PARTIE 1

« Que voulez vous faire de lui mon roi ?

Couvert de la boue dans laquelle j'ai fraichement été trainé jusqu'au pied du trône, salissant au passage le marbre aux couleurs pâles qui orne le sol de la salle de bale du château, je relève la tête vers la grande silhouette qui me jauge avec un mélange de dégoût et de mépris miroitant à la perfection ce que je ressens pour lui… Mir Kasan, le jeune roi de Consuela, l'empire sur lequel règnent nos plus féroces ennemis, des barbares qui ont totalement oublié les valeurs ancestrales de notre peuple et qui semblent incapable de réaliser qu'ils n'ont plus rien de bien civilisé… une insulte à nos ancêtres et aux membres de notre espèce voilà tout ce qu'ils sont.

Le monstre assis fièrement sur son trône n'accorde même pas un regard à l'homme qui vient de prendre la parole et ne s'épuise pas à lui répondre, se contentant d'un bref signe de la main qui exige clairement que l'on dispose de moi, qu'on m'éloigne de sa oh combien noble vue il doit se sentir tellement fier, tellement fort en cette heure alors qu'il tient dans ses mains ma vie, une existence qu'il est fier de pouvoir écraser comme si je n'étais qu'une simple fourmi… Sans doute est-ce ce que je suis à ses yeux, à vrai dire j'en suis absolument certain car son regard méprisant parle pour lui, un regard lancé en ma direction que les dits nobles de la cour imitent à la perfection… Non pas qu'il y ait quoi que ce soit de bien noble chez ces vampires, ils sont de la vermine au même titre que n'importe quel habitant de Consuela…

Les mains du garde, rêches et sales, me soulèvent avec violence du sol marbré sur lequel il m'avait précédemment et avec malgré tout quelques difficultés forcé à m'agenouiller avant de me trainer une nouvelle fois au travers de la grande et désagréablement lumineuse salle, grommelant sous sa barbe, sans doute déçus de ne pas avoir obtenu de moi le prix qu'il espérait… Qu'est-ce qu'il croyait, que l'éminent souverain de Consuela allait se rabaisser à porter son attention sur un Kalani–

- Attendez !

S'arrêtant net dans sa rapide traversée le garde, un vampire au regard d'acier qui arbore et met en évidence avec à mon goût bien trop de fierté toute une myriade de brûlures et cicatrices qu'aucun guérisseur digne de ce nom n'aurait pourtant de mal à effacer, se tourne sans plus attendre vers l'homme qu'il regarde avec le plus grand des respects malgré qu'il soit bien connu que l'actuel dirigeant de Consuela – et sans aucun doute en est-il de même pour un certain nombre de ses prédécesseurs – est un vampire lâche qui se cache avec ferveur derrière son or et son armée…

Levant mon regard vers le trône je peux voir la plus grande souillure de notre monde murmurer à l'oreille de son conseiller comme si personne dans la salle n'était digne d'entendre le son de sa voix… Plus méprisant encore que ce qu'on a pu jusqu'ici me conter…

Son conseiller, un vampire à la stature particulièrement impressionnante bien que moins imposante que celle de son roi, écoute patiemment les paroles de son souverain avant de prendre la parole, s'adressant au garde qui me traine depuis qu'il m'a attrapé il y a de longues heures déjà :

- Enlève-lui son haut.

Bien que je sois tenté de résister avec toute la ferveur qui m'habite mon geôlier anticipe à mon étonnement ma réaction et bloque donc sournoisement mon bras en une prise particulièrement douloureuse à l'aide d'une de ses mains avant de déchirer sans la moindre difficulté mon haut en soie dont il ne peut sans doute même pas commencer à imaginer le prix bien que ce dernier ait du considérablement baiser suite à mon périple au travers de toute la saleté que j'ai jusqu'ici rencontré allant de piles de poussière à flaques de boue pour exposer à la vue de tous mon torse et bientôt mon dos alors qu'il tire sur les lambeaux dévoilant ainsi le tatouage qui a été gravé il y a des années de ça sur ma hanche et qui représente la première phrase d'un proverbe Kalanien tracé dans l'écriture courbe et fluide de ma langue natale… « Sans le sang que nous aspirons de leurs veines nous ne serions rien de mieux que nos proies ».

