Mmh… Presque deux ans pour ajouter le premier chapitre… J'en ai encore 4 en réserve en français en fait mais le travail de traduction est laborieux et comme je veux mettre à jour la version anglaise et la française en même temps, ça prends du temps !

Je n'abandonnerais pas !


Chapitre I – Adieu

– Allez ! Encore deux dernières et c'est fini ! S'impatienta Millie tendis qu'une brise ébouriffait ses cheveux.

Sarah Wise n'en croyait pas ses oreilles. Comment pouvait-elle considérer des connaissances botaniques comme indispensables à sa culture générale ? Sarah avait dix-sept ans et venait de la banlieue Londonienne elle y était née et avait déménagé en Irlande avec ses parents et ses quatre frères il y a quatre ans. Elle allait au lycée public, ne s'habillait que rarement en jupe, détestait les légumes verts et était très dépendante d'Internet. Seule sa meilleure amie, Millie O'Shane pouvait la tirer du monde cybernétique dans lequel elle vivait. Peu sociable et se trouvant tant de défauts physiques dans ses cheveux roux et ses yeux verts émeraude, Sarah fuyait la gent masculine ou tout autre groupement social du monde réel.

– Dis-moi juste ce que tu penses que c'est.

Voilà très exactement ce que Millie lui avait demandé pendant presque deux heures : De lui énoncer le nom et les vertus de diverses plantes qu'elle lui avait présentées. Millie O'Shane était née et avait grandi ces dix-sept dernières années en Irlande. Elle allait au même lycée public que Sarah, aimait tout ce qui touchait à la nature et aux animaux, portait toujours des vêtements noirs, dont bien souvent des robes à volants et dentelles, contrastant violemment avec ses yeux bleus pâle et qui lui avait donné sa réputation de marginale. Elle se consolait de son manque de vie sociale en se disant que peu comprendraient son intérêt pour la wicca la magie que certains disent héritée d'un peuple préceltique. C'était tout ce que Sarah en savait.

En toute honnêteté, Sarah n'avait que faire de ce genre de choses.

– Millie ? Tu penses qu'on va avoir des résultats suffisants à nos examens ? J'aimerais bien pouvoir profiter des vacances pour changer.

– Je croyais que tu ne travaillais pas cet été ?

Millie agitait toujours sa plante avec une mine boudeuse.

– Nan, je ne veux pas travailler mais je dois chercher quelque-chose pour l'année prochaine.

– Pas d'université en vue ?

– Cain redouble encore donc on est un peu à court d'argent. Soupira Sarah.

Etant d'une famille nombreuse, ses parents n'avaient pas de quoi lui payer d'études pour le moment, surtout avec l'ainé doublant une nouvelle fois ses classes. Le second, Ephrem, s'était engagé dans l'armée et toute la famille se faisait du souci pour lui. Quant aux deux autres, Joshua et John, leurs études étaient en cours.

– Tu sais dans quelle faculté aller ? Demanda Millie.

– Je ne suis pas sûre. J'aurais rejoindre le département des Arts Dramatique mais… Je ne pense pas que mes parents m'aideront à payer les cours.

– Je vois… Je vais devoir attendre un peu moi-même avec Maman malade…

Millie sembla contempler la plante qu'elle tenait.

Sarah et Millie étaient différentes et pourtant semblables. Elles aimaient toutes les deux la danse et les arts et détestaient la violence gratuite. Sarah se souvenait bien des cours de flamenco qu'elle avait pris en commun avec Millie pour contrebalancer, selon ses parents, les arts martiaux que ses quatre frères avaient appris. Chacun en connaissait un différent Cain pratiquait le judo, Ephrem l'escrime, Joshua la boxe et John le tir à l'arc. Elle se souvenait encore mieux du plaisir qu'ils avaient pris quand elle était enfant à se jeter sur elle à tour de rôle pour s'en servir comme cobaye. Elle avait cru qu'elle y perdrait sa main le jour où John lui avait demandé de tenir une pomme du bout des doigts pour tester son adresse, ce pour quoi il avait été vertement tancé par leurs parents. C'était en soi une autre raison pour laquelle elle fuyait les hommes et vraisemblablement plus justifiée que la précédente.

Un autre point commun des jeunes filles était qu'elles étaient assez trouillardes en règle générale mais capables d'un calme et d'un sens pratique extraordinaire en cas de crise elles n'avaient pas hésité à aider quand la grange de leur voisin prit feu. De l'avis général, elles avaient le cœur sur la main, bien qu'on ne leur demande que rarement leur aide ce qui leur convenait très bien.

