise mondiale. Bon, il n'avait pas été jusque là, mais il s'en était fallu de peu.

« Je te jure, Nat, il m'en veut, » reprit Marc, « il ne se passe pas une seule journée sans qu'il ne trouve quelque chose à me reprocher. »

« Tu te fais sans doute des idées. Bon, je reconnais qu'il est un peu maniaque, même beaucoup » admit-elle en voyant l'air incrédule de son ami, « mais de là à dire qu'il t'en veut à toi personnellement... Et puis, de toutes façons, tu n'en as plus que pour 3 semaines à le supporter, après tu reprends la fac, non ? »

« Oui, et ce sera pas trop tôt ! Je deviendrai fou si je devais travailler ici plus longtemps ! Franchement, j'aurais jamais cru dire ça, mais je préfère affronter toutes les secrétaires de la fac réunies plutôt que de supporter ce dictateur ! »

Un toussotement les fit sursauter, interrompant leur discussion.

« Excusez-moi, je souhaiterai passer jusqu'à ma voiture, » dit une voix glaciale.

Les deux collègues, affichant le même air coupable, se poussèrent pour laisser passer Jérôme, un grand blond au visage sévère, également connu comme étant le tyran du supermarché.

« Tu crois qu'il a compris qu'on parlait de lui ? » demanda Marc, inquiet, quand la voiture de son chef fut partie.

« Je crois bien que oui, désolée... Mais le bon côté, c'est qu'il ne te reste plus que 3 semaines à tenir, » dit la jeune femme avec un sourire compatissant.

« 3 semaines en enfer, oui... »

Sur ces paroles, les deux collègues se séparèrent, l'air vaguement coupable, et prirent chacun leur voiture.

Trente minutes plus tard, Marc finissait enfin de grimper les cinq étages (sans ascenseur !) qui menaient à son studio, et se laissa tomber lourdement sur son lit, qui lui servait également de canapé. Bon dieu, vivement qu'il finisse ses études et se trouve un vrai boulot, pour qu'il puisse déménager de ce trou à rat !

Il repensa à sa journée de travail. Déjà, ça avait mal commencé : il n'avait pas entendu son réveil et s'était donc levé en retard, et même en se douchant ultra rapidement et en sautant son petit déjeuner, il était quand même arrivé avec cinq minutes de retard. Et bien évidemment, Jérôme n'avait pas pu s'empêcher de lui faire une remarque à ce sujet. Et au fur et à mesure que la journée avançait, les mauvaises nouvelles et petites contrariétés n'avaient cessé de s'accumuler : il s'était cogné la cheville contre un chariot, puis, à peine vingt minutes plus tard, alors qu'il mettait des articles en rayon, une petite grand-mère lui avait donné un coup de caddy exactement au même endroit, avant de s'excuser avec un petit sourire vicieux qui signifiait 'j'avais bien vu que tu étais là, mais aujourd'hui, j'ai décidé de faire chier tout le monde, et c'est tombé sur toi'.

Un peu plus tard, pendant sa pause, il avait reçu deux SMS : le premier de son meilleur ami, qui lui annonçait qu'il passait de trop bonnes vacances à Biarritz, et qu'il ne serait donc pas rentré à temps pour leur traditionnelle soirée de pré-rentrée, le dernier week-end d'août ; et le deuxième SMS avait été envoyé par sa sœur, pour lui demander de passer la chercher pour aller chez leurs parents le dimanche suivant... Pas de problème, cela lui faisait juste un détour d'une bonne trentaine de kilomètres, ce qui signifiait, en comptant le temps passé dans les embouteillages, une heure à l'aller et autant au retour !

Puis, ce fut l'épisode de la litière pour chat mal rangée, et Marc ne comprenait toujours pas où était le drame, la litière était dans le bon rayon, après tout, c'est pas comme si il l'avait mise à côté des tomates ou dans le rayon boulangerie !

Ajouté à cela, quelques remarques de Jérôme concernant son attitude ('le client a besoin de se sentir bien accueilli dans notre magasin, alors bon sang, souriez un peu !'), son retard du matin (pourtant, il ne s'agissait que de cinq minutes, et c'était seulement la deuxième fois que ça lui arrivait en un peu plus de deux mois, mais pour le mini dictateur, c'était un crime impardonnable), son manque d'implication ('vous n'êtes pas payé pour discuter avec votre collègue, aussi charmante soit-elle, alors retournez travailler, votre pause est finie depuis déjà sept minutes !'), sa chemise qui était tâchée, ce qui était un signe de négligence impardonnable, surtout dans un métier au contact de clients... Et même sur le parking, pendant qu'il était en train de discuter avec Nathalie, son foutu chef avait trouvé le moyen de lui pourrir la vie ! Comme si il n'avait pas pu sortir cinq minutes plus tard, ou garer sa voiture ailleurs....

Et comme si tout cela ne suffisait pas, il avait reçu un nouveau MMS sur le chemin du retour, celui-ci de la part de son ex petit ami, qui lui envoyait une photo de lui et de son nouveau copain. Maintenant, il le savait : lors d'une séparation, la phrase 'on reste amis', signifie en réalité 'on n'est plus ensemble, mais je vais quand même continuer à te torturer, parce que quand tu seras célibataire, frustré et déprimé, je t'enverrais des photos de mes nouvelles conquêtes'. Et dire que depuis des mois, bêtement, stupidement, Marc avait réfléchi à toutes les façons dont il pourrait reconquérir son ex. C'était bien la peine d'être sorti du placard et d'avoir affronté la déception de ses parents, si c'était pour se retrouver célibataire !

Bref, la journée qu'il venait de passer était absolument infernale, et le seul point positif était que le lendemain étant un dimanche, il n'aurait pas besoin de retourner affronter le monde impitoyable du supermarché. Au lieu de cela, il aurait le droit à un trajet de presque deux heures pour aller manger chez ses parents, passant tout le repas dans une atmosphère pesante, entre les questions envahissantes de sa mère et le silence gêné de son père, qui ne savait plus comment lui parler depuis qu'il lui avait appris qu'il était gay.

Et sans oublier sa sœur, qui se faisait un plaisir de l'enfoncer pour détourner l'attention chaque fois que leurs parents s'inquiétaient de sa vie privée à elle...

A la seule pensée de ce qui l'attendait, Marc se sentait déjà déprimé. Il décida donc très logiquement qu'une anesthésie mentale était de rigueur, et alluma sa télé, se préparant pour un marathon d'émissions toutes plus stupides les unes que les autres, dans l'espoir d'oublier un moment ce qui l'attendait le lendemain.

En rentrant chez lui le dimanche soir, il se sentait toujours aussi déprimé. Bien sûr, sa journée n'avait pas été aussi horrible que ce à quoi il s'était attendu, mais il s'en était fallu de peu.

