Je suis né un sept mai de l'année mille neuf cents quatre-vingt trois. Ma mère était très heureuse de m'avoir puisque j'étais son premier enfant. Cette joie fut partagée avec mon père même si ce dernier lui cachait un terrible secret. Pendant les neuf années qui ont suivi ma naissance, tout se passait très bien pour moi. Puis le lendemain de mon premier anniversaire à deux chiffres, mon train-train quotidien s'est retrouvé bouleversé. Cela s'est manifesté un matin, lorsque j'étais dans l'école primaire du village. Pendant que je travaillais sur un contrôle de mathématiques, j'ai senti un frisson glacial me parcourir le corps. J'ai levé la tête pour jeter un coup d'œil dans toute la salle pour découvrir d'où pouvait venir un tel courant d'air. Sur ma droite était assis un jeune homme d'une vingtaine d'années. Celui-ci m'a sourit en me donnant la réponse à la question sur laquelle je butais. Une fois après avoir marqué le résultat de l'addition, je me suis lancé dans une conversation avec ce garçon dont je ne savais rien. M'entendant parler, l'institutrice s'interrompit dans ses travaux pour me demander ce qui m'arrivait. Pendant mon explication, je voyais dans ses yeux qu'elle ne me croyait pas une seule seconde. Pour appuyer la vérité de mes dires, j'implorais l'aide de mon étrange ami. Lorsque mes yeux se posèrent sur lui, cet individu n'a rien trouvé de mieux que de disparaître.

Suite à cet incident, mon professeur a jugé utile de convoquer mes parents pour savoir si tout allait bien chez nous. Dès que mon père sorti de l'entretien en compagnie de ma mère, il prit la décision de tout avouer. Je possédais le don de pouvoir communiquer avec les morts et je détenais cette manifestation de mon grand-père paternel. Ma mère éclata en sanglots suite à cette révélation. Elle savait très bien que mon père ne plaisantait pas suite aux nombreuses années passées à ses côtés. Désormais, il fallait que j'apprenne à vivre avec mon don tout en me montrant fort et courageux. Cette recommandation m'a été faite par mon père juste avant qu'il disparaisse dans la nature. Ma mère en fit autant à l'aube de mes dix-huit ans. Depuis, j'ai appris à vivre sans eux tout en jouissant du formidable héritage que j'ai reçu suite à leurs disparitions. Actuellement, il ne me reste plus que quatre vingt mille euros alors que je suis déjà âgé de vingt-cinq ans. En ce qui concerne cette étrange connaissance qui date de mon enfance, sachez qu'il vit avec moi et se nomme Elias. Ensemble, nous essayons de faire passer les âmes perdues dans l'autre monde. Bien sûr, ces missions se révèlent parfois assez difficile mais j'arrive toujours à les résoudre. Selon les situations, il m'arrive souvent de me remettre en question. De temps en temps, les gens me surprennent à discuter dans le vide alors qu'en fait, je parle avec mon ami défunt. Je subis leurs rires, leurs moqueries et lorsque je suis dans une journée où je suis d'une sensibilité extrême, j'en ressens beaucoup de mal. Beaucoup de personnes pensent que d'avoir le don de médiumnité est un cadeau du ciel. A ça, je leur réponds non. Les individus qui partagent ce fardeau avec moi comprennent ce que je peux ressentir. Mon quotidien est alors fait de deux univers qui se superpose à longueur de temps. Je parle du monde des vivants et pour le second, celui des âmes errantes. Par moment, j'aimerai me cacher dans un endroit où rien n'y personne ne pourrait me déranger. Je ne pense pas que m'isoler sur une île déserte soit la solution à tous mes tracas. De plus, lorsque l'on sait que mon don se développe de jour en jour, je redoute le pire. Désormais, je peux voir dans le passé grâce à des visions. Au début, je trouvais ces manifestations plutôt déplaisantes mais comme elles font parties de moi, j'ai dû m'y habituer. A l'heure d'aujourd'hui, je suis sur le point de commencer une nouvelle vie et je tiens à la mener à bien. Et pourtant…

Première affaire.

