Delilah n'osa pas ouvrir les yeux. Les cris avaient été insupportables. Le silence était revenu. C'était trop calme à son goût. La musique avait cessé. Il n'y avait plus aucun bruit. Qu'est ce qui se passait ? Elle n'osait toujours pas ouvrir les yeux. Sa fête avait si bien commencé. Qu'est ce qui s'est passé pour que ça devienne aussi silencieux, comme si tout le monde était parti. Les larmes coulaient sans qu'elle s'en rende compte. Il fallait qu'elle ouvre ses yeux. Qu'elle sache se qu'il venait de se passer. Elle avait peur de découvrir ce qu'il y avait sous les yeux. Recroqueviller sur elle-même, elle n'avait pas bougé, trop effrayée par les hurlements. Elle posa la main par terre pour se relever, mais quelque chose d'humide était sur le sol. Se demandant ce que c'était, elle ouvrit enfin les yeux pour voir ce qu'elle venait de toucher. Sa main était devenue rouge. Un liquide rouge l'entourait. Elle leva les yeux pour voir d'où cela venait. Elle poussa un léger cri d'horreur. Ils étaient tous là. Sur le sol. Ce n'était pas possible. Elle referma les yeux, ne voulant pas croire au spectacle qui s'exposait à elle. Elle pleurait et ne pouvait s'arrêter. Elle essayait de reculer, de ne plus être dans cette mare de sang. Un bain de sang s'offrait à elle. Leur sang. Ces amis étaient tous là, sur ce sol. Morts.

Elle resta quelques temps recroqueviller, à pleurer sans qu'il ne se passe quelque chose. Elle ouvrit de nouveau les yeux. Les voir ainsi étaient insupportable. C'est alors qu'elle vit Christopher, de l'autre coté de la salle, les yeux horrifiés. Ils étaient les seuls à avoir été épargnés. Pourquoi eux et pas les autres ? Elle ne comprenait pas ce qui s'était passé. Ce n'était pas possible. Elle voulait se réconforter dans les bras de Christopher mais tout son corps était paralysé par l'horreur qui envahissait la salle.

C'est alors que des bras l'agrippèrent pour l'emmener à la sortie. Elle essayait de se débattre en vain. Elle s'éloignait de Christopher.

Pourquoi ne bougeait-il pas pour l'aider ? Qui l'agrippait comme ça ?

Ses cris naissant se mêlaient à ses pleurs. Elle s'éloignait de Christopher. Une porte vitrée les séparait à présent. Delilah se débattait toujours, mais celui qui la tenait était bien plus fort qu'elle. Une camionnette était là.

Delilah se réveilla en sursaut. Elle pleurait. Encore un flash back. Du moins, elle espérait que ce n'était qu'un mauvais rêve. Mais il semblait aussi réaliste que le précédent qui était un souvenir. Elle ne voulait pas croire à ça. Les yeux écarquillés, les larmes qui coulaient, elle ne voulait pas les refermer, de peur de revoir les corps de ses amis sans vie sur le sol. Elle regarda ses mains. Il n'y avait aucune trace de sang. Sans même qu'elle comprenne, quelqu'un l'avait déjà pris dans ses bras. Elle n'arrivait plus à réfléchir.

Christopher la berçait pour qu'elle cesse de pleurer. Lui-même en avait les larmes aux yeux de la voir ainsi. Elle s'agrippait de désespoir à lui. Les larmes coulaient toujours. Le regard toujours rivé sur le mur face à elle. Elle était en état de choc.

« Ils... Ils sont tous morts, » réussit-elle à dire au bout de quelques dizaines de minutes.

Christopher arrêta de la bercer en entendant ces mots. C'était donc pour cela qu'elle pleurait. Ses souvenirs lui revenaient de plus en plus vite à présent, mais même si elle lui faisait confiance, elle n'avait toujours pas découvert qui il était. Il aurait préféré qu'elle découvre qui il est avant qu'elle ne sache pour le massacre. Les larmes de Delilah avaient cessé. Elle tourna la tête vers Christopher. Elle le regardait dans les yeux, sentant son souffle sur son visage. Ils étaient les seuls à être sain et sauf. Pourquoi ?

« Christopher... Il s'est passé quoi ce jour là ? Cette soirée ? C'est... Pourquoi ? Ils sont vraiment... ? » Elle ne pouvait pas dire une seconde fois le fait qu'ils sont morts.

Il hésita à répondre, mais il ne pouvait plus lui cacher ça : « Oui... Il reste que nous. »

Delilah eut un hoquet d'horreur mais les larmes n'étaient plus là, elle n'en avait plus. Elle revoyait cette scène qui s'était offerte à elle. Son meilleur ami était le plus proche d'elle. Il lui tendait la main comme si elle était la seule à pouvoir le sauver.