Il était parti (presque) à l'heure, mais était quand même arrivé en retard chez sa sœur, à cause d'une foutue voiture qui s'obstinait à rouler à deux à l'heure à un endroit où il ne pouvait pas dépasser. Il avait ensuite eu le droit au récit des aventures 'sentimentales' de sa jeune sœur pendant tout le trajet jusqu'à la maison de leurs parents. Franchement, il adorait sa sœur, mais il y a des choses qu'il n'avait pas besoin de savoir, comme par exemple le fait qu'elle avait eu très peur, deux semaines auparavant, parce que la capote de son nouveau mec (rencontré trois jours plus tôt) s'était déchirée pendant qu'ils faisaient l'amour ; ou encore le fait que les toilettes du bâtiment B de son école de commerce étaient son endroit préféré pour s'envoyer en l'air entre deux cours...

Il n'avait jamais été aussi heureux de voir la maison de leurs parents, sachant qu'il n'aurait plus à subir le récit de la vie intime de sa sœur.

Malheureusement, son soulagement fut de courte durée. Après sa sœur, il dut affronter l'autre femme de sa vie : sa mère. Il savait qu'il aurait dû se sentir soulagé qu'elle réagisse aussi bien quand il lui avait annoncé qu'il était gay, mais à vrai dire, il trouvait qu'elle réagissait un peu trop bien. Il avait parfois l'impression qu'elle se montrait aussi enthousiaste juste pour cacher le fait qu'au fond, elle n'était pas si à l'aise que cela avec sa sexualité.

Et puis honnêtement, quel fils a envie que sa mère lui demande si il se protège quand il fait l'amour ? Ou encore essaye de le caser avec le fils d'une collègue de travail, peu importe le fait que le fils en question ait dix ans de plus que lui, et soit un expert-comptable qui habite encore chez ses parents, à trente ans passés ?

Le seul point positif de la journée avait été que pour une fois, il avait réussi à avoir une discussion avec son père, comme avant. Bon, cette discussion n'avait rien eu de fabuleux, ils avaient juste commenté les résultats des derniers matchs de foot, discuté de la pluie et du beau temps, de son boulot, mais pendant un instant, il avait eu l'impression de retrouver son père.

Depuis qu'il lui avait appris qu'il préférait les hommes, son père avait toujours paru gêné avec lui, il ne le prenait plus dans ses bras comme avant, il s'interrompait au milieu d'une discussion, gêné, voyant des double-sens là où il n'y en avait pas. Et aujourd'hui, alors que lui et son père s'étaient réfugiés dans le salon laissant les femmes discuter de shopping, ils avaient parlé, normalement, et son père lui avait même passé un bras autour des épaules pour le réconforter quand il lui avait parlé de son chef infernal.

Ce bref moment de complicité avait pris fin quand sa mère les avait appelé en disant que le repas était prêt, et il avait dû de nouveau esquiver les questions intrusives de sa mère, été trahi par sa sœur qui, pour éviter de parler de sa vie sentimentale à elle, préférait détourner l'attention sur lui, et son père s'était mis en retrait, visiblement mal à l'aise avec la conversation qui se tenait autour de la table.

Pendant le trajet du retour, il avait de nouveau eu le droit au bavardage incessant de sa sœur, qui n'avait toujours pas compris qu'être gay ne faisait pas de lui un expert en matière de mode, puis il avait enfin retrouvé le calme de son petit studio, et un livre qu'il venait de commencer, parlant de meurtres et de mystères à élucider.

Le lendemain matin, sa journée s'annonçait bien plus agréable : déjà, il s'était levé à l'heure, réveillé par une de ses chansons préférées à la radio, et avait donc eu le temps de prendre sa douche tranquillement, et de manger un petit déjeuner complet.

En arrivant au travail, pile à l'heure, une bonne surprise l'attendait : Jérôme, la terreur de tous les magasiniers du supermarché, n'était pas encore arrivé. Une heure plus tard, le blond n'était toujours pas là. Apparemment, il avait appelé pour prévenir que suite à un problème de voiture, il n'arriverait qu'en fin de matinée.

Ce fut la meilleure matinée que Marc avait passé depuis qu'il avait commencé à bosser ici début juin. Pour la première fois, son chef n'était pas sur son dos à surveiller chacun de ses mouvements. Il passait une très bonne matinée, allant même jusqu'à sourire à la jeune mère de famille dont le fils venait de lui rentrer dedans avec son mini chariot.

Nathalie, qui était dans la même fac d'anglais que lui, et qui travaillait en temps que caissière pour l'été, lui fit remarquer à la pause qu'il semblait bien plus détendu que d'habitude.

« Tu n'imagines pas à quel point ma journée est parfaite. »

« A voir ton sourire, j'en ai une assez bonne idée. Tu n'aurais pas l'air plus heureux si on venait t'annoncer que tu as gagné au loto! »

« Je n'ai pas eu une seule remarque désagréable de la matinée, j'ai pu faire mon boulot tranquillement, correctement, sans que Jérôme ne vienne m'aboyer dessus. »

« T'en as bien de la chance... Si tu savais les clients que je me suis tapée, ce matin ! Entre la petite grand-mère qui a insisté pour me payer avec des petites pièces alors qu'elle en avait pour plus de vingt euros de courses, et l'autre gros lourd qui me sortait ses phrases pleines de sous-entendus vaseux... »

« Ma pauvre... » dit Marc avec un grand sourire.

« Tu pourrais au moins faire semblant d'être désolé pour moi ! »

« Tu sais, je viens de réaliser quelque chose... C'est la première fois depuis le début de l'été que je peux discuter avec toi pendant ma pause sans risquer que l'autre connard ne vienne me rappeler à l'ordre à la seconde même où ma pause se finit ! Le paradis, quoi ! »

Malheureusement, toute bonne chose a une fin, et Jérôme arriva peu après la fin de sa pause. Il était cependant moins désagréable que d'habitude, ou en tous cas, plus préoccupé par d'autres problèmes. Apparemment, sa voiture ne serait pas réparée avant plusieurs jours, et le garage où il l'avait laissée ne disposait d'aucune voiture de remplacement.

Cela n'aurait été d'aucun intérêt pour Marc, si un de ses collègues n'avait pas mentionné à Jérôme qu'ils habitaient tous les deux plus ou moins dans le même quartier, et que Marc pourrait probablement le ramener. Bien entendu, Jérôme avait immédiatement dit qu'il ne voulait déranger personne (ce qui, selon Marc, était une manière détournée de dire que la voiture d'un incapable comme lui n'était pas assez bien pour lui), et le brun, qui assistait à la scène, s'était senti obligé d'insister, d'une part à cause des bonnes manières que sa mère lui avait apprises, et d'autre part parce qu'il sentait bien que ça dérangeait le blond.

Ce ne fut qu'un peu plus tard qu'il réalisa que si il ramenait Jérôme chez lui, le blond ne serait pas le seul à être embêté, il devrait lui aussi supporter son chef pendant le trajet du retour. Et dire que sa journée avait si bien commencé !

