Yo ! Chapitre court, je l'avoue, mais il m'aurait semblé superficiel si j'avais tenté de l'allonger... Bonne lecture à tous !

J'avais déjà fait un premier petit schéma des relations de mes sept personnages avant même l'écriture du second chapitre, et déjà à cet instant, je trouvais que ça partait en couille. Et maintenant, alors que j'ai 11 chapitres en version définitives, je dois vous avouer que seul Paul reste bien comme il faut fidèle à un seul homme.

Nan mais genre Rubens, tu te demandes, si y'avait pas eu Paul, combien des cinq mecs restant il se serait tapé (déjà Shah, de sûr, qu'est-ce qu'il le voulait lui ;) )

Dans ce schéma y'a des flèches de partout. Entre les : relations sexuelles, relations de couples, amours à sens uniques et légère inclination, chaque personnages a déjà birfuqué entre au moins 2 ou 3 autres mecs.

Enfin bref, je raconte un peu de la merde, en lisant l'histoire complète vous comprendrez certainement mieux que ce que je suis en train de vous écrire HAHA

Prochain chapitre : Orphée refait son apparition (il va rester longtemps par la suite celui-là, je dirais même que c'est lui qui bouste réellement la clotûre de cette histoire)


YGGDRASIL - Chapitre 6

Shah X Elie

Tandis que la respiration régulière d'Elie endormi à ses côtés sembla un temps l'apaiser, Shah n'y tint plus. Il sortit de son sac son ordinateur portable et le posa sur ses genoux de telle sorte que, aucun mouvement ne puisse le réveiller. Shah avait senti le besoin de mettre sous forme de phrases l'expression de ces yeux, de cette silhouette qui l'obsédait, seul moyen qu'il connaissait pour ne pas sombrer dans les ténèbres de ces pensées. Il avait besoin de mots et d'adjectifs pour qualifier les sensations et les émotions que lui procurait cet homme, uniquement cet homme qui semblait ne vivre plus que dans ses fantasmes - quand bien même il l'aurait recroisé, qu'il n'aurait sut comment l'aborder - il fallait qu'il exprime ce qu'il ressentait. Il espérait ainsi s'en trouver apaisé.

Celui-ci n'était pas reparu à l'Yggdrasil depuis cette fameuse nuit où Shah l'avait intentionnellement ignoré. Il n'avait tout d'abord pas voulu se servir d'Elie pour cela mais la chose était si tentante. Luca l'avait fixé sans relâche et, tout ce qu'avait voulu Shah était que celui-ci vienne le voir, qu'il vienne le saluer, qu'il vienne lui proposer de passer la soirée ensemble. L'écrivain n'était qu'un de ses nombreux clients, il avait donc crut bon de rester à sa place et d'attendre qu'il approche de lui-même.

Toutefois, celui-ci était resté au bar et lorsque Shah s'était amusé à flirter avec le jeune hyppie, da façon purement enfantine, il s'était alors brusquement levé et avait rejoint un homme entre deux âges, un homme tout simplement écœurant. Non pas dans le sens où cet homme se trouvait être moche, vieux, sale, non, dans le sens où cet homme, oui, cet homme-là, si banal et si peu charismatique allait lui aussi avoir la chance de toucher cette peau, cette peau qui aurait dû n'appartenir qu'à lui.

Elie bougea dans son sommeil, sa tête se colla entre le coussin et l'épaule de l'écrivain. Celui-ci décida d'un tantinet se décaler, afin que la chaleur du corps de son compagnon ne vienne pas l'étouffer. Il se trouva alors au bord du lit et se demanda, idiotement, quelle sorte de lit Luca pourrait-il bien avoir ? Quelle couleur de draps ? Noirs, sûrement. Il se l'imagina ensuite, entièrement nue drapé dans des draps de soie et dû alors se battre intérieurement pour changer des images défilant en boucles.