– De la valériane, finit par lâcher Sarah.

– Bien ! Et ça sert à quoi ?

– A toi de me le dire.

– Allez ! Je crois t'en avoir suffisamment fait avaler pendant les examens…

Sarah soupira longuement et s'allongeât dans l'herbe avant de répondre.

– C'est un antistress ? Et les chats l'aiment bien…

– Exact ! S'exclama Millie en frappant des mains. Une dernière !

– Non !

– Juste une dernière ! Juste une.

Sarah regarda le visage ovale entouré de mèches auburn se charger d'une expression boudeuse. Elle lui faisait même des yeux de cocker ! Elle était battue.

– Du souci…

– Oh ! Bien deviné !

– Et ça sert de désinfectant.

– Eh bien… Tu m'as fait un sans-faute aujourd'hui.

– Est-ce que ça veut dire que tu vas me laisser tranquille un moment avec ça ?

– Non. Demain ce sera plus difficile encore !

Sarah se retourna sur le ventre en grognant et posa son menton sur ses mains. Le champ qu'elles avaient choisi pour leur expérience était large et un peu à l'écart du village mais il était en friche depuis plusieurs années déjà et l'herbe était si longue qu'elle se couchait sous son propre poids. Quelques années plus tôt, il y avait eu une rangée d'arbres qui le bordait mais un violent orage en avait arraché plus de la moitié. Sarah aimait ce paysage, pourtant si différent de celui qu'elle avait connu dans son enfance.

– Tu veux savoir à quoi je pense ? Demanda Sarah.

– Non mais tu vas me le dire quand-même.

– Je n'arrive pas à croire que tu me fais porter une de ces robes !

Elle contempla la longue robe rouge sombre de coupe moyenâgeuse par-dessus son épaule. Millie avait insisté qu'elle porte une robe pour la cérémonie de ce soir. Comme Sarah refusait de porter du noir, Millie avait dû chiper une robe de sa mère dont les goûts semblaient en partie avoir déteint sur la fille. Elle ne lui en voudrait sans doute pas si elle la lavait avant de la remettre dans la penderie.

– Je ne comprends pas pourquoi tu veux que je participe à ça… Si tu es si intéressée par la wicca, pourquoi tu ne rejoins pas un… Un quoi déjà ? Un coven ?

Millie serra un moment ses lèvres fines de sorte que l'on ne voyait plus qu'une mince ligne écarlate, puis ses épaules s'affaissèrent sous un poids invisible.

– Ils ne me croient pas quand je leur dis que j'entre en contact avec un homme d'un autre monde.

– Je te signale que moi non plus.

– Oui mais tu seras plus facile à convaincre quand tu le verras !

– Si ça marche, Millie. Seulement si ça marche.

Millie se contenta d'arborer un sourire de triomphe que Sarah lui rendit faiblement, ses yeux jetant des éclairs.

Cela faisait des mois que Millie se préparait, sans pour autant négliger ses devoirs scolaires. C'est pour cette raison qu'elle était souvent venue à l'école, les yeux soulignés de cernes noires et s'endormait parfois en classe, ce qui n'avait bien évidemment pas contribué à améliorer sa réputation. Mais l'essentiel pour elle était d'être parvenu à rassembler tous les éléments nécessaires pour la cérémonie. Comment cet homme pouvait-il lui avoir donné autant d'indications ? Et surtout comment avait-elle fait pour les appliquer sans qu'elle se trompe ? Sarah n'en avait aucune idée.

Millie et l'homme s'étaient longuement concertés lorsqu'elle dormait et elle savait qu'il s'agissait surtout d'une théorie. Si quelque chose manquait ou ne correspondait pas à ce qui était demandé, tout serait gâché. Tout ce temps qu'elle avait passé à chercher ce qui ressemblait le plus à ce qu'il lui avait montré n'aurait servi à rien. Mais comment pouvait-elle savoir si elle avait vu juste ? Ils ne parlaient visiblement pas la même langue et les quelques mots qu'elle avait réussi à maîtriser ne lui suffisaient absolument pas pour la rassurer.

Son regard se porta sur Sarah. Elle s'était redressée sur son séant et observait les premières étoiles apparaître dans le ciel tandis que le soleil descendait de plus en plus bas sur l'horizon. La voix frissonnante de Sarah la fit sursauter.