A partir de ce moment, le temps sembla filer. Alors que certaines de ses journées lui avaient semblé interminables, celle-ci passa à une vitesse folle. Il eut à peine le temps de râler intérieurement après son chef que déjà, la fin de la journée était arrivée, et il était temps de repartir... Avec Jérôme.

Malgré tous les défauts de son chef, Marc devait bien admettre qu'il avait une qualité : la ponctualité. Il était pile à l'heure devant la sortie, prêt à partir. Le seul inconvénient de cette ponctualité, c'était que Marc n'osait pas prendre quelques minutes pour discuter avec ses collègues avant de partir. D'autant plus que, en général, ces quelques minutes étaient passées à se plaindre de son chef !

« Bon, euh, ma voiture est au bout du parking, là-bas... »

« Oui, je me souviens t'avoir vu en pleine discussion avec ton amie dans ce coin, samedi dernier. »

Marc rougit, gêné, se souvenant que Jérôme les avait surpris alors qu'ils étaient en train de dire du mal de lui.

« Oui, euh, on se connaissait d'avance, on est ensemble à la fac. »

« Je vois. »

Mouais... La discussion s'engageait mal. Ils allèrent en silence jusqu'à la voiture. Marc entra en premier dans la voiture, et fit rapidement un peu de ménage (c'est à dire qu'il jeta à l'arrière tous les papiers qui étaient sur le siège passager) avant d'ouvrir la portière pour laisser entrer son passager. Celui-ci entra à son tour sans un mot, mais son regard avait suffi pour exprimer ce qu'il pensait de la voiture et du rangement.

Après de brèves instructions de Jérôme concernant son adresse, les deux hommes gardèrent le silence chacun de leur côté, et jamais Marc n'avait été aussi heureux d'avoir un autoradio pour éviter de devoir discuter avec un passager.

Après un trajet sans incident et sans feu rouge (heureusement !), Marc se gara au pied de l'immeuble que lui indiquait Jérôme. Ce dernier, avant de sortir de la voiture, se tourna vers le chauffeur.

« Merci de m'avoir raccompagné, vraiment. »

« De rien, c'est normal, » répondit Marc.

« Non, vraiment, je sais que tu ne m'apprécies que très moyennement, » Marc voulut protester, mais Jérôme ne lui en laissa pas le temps, et continua, « mais tu m'as quand même rendu service, et je t'en remercie, parce que je ne sais pas à quelle heure je serais arrivé si j'avais dû prendre le bus. »

« Si tu veux, je peux aussi passer te chercher demain matin ? » proposa Marc impulsivement.

Il était difficile de déterminer lequel des deux était le plus surpris par cette proposition subite. Le blond commençait déjà à refuser, prétextant qu'il ne voulait pas le déranger, mais Marc insista (foutues bonnes manières, tout ça c'était à cause de l'éducation donnée par sa mère), et finalement, Jérôme accepta, donnant rendez-vous à son collègue le lendemain matin, au pied de ce même immeuble.

Le lendemain matin, Marc avait pris soin de se lever un peu plus tôt que d'habitude pour ne pas être en retard. Il allait déjà devoir subir un trajet dans un silence inconfortable avec le pire tyran de l'histoire des supermarchés, il n'allait pas en plus lui donner l'occasion de le critiquer une fois de plus sur son manque de ponctualité.

En arrivant devant l'immeuble de son chef, il le vit en pleine discussion avec une jeune femme rousse plutôt mignonne. Il se demanda brièvement si ils étaient ensemble, et si c'était le cas, il plaignait la jeune femme. Jérôme était assez sexy, si on aime les hommes blonds aux yeux verts, avec un visage fin, grands, et avec une carrure de nageur. Par contre, au niveau du caractère, il était un véritable cauchemar...

Il fut interrompu dans ses pensées par l'ouverture de la portière passager. Jérôme entra dans la voiture, le salua, le remercia pour être passé le chercher, et ils se mirent en route pour le supermarché.

Durant une bonne partie de la matinée, Marc se dit qu'il avait enfin réussi à apprivoiser son chef. Presque aucune remarque, et lorsqu'il avait quelque chose à lui dire, il le faisait de manière polie, presque gentiment. Finalement, au bout de plus de deux mois à subir son chef, il avait enfin réussi à transformer le tyran en être humain normal ! C'est d'ailleurs ce qu'il était en train d'expliquer à Nathalie quand son chef retrouva son ancien caractère.

« Marc, ta pause est terminée depuis presque cinq minutes, il y a des sacs de croquettes qui ne vont pas se remettre en rayon tous seuls, alors au lieu de flirter avec ta copine, retourne au travail ! »

Marc inspira profondément, plaqua un sourire crispé sur son visage, puis se retourna vers son chef, lui dit « j'y vais tout de suite », et repartit travailler. Visiblement, l'amélioration avait été de courte durée.

Le reste de la journée se passa tant bien que mal, Jérôme ayant apparemment retrouvé ses vieux réflexes : si quelque chose allait mal, c'était forcément à cause de Marc, et il le lui faisait bien sentir.

Le soir, en partant, Jérôme ne demanda pas à Marc de le ramener chez lui, et ce dernier se garda bien de le lui proposer. Se faire avoir une fois, ok, mais pas deux ! Et puis de toutes façons, si il avait vraiment eu besoin d'un chauffeur, le blond le lui aurait demandé en passant devant lui et Nathalie qui discutaient un peu avant de partir.

Après avoir dit au revoir à sa collègue, et lui avoir souhaité de passer un bon mercredi, puisqu'elle était de repos le lendemain, il courut jusqu'à sa voiture pour éviter d'être trempé par la pluie, et quitta le parking. En passant devant l'arrêt de bus le plus proche du magasin, il vit Jérôme qui attendait, trempé par la pluie. Il pensa d'abord « bien fait pour lui », mais, en arrivant au rond point 100 mètres plus loin, il fit quand même demi-tour pour aller chercher son chef. A cette heure, les bus n'étaient pas nombreux, et il risquait d'attendre un moment avant de pouvoir rentrer, et avec la pluie, ça ne devait pas être très agréable d'attendre.

Arrivé devant l'arrêt de bus, il ouvrit la portière passager, et invita Jérôme à grimper dans la voiture. Après une brève hésitation, ce dernier accepta avec un sourire reconnaissant, et ils se mirent en route, gardant une fois de plus le silence.

Arrivé devant l'immeuble du blond, ce dernier remercia Marc, puis, alors qu'il s'apprêtait à sortir de sa voiture, lui proposa de venir prendre un verre, pour le remercier de l'avoir raccompagné plusieurs fois. Le brun, gêné, prétexta avoir déjà prévu quelque chose pour sa soirée. Servir de chauffeur pour son chef qui avait un problème de voiture, c'était une chose, mais passer volontairement plus de temps que nécessaire en sa présence, pas question ! D'ailleurs, connaissant le blond, il serait bien capable de cacher quelques engins de torture dans son appartement !