Il se sentait perdu et honteusement naïf. Comment avait-il pu tomber aussi bas ? Lui vint alors l'idée de faire une liste : 1) tomber sous le charme d'un parfait inconnu, 2) baiser avec lui contre du fric, 3) espérer le revoir. Avait-il perdu l'esprit ? Il souffla longuement avant de rabattre l'une des mèches de cheveux qui lui était tombée sur les yeux. Son regard se posa à nouveau sur le corps élancé d'Elie, sur cette peau laiteuse qu'il avait redécouverte la nuit précédente, cette peau qui n'était cependant pas celle qu'il désirait. Leur conversation d'hier avait été écourté. Certes Shah n'avait pas osé s'attarder là-dessus avec un mec qu'il fréquentait de façon si désinvolte, toutefois, il s'était aperçu que celui-ci ne sentait pas tout à fait bien non plus. Il avait voulu lui en demander la cause mais il s'était abstenu. Quelque chose lui avait soufflé de ne rien espérer de lui, de ne pas rechercher des réponses là où il n'aurait pas voulu qu'il y en ait.

Parfois, lorsqu'il pensait à Elie, de façon anodine, à n'importe quel instant de n'importe qu'elle journée, une question lui revenait en boucle, elle semblait l'obséder : pourrait-il éprouver des sentiments assez sincères pour qu'ils envisagent une vie de couple ? Shah avait envie de se poser et pour y parvenir, il ne voyait que l'attachement qu'il avait pour le jeune homme. Néanmoins, ce dernier n'était encore que lycéen et ne semblait parfais ne rien ressentir pour lui. Camouflait-il si fabuleusement ses sentiments ? N'en avait-il rien à faire d'un merdique écrivain vagabond, deux termes prouvant à quiconque qu'il aurait fallut qu'il se fasse entretenir.

Shah ricana, éteignit son ordinateur peu de temps après s'être relevé du lit. 1) il chuchotait à l'oreille d'Elie qu'il s'en aller. 2) il laissait un mot près du lit ou dans la cuisine. 3) il partait sur la pointe des pieds, ne lui envoyant ensuite aucun message. Il choisit la troisième proposition, sortit de l'appartement et entreprit la route le menant jusqu'à un endroit où il aurait voulu être.

~ … ~

Quelques semaines auparavant, flâner dans les rues avant que l'aube ne vienne pointer son nez lui aurait paru inconcevable. Shah avait toujours apprécié les longues matinées où seul le sommeil semblait diriger son corps. Il se levait, éteignait son réveil et ce qu'il appréciait le plus était de se laisser aller sur un coussin, de tomber à la renverse. Il pensait qu'ainsi il pourrait à nouveau plonger dans ses rêves, qu'ainsi il pouvait retrouver cette torpeur qui le reposait tant. Mais dorénavant, même le fait de fermer l'œil ne l'intéressait plus. Dès que cela se produisait, l'image d'une unique silhouette venait investir ses esprits, de sorte qu'il ne puisse plus penser qu'à lui, de sorte que la fatigue ne puisse même plus combler le fait que cet être ne semblait plus vouloir s'adresser à lui.

Il avait avec cette offre, désespérément, dans l'espoir que Luca s'intéresse un tantinet à lui, qu'il se souvienne leur nuit et décide que, parmi tous ces hommes entre deux âges qu'il se tapait, Shah n'était finalement pas si mal. Néanmoins, l'écrivain, sur ce cops, se trouvait bien trop con. Luca avait pendant quelques temps arrêter d'errer à l'Yggdrasil et, lorsqu'il était enfin reparu, il n'avait pas même daigné échanger avec lui ne serait-ce qu'un regard. Shah était alors allé chez Elie, seule personne acceptant de le réconforter, de lui donner un toit et un moyen d'évasion lorsqu'il n'allait pas bien. Car oui, c'était le cas de le dire, cette relation d'un soir ainsi que le fait d'avoir dû payer pour besoin l'homme qui le fascinait lui avait foutu un énorme coup au moral.

