Ténèbres et Lune


Dans une petite pièce sans porte, éclairée par la lune démente et inaccessible, étaient enfermées les ténèbres de ce monde.

Assise sur un tabouret bancal en bois, elle observait le divin astre. Ses long cheveux d'ébène glissaient sur le sol poussiéreux, caressaient ses hanches maigres et son dos osseux pour remonter sur le haut de sa tête. Son visage creux n'exprimait rien que puisse décrire le langage humain, et ses yeux d'un vert trop sombre pour être qualifiés de verts, se perdaient rêveusement dans la contemplation de sa Lune. Elle aussi avait été belle un jour, à présent elle n'était plus qu'un corps vide, celui d'une jeune fille dont l'âme était partie Le rejoindre.

Quel triste destin que d'être l'obscurité de ce monde qui a vu naître son aimé.

Dans une petite cage sans porte, éclairée par les ténèbres vides et inaccessibles, était enfermée la lune de ce monde.

Assis sur le sol crasseux de son sang, les bras cloués aux barreaux par des pieux enchantés, il observait la divine obscurité. Ses cheveux de nacre descendaient sur son torse en une tresse lâche et difforme pour venir s'enrouler sur ses genoux noueux. Son visage balafré n'exprimait que psychose et folie, et ses yeux d'un rouge trop haineux pour être réels, se perdaient rêveusement dans la contemplation de ses Ténèbres. Lui aussi avait été beau un jour, à présent il n'était plus qu'un corps dément, celui d'un Dieu dont l'âme était partie La rejoindre.

Quel triste destin que d'être l'astre de ce monde qui a vu naître son aimée.

Cependant, il existait un endroit où Ténèbres et Lune se retrouvaient chaque nuit: le Chaos.

Paumes contre paumes, front contre front, les yeux dans les yeux et leurs longs cheveux se mélangeant en une représentation parfaite du Yin et du Yang, Ténèbres et Lune se perdaient ensembles dans la contemplation de ce qui leur semblait autrefois inaccessible.

Ils n'étaient plus qu'une jeune fille aux pupilles cerclées d'émeraudes et un Dieu aux prunelles bordées de rubis, séparés par l'unique barrière de la pudeur.

Ainsi le temps filait sur eux, apportant avec lui l'aurore qui les renvoyait chacun dans leurs prisons, isolés par les mille tribus qui peuplaient ces vastes terres.

Puis vint le jour qui les décida, le jour où, pour la première fois, le bourreau oublia Lune et traversa mille lieues pour aller torturer Ténèbres.

Quand cette nuit là ils se retrouvèrent, dos contre dos, les yeux perdus dans le néant, Ténèbres pleurant et Lune rageant, ils incantèrent.

"Puisque ce monde ne veut pas de nous, nous le transformerons en ce Chaos qui nous accepte."

Alors Ténèbres et Lune s'unirent, brisant leur symbiose si parfaite pour ne faire plus qu'un, conduisant ainsi ce monde vers sa fin.

Quel triste destin que celui d'aimer l'être que l'on est censé détruire.


Petit texte inspiré d'une histoire qui se promène dans ma tête depuis quelques années et que j'écrirais peut-être un jour. N'hésitez pas à me laisser vos impressions (critiques, insultes, compliments, tout est accepté).

Que l'inspiration vous embellisse la vie.

Plew A.E