Résumé : Elle était morte, plus rien ne serait pareil... Il lui fallait juste un peu de temps pour réapprendre à vivre.

Particularité : Histoire écrite dans le cadre du 3e message du coin Défis du forum de la Guilde de l'Originale

Des gens me jetaient de drôle de regard, certains moqueurs, certains courroucés. J'en avais rien à faire, même si je les remarquais… J'étais triste et j'en voulais au Soleil d'exister et à ces gens d'y baigner. Dans les films, il pleut quand quelqu'un meurt. J'avais perdu mon amie et le ciel ne voulait même pas pleurer quelques gouttes pour elle. Elle aimait la pluie, elle riait les jours de pluie.

Alors oui, J'avais un parapluie alors que c'était une canicule, et oui, j'avais avec moi un arrosoir vert rempli d'eau alors que j'étais à son enterrement, et oui, j'allais arroser sa tombe! C'est lorsque l'on fait quelque chose du genre qu'on voit qui l'a vraiment connu ou non… et ceux que sa folie ne choquait pas.

Une petite main se glissa dans la mienne, c'était sa jeune sœur. Je m'accroupi vers elle et lui tendis l'arrosoir maintenant qu'à moitié plein. Elle finit ce que j'avais commencé.

Je me réveillai le lendemain matin à moitié mort, comme tous les matins depuis son trépas. Aujourd'hui, il pleuvait, on se serait amusé. Au lieu, je me préparai et partis travailler.

Je ne savais pas encore que quelque chose avait changé en moi, mais je suis sûr que c'était le dernier de ses étranges cadeaux qu'elle me donnait. C'est quelqu'un d'autre qui me permit de remarquer ce changement.

J'étais en pause, mon maigre repas déballé devant moi et attendant que je m'y intéresse. Je regardais plutôt une collègue jouer avec une toupie.

- Wow! Je n'avais jamais réussi à la faire tourner aussi longtemps!

Dès que son exclamation me fit remarquer l'étrangeté de ce fait, la toupie tomba. Ce n'est rien, comme ça, mais à mesure qu'elle relançait la toupie et que celle-ci tombait que lorsque je me déconcentrais, je compris que quelque chose n'était pas normal.

Je ne compris la vérité que quelques semaines plus tard, à force de tentatives et de réflexions. Je pouvais maintenir la rotation qu'effectuaient de petits objets. Je ne pouvais ni la débuter, ni l'accélérer… bref, c'était tout à fait à l'image de mon amie : extraordinaire et tout à fait inutile. Je n'en fis qu'un exécrable passe-temps que je finis par oublier, n'ayant plus la possibilité de me perfectionner.

Un mois s'égraina, cela en faisait maintenant le double qu'elle était morte, c'était une journée de pluie, j'allai donc à sa tombe pour m'y recueillir et lui souhaiter une bonne journée. Sa petite sœur y était, elle resta un moment en silence avant d'éclater en sanglots dans mes bras.

Elle t'aimait, pensai-je, elle t'aimait, mais toi tu es morte. Ses larmes se mêlent à la pluie et mon vêtement dégouline de ces deux choses que tu respectais. Elle crie sa douleur et ton injustice. J'en pleure aussi.

J'ai eu peur qu'elle tombe malade alors nous sommes rentrés dans un restaurant. Nous ne pleurions plus, mais son visage était sombre et perdu à regarder un monde inaccessible pour le commun des mortels. Je n'essayai pas de briser son silence, il était dédié à sa soeur, c'était son hommage.

Après le repas, tandis que nous profitions encore de la chaleur des lieux, je me décidai à la distraire avec l'aide du don que m'avait offert sa sœur. Je sortis une pièce de monnaie que je fis tourner et que je maintins grâce à mon « don ». Elle a doucement regardé le spectacle et elle me sembla déjà bien moins piteuse.

- C'est quoi ton truc?

Le vingt-cinq sous s'aplatit sur la table. Comme la réponse ne l'intéressait pas vraiment, je lui offris une réponse vague :

- Je me concentre.

- Tu peux continuer?

Me supplia-t-elle. Je fis repartir le spectacle.

Ce n'est peut-être pas grand-chose, mais c'était comme une berceuse pour elle, quelque chose à regarder pour un moment oublier et se reposer. Je lui offris cette berceuse. À chaque fois que je la revis, je maintins la rotation d'une toupie qu'elle s'amusait à faire évoluer sur une planche de bois qu'elle inclinait.

Alors, puisque demain existe malgré sa fin, puisque j'ai reçu ce pouvoir qui fait rire sa jeune sœur et puisque cela suffit à m'apaiser, je veux bien vivre un peu pour cela… c'est suffisant, il me semble.