Shah ne s'était jamais senti aussi idiot. Payer, baiser, être ignoré. Jolie tournure lorsque vous croyiez tellement au fait que la personne pour succomber. Et bien non, Shah n'avait été qu'un idiot fini. Il s'en était mordu les doigts.

Deux semaines étaient passées depuis lors et, chaque soir, il redoutait encore de le croiser à l'Yggdrasil. Le voir lui faisait bien plus mal que simplement penser jour et nuit à lui, toutefois, il ne pouvait se résoudre à quitter ce bar, et Rubens par la même occasion, pour un homme qui, de toute façon, n'en avait rien à faire de lui. Il y retournait donc chaque soir. Quand il n'était pas là, il passait sa soirée à l'attendre, en vain, et alors, il se morfondait devant son ordinateur. Quand il était là, il l'observait en biais jusqu'à ce qu'il choisisse un client et quitte le lieu sans un regard, c'était à ces instants là que cette douleur dans sa poitrine était la plus intense. La jalousie semblait le brûler à petit feu, tout en sachant qu'il ne pouvait en vouloir à ces hommes qui, comme lui, avaient payer pour quelques instants auprès de cet être sublime.

Il souffla, se roula une cigarette avant de poser son regard sur l'horizon. L'arrivée du soleil offrait toute une palette de couleur lui rappelant les vêtements d'Elie, de cet homme qu'il avait laissé comme une grosse merde. Oui, "une grosse merde", c'était le cas de le dire. Bien entendu que l'écrivain s'en voulait de réagir ainsi face à celui qui était le seul à s'intéresser à lui, mais il ne pouvait se résoudre à laisser Elie tomber amoureux de lui. Certes, il aurait tant adoré se mettre en couple, savourer le fait de toujours retrouver le même homme, de développer une nouvelle sorte de relation, de ne plus être l'incarnation de la solitude. Cependant, Elie était jeune, intelligent, effroyablement naïf et gentil. Et de la gentillesse, il s'était interdit d'en profiter à nouveau.

Avant de trouver cette ville, il avait connu quelqu'un qui l'avait hébergé pendant un trimestre. Il l'avait nourri, logé, blanchi et Shah n'avait rien trouvé de mieux à faire que s'en aller, sans laisser de mot, sans répondre à ses appels, ni ne serait-ce que l'avoir remercié. Il en avait juste eu marre, du jour au lendemain, de ce train-train quotidien, de cet homme qui acceptait chacune de ses demandes, qui le dorlotait tant que seul un sentiment de dégoût l'emplissait lorsqu'il repensait à Marc. Marc qu'il avait abandonné pour leur bien à tout deux. Marc qui aurait dû se trouver un mec n'ayant pas une seule seconde pensé à profiter de la situation.

Il s'en voulait. Il n'avait plus ni son numéro de portable, ni son adresse en tête. Ni même l'envie de retourner dans cette ville. Il l'avait purement et simplement abandonné, au grés de son propre égoïsme. Et finalement, tout ce qu'il avait appris de ceci était qu'il ne voulait pas faire subir cela à une autre personne. Alors il rejetait Elie lorsqu'il en avait l'occasion, ne pouvant cependant pas, tirer définitivement un trait sur leur relation. Il se savait mesquin, salaud, irrémédiablement obstiné lorsqu'il s'agissait de ne pas se retrouver seul.

Il alluma son ordinateur, vit qu'il lui restait une heure de charge et décida décrire ce qu'il ressentait, comme à son habitude. Ironiquement, il se fit la remarque qu'il pourrait un faire un livre, qu'il pourrait rassembler en un seul et unique texte ses sentiments pour Elie, ceux pour Luca et que peut-être ainsi il comprendrait où il en était avec chacun d'eux.

Il choisit également de donner rendez-vous à Elie, le soir-même, à l'Yggdrasil. Pourquoi ? Il ne le savait pas trop.

