Si sinistre fût la mélancolie du rossignol dans cette nuit d'ombre et de glace. Les yeux de Daichi s'agrandirent, et il devint muet. Avant qu'il aie pu même réagir, le moment tant redouté se présenta comme une mort à la fois attendue et surprenante. Des pas résonnèrent dans le couloirs – des pas bien trop légers pour être ceux de son épouse revenant au bercail. Elle n'était pas là. Elle devait être déjà morte. Ou cela faisait peut-être partie de leur plans... Oui, cela devait être arrangé. Elle n'était pas partie pour rien. Ils allaient la tuer, elle aussi... Et tous les autres...

« Pitié, épargnez-la... »

La silhouette féminine qui aurait pu être si désirée lui apporta cette nuit aucun plaisir mais seulement la mort. Beauté fatale.

« Tu en sais trop, Daichi. C'est bien dommage. Vous auriez pu être heureux... »

Mizuki éclata d'un rire sombre et malsain, dirigeant la pointe d'une très fine lame vers la gorge de Daichi, des capsules de poison à la main.

« Reste bien silencieux, tout ira bien. Tu ne voudrais pas que j'aie à la tuer elle aussi, non ? Ne t'inquiète pas... Tu n'auras même pas mal... »

Elle allait survivre. Il était prêt à mourir, maintenant – elle était en sécurité. C'était tout ce qu'il voulait.

C'est ce moment que je choisis pour faire irruption dans la chambre et me précipiter vers les deux hommes. La peur glaça mes veines quand je reconnus Mizuki, lui et son attirail d'assassin dont il savait très probablement se servir. Du coup, la chaleur de Haru me manqua grandement, mais je ne pouvais plus faire marche arrière.

« Hoho... Et sa petite copine vient aussi ? Que vous êtes idiote, dame Ashiya... Si vous étiez restée sagement dans les bras de votre amant, vous n'auriez pas eu à voir votre mari mourir... Ni à mourir vous même par la suite. »

Je ne franchit pas, résignée.

« De toute façon, vous seriez morte quoi qu'il arrive. Yuu aurait fini par vous tuer lorsque vous auriez aussi appris la vérité... »

« Quelle vérité... ? »

Les mots restaient coincés dans ma gorge tant j'avais peur.

« Vous n'êtes pas en état de poser des questions, dame Ashiya. »

« Toi non plus, Mizuki. »

Avec horreur, j'observai le regard de Mizuki se révulser tranquillement, le cliquetis de l'aiguille au sol et la fontaine écarlate qui coulait en rideau vermeil sur son torse, d'où apparaissait la pointe ensanglantée d'un sabre.

Je me lançai dans les bras de Haru.

Comment Haru avait réussi à se glisser derrière Mizuki à l'insu de tous, et comment Daichi avait fini par quand même perdre la vie, personne ne le sût jamais. Ce qui se passa cette nuit là, je ne saurais l'expliquer, mais sous la douceur et la chaleur des mains et des lèvres de Haru, j'ai fini par tout oublier, l'espace d'une longue nuit.

Et le lendemain, il n'y avait plus que moi, mon deuil, un amant passionné, et un ardent désir de vengeance, de liberté, et surtout, de vérité.

FIN