… Ce tatouage, j'ai toujours dit que c'était une erreur… évidemment ce que je lui disais n'avait aucune importance, il s'était contenté d'effacer mes craintes – ou plutôt mes protestations – d'un bref signe de la main avant de faire signe au sorcier de continuer…

Ancrant mon regard dans celui du roi de Consuela devenu en un instant bien plus impressionnant alors qu'il c'est relevé sans un son de son trône je ne peux manquer la satisfaction et l'amusement qui transparait de ses orbites portant la même teinte royale que des rubis et dès cet instant, ou peut être quelques secondes avant, je sais que je suis perdu, je sais que la mort rapide qu'il m'avait promis et à laquelle il m'avait envoyé il y a quelques instants ne sera pas mon châtiment, je sais que la souffrance à laquelle j'avais cru pouvoir échapper vient à cause de quelques mots gravés dans ma peau délicatement tannée de me rattraper.

- Mes très chers amis, il semblerait que nous ayons avec nous un invité de marque ce soir…

Je peux sentir, intense et critique, le regard de tous les vampires présents dans la pièce se braquer sur moi, me brûlant de leur intensité qui n'est pour l'instant que curiosité mais qui deviendra sans aucun doute suite au discours de leur roi un regard empli de dégoût et sans doute même pour grand nombre, car c'est se que j'attise le plus souvent bien que pour des raisons diverses, de haine.

- Permettez moi donc de vous présenter Nel Jagan – fermant les yeux comme si ce simple geste pouvait suffire à faire disparaître les traits imparfaits de ce cauchemar éveillé je peux entendre les cris de stupeur des nombreux hommes et femmes qui sont confortablement installés dans la salle alors qu'une trainée de murmures ne tarde pas à se rependre sinueusement sur le sol marbré – la putain attitrée de mon bien cher oncle le vampire qui se prend pour le roi de Kalana depuis un peu plus de quatre cent ans maintenant…

Et cette fois-ci les murmures se transforment en une véritable nuée informe de pâles conversations, mon geôlier en arrivant même momentanément et sans doute sous le choc à relâcher la prise qu'il avait sur moi mais en cette heure je sais que je ne suis plus en position de m'échapper, à vrai dire je ne suis même plus en position de penser et c'est peut être tant mieux, peut être mon incapacité à réaliser véritablement ce qui vient de se passer m'empêchera-t-elle de sombrer dans un abysse plus sombre et profond encore que celui de la mort… le plateau de la follie.

- Garde ?

Retrouvant ses esprits le vampire qui m'a trainé jusqu'ici reporte son attention sur son roi sans évidemment pour autant oser venir perdre son regard argenté dans celui de son souverain qui c'est de nouveau installé sur son proéminant trône doré dans lequel je remarque enfin, comme si mon esprit avait trouvé pour seule échappatoire de s'intéresser aux détails de la salle, les éclatantes pierres précieuses qui y ont été incrustées.

- … Es-tu entré en territoire ennemi ?

Même moi, alors qu'une bonne partie de mon esprit s'efforce de ne pas prêter attention à lui, je peux entendre la menace qui plane derrière la question posée avec force par Mir alors qu'il vient planter je n'en doute pas son regard sur l'homme qui m'a enlevé…

- N-Non mon Roi… Il trainait sur nos terres mon roi, je ne me serais pas permis sinon–

Je n'ai pas besoin de le voir pour savoir que son roi vient une nouvelle fois de le faire taire d'un de ses signes de la main et un nouveau silence lourd de tension – tensions qui semblent tout spécialement redirigées vers moi – s'installe dans la pièce avant que Mir ne se décide à reprendre la parole d'un ton désagréablement moqueur :

- … Le chien se serait-il lassé de son maître ? Demande-t-il d'un ton moqueur.