~ … ~

Elie s'en était voulu de s'être endormi après leurs ébats. Il savait que lorsqu'il se réveillerait, il se retrouverait bien trop seul dans ce lit deux place. Il comprenait que Shah ne veuille passer la nuit ici, puisqu'ils n'étaient pas ensemble et que l'être signifierait se réveiller dans les bras de l'autre, partager une brosse à dent, emprunter des fringues, des clopes, tout un tas de pratiques qu'il n'aurait pu accomplir avec un homme tel que Shah.

D'un geste brutal, il écarta ses couvertures qui l'avait fait transpirer durant la nuit et alla se passer de l'eau sur le visage. Ses yeux étaient définitivement rouges, les veines semblaient accaparer le regard. Toutefois, pour une fois, ses cernes ne se trouvaient pas être aussi violacé que d'habitude. Il se dit qu'aujourd'hui, il n'aurait pas une tête de tox' lorsqu'il arpenterait les rues de la ville avant d'aller en cours.

D'ailleurs, des cours, il venait seulement de s'en souvenir. Il courut jusqu'à sa chambre afin de retrouver son portable et d'y regarder l'heure. Il dû s'y reprendre à cinq fois avant de le trouver, dans l'un des plis de ses trois couvertures et de ses sept coussins - son lit se devait d'être le lieu le plus confortable de son appartement. Il apprit donc qu'il lui restait bien une heure avant le début des cours de l'après-midi et décida de prendre un bain - deuxième lieu de l'appartement devant être confortable.

Lorsque, enfin, il sortit de chez lui, un petit stick aux lèvres afin de se remettre en forme et d'avoir les idées claires, il reçut ce genre d'sms qui vous égayait toute une journée. Sa décision était prise, ce soir, naïvement, il aurait le retrouver à l'Yggdrasil.

~ … ~

— Désolé pour ce matin. Ils ne firent que se serrer la main lorsqu'ils se virent. Elie s'installa, comme ce qui était devenu une habitude, face à l'écrivain à l'ordinateur portable, ordinateur que Shah mit, pour une fois, en veille. Après cela, Shah lui commanda une de ses liqueurs vertes dont il raffolait tant, dans l'espoir de convertir son jeune sex-friend, quoique, se dit machinalement Shah, ils n'étaient peut-être pas amis en fin de compte.

La conversation alla bon train. Elie n'osa pas trop lui raconter sa journée, comme Shah d'ailleurs : qui aurait voulu parler de sa banale journée de lycéen à un homme qui vous prenait certainement pour un gamin, et qui aurait voulu parler de sa banale journée de vagabondage à ne penser à rien d'autre qu'à la personne qu'il avait payé pour baiser. Ils se turent donc lorsque vint les questions se portant sur le quotidien, conversation qu'Elie relança en discutant du dernier roman qu'il avait lu.

En vérité, ils n'avaient jamais vraiment sut de quoi discuter avec l'autre. Ils savaient tout deux qu'ils n'étaient bon, ensemble, que pour le sexe, qu'il ne semblait rien y avoir qu'ils puissent partager. Aucune anecdote, aucun lieu visité, aucun goût commun autres que les livres, les films, la musique et l'art. Que des sujets banals, inutiles, approfondissent le malaise entre eux. Toutefois, quelques fois, ils se demandaient si sortir avec l'autre serait une bonne idée. Ils souhaitaient se voiler la face, ne voir que ce qui était intéressant dans leur relation.

— Au fait, où sont les toilettes ? le questionna Elie, alors qu'il finissait l'engloutissement de sa Chartreuse.

Bien entendu, aucun des deux ne se seraient attendus, à l'instant où ils se séparaient, revoir la personne, celle qui, en réalité, rongeait leur coeur.

~ … ~

Elie ouvrit la porte menant aux toilettes pour hommes et quelle ne fut pas sa surprise d'y découvrir, de l'autre côté, les dreads qui avait fait, qu'un jour, il tombât sous le charme d'un certain Zillah, son ancien camarade de classe. Celui-ci stoppa ses activités, ils ne surent tout d'abord comment réagir avant que, instinctivement, Elie en vienne à coller ses lèvres aux siennes. Zillah repoussa ces mains qui s'agrippaient désespérement au col de son tee-shirt.