« Oui, je comprends, tu as sans doute prévu de retrouver ta petite amie, celle avec qui tu passes tout ton temps à discuter, Nathalie, c'est ça ? »

« Euh, non, juste des amis qui reviennent de vacances, et puis, de toutes façons, Nathalie et moi on n'est pas ensemble, on est juste amis. »

« Oh, je vois, j'avais cru que... enfin, peu importe... Bon, et bien, bonne soirée, alors, » balbutia Jérôme.

L'espace d'un instant, Marc s'en voulut d'avoir refusé l'invitation du blond, qui avait paru sincèrement déçu. Puis il se rappela son comportement au boulot, et s'apprêtait à repartir quand il réalisa qu'il ne savait pas si il devait passer chercher son chef le lendemain matin. Il sortit de sa voiture, et appela Jérôme qui rentrait son code à la porte de l'immeuble. Celui-ci se retourna, et accepta avec un sourire reconnaissant l'offre du brun de passer le chercher.

Le lendemain matin, la première chose que Jérôme annonça à Marc en entrant dans la voiture était que son rôle de chauffeur était bientôt terminé. En effet, il devait récupérer sa voiture le soir même, après le travail.

En entendant cette nouvelle, Marc se sentit partagé. Normalement, il aurait dû être heureux de ne plus avoir à jouer les chauffeurs pour le blond, mais d'un autre côté, en dehors du boulot, Jérôme n'était pas si désagréable que ça. Bon, d'accord, il était très silencieux, et quand il parlait, il semblait très timide et hésitant, mais il avait quand même apprécié ces quelques trajets ensemble. Sans réfléchir, il lui proposa de l'emmener chercher sa voiture. Cela leur ferait un dernier trajet ensemble, avant de reprendre chacun leur route, en quelque sorte.

Jérôme parut surpris, puis accepta avec un grand sourire. Ils ne discutèrent pas plus que les autres fois pendant le trajet jusqu'au supermarché, mais Marc aperçut du coin de l'œil Jérôme qui souriait pendant qu'il chantonnait en écoutant la radio.

La journée se déroula tranquillement, dans une ambiance presque amicale, Marc n'ayant droit à aucune remarque de la part de son chef, ce qui marquait une amélioration très nette par rapport à d'habitude.

Le soir, Marc retrouva Jérôme pour l'emmener au garage, et reçut un choc lorsqu'ils se séparèrent : le blond lui avait souri ! Un vrai sourire, le genre de sourire qui lui donnait un air chaleureux et incroyablement sexy, et vraiment, heureusement que cette histoire de co-voiturage se terminait, parce que si Marc commençait à penser ce genre de choses à propos de son chef, c'était la catastrophe assurée.

Il prit sur le champ la décision de sortir dès le samedi soir, et de ne rentrer que lorsqu'il aurait trouvé quelqu'un. Si il commençait à être attiré par celui qui lui avait fait vivre le pire été de sa vie, tout cela à cause d'un simple sourire, c'était le signe qu'il était plus que temps pour lui de mettre fin à son célibat.

Et puis, c'était l'occasion de visiter le bar gay qui venait de s'ouvrir pas très loin, il avait été regardé leur site internet, et ça avait l'air d'un endroit sympa...

Le samedi soir, Marc était prêt : il avait enfilé sa « tenue de chasse » (un simple jean noir décoloré mettant en valeur son fessier, assorti d'un t-shirt suffisamment serré pour laisser entrevoir ses abdos acquis à force de déplacer des charges lourdes qu'il mettait en rayon), il avait soigneusement décoiffé ses cheveux pour leur donner un aspect « artistiquement déstructuré » (les mots de son coiffeur, pas les siens...), et avait mis quelques préservatifs dans sa poche.

Et c'était décidé, ce soir il ne penserait pas à son ex, et il ne penserait pas non plus à la façon dont Jérôme avait eu l'air de le reluquer la veille, quand il s'était penché pour remettre quelques articles en rayon. Il ne penserait pas non plus au sourire qu'il lui avait adressé en le voyant arriver le matin, ni à son torse appétissant qu'il avait entrevu quand son chef avait été forcé de se changer suite à un incident avec un pot de confiture de fraise, une mère de famille débordée, et un gamin mal élevé.

Bref, ce soir, il avait bien l'intention de s'amuser.

Arrivé au bar, il jeta un coup d'œil sur les clients, histoire de voir ce qu'il y avait au menu, et fut assez déçu. Il n'y avait pas beaucoup de monde, et parmi les clients présents, il y avait plusieurs couples, quelques lesbiennes, et les seuls célibataires présents n'étaient pas vraiment son type. Enfin, il était encore tôt, et il se dirigea donc vers le bar pour commander un verre, histoire de se mettre dans l'ambiance et d'attendre pour voir si il rencontrerait l'homme de sa vie (ou au moins l'homme de sa nuit).

Un peu plus tard, il commandait une nouvelle bière tout en essayant de flirter avec le barman, un petit brun séduisant à l'air sympathique, quand il faillit faire une crise cardiaque. Non, il n'avait pas rêvé : le grand blond séduisant qui venait de rentrer, c'était bien Jérôme, vêtu d'un simple jean et d'une chemise noire entrouverte. Sans réfléchir, sous l'effet de la surprise, il s'écria « Jérôme! », attirant ainsi l'attention du blond qui ne l'avait pas encore vu. Ce dernier, l'espace d'un instant, eut un air paniqué, puis afficha un sourire gêné en s'approchant.

« Marc, je ne savais pas que... euh, que tu fréquentais ce bar... »

« Je n'étais encore jamais venu, enfin, dans ce bar, comme il vient d'ouvrir, mais il y en a un près de la fac où je vais régulièrement... Et toi, tu es déjà venu ici ? »

« Oui, j'étais venu la semaine dernière, pour la soirée d'ouverture, je connais un des gérants du bar, alors j'avais eu une invitation. »

« Et euh... Tu es venu juste pour voir le gérant, ou... ? »

« En fait, quand je me suis retrouvé seul devant les programmes désespérants de la télé du samedi soir, j'ai décidé de sortir, pour voir des gens, et... discuter... »

« Oui, c'est vrai qu'ici c'est un endroit sympa pour rencontrer des gens avec qui on peut... discuter, » répondit Marc en désignant de la tête le distributeur de préservatifs qui se trouvait près du comptoir.

Jérôme rougit, puis se mit à rire avec le brun, avant de s'asseoir à côté de lui et de regarder la liste des cocktails inscrits sur un panneau à côté du comptoir.

Les deux hommes se mirent à discuter, à plaisanter, se moquant des clients du magasins, de quelques uns de leurs collègues, parlant un peu de leurs familles, de leurs amis... Sans qu'ils ne s'en rendent compte, le temps défilait, et bientôt, l'heure de fermeture du bar approchait.

« Désolé, j'ai l'impression de t'avoir accaparé toute la soirée, tu aurais certainement préféré rencontrer quelqu'un d'autre avec qui tu aurais pu 'discuter' », dit Marc en se rendant compte que la soirée se terminait.