Mais sa question semble ne pas attendre de réponse, il semble en réalité l'avoir somme tout juste posée pour m'humilier et amuser la galerie ce qu'il a, étant donné les gloussements et rires plus marqués qui habitent maintenant la pièce, sans grande difficulté réussi à réaliser.

- Mais dis-moi…

- … Orrin Swel mon seigneur…

Un nouveau sourire en coin s'affiche sur le visage de l'homme à la forte stature qui nous fait face, un sourire encore une fois moquer qui cache toute la noirceur et menace qu'il porte au fond de lui…

- Dis-moi Orrin, pourquoi m'as-tu amené cette petite chose ?

Je n'ai même pas le cœur à m'offusquer pour le 'petite chose'… Mais je ne suis pas petit, je le suis plus que lui mais en le voyant debout devant moi je me demande bien qui ne l'est pas, je rentre dans la moyenne, et je ne suis pas une chose, je suis un vampire… ou tout du moins un demi vampire l'autre moitié de mon sang étant souillée par celui de ma mère, une sorcière ou tout du moins une guérisseuse.

A coté de moi je peux sentir mon garde attitré, Orrin donc, se tendre perceptiblement, une frayeur nouvelle qu'il a sans doute rarement si ce n'est jamais ressentit se frayant un chemin dans ses entrailles dans lesquelles elle vient sournoisement s'entortiller et pour court terme s'installer… et je ne peux pas dire que je ne le comprends pas, après tout j'estime personnellement qu'il a réellement de quoi être pétrifié, terrifié, je le serai moi aussi si je me trouvais à sa place – bien que je le sois déjà à la mienne – après tout dire maintenant au roi qu'il m'avait cru à son goût risque de lui causer bien des ennuis – je pense même qu'en cette heure il ne peut pas faire plus insultant – … Mais d'un autre coté ne pas offrir une réponse à la question de Mir va sans l'ombre d'un doute le poser dans une position tout aussi inconfortable… mais cependant moins embarrassante…

- J'attends…

Une fine goute de sueur perle le long de la tempe d'Orrin au mot aux premiers abords inoffensif qui cache pourtant bien des menaces prononcé par le roi et qui le pousse à répondre entre tremblements et bégayements :

- J-Je mon roi je… – et finalement, à mon objective surprise, il opte tout simplement et courageusement (ou stupidement je dois admettre que je ne me suis pas encore réellement décidé… je ne suis tout bonnement pas en état d'y attacher une réelle réflexion) pour la vérité – j-j'ai pensé mon roi qu-qu'il vous- qu'il vous plairait…

Une vague d'exclamation de stupeur frappe la salle, les nobles avides d'actions et emplis d'une curiosité mal placée observant avec attention la scène qui se déroule devant eux, attendant de voir quelle sera la réaction de leur roi à cet affront–

Et je dois dire que je m'attendais moi-même à tout sauf à son rire franc et masculin qui coupe court aux murmures parasites qui planaient dans la pièce avant qu'il ne déclare à la surprise générale – et à ma stupeur même :

- Et bien tu avais bien raison… qu'y a-t-il de plus insultant pour un homme que de voir la personne que l'on estime le plus dans les bras de son plus fervent ennemi ?... Il est bien dommage que je ne puisse être là le jour où mon oncle en apprendra la nouvelle…

Mais je n'entends pas la suite, glacé par l'effroi, par l'horreur de ses paroles, de son idée, paralysé par la crainte et la réalisation que contrairement à tout à l'heure ceci n'a plus rien d'un jeu… Lorsque je me suis enfuit c'était pour obtenir un semblant de vie et de liberté mais au final j'ai été capturé… Lorsque j'ai été capturé j'ai espéré obtenir le châtiment le plus doux qui puisse étant donné ma condition m'être accordé : la mort, mais au final… je n'obtiendrai cette dernière qu'après un nouveau périple au travers des chemins sinueux de la souffrance.