– Finalement, admit celle-ci, j'aurais bien besoin de ce châle que j'ai refusé tout à l'heure.

Avec un grand sourire, Millie sorti du grand sac brodé qu'elle avait emporté le châle gris bordé de bordeaux qu'elle destinait à Sarah, qui le prit avec une gratitude non dissimulée.

_.-._

– L'heure approche. Finit par dire Millie.

– Pas trop tôt ! Lui répondit Sarah en grelottant à moitié.

Elle observa le petit autel de bois, en fait une simple boite, couvert d'un linge blanc sur lequel Millie avait disposé de nombreux objets dont plusieurs plantes que Sarah ne pu reconnaître. De l'encens brulait déjà dans une coupelle sur une feuille qu'elle soupçonna être d'or.

– La lune est belle ce soir, commenta Millie. Et le temps n'est pas si froid.

– Parle pour toi ! Je grelotte de la tête aux pieds ! Si jamais ça rate, crois-moi, tu vas m'entendre !

– Tout doux ! Je te dis que je sais ce que je fais.

– J'espère pour toi que c'est vrai !

Millie se contenta de sourire, comme à son habitude quand elle était persuadée d'avoir raison, ce qui était, au grand dam de Sarah, souvent le cas. Pouvait-elle pour une fois se tromper ?

Millie commença à réciter des incantations dans une langue qu'elle ne comprenait pas tandis que Sarah s'installait en face d'elle, présentant ses mains vers le ciel au-dessus de l'autel comme le lui avait demandé Millie plus tôt. Malgré elle, Sarah ferma les yeux et tendit son esprit pour percevoir les infimes changements qui devaient s'opérer selon son amie.

Elle ne senti rien tout d'abord, puis un picotement sur la nuque qu'elle assimila à la piqure d'un insecte. Elle porta vivement la main sur son cou mais ne senti rien s'écraser sous ses doigts. Pourtant, la sensation de disparu pas bien au contraire, elle sembla s'intensifier tandis que le chant de Millie montait en puissance.

Puis ce fut le silence. Sarah rouvrit les yeux et aussitôt la sensation de piqure s'évapora. Elle interrogea Millie du regard qui lui rendit ce même coup d'œil.

Et elles attendirent.

Juste au moment où Sarah pensait qu'elle allait éclater de rire devant le ridicule de la situation, elle entendit quelque chose le vent semblait murmurer. Un simple son inarticulé au départ, puis ce fut un mot auquel Millie répondit par l'identique suivit d'un autre : « Minos ». Le vent répondit en soufflant son nom. Alors Sarah écarquilla les yeux. Millie n'avait-elle donc jamais tort ?! Cette dernière croisa son regard et la présenta à la personne qui se trouvait de l'autre côté de ce pont de vent.

Sarah entendit alors une voix articuler distinctement le premier mot qu'elle avait cru entendre dans ses oreilles directement suivi de son prénom.

– Contente-toi de lui répondre par l'identique, lui intima Millie.

Ce à quoi Sarah obtempéra, trop surprise pour poser des questions.

La voix qui lui avait parlé était riche, grave, chargée de gentillesse. C'était une voix faite pour rire mais il lui sembla qu'il n'avait pas eu d'occasion de se réjouir depuis longtemps.

Puis la voix devint de nouveau distante comme il s'adressait à Millie. Sarah vit son amie trébucher sur les mots, une chose qu'elle n'avait pas coutume de faire. Les phrases échangées étaient courtes. Rapidement Millie écarquilla les yeux, semblant comprendre une chose qu'elle n'avait pas envisagée. Elle regarda brièvement son amie avant de donner ce qui ressemblait par trop au gout de Sarah à un assentiment.

Puis quelque chose se produisit. Quelque chose qui déclencha une vague de frissons dans le dos de Sarah comme si l'air ambiant s'était chargé d'électricité statique et s'obstinait à lui engourdir les sens.

Elle se leva brutalement et n'entendit que faiblement Millie appeler son nom ses oreilles bourdonnaient trop pour qu'elle en soit parfaitement sûre. Dans son mouvement, elle reversa une fiole de verre qui tomba mollement sur le sol herbeux après avoir roulé et renversé son contenu sur l'autel.

Et tout se calma brutalement.

Sarah se laissa choir sur le sol, une migraine atroce lui lançant la tête. Millie se prit la sienne dans les mains, expérimentant les mêmes symptômes.

