Il était une fois une enfant dont personne ne voulait, une enfant qui aimait ses amies, mon enfant.

Je ne t'avais pas donné naissance, je ne t'avais pas élevée, je t'avais juste trouvée souillant ma tanière de ton sang impur.

Ce jour là il pleuvait et je ne sais toujours pas comment tu es entrée dans ma grotte. Tu étais faible et presque morte mais tu as rassemblé tes dernières forces pour me murmurer:

"_Hé... S... Salut mon gros lézard, t'pourrais pas m'bouffer par hasard?

_Je suis un dragon, humaine! Et pour répondre à ta question: je n'ai pas faim.

_J'le vois bien q... qu't'es un dragon, gros lézard! Crachotais-tu avec quelques perles d'hémoglobine. Mais là t'vois, ben j'vais mourir alors mange-moi... s'il te plait.

_Pourquoi le désires-tu à ce point, humaine?

_Pa'ce que j'suis qu'une salope qu'ils disaient les gens d'mon village. Tu arborais un sourire amère. C'est eux qu'y m'ont tuée... Et t'sais pourquoi, gros lézard?

_Non.

_Pa'ce que j'suis une femme qu'aime les femmes, une impure parmi les impurs.

_Pourquoi ne pas l'avoir caché?

_Caché? T'es marrant pour un lézard! J'en suis fière moi, d'aimer les femmes! Mais quand j'l'ai dit à ma Lawly, el'ma traitée d'putain. Pis les aut' sont arrivés avec des cordes et des torches, voulaient m'brûler qu'y disaient. A... Alors m'suis enfuie jusqu'à toi, gros lézard.

_Pour que je te mange?

_O... Ouais, t'façon j'vais crever dans peu de d'temps.

_Je pourrais te soigner, humaine.

_Surtout pas! J'veux qu'tu m'bouffes tout ce qui m'fait moi. Mon cœur de femme, mon corps de femme, mon âme de femme et ma fierté d'femme. Pis quand t'auras fini, quand j'f'rais plus qu'un avec toi, j'veux qu'tu m'venges. J'veux qu'tu leurs montres qui c'est la pouffiasse née de bâtards!"

Comme tu me l'avais demandé j'ai ouvert la gueule et je t'ai dévorée. Tu puais, avais un sale goût d'immondice comme seuls les humains peuvent en avoir. Malgré tout je n'ai rien laissé de toi et je suis partie en guerre. J'ai brûlé ton village en commençant par cette Lawly, puis j'en ai détruit des milliers et des milliers d'autres. Jusqu'à celui-ci.

Un humain un peu moins bête que les autres m'avais tendu un piège. Et moi folle de rage, je m'étais jetée dedans.

Mais je refuse de me soumettre. Je me débat dans mes cordes, balance ma queue pour arracher les têtes de ceux qui sont derrière moi et fais claquer ma gigantesque mâchoire pour décapiter ceux de devant.

Mais je n'y arrive pas. Je suis si fatiguée de me battre, je voudrais me reposer juste une minute ou bien un siècle. Finalement je me laisse tomber sur le ventre. L'humain stratège s'approche de moi et commence à divaguer:

"_ Ô Dragon, Roi des plaines, pourquoi ainsi raser les villages et tuer les hommes? Ton peuple et le nôtre n'étaient-ils pas en paix?

_Je vous hais, humains. Vous qui avez traité mon enfant de trainée, vous êtes les plus impurs de tous!

_Q... Qui donc aurait pu insulter l'enfant du Roi des plaines?!

_Il y avait une femme agonisant dans ma tanière. Elle avait été chassée par les gens de son village car elle aimait d'autres femmes. Elle m'a suppliée de la manger et de la venger, à présent elle est la chair de ma chair, mon enfant, mon amour et j'obéirai à son dernier soupir!

_Mais nous n'avons rien fait Ô Dragon, n'as-tu pas déjà massacré les fautifs?

_Les fautifs?! La terre entière est coupable, idiot d'humain! Elle est couverte de honte et de préjugés alors je la détruirai!!!"

Oui, même ainsi clouée au sol par de solides cordages et torturée par la douleur lancinante de la mort qui m'appelle, je te vengerai mon enfant. Je briserai cette terre qui t'a dit putain là où tu n'étais que femme et après... Après je vais créer un monde, un monde pour toi.