- … Emmenez-le dans les cachots, mais faites attention, je veux le retrouver en vie… »

Je ne sais pas exactement où je suis en cet instant, mon esprit est en tout les cas ailleurs, voguant dans un autre monde bien loin de mes problèmes alors que trois gardes certes toujours moins impressionnants que le roi mais néanmoins bien plus forts que moi me trainent dans les profondeurs du château, nous guidant dans les entrailles de ce dernier, là où ne règne que noirceur et douleur… Les cachots de Consuela, des murs bien connus pour avoir rendu fou les plus sains des hommes, une grande fierté pour les vampires, tous les vampires, car bien que le jeune souverain de Consuela à l'image de feu son père prône un certain respect et un abominant esprit de coopération avec ceux qui ne sont pourtant que nés pour être dépecés de leur sang, son peuple n'en reste pas moi avide de douleur et de sang, un mélange symbolisé depuis la nuit des temps par les cachots dans lesquels j'ai été jeté et abandonné dans la plus totale des obscurités.

Assis dans le froid, lâchement recroquevillé contre un des murs de ma mince cellule, je peux entendre les cris d'agonie des autres prisonniers qui me sont transportés par les minces courants d'air qui apportent avec eux des effluves pestilentielles alliant rouille, pise, sueur et sang…

Grelottant bien malgré moi dans mon coin je ne peux m'empêcher de me dire que, comme pour tout ce que j'ai depuis tout petit entrepris, je me suis encore trompé, je me suis encore fait avoir et je me suis comme toujours enfoncé dans un malheur encore plus grand que celui qui m'appartenait précédemment… Ca n'en valait pas la peine… Si j'avais su que fuir mon enfer aux cotés de Lucius me conduirait aux cachots dont la seule mention fait naitre de douloureux frisons je ne me serai pas enfuit, je n'aurai même pas laissé l'idée me traverser l'esprit, j'aurai simplement continué à endurer le calvaire qu'était ma vie mais qui n'est rien face à ce qui m'attend maintenant… 'Je veux le retrouver en vie' je n'ose même pas imaginer dans quel état je serai déjà s'il n'avait pas dit ça car à l'heure qu'il est je ne peux m'empêcher de me demander si je parviendrai à traverser la nuit, j'ai tellement froid, et faim, j'ai affreusement faim, tellement faim que ça en devient douloureux… Finalement je n'aurai pas du écouter ma pitié, cette chose putride qui corrompt mon jugement, qui m'a retenu de dévorer cet enfant que j'avais croisé dans la matinée, il aurait été mon premier repas depuis trois jours, une bien maigre consolation face à ce que j'avais déjà traversé mais une consolation quand même… mais maintenant c'est trop tard, maintenant je suis isolé seul et mourant dans le froid tortueux que je sais n'être rien face à ce qui m'attend, face à ce que le roi est sans doute sournoisement en train de prévoir pour moi…

… Et je sais qu'après ça je verrai les tortures de Lucius comme de jouissants présents car mon roi et amant malgré sa folie ne m'a jamais partagé ni brisé ou marqué jusqu'au point de non retour, il m'a seulement déchiré – un déchirement qui ne sera sans doute rien face à ce qui m'attend – et souillé et par moment humilié et blessé en me contant après m'avoir violé comment il avait massacré dans ma petite enfance mes parents, y glissant tous les détails les plus morbides et sanguinolents.

Je ne sais pas trop quand dans ces souvenirs macabres j'ai finit par m'endormir sans savoir si je parviendrai un jour à me réveiller mais le fait est que dans la pénombre et entre les cris j'ai fini par m'ensommeiller malgré le froid mordant qui me glaçait le sang.