— Que... ?

Elie se fit alors plus avenant. C'était si bon de le revoir, lui, et d'enfin espérer qu'ils dépassent le stade de simples relations sexuelles dans un parc. Elie tenta à nouveau de l'imobiliser, mais ce fut au tour de Zillah de le plaquer contre la vasque des lavabos. Il ne ressentit tout d'abord pas la douleur se propageant dans le bas de son dos, trop désireux de profiter de ses lèvres, de leurs goûts, de leurs textures. Tout ceci l'avait tant manqué. Et, alors qu'il allait lui proposer d'entrer dans l'un des cabinets, puisque Zillah s'évertuait déjà à dégrafer son pantalon, ce fut pourtant lui qui mit à terme à leurs étreintes.

— On ne peut pas... murmura-t-il tout en reprenant son souffle. Elie n'avait de yeux que pour ces lèvres rosies après qu'ils les aient mordillées, que par leur aspect légèrement brillant après qu'il y ait déposé sa salive.

— Pour... pourquoi ? Tu en as envie, et moi aussi...

Suivant les gestes à la parole, Elie entra brusquement sa main dans le pantalon de son vis-à-vis, encerclant par la même occasion ce membre qu'il désirait sentir en lui. Zillah, visiblement troublé, le repoussa à nouveau.

— Elie, tu n'as pas réussi à comprendre que je t'aimais. Il est trop tard maintenant.

Le hyppie parut tout d'abord décontenancé, avant de repartir à la charge. Toutefois, Zillah romput définitivement tout contact physique entre eux. Il s'approcha à reculon de la porte menant au brouhaha du bar, le visage étonnament fermé.

— Je t'avais dis que je n'avais plus ce temps, mais tu ne m'as pas écouté. Elie, lorsque je t'ai quitté, ce n'est pas parce que je ne voulais plus de toi.

— Et bien pourquoi alors ? ne put-il s'empêcher de rétorquer, piqué au vif.

— Je venais de sortir de l'hôpital. On m'a dit que j'allais mourir, alors je t'ai quitté pour que tu n'ais pas à vivre cela. Et maintenant, cela fait bien plus d'un an que j'attends. Mes jours sont comptés. Je ne peux plus jouer avec toi.

— Zi-... ! voulut-il s'exclamer, mais celui-ci était déjà sorti des toilettes. Il voulut le suivre, mais ne le trouva plus. Lorsqu'il revint au bar, Shah se trouvait être en compagnie d'un homme. Elie quitta le bar à la dérobée, les images de leurs altercations défilants dans son esprit, étouffant presque celles de Shah avec un autre.

Il souffla longuement, quelques mètres plus loin et décida de s'arrêter dans ce fameux parc.

~ … ~

Shah remit son ordinateur en marche et quelle ne fut pas sa surprise de voir Luca passer la porte du bar. Il crut tout d'abord qu'il hallucinait, puisqu'il passait tellement de temps à penser à lui qu'il aurait pu être évident qu'il s'imagine cette scène. Toutefois, dans ses pensées, Luca était irrémédiablement froid et distant, alors pourquoi, là, près de l'entrée, leurs regards se croisèrent ? Ces deux jours consécutifs où il avait enfin pu se rapprocher de lui s'étaient soldés par une sordide ignorance de la part de l'homme aux cheveux sombres. Il ne l'avait plus regardé. Il n'avait plus existé pour lui. Alors pourquoi ? Alors pourquoi, déjà, Shah se dirigeait vers lui ?

Il ne put réfrener ses pas et, tout deux, ils s'assirent au bar.

Shah croisa le regard interloqué de Rubens et ignorant celui-ci, commanda pour tous les deux. Luca ne le regarda pas, ne le remercia pas lorsque Rubens déposa un verre face à lui. Il ne lui parla pas, ne fit que siroter quelques gorgées.