Le lundi 7 janvier 2008.

Femmes du large.

Quatre heures du matin

Ville :18 – C62 – V29.

Lieu :Mon appartement – Ma chambre.

« Jason, ouvre les yeux s'il te plait ! »

J'aimerais ouvrir mes paupières mais je suis actuellement en proie à un horrible cauchemar. Même s'il est désagréable, je me dois de le continuer afin de connaître son dénouement. Dans ce songe, je fais face à l'homme que j'aime, j'ai nommé Jeremy. Autour de moi, plusieurs adolescents dont je peine à distinguer les visages. Derrière Jeremy, un fantôme qui semble animé de mauvaises intentions. Soudain, j'en vois un second apparaître devant mes yeux et me donner un violent coup de poing. Cela à la conséquence de me tirer de mon sommeil. Là, je m'assois sur mon lit et je me tiens aussitôt la tête dans mes mains. Mon souffle est haletant et quelques gouttes de sueur tombent de mon front. Toutefois, j'ai la force de prononcer un prénom.

« Jeremy ! »

Tout à coup, mon sixième sens est en alerte. Je sens que je ne suis pas seul dans la pièce et c'est naturellement que je promène ma main droite dans le noir. Une poignée de secondes plus tard, une lampe illumine ma chambre.

« Excuse-moi pour cette intrusion dans ton rêve. »

Je tourne mon visage sur ma gauche et remarque un beau jeune homme qui flotte dans les airs.

« Bonjour Elias.

- Bonjour Jason, inutile de te demander si tu vas bien ?

- Exactement. »

Je tire la couverture qui recouvre mon corps et quitte rapidement mon lit pour commencer à évoluer dans la pièce. La première chose que je fais est de jeter un coup d'œil en direction de mon radio réveil. Ce dernier affiche quatre heures du matin.

« Il n'est que cette heure-là ? demandai-je, surpris.

- Oui. »

Je me dirige vers la sortie de la pièce lorsque j'entends la sonnerie de mon portable. Voulant savoir qui ose m'appeler à cette heure si avancée de la nuit, je rebrousse chemin pour me poster face à mon bureau. Là, j'attrape mon téléphone qui reposait sur la surface du meuble et jette un coup d'œil sur l'écran. Un prénom s'est affiché. C'est celui d'Aurélien, qui n'est autre que mon cousin. Je m'empresse de décrocher en portant le combiné contre mon oreille gauche.

« Bonjour Jason, c'est Aurélien.

- Aurélien ? Tu as vu l'heure qu'il est ?

- Je le sais et je m'excuse par avance de ce silence mais si je t'appelle, c'est parce que j'ai une drôle d'intuition.

- Une intuition que tu tiens de ton don ?

- Oui. Je ne sais pas pourquoi mais je sens qu'il va se passer quelque chose d'assez horrible dans les jours qui vont arriver.

- Voilà qui est inquiétant. Cela a peut-être un lien avec le cauchemar que je viens de faire.

- Que te dit Aurélien ? intervient Elias.

- Que quelque chose d'horrible est sur le point d'arriver. »

Aurélien a entendu la réponse que j'ai donnée au fantôme.

« Elias est avec toi ?

- Oui. »

Lieu : Centre Voltaire – devanture.

Un jeune homme et un adolescent se tiennent devant les portes fermées du centre culturel de la ville. Sur la vitre de l'une d'elles est collée une affiche. Celle-ci relate l'événement qui aura lieu dans le centre culturel : l'exposition d'objets ayant appartenus à un ancien navire de guerre.

« Depuis le temps que j'attendais ce moment. »

Le plus âgé des garçons s'avance jusqu'aux portes fermées.

« Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que tu es sur le point de réaliser un de tes rêves ? » fait remarquer son camarade dont les cheveux sont blonds.