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Je ne sais pas quelle heure il est, je ne sais pas non plus combien de temps c'est écoulé, quelques minutes ? Quelques heures ?... Je n'irai pas jusqu'aux jours après tout si tel était le cas je serai en ce moment véritablement mort de faim…

Malgré mon temps de repos je suis toujours autant épuisé, rattrapé par les douleurs musculaires qui se sont ces derniers jours accumulées et qui ont décidé comme de mèche avec le roi de Consuela de frapper en même temps, rendant mes rares mouvements lourds lents et difficiles.

Sous la douleur que m'infligent mes longues canines et mon estomac insupportablement vide je finis par porter mon poignet à mes lèvres avant de planter mes dents tranchantes dans ma propre chaire dans le vain espoir d'apaiser quelque peu les réclamations de mon corps en manque, suçant mon propre liquide vital jusqu'à arriver au bord de l'évanouissement avant de m'offrir un nouveau temps de repos bien conscient qu'en cette heure je n'ai rien de bien mieux à faire.

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Il est bien rare que ça m'arrive, il est bien rare que j'en sois conscient et il est plus rare encore que je m'en souvienne mais je pense que je suis en train de rêver… Oui, j'en suis certain car aujourd'hui ma mère n'existe plus que dans mon imagination et quelques pages de ma mémoire.

… Le début de mon rêve est un souvenir, un très vieux souvenir datant de seulement quelques mois avant l'assassinat de mes parents pour haute trahison à l'empire il y a un peu plus de quarante trois ans maintenant… Ce jour là nous étions sur les cotes Kalanienes à fêter les quatre-cent ans de règne de notre roi et aussi par ce biais les quatre-cents ans de Kalana après tout cette contrée est née de l'avidité et soif de pouvoir de Lucius autant que de son désir de rétablir l'ancien ordre face au laxisme de son frère aujourd'hui mort qui avait en son temps et entant qu'aîné hérité du trône de Consuela…

Ce jour est l'un de mes plus beau souvenirs, un des seuls remontant à mon enfance, ma mère était – et on ne peut tout bonnement pas employer d'autre qualificatif – rayonnante, arborant une longue robe blanche et un sourire des plus étincelants alors qu'elle jouait avec moi sur la plage, me laissant la pourchasser sur le fin sable blanc alors qu'au dessus de nous planaient les étoiles et un croisant de lune éclairait notre chemin sous le regard bienveillant de mon père assis non loin de là à rire de mes vains efforts enfantins pour la rattraper…

« Hahaha aller Nel tu y es presque… attrapes-moi !

Mais j'essaye, je tends la main devant moi, accélérant à chaque foulée mais au lieu de m'en approcher mes pas semblent tendre à me faire reculer, m'éloignant inexorablement d'elle alors qu'un masque de noirceur commence à l'englober, transformant en un instant le rêve paisible en cauchemar.

- Maman ! Maman !

Mais elle ne perd pas son sourire, comme inconsciente du danger qui l'entoure et se contente de murmurer avec une certaine autorité que je ne lui connais pas :

- Réveille-toi Nel…

Me réveiller ?

- Réveille-toi !

Pourquoi est-ce qu'elle ne les voit pas ? Pourquoi est-ce qu'elle ne sent pas les ombres qui l'entourent ?... Mais pire encore, pourquoi est-ce que je ne parviens pas à la prévenir, à la sauver ? Suis-je destiné à la voir inlassablement mourir devant mes yeux impuissants sans la moindre possibilité de l'aider?

- MAMAN !

Et c'est en sursaut et en sueur que je me relève d'un bond de mon coin, étant rapidement prit de vertiges qui me forcent à me rasseoir alors que je suis plus douloureusement que jamais rattrapé par la sombre réalité.

- Tu ne penses pas que tu as dépassé l'âge de quémander après ta maman ?