« C'est... Pas possible ! Pourquoi ils sont morts ? Il s'est passé quoi ? Ils ont rien fait ? Pourquoi eux ? Pourquoi pas nous ? Christopher ! Pourquoi ? » demanda désespérément en chuchotant.

« Je sais pas... J'te promets, je sais pas... On m'a... » Il s'arrêta au milieu de sa phrase et n'osait plus la regarder dans les yeux.

« Quoi ? On t'a quoi ? » demanda-t-elle. La main sur le visage de Christopher, elle lui tourna doucement la tête pour qu'il la regarde à nouveau. « Il s'est passé quoi Chris... ? »

« On m'a obligé à regarder... »

Christopher la regarda dans les yeux puis se leva et commença à faire les cents pas dans la chambre. Delilah le regardait. Le blanc de la chambre l'éblouissait. Il avait donc vu la scène. Il savait exactement ce qu'il s'était passé. Elle voulait savoir mais ne pouvait pas lui demandé de lui raconter. Ca devait être dur pour lui de se rappeler de ça...

« Ça me hante. C'était horrible. J'étais accroché à une chaise. Quelqu'un me tenait et m'obligeait à regarder. Et toi. » Il s'arrêta pour le regarder. « T'étais au fond de la pièce, en boule, ne voulant ni regarder ni entendre ce qu'il se passait. Ils criaient tous. Ils ont... »

« Qu'est ce qui s'est passé Chris... ? »

« Ils ont été battus à mort... »

Elle le regardait sans vraiment le voir. Les cris de ses amis lui revenaient. Des cris de douleurs. Elle en sursautait. Cela ne pouvait pas être vrai. Ils ne pouvaient pas être... Morts pour rien. Des tremblements la prenaient.

« Pourquoi on a été épargnés ? »dit elle en essayant de contrôler ses tremblements.

« Je sais pas. Du moins... T'as été la plus épargnée de nous... »

« Comment ça ? »

Christopher releva son t-shirt qui laissait paraître de gros hématomes au niveau des côtes. Lui aussi avait été battu. On l'avait obligé à regarder le massacre. Il avait sûrement dû essayer de ne pas y regarder. Ce qui lui a dû ces hématomes. Du moins, c'est ce que pensait Delilah. Et c'était sûrement ce qu'il s'était passé. Elle se leva, s'arrêta près de lui pour frôler de la main ces hématomes. Ils étaient noirs sur sa peau blanche. Elle le toucha légèrement. Il eut un sursaut dû à la douleur.

« Désolée..., » dit elle en retirant sa main.

Christopher lâcha son t-shirt qui recouvra ses hématomes. Il la regardait. Elle regardait ses pieds en sentait son regard posé sur elle, elle leva alors les yeux sur lui. Sa beauté lui semblait de plus en plus attirante. Ce n'était pas la chose à laquelle elle devait penser à ce moment, elle aurait dû penser à ses amis morts alors qu'elle était toujours vivante. Vivante et en train de trouvé attirant un homme dont elle ne se rappelait plus. Peut être que tout ce qu'il lui disait était faux. Peut être que c'était lui qui avait fait ce massacre. Elle n'arrivait pas à se rappeler qui il était pour elle. Mais son attirance pour lui devenait plus forte de jour en jour. Elle se ressaisit et s'éloigna de lui. Le fauteuil était libre, elle en profita pour s'y installait. Le lit lui rappelait ce souvenir. Elle voulait surtout l'oublier. Revenir la vieille et ne pas avoir ce souvenir qui remonte.

« Chris... ? »

« Oui ? »

Les rôles semblaient s'être échangés. Christopher s'était assis sur le lit, alors que Delilah était sur le fauteuil. Malgré cela, Christopher en savait toujours plus sur leur situation que Delilah.

« Ceux qui nous on enfermé ici... Ils ont un rapport avec ce qui s'est passé... ? »

« Oui... c'est eux. »

« C'est d'eux que je dois me méfier ? »

« Oui »

« Je sais pas à quoi ils ressemblent... »

« Tu seras qui ils sont dès que tu les verras. »

« D'accord... » Un léger silence suivit.« Pourquoi... T'es le seul à venir ? Et... T'es où quand t'es pas ici ? »

« Dans une autre chambre. Et ils veulent pas que tu les vois, à ce que j'ai compris... »

« Pourquoi ? »

« Je sais pas... »

Delilah le regarda en silence. Toujours des questions sans réponses. Elle en avait marre d'être dans l'ignorance mais savait qu'elle ne pouvait pas s'en prendre à Christopher. Il avait sa confiance. Il était son rayon de soleil dans cette chambre trop éclairée. Elle ne voulait pas le perdre.