« Non, j'ai passé un bon moment, c'était vraiment une soirée sympa, » répondit Jérôme.

« Moi aussi, j'ai passé un bon moment. Faudrait qu'on se revoit en-dehors du boulot, tu es beaucoup plus sympa quand tu ne t'occupes pas du rangement des litières de chat, » répondit le brun avec un sourire malicieux. « Si tu veux, je peux t'inviter mercredi soir ? Je suis de repos ce jour-là, j'aurais tout le temps de préparer ma fameuse recette de spaghettis bolognaise, » proposa-t-il.

Jérôme parut hésiter un moment, puis, devant le regard insistant de Marc, finit par accepter.

En rentrant chez lui, Marc ne pouvait s'empêcher de sourire. Jérôme était gay ! Il ne s'en serait jamais douté. D'ailleurs, avant ces quelques trajets en voiture où il avait découvert que son chef était aussi un être humain, il ne se serait jamais douté qu'il puisse avoir une quelconque préférence sexuelle. Bien sûr, le blond était séduisant, mais il était aussi horriblement maniaque. Et pourtant, ils avaient passé une excellente soirée à discuter, et même si finalement, il était rentré sans avoir rencontré qui que ce soit pour passer la nuit, Marc était satisfait de sa soirée. Et puis, il avait une nouvelle soirée de prévue pour le mercredi soir !

Et qui sait, si le blond se montrait aussi agréable le mercredi qu'il l'avait été ce soir, la soirée se terminerait peut être en position horizontale... ou à quatre pattes, ou debout contre un mur, il n'était pas difficile, pensa Marc avec un sourire lubrique.

Le lendemain, le repas du dimanche en famille se passa mieux que le précédent. La sœur de Marc avait pris la décision de laisser tomber son école de commerce pour partir en mission humanitaire en Afrique, et pour une fois, le jeune homme se contenta d'observer le spectacle pendant que ses parents essayaient de convaincre sa sœur de changer d'avis. Du coup, il put échapper aux questions intrusives de sa mère, et partit se réfugier au salon dès que possible, où il fut rejoint par son père qui avait lui aussi abandonné le combat, laissant les deux femmes de la maison continuer à se disputer.

Le lundi et mardi passèrent très vite. Il y eut un léger moment d'incertitude, le lundi matin, quand Marc retrouva son chef, ne sachant pas à quoi s'attendre de sa part, mais ce moment fut vite dissipé, et ils se mirent au travail, échangeant quelques sourires complices.

A la pause, Marc parla brièvement de sa soirée à Nathalie, lui expliquant qu'il avait rencontré un blond très charmant, qu'il devait le revoir le mercredi soir, mais il ne lui révéla pas qu'il s'agissait de Jérôme. Jusqu'ici, ce dernier avait préféré cacher à ses collègues qu'il était gay, et Marc n'allait certainement pas le forcer à sortir du placard.

Quand le mercredi arriva, Marc se réveilla avec une seule pensée en tête : Jérôme viendrait manger ce soir ! Comme à chaque fois qu'il pensait au blond, il se sentait assez partagé : d'un côté, il y avait son chef après qui il avait très souvent râlé, qui était maniaque à point qui n'était pas permis, et d'un autre côté, il y avait le jeune homme charmant avec qui il avait passé une excellente soirée, le jeune homme timide qui avait partagé sa voiture, et puis, son sourire... Il avait parfois l'impression de se retrouver dans un remake de Dr Jekyll et Mr Hyde... En version plus moderne, et surtout, beaucoup plus sexy ! Et en y réfléchissant, même le côté maniaque et autoritaire du blond pouvait parfois être attirant... Hum !

Il se sentait donc assez nerveux, et commença par faire le ménage de fond en comble dans son studio qui en avait bien besoin, avant de partir faire quelques courses en prévision de sa soirée.

En rentrant, il se mit immédiatement à préparer son repas. En entrée, il avait prévu une salade tomate – mozzarella, simple et légère, puis des spaghettis bolognaise, et en dessert, un assortiment de fruits rouges accompagnés de chantilly.

Bref, le plus compliqué était de préparer la sauce bolognaise, et il s'y attaqua immédiatement afin qu'elle ait le temps de mijoter le plus possible.

Quand son invité arriva, essoufflé après avoir grimpé les 5 étages, Marc était prêt : la table était servie, il avait même sorti les assiettes blanches à bordure bleue que sa mère avait insisté pour lui donner (ça changeait de ses assiettes dépareillées et ébréchées), le repas était prêt, et son studio était, pour la première fois depuis longtemps, bien rangé, il avait même replié le canapé lit !

Ses efforts pour rendre son studio présentable lui méritèrent un compliment de la part de Jérôme, et les deux hommes s'installèrent à table, discutant de tout et de rien.

Au cours de la soirée, Marc se sentait de plus en plus attiré par son invité. Peut être grâce au vin qu'il avait bu, ce dernier était détendu, faisait preuve d'humour, et il avait toujours ce petit sourire incroyablement sexy... Si seulement il avait pu être comme ça au supermarché depuis le début de l'été, cela aurait rendu le travail de Marc nettement plus intéressant !

A la fin du repas, Jérôme se leva spontanément pour l'aider à débarrasser la table. Alors qu'il venait de poser les assiettes dans l'évier, Marc, encouragé par les regardes que son invité lui avait lancé tout au long du repas, se décida à l'embrasser.

Tout d'abord surpris, le blond hésita un instant avant d'entrouvrir ses lèvres, permettant à Marc de glisser sa langue dans sa bouche. Ce dernier le prit par la taille, avant de faire glisser lentement ses mains sous la chemise de Jérôme, tout en le faisant reculer, jusqu'à buter contre le mur. Se sentant encouragé par le gémissement qui avait échappé au blond, il commença à défaire sa chemise, lorsqu'il fut arrêté par Jérôme.

« Non, attends, s'il te plaît. Je ne... Il vaut mieux qu'on arrête là, on n'aurait même pas dû s'embrasser, c'est pas... » dit Jérôme, en posant sa main sur le torse du brun pour le tenir à distance.

« Comment ça, on n'aurait pas dû s'embrasser ? Je croyais qu'on voulait la même chose, non ? Enfin, quand je t'ai invité, tu devais bien te douter que tu me plaisais ? »

« Oui, mais... tu me plais aussi, bien sûr, mais c'est une erreur, je n'aurais pas dû venir, et puis, il y a le boulot, et je suis ton supérieur... »

« Alors maintenant, je ne suis qu'une erreur ? Super ! Enfin, j'aurais bien dû me douter que le Jérôme sympa et sexy n'était pas réel, et qu'au fond, il n'y a qu'un chef insupportable qui trouve que je ne suis jamais à la hauteur ! » s'écria Marc, s'éloignant de Jérôme.