L'écrivain en profita pour détailler à nouveau ce profil. Image devenue floue et retravaillée à force de ne l'avoir vu plus qu'en souvenir, Shah retraça l'arrête de son nez, la forme des ses sourcils, la façon dont ses longs cils noirs semblaient balayer l'espace lorsqu'il clignait les yeux, cette pupille irrémédiablement sombre, opaque, profonde. Il voulut s'adresser à lui mais se résigna instanément lorsque, tout à coup, Luca plongea son regard dans le sien. Il en perdit ses mots, seule cette image de beauté, de luxure submergea toutes ses pensées.

— Pourquoi ? murmura soudain l'homme aux cheveux noirs.

Shah ne comprit pas, cela se lut sur son visage, Luca lui offrit un léger retroussement de lèvres.

— Pourquoi n'est-ce pas toi ? continua-t-il pourtant. Dans la foulée, il prit son verre et le finit cul-sec avant de se relever et de signifier à l'écrivain qu'il fallait qu'il le suive. Celui-ci, bien trop heureux de la tournure que prenait les événements alla récupèrer son ordinateur et le suivit, sans un mot.

~ … ~

Shah se retira de la couverture posée sur eux, sans pour autant quitter la chambre. Il s'assit sur l'une des chaises se trouvant dans la pièce et s'amusa à détailler les formes de Luca à travers le tissus.

— As-tu compris que je ne pouvais pas t'aimer ? lui susurra soudain Luca, décidant de s'asseoir lui aussi.

Shah acquiesça et vit, par la même occasion, que Luca ne pouvait s'empêcher de fixer cette nudité qu'arborait l'écrivain, jambes croisées, les deux bras posés sur les accoudoirs de la chaise.

— Je ne m'excuserai pas pour cela. Je ne peux juste pas contrôler mes sentiments.

— Mais tu peux contrôler ton corps. N'offrir ton corps qu'à une seule personne pourrait peut-être te le faire oublier.

— Cela n'est pas si simple, Shah. Mes sentiments me consument, il me déteste et pourtant ce ne peut être que lui.

— Luca, moi non plus je ne t'aime pas, on pourrait tout de même essayer.

Ils savaient tout deux que Shah mentait, mais, à cet instant, il leur était préférable d'y croire.

— Je ne pourrais pas. Mais, si tu restes avec moi, je quitterai tous les autres.

L'écrivain ne savait pas trop s'il devait y croire toutefois, l'atmosphère tamisée de la pièce, cette sombre aura qui semblait les encercler, ainsi que ces confidences, uniques, intimes, lui faisait penser, qu'enfin, il avait percé à jour l'homme sous la carapace, le véritable Luca sous l'image de l'homme enjôleur.

— Ne me promets rien, lui répondit alors Shah. Tentons uniquement de rester ensemble.

Luca se leva, alla s'asseoir sur les cuisses de l'écrivain avant de déposer ses lèvres dans son cou.

~ … ~

"Mes jours sont comptés." Elie comprenait que ce n'était pas le genre de phrases dites à la légère, pas même lorsque l'on voudrait rompre tout lien avec l'un de ses ex. Sa poitrine se serra, il entamait son second bedo. Shah n'avait pas répondu à son message. Il se retrouvait là, seul, dans ce parc qui avait abrité, entre les feuillages ry plantes à demi-sauvages, l'une de ses ruptures puis la fois où Zillah l'avait pris. Rien que de penser à son nom lui donnait envie de vomir, de recracher cette bile noire, de recracher toutes ces pensées qui l'accablait et tournaient en boucle dans sa tête. Il avait beau analyser chacune des phrases de Zillah, chacun de ses mots, il semblait passer à travers eux, ne plus rien comprendre, ne plus rien interpréter. Il se sentait perdu, anéanti, désespérement vide, définitivement idiot.

Il crut qu'en se concentrant sur les ronds qu'il créait avec la fumée qu'il expirait lui ferait, un tant soit peu, oublier la vision de ce corps qu'il avait voulu, de cette bouche qui l'avait rejeté, de cet être qui, bientôt, n'existera plus que dans ses souvenirs.