– Ne recommence plus jamais ça ! S'écria Sarah.

– Je… Non, Sarah, je ne recommencerais pas…

– Toi… Tu me caches quelque chose.

– Non Sarah. Je suis… Soulagée je crois.

– Soulagée ? Qu'est-ce qu'il t'a demandé ?

– Si… Millie s'interrompit, hésitante. Si je voulais le rejoindre.

– Et tu as dit 'oui'…

– Oui.

Sarah garda le silence devant cet aveu déstabilisant puis reprit la parole.

– Et tu m'aurais laissée toute seule ? Je n'aurais plus eu personne pour faire les courses avec moi. Plus personne pour plaisanter et rire de nos faux pas en cours de danse !

Millie se mit à rire. Elles avaient toute les deux prises des cours jusqu'à l'année passée. Deux ans leur avait permis de s'apercevoir que leur professeur était un frustré qui traitait fort mal les élèves qui manifestaient plus de talent que lui. Sarah et Millie avaient eu la chance de s'emmêler suffisamment les pinceaux pour recevoir des compliments !

– A la réflexion, ce n'est peut-être pas si mal. Je te promets que je ne recommencerais plus.

Millie ne voulait visiblement pas montrer à Sarah qu'il lui en coutait de se résigner à ne plus tenter ce genre d'aventure. Sarah savait que tout ne se passait pas bien dans sa famille la mère de Millie était malade et son père travaillait très dur pour pouvoir payer ses médicaments. Millie faisait tout son possible pour soulager ses parents et c'était l'une des raisons qui l'avait poussé à arrêter les cours de flamenco. Sarah avait arrêté à cause du manque de sympathie qu'elle entretenait avec ses camarades et l'absence d'une personne avec qui répéter les représentations.

Sarah éclata de rire et roula sur le dos. Millie la rejoignit bientôt dans son hilarité. Elle aimait la façon dont Sarah manifestait ses émotions elle ne déguisait jamais sa pensée à ceux en qui elle avait confiance. Sa méfiance naturelle était relativement restreinte mais elle était pourtant loin d'être naïve.

Lorsqu'elles se calmèrent enfin, Sarah tendit un bras vers le ciel, faisant mine de saisir les étoiles avec sa main. Elle se demanda vaguement à quoi ressemblait le ciel dans cet autre monde.

Puis vint l'heure de rentrer chez elles.


Minos de Que Ina haletait dans le patio sur lequel donnait sa chambre. Tout s'était bien passé jusqu'au moment où il avait tendu son esprit pour saisir la main que Millie lui avait offerte.

Il se saisit du parchemin qu'il avait montré une semaine plus tôt à sa sœur et son époux, le lut en diagonale et soupira. Cela aurait dû fonctionner, ou plutôt, cela aurait pu. Minos était conscient de l'état théorique de ces informations. Il avait réussi à voir et à ressentir faiblement ce qu'il y avait de l'autre côté. Il savait qu'il n'y avait pas eu d'erreur de ce côté, puis il avait tendu son esprit plus loin en rencontrant une résistance et tout s'était envolé. Son esprit était retourné dans son corps comme la corde d'un arc revient à sa place, lui assénant la plus puissante gifle mentale qu'il ait jamais reçue.

Il y avait eu cette autre fille. Il n'avait pas réussi à bien distinguer ses traits dans la faible lumière qui régnait de l'autre côté mais il se souvint des belles boucles d'or rouge qui lui tombaient sur les épaules. Millie l'avait appelée « Sarah ».

Mais il devait garder ces noms et l'identité des personnes qu'il avait contactées secrets. Si Bre apprenait que l'objet des prophéties était des femmes, jamais il ne l'autoriserait à chercher à les joindre de nouveau ce qu'il avait bien l'intention de faire cette nuit, en rêve. De toute façon, il n'avait pas le luxe du choix.

Il entendit un bruit derrière lui et se dévissa le cou pour constater qu'il ne s'agissait que d'Akaran.

– Depuis quand es-tu ici ? S'enquit-il.

– A l'instant. Bre m'a chargé d'accueillir les arrivants dans le cas où la manœuvre réussirait.

– Ce qui n'a pas été le cas, comme tu peux le constater.

– Malheureusement.