« Non, attends, ce n'est pas ce que... »

« Je pense qu'il vaut mieux que tu t'en ailles. »

Jérôme lui lança un regard désolé, semblant le supplier du regard de le laisser s'expliquer, mais Marc n'était pas d'humeur à écouter ses explications. Finalement, le blond prit sa veste et sortit sans un mot.

Après son départ, Marc s'assit à table et finit la bouteille de vin, avant d'aller se coucher. Il aurait tout le temps de réfléchir à ce qu'il s'était passé le lendemain.

Le lendemain, Marc aurait dû aller travailler, mais il préféra appeler pour annoncer qu'il était malade. Il n'avait aucune envie de voir Jérôme, et puis, la gueule de bois, ça compte comme une maladie, non ?

Pendant la journée, il réfléchit à ce qu'il s'était passé la veille. Il ne comprenait vraiment pas comment la soirée avait pu déraper ainsi.

Il avait bien vu les regards que Jérôme lui lançait, il lui plaisait, c'était évident. Et puis, le blond n'avait pas mentionné de petit ami, donc il était libre. Le fait qu'ils soient collègues de travail ne posait pas vraiment de problème, puisque de toutes façons Marc ne travaillait au supermarché que pendant l'été, et éventuellement quelques remplacements pendant l'année en cas de besoin.

Il pensa même un instant à appeler sa sœur, ou son meilleur ami, ou même son ex, pour leur demander conseil, mais finalement, il préféra allumer la télé. Sa sœur lui aurait conseiller de laisser tomber et de chercher un autre (« après tout, il y a plein de poissons dans la mer »), son meilleur ami lui aurait dit à peu près la même chose, en ajoutant qu'ils étaient encore jeunes, et que plutôt que de se prendre la tête pour une relation qui n'avait aucune chance d'aboutir, il ferait mieux de profiter un peu de la vie, et son ex... Il en aurait probablement profité pour étaler sa toute nouvelle relation qui le rendait vraiment heureux, et Marc n'aurait été que plus déprimé après cette conversation.

Le soir, alors qu'il se demandait si ça valait la peine de préparer à manger où si il se contenterait de vider la glace qui était dans le compartiment congélation de son frigo, il entendit sonner à la porte. Il se précipita pour ouvrir, se disant qu'il s'agissait peut être de Jérôme, s'arrêta brusquement, la main sur la poignée, en se disant qu'il ferait peut être mieux d'enfiler un t-shirt propre, puis décida d'ouvrir quand on frappa à nouveau.

Il ne put s'empêcher de paraître déçu en voyant Nathalie derrière la porte.

« Sympa comme accueil ! Tu pourrais au moins faire semblant d'être content de me voir, » plaisanta la jeune femme.

« Excuse-moi, c'est pas que je ne suis pas content de te voir, au contraire, c'est juste que... »

« Tu espérais voir quelqu'un d'autre, c'est ça ? » dit-elle en souriant.

« C'est à peu près ça. Entre quand même, » dit-il en souriant d'un air désolé.

Après avoir jeté un coup d'œil rapide, Nathalie s'assit sur un coin du canapé avec peu de miettes de chips.

« Alors, qu'est ce qu'il se passe ? J'ai essayé de t'appeler plusieurs fois, quand j'ai su que tu ne venais pas au boulot aujourd'hui, mais ton portable est resté éteint toute la journée, du coup je me suis inquiété. Tu as passé une soirée si fatigante que ça, hier ? »

« Si tu savais... » soupira Marc.

« ça s'est si mal passé que ça ? Tu veux en parler ? »

Non, il n'avait pas vraiment envie d'en parler, mais elle semblait vraiment s'inquiéter pour lui, et peut être qu'elle pourrait lui donner un conseil, ou au moins lui remonter le moral, alors il décida de tout lui raconter.

« Donc, pour résumer, la soirée se passait bien jusqu'à ce que tu l'embrasses, et il semblait même assez réceptif, mais tout à coup il t'a repoussé, c'est ça ? »

« C'est exactement ça. Pourtant, je n'embrasse pas si mal que ça ! » dit-il en essayant de plaisanter.

« ça reste encore à prouver, » le taquina-t-elle.

« Plus sérieusement, ça me fait penser à un truc qu'on m'a raconté. Bon, tu sais bien que je n'aime pas trop les ragots... »

« Toi, ne pas aimer les ragots ? Tu es abonnée à combien de journaux people, rappelle-moi ? »

« ça n'a rien à voir, je ne prends ces journaux que pour les photos, parce que je m'intéresse à la mode. Et puis, on ne parle pas de moi, mais de toi et de Jérôme, et de ce qu'on m'a raconté à son sujet. Sur le coup, je me suis dit que c'était sûrement n'importe quoi, parce que bon, il a l'air bien trop coincé pour que ce soit vrai, mais... »

Elle s'arrêta un moment, hésitante, puis reprit la parole devant le regard impatient de Marc.

« Bon, il faut savoir que c'est Catherine qui m'en a parlé, et tu la connais, quand elle n'est pas au courant de quelque chose, elle a tendance à inventer, mais bon. Elle m'a dit qu'elle avait entendu une discussion dans le bureau du directeur quand Jérôme est arrivé, et apparemment, il serait arrivé dans notre magasin parce qu'il avait eu quelques problèmes dans un autre. Il aurait eu une histoire avec un employé, ça aurait mal tourné, l'autre employé aurait même menacé de porter plainte pour harcèlement sexuel, mais finalement, Jérôme a été muté. »

« Jérôme ? Harcèlement sexuel ? Non, là il doit y avoir une erreur. Si je ne l'avais pas croisé dans un bar l'autre soir, je ne me serais même pas douté qu'il pouvait avoir une vie sociale, sans parler d'une vie sexuelle ! »

« Écoute, je ne fais que répéter ce que j'ai entendu. Et moi aussi, j'ai du mal à y croire, mais si c'est vrai, ça pourrait expliquer qu'il n'ait pas envie de se lancer dans une histoire avec toi. »

« Oui, enfin, je suis pas du genre à accuser quelqu'un comme ça, surtout que pour le coup, celui qui a fait le premier pas en invitant l'autre, c'est moi. Et puis, il ne me reste plus très longtemps à travailler au magasin, je reprends bientôt la fac, et l'année prochaine normalement je devrais faire un stage, donc je ne pourrais pas retourner y travailler... »

« Je sais bien, mais on peut comprendre qu'il soit méfiant, non ? A sa place, moi aussi je ferais attention. Il risque son boulot, et si il se fait virer pour harcèlement sexuel, il risque d'avoir du mal à trouver autre chose après... »

« Sans doute... »

Les deux amis discutèrent ensuite de choses et d'autres, puis Nathalie décida de rentrer, faisant promettre à Marc qu'il viendrait au boulot le lendemain, ou qu'il allumerait son portable si il décidait de rester chez lui.

Le lendemain, au supermarché, Jérôme sembla assez gêné en voyant Marc. Tout au long de la journée, il essaya de l'éviter, ne lui donnant des instructions sur son travail que lorsque cela était absolument nécessaire.

