Cet autre jour, lorsque tu m'appelas en pleine nuit...

T'en souvient-il ? Jamais je n'en entendis mot de ta bouche, en dépit de toutes mes attentes – car j'attendais toujours ! sur tes mots sinon promesses de me rappeler bientôt. Le sommeil m'emporta : les seules confidences que j'obtins furent celle de Morphée ; mon téléphone resta vague et muet dans ma paume peinée.

Tu avais bu: faut-il que je te croie trop saoul pour daigner me répondre – jusqu'au lendemain même ? Non, je n'en aurai pas la naïveté. J'ose espérer que tu le sais. Somme toute, c'est Elle qui me fit part des événements inconsciente de mes émois, elle suscitait en moi fureur et mélancolie tandis que je riais faussement de ce qui me touchait à cœur – plutôt que d'en pleurer, ainsi que je l'aurais voulu. Quelle pitié d'en arriver là, que de n'avoir pas droit à tes mots, seulement à tes actes ; bêtes que nous sommes …!

L'imagines-tu ? Voici un an que tout a commencé ; j'y songe souvent, je ne réalise pas. Cela me semble être passé tellement vite ; pourtant, réflexion faite, je ne peux juste ignorer la durée. Parce qu'en ce qui me concerne, c'est considérable ; parce que selon l'humeur, ou le moment, le temps passe différemment. Un An ; un an que j'englobe du regard ce passé qui s'étire, que je nous donne une existence sans pouvoir nous donner aucun nom (un « couple »? Non), un an que je souffre qu'il ne s'étiole, cet amour impromptu.

Qu'il me fut douloureux, cet instant où tu m'as quittée ! (L'appellation est-elle légitime, quand je peux seulement nier le fait que l'on ait été ensemble…? Hélas, plainte irraisonnée) Le calme doucereux fit place à la tempête ; parce que je te forçai à choisir, tu choisis... sans choisir aucunement. L'on ne trouva en moi, je l'avoue, miette de réticence ; j'étais bien trop avide ; j'étais trop bien avide ; mais cette décision que tu ne respectas pas n'était autre que la tienne – la tienne !

Quant à moi – bien loin de me dédouaner – j'ai toujours été Celle qui attendait quelque signe de ta part avant que de pouvoir en émettre un à son tour. Tu revins, et quand bien même « tu ne m'aimais pas », j'en fus tellement heureuse...

Mais moi... Aussi évident que ce fût, te dire que je t'aime ? À l'aune de notre sordide situation, partager mes sentiments me semble si malvenu que c'en est risible : pour la première fois, l'homme que j'aime me le confie également ; manque de chance (et d'opportunités, faut-il croire), il est en couple avec Elle, depuis plus de cinq ans. N'est-ce pas ridicule – et pitoyable par ailleurs ?

Vois-tu, je m'étais faite à l'habitude de notre existence ; me résigner à n'être qu'un fantasme m'apparaissait convenable. Puisqu'il ne s'agissait que de cela, c'était moins dur que d'en attendre quoi que ce fût. Ainsi murée dans le silence et la solitude, j'appréhendais le futur d'une façon moins complexe – et moins douloureuse, surtout. Ton départ devenait une opportunité en vue du calme auquel j'aspirais tant il ne me restait alors qu'à jouir du temps présent, apaisement curieux dont je profitais avec désinvolture – non, détachement.

Ne t'y trompe pas – j'aime être avec toi. Mais entre nous n'existait qu'un tourbillon hasardeux de passion, pensées et vague à l'âme ; et si j'ai préféré voir ce nous comme un jeu, je n'ai en revanche jamais, jamais joué. Ignorer tout ce que l'on savait être douteux (tout du moins le feindre !) nous était nécessaire ; et je l'ai fait parce que malgré tout je pouvais profiter de toi et retarder l'échéance. Et puis – ça en valait la peine.

Précautions inutiles, cela va sans dire, balayées par si peu ; quelques mots dont je connais l'importance, mais qui, de ta bouche, ne sont vraisemblablement que quelques mots de plus.

T'entendre me dire que tu m'aimes me blessa amèrement ; (Est-ce donc ce que l'on est en droit d'attendre d'une déclaration ? Je ne pense pas.) parce malgré tout, ce ne sera jamais assez.

Tes mots affleurent mon esprit à l'image d'un cheveu sur la soupe : incongrus, inopportuns. Le bon moment – si tant est qu'il y en eut un – s'est évanoui voici longtemps ; il ne survécut pas à la crise estivale. Je te vis retourner dans ta petite vie bien rangée ; l'événement me resta en travers de la gorge pour ne me laisser qu'un bien étrange goût d'amertume. Occasion manquée... Ni plus, ni moins. Que viens-je faire dans tout cela ? Que suis-je sinon ces quelques mots dans l'ombre d'un bois … ?

« Je t'aime ».

Pour être franche, je ne m'y attendais pas ; je ne les attendais pas, ces quelques mots expirés dans l'ombre d'un cliché, alors que nous faisions l'amour. (J'en ris, parfois.) Pourquoi ce secret m'incombe-t-il la veille de ton départ ? Il ne s'agit pas de partir en voyage pour trois ou six mois non, c'est bien plus que cela ; partir. Tes projets, ta vie, je pense avoir saisi qu'ils se feront sans moi. Comment dès lors puis-je rester détachée par rapport à toi, à... tout ? Je pouvais me faire à l'idée de n'être qu'un hors d'œuvre tous les deux mois ; cependant, j'ai désormais du mal à encaisser.

Je n'ai pas de nouvelles depuis ton départ ; le mélange des sentiments me rend furieuse, contre moi même avant tout. Tu me manques : je ne le supporte pas. Cependant, je n'arrive pas à faire le vide, et à t'exclure de mon esprit comme tu sembles le faire si bien. Jouons-nous avec le temps ? Le feu ne nous suffit-il plus, tourmentés par les ans ? Car j'angoisse devant les vides ; ces creux du temps lorsque je cherche de quoi m'occuper et que, pour mon malheur, je trouve quelqu'un auquel ne pas penser. Vicieux ; cet enfoiré de temps passe lentement lorsqu'on a peu à faire et beaucoup à ressasser.

Tu me manques, c'est indiscutable ; il me le faut bien dire, de toutes mes divagations éparses, c'est presque la plus sincère.

Le problème étant que ta présence est nulle mais que tes mots sont là, je vais tâcher d'ignorer tes paroles, celles-là mêmes que j'ai tant désirées et qui me hantent aujourd'hui.

Retour à la case départ ; comme si tu n'existais plus.

Sauf dans ma tête.