Minos observa l'homme de haute taille qui lui faisait face à présent qu'il s'était levé. Les humains qu'il connaissait faisaient tous, sauf quelques cas isolés, une bonne tête et demie de moins que lui. Il avait déduit de cette manière que l'espion de la cour venait de Kaderm certaines personnes des tribus des côtes Nord et Est étant réputées pour être aussi grandes que les démènes.

– Vous avez l'air fatigué, lui confia Akaran.

– Une bonne nuit de sommeil me fera le plus grand bien. Et à vous aussi, mon cher ami.

Akaran sourit faiblement. Minos savait qu'il avait eu des problèmes pour dormir depuis sa visite chez le roi le conseiller était venu le trouver trois nuits plus tôt pour qu'il lui donne un remède quelconque pour le faire dormir. Minos avait choisi une simple tisane de plantes inoffensives, se doutant que les problèmes de sommeil du conseiller étaient plus liées à des tourments psychologiques.

Akaran était bizarrement vulnérable à la vue du sang mais il prenait énormément sur lui pour pouvoir assumer sa fonction d'espion. D'un certain point de vue, cette faiblesse pouvait se transformer en atout dans certains cas une bonne manière de jouer l'innocent sans se forcer. A condition qu'on en ait l'occasion !

Minos passa un bras autour des épaules d'Akaran afin que celui-ci l'aide à rejoindre son lit. Les efforts qu'il avait dû fournir ce soir l'avaient exténué. A peine allongé, il ferma les yeux et sombra dans l'inconscience, tâtant la matière du rêve pour atteindre le lieu de rendez-vous que lui et Millie s'étaient découvert.


Elle était rentrée chez elle où seule la lumière de la cuisine était restée allumée, cependant, lorsqu'elle y était entrée, Sarah n'avait découvert que quatre assiettes utilisées encore posées sur la table, comme à l'habitude. La casserole sur le gaz était vide et rien n'avait été déposé dans le réfrigérateur. Sans doute avaient-ils assumé qu'elle avait diné à l'extérieur.

Trop fatiguée pour se préparer quoi que ce soit, elle était montée se coucher.

Sarah s'étala sur son lit toute habillée elle n'avait pas pris la peine de se changer après ce qu'elle venait de voir. Et tant pis pour la robe ! Elle trouverait bien le temps de la laver plus tard de toute façon.

Ca ne va pas.

En se retournant sur le dos, elle contempla les étoiles phosphorescentes collées au plafond, laissées en place par les anciens propriétaires. Sarah appréciait cette décoration.

Elle se recroquevilla sur le côté et chercha le sommeil qui ne vint pas.

Quelque-chose ne va pas.

En vain, elle se tourna et se retourna dans son lit.

Que la peste emporte Millie ! Songea-t-elle. Quelque chose n'allait pas. L'univers entier dans lequel Sarah évoluait perdait tout son sens et son intégrité. Juste ciel ! Il existait même d'autres univers ! Comment passer à côté d'une telle découverte ? Cela n'avait pas pu être une hallucination, même si Sarah aurait préféré l'y réduire. C'était réel. Beaucoup trop.

Sarah passa sa langue sur ses dents il restait de cette expérience un affreux goût pâteux et amer dont elle voulait se débarrasser. Qui sait ? Cela lui permettrait enfin de retrouver le sommeil.

Une fois dans la salle de bain, elle reconnut à peine le reflet que lui renvoyait le miroir. De grandes cernes lui soulignaient les yeux rougit par l'éveil. En détournant le regard, elle s'appliqua à frotter vigoureusement sa langue dans le but de se débarrasser de l'amertume qui la gênait et qui ne partit pas. Abandonnant sa brosse à dents, elle retourna dans sa chambre.

Quelque-chose ne va vraiment pas !

Arrivée à mi-chemin de la pièce, elle senti soudain une crampe lui nouer l'estomac, puis la crampe devint brulure et la brulure une déchirure puis une crampe à nouveau et ainsi de suite. La douleur fit danser des lueurs devant ses yeux. Ses mains crispées sur son ventre, elle s'affala sur le sol en hurlant.

Puis elle disparut. Toute personne s'étant trouvée dans la pièce à cet instant aurait vu le tissu de l'espace se distordre autour de Sarah avant de l'effacer complètement en se rétractant.

Affolé par le cri, les parents de la jeune fille ouvrirent brusquement la porte pour découvrir une pièce vide. Les affaires de leur fille étaient abandonnées sur la table de nuit, la diode de l'ordinateur portable indiquant que la charge était complète.