De son côté, Marc ne savait pas vraiment comment réagir non plus. Bien sûr, le blond lui plaisait beaucoup, même avec son côté autoritaire et légèrement coincé, mais il n'avait pas non plus envie de se lancer dans une relation où ce serait à lui de faire tous les efforts. Il avait déjà donné, et ça s'était de toutes façons terminé par une séparation, alors il ne recommencerait pas la même erreur. Si Jérôme était vraiment intéressé, il arrêterait de l'ignorer, et il viendrait lui parler.

D'ailleurs, c'est ce que le blond semblait sur le point de faire, à la fin de la journée. Il était resté au travail plus longtemps, et semblait hésiter avant de partir. En voyant Marc arriver, il fit un pas vers lui, puis sembla changer d'avis et fit brusquement demi-tour en voyant Nathalie arriver et commencer à discuter avec Marc.

Le samedi, la situation ne semblait toujours pas vouloir s'améliorer, au contraire. C'est pourquoi Marc éprouvait encore plus d'appréhension que d'habitude en allant chez ses parents.

Pourtant, la journée se passa plutôt bien : sa sœur avait finalement renoncé à son projet humanitaire, du moins tant qu'elle n'aurait pas fini ses études, et ses parents, soulagés, passèrent une bonne partie du repas à parler de la fête de quartier qui se préparait pour le dimanche suivant. Le seul inconvénient était que Marc, sans trop savoir comment, s'était retrouvé volontaire pour participer à la surveillance des enfants le dimanche. « Après tout, si tu veux devenir prof d'anglais plus tard, il vaut mieux que tu commences dès maintenant à t'occuper des enfants », avait affirmé sa mère.

Le lundi, Marc soupira en se disant qu'il entamait sa dernière semaine de boulot avant la reprise de la fac. Il était à la fois soulagé (travailler dans un supermarché permettait certainement de payer les factures, mais c'était loin d'être le métier de ses rêves), et déçu. Ses collègues allaient lui manquer, et il ne savait toujours pas à quoi s'en tenir avec Jérôme.

Arrivé au mercredi soir, il en avait plus qu'assez : le blond semblait toujours aussi déterminé à l'éviter, mais ne pouvait s'empêcher de le regarder d'un air triste et plein de regrets. Ça commençait à bien faire ! Et puis, il se sentait presque coupable, le soir, quand il voyait Jérôme partir d'un air déçu dès qu'il le voyait avec Nathalie. Il décida donc de prendre les choses en main, et d'aller affronter le blond dans sa tanière. Après tout, il savait dans quel immeuble il habitait, ce n'était pas loin de chez lui, et comme ça, si le blond le rejetait une nouvelle fois, il n'aurait aucun regret.

Ayant pris sa décision, Marc sortit de chez lui, descendit les escaliers en un temps record, et, en ouvrant la porte de son immeuble, tomba sur Jérôme qui visiblement avait eu la même idée.

« Euh, je voulais te voir, mais tu sortais ? C'est pas grave, je vais te laisser, » bafouilla le blond en faisant demi-tour.

Marc le retint par le bras. « Attends, c'est justement chez toi que j'allais. Je pense qu'il faudrait qu'on parle, non ? »

« Oui, c'est justement pour ça que je venais. Je voulais t'expliquer pourquoi j'ai réagi comme ça, l'autre soir. »

« Ok. Tu veux monter ? » proposa Marc.

Jérôme acquiesça, et les deux hommes remontèrent les escaliers en silence. Arrivés en haut, ils semblèrent hésiter un moment, ne sachant pas trop par où commencer.

« Pourquoi... » « Tu sais, je... » dirent-ils en même temps. Marc sourit, et fit signe au blond de commencer.

« Je voulais te dire que je suis vraiment désolé de t'avoir blessé, et que tu n'y es vraiment pour rien, le problème vient de moi. C'est juste que... J'ai déjà eu une mauvaise expérience, et je m'étais promis de ne plus jamais avoir d'histoire avec un collègue... »

« Alors Nat avait raison ? »

« Hein ? »

« Elle m'a dit que tu avais été accusé de harcèlement sexuel, c'est vrai ? »

« C'est un peu plus compliqué que ça, mais en résumé, oui. » Face au silence de Marc, Jérôme expliqua ce qu'il s'était passé.

« En fait, il y a un peu plus d'un an, je bossais dans un autre magasin de la chaîne, et il y a un collègue avec qui j'ai eu une relation. Pour moi, j'envisageais déjà quelque chose de sérieux, parce qu'il me plaisait beaucoup, mais il avait du mal à s'engager plus avec moi, c'était toujours moi qui allait vers lui, qui lui proposait des sorties, ou de se retrouver... Enfin, je pensais juste qu'il avait du mal à s'engager, et bon, ce n'est pas vraiment rare, des mecs qui ont ce type de comportement.

Enfin, ça allait plutôt bien entre nous, jusqu'à ce qu'on nous annonce qu'il y allait y avoir un poste plus intéressant qui allait se libérer. On a postulé tous les deux, et j'ai eu le poste. Au début, je voyais bien qu'il avait été déçu de ne pas avoir été nommé, mais je me suis dit que ça passerait. Seulement, j'ai été convoqué quelques jours plus tard pour un entretien, apparemment il s'était plaint du fait que je l'avais harcelé sexuellement, et que c'était inadmissible qu'on récompense un harceleur en lui offrant une promotion. Je peux te dire que ça m'a fait un choc d'entendre ça. Bien sûr, je me suis défendu, je leur ai expliqué que je ne l'avais forcé à rien du tout, mais ce genre d'histoire, ça ne finit jamais bien, tous mes autres collègues avaient l'air de se méfier, surtout qu'en plus je suis gay, donc je suis forcément un pervers obsédé... Bref, j'ai fini par demander à être muté ailleurs, pour être tranquille. »

« Je suis vraiment désolé de ce qu'il t'est arrivé, crois-moi, mais tu croyais quoi, que moi aussi j'allais te faire un coup pareil ? Tu me prends pour quoi ? »

« Non, je n'ai jamais pensé ça ! C'est juste que... Quand je suis arrivé ici, une des premières choses qu'on m'a faites comprendre, c'est que peu importe ce qu'il s'est passé avant, on me laisse une chance de faire mes preuves, mais au moindre signe qu'il se passe quelque chose de pas très net, on me vire immédiatement. Du coup, je préfère prendre mes distances avec mes collègues, pour éviter de donner l'impression qu'il se passe quoi que ce soit. »

« Mm... Je comprends, mais, c'est pas comme si j'étais vraiment un collègue, après tout, je pars à la fin de la semaine ! »

« Je sais, mais... tant que tu travailles au supermarché, je suis quand même ton supérieur, et si il se passe quoi que ce soit, je risque de me faire virer. »

« Alors, on n'a qu'à ne rien leur dire ? » proposa Marc.

« Ou attendre samedi soir, » contra Jérôme, en souriant.

« C'est vraiment important pour toi ? »

« Je préférerais, oui. Je me sens déjà assez mal à l'aise du fait que tu me plaises, alors si on... enfin, si on allait plus loin maintenant, je suis sûre que tout le monde au boulot s'en rendrait compte immédiatement. Et puis, samedi viendra vite, non ? »

« Si tu insistes, on va attendre. Mais j'ai quand même le droit d'avoir un aperçu ? » demanda le brun en souriant.

Jérôme s'exécuta en souriant et embrassa le brun.

« Mmm... tu es sûr de vouloir attendre samedi ? » Demanda Marc.

« Certain. Et puis, en attendant, on peut toujours... discuter ? »

« Très bien, alors, discutons ! » s'exclama Marc en s'asseyant sur le canapé.

Les deux hommes passèrent le reste de la soirée à discuter, rire, et échanger quelques baisers. Marc avoua à Jérôme qu'il avait menacé de le tuer à coups de litière pour chat, et Jérôme s'excusa pour son comportement 'légèrement' psychorigide. Mais il se justifia en expliquant que le brun lui plaisait beaucoup, et qu'il faisait de son mieux pour le cacher. Il reconnut qu'il avait peut être un peu trop bien réussi. Il avoua également qu'il avait été jaloux de Nathalie, pensant qu'elle et Marc sortaient ensemble, ce qui fit bien rire le brun, qui n'était sorti avec une fille qu'une seule fois, lorsqu'il était au collège et essayait encore de faire comme les copains.

En se séparant, ils se donnèrent rendez-vous pour le samedi soir, chez Jérôme, pour que Marc puisse enfin voir « l'habitat naturel » du blond.

Les jours suivants, au boulot, les deux hommes ne parlèrent que très peu. Ils échangèrent cependant de nombreux sourires et regards complices, communiquant en silence leur impatience commune d'arriver au samedi.

Le samedi soir, Marc avait été entraîné par quelques collègues pour boire un pot, afin de fêter sa « libération », et il arriva donc un peu plus tard que prévu chez Jérôme.

En bas de l'immeuble, il hésita un moment. Il était passé rapidement chez lui prendre une douche et se changer, mais il aurait peut être dû faire un peu plus d'effort au niveau de sa tenue. Le blond était toujours bien habillé, et il craignait qu'un simple t-shirt vert à manches longues et un jean ne lui plaisent pas. Et puis zut, pensa-t-il en appuyant sur la sonnette en bas de l'immeuble. Si je lui plaisais quand j'avais mon uniforme au supermarché, ma tenue de ce soir devrait lui plaire aussi !

Arrivé chez Jérôme, les deux hommes se sentirent étrangement gênés. L'atmosphère détendue et complice des jours précédents avait disparu, laissant place à un sentiment d'anticipation et d'hésitation.

« Tu veux... » « On pourrait... » Encore une fois, les deux hommes avaient parlé en même temps. Cela suffit à les faire rire, et permit de détendre l'atmosphère.

« Tu veux prendre un verre ? » proposa le blond.

« Oui, qu'est ce que tu offres ? »

« J'ai une bouteille de rosé que je viens d'ouvrir, sinon j'ai de la bière, du soho... »

« Un verre de rosé, ça me va très bien, » répondit Marc.

« Assieds-toi sur le canapé, je t'apporte ça tout de suite, » annonça le blond en partant vers la cuisine.

En s'asseyant, Marc en profita pour regarder un peu l'endroit où il se trouvait. Le salon était agréable, avec une grande porte-fenêtre qui donnait probablement sur un balcon. La pièce était bien rangée, et il sourit en voyant le journal, la télécommande et le magazine télé bien rangés sur une table basse. Même chez lui, le blond ne pouvait pas s'empêcher d'être maniaque. A moins qu'il n'ait fait un effort pour ranger son appartement avant qu'il n'arrive ? Si c'était le cas, c'était plutôt bon signe... bien que complètement inutile. Un peu de désordre ne l'avait jamais dérangé, au contraire.

« Et voilà les boissons, » annonça Jérôme en arrivant dans le salon.

« Merci, c'est parfait, » répondit Marc en prenant le verre que son hôte lui tendait.

« Alors, ta dernière journée s'est bien passée ? » demanda Jérôme en s'asseyant.

« Très bien, les collègues m'ont même laissé prendre la tasse de café à la pause. Par contre, j'ai un chef vraiment tyrannique, je ne sais pas si je t'en ai déjà parlé, mais il m'a forcé à travailler jusqu'à la dernière minute, » le taquina Marc.

« Vraiment ? »

« Absolument ! J'ai passé la journée à remettre des articles en rayons, et il s'arrangeait pour me donner à chaque fois les rayons les plus bas, » ajouta Marc en posant son verre vide sur la table basse.

« Je plaide coupable, mais pour ma défense, tu étais absolument irrésistible, quand tu te baissais. Et je peux affirmer que le jean que tu portais t'allait très bien, » rétorqua Jérôme avec un sourire coquin.

« C'est toujours bon à savoir, » dit Marc en posant sa main sur la cuisse du blond. Ce dernier comprit le message, et posa son verre avant d'embrasser le brun.

Marc répondit au baiser avec avidité, caressant d'abord la cuisse de Jérôme, puis glissant sa main sous sa chemise pour effleurer ses abdos. Jérôme émit un grognement puis fit basculer le brun sur le canapé, s'allongeant contre lui, sans cesser de l'embrasser.

Marc gémit, cette position augmentait la friction entre eux, et il pouvait à présent sentir le désir du blond, sentir son corps tout contre le sien. Il commençait à défaire la ceinture du blond quand ce dernier se redressa.

« Non, attends... »

Marc faillit hurler. Il n'allait pas encore lui refaire le coup de la dernière fois ? Mais le blond le rassura rapidement en lui tendant la main pour l'aider à se relever.

« Ma chambre est juste à côté, ce sera quand même plus confortable. Et puis, il y a tout ce qu'il faut là-bas... »

« Mmm... Je n'ai pas besoin de grand chose, juste toi, tes doigts, et... »

Jérôme lui coupa la parole en l'embrassant avant de l'entraîner fermement vers la chambre.

Bien plus tard, les deux hommes se reposaient, enlacés. Marc ne savait pas encore où est ce que cette histoire les emmènerait, mais il était bien décidé à ne pas laisser son blond s'échapper. Après le mal qu'il avait eu à l'attraper, il était hors de question qu'il lui échappe.

Alors qu'il se demandait si il devait risquer de réveiller Jérôme en l'embrassant, une main baladeuse se promenant sur sa cuisse lui fit comprendre que son blond ne dormait pas. En souriant, il approcha son visage du sien pour l'embrasser, et pensa furtivement qu'il serait fatigué le lendemain lorsqu'il devrait s'occuper des gamins pendant la fête de quartier de ses parents. Mais ça en valait bien la peine, non ?