Sursautant une nouvelle fois sans pour autant cette fois-ci me relever je prends enfin conscience de l'autre présence dans la pièce, une figure forte et autoritaire, grande et impressionnante… Mir ?... Je ne pensais pas qu'un roi se rabaisserai à visiter les cachots, c'est affligeant, à vrai dire je me sens moi-même insulté bien qu'il ne soit pas mon roi…

Inconsciemment je me colle un peu plus contre le mur qui se trouve dans mon dos, tous mes instinct en éveille alors que ce vampire plus impressionnant encore que mon roi me jauge de haut et de bien trop près de longues minutes durant avant de reprendre la parole tout en s'accroupissant devant moi comme si j'étais un enfant effrayé… mais je dois moi-même admettre que je suis en cette heure tellement tellement fatigué et affamé que je ne doute pas que je dois avoir l'air particulièrement pathétique et plus inoffensif même qu'un bébé…

- Ca n'a pas l'air d'aller ?

Son ton amusé me donne envie de grogner mais souffrant déjà suffisamment sans vouloir en rajouter je me contente de lui envoyer de biais un regard noir qui fait naitre chez lui un léger sourire en coin qui me porte à croire que finalement je ne suis en cette heure même plus comparable à un enfant mais bien à un on ne peut plus inoffensif et craintif nouveau-né.

Soupirant d'un air faussement exaspéré mon tortionnaire ce relève d'un mouvement souple et – comme j'ai aussi pu le remarquer par le passé chez Lucius – félin sans pour autant me quitter du regard, me surplombant de toute sa masse et longueur en me donnant instinctivement envie de me recroqueviller plus encore chose que je ne fais pas par, je dois l'admettre, pure fierté, celle qui ne m'a pas encore quitté, puis il me demande :

- Quel âge as-tu ?

Mais bien décidé à rester terré dans le mutisme le plus parfait je braque mon regard sur mes pieds et fait tout mon possible pour au moins vu de l'extérieur l'ignorer jusqu'à ce qu'il empoigne violemment mes cheveux pour forcer mon regard dans le sien, m'arrachant un faible glapissement alors que mes yeux s'embuent délicatement plus sous le choc que l'existence d'une réelle douleur.

- Réponds-moi quand je te parle.

Sa voix est toujours étonnement calme bien qu'autoritaire alors qu'il me balance ces simples mots tandis que je suis moi-même prit dans un conflit décisif avec moi-même où je m'efforce de ne pas laisser place à mes peurs malgré la menace qui plane… Peine perdu il lui suffit de resserrer légèrement sa prise sur ma tignasse aux reflets orangés pour que je lui réponde dans un faible murmure :

- … Cinquante et un…

Satisfait il ne lâche pas sa prise pour autant mais la desserre quelque peu avant de murmurer avec une douceur que je sais fausse :

- Tout juste sortit de l'enfance…

Retenant de peu un grognement à son affirmation qui détient malgré tout une pointe de vérité que j'ai toujours reniée je laisse mon regard étrangement violet se planter dans le sien pénétrant et hypnotisant, me sentant rapidement comme aspiré par ses orbites et incapable de décrocher mon regard du sien jusqu'à ce qu'il me fasse revenir à la réalité en lâchant enfin mes cheveux qui retombent en cascade devant mes yeux.

- … Tu dois avoir faim…

Hésitant quelques secondes je finis par me décider à répondre sous les supplications de mon ventre :

- … Oui, je murmure sans oser une nouvelle fois croiser son regard de peur d'être définitivement aspiré.

Mais pour toute réponse il m'ordonne froidement de m'agenouiller devant lui et je peux dire que malgré la faim, la soif, la fatigue et la peur je ne m'agenouillerai pas devant lui !

- Th th th… Lucius ne t'a vraiment pas bien éduqué…

Son ton est une nouvelle fois moqueur alors qu'il prononce ces quelques mots avant de laisser le dos de sa main claquer contre ma joue puis de reprendre la parole :

- Tu sais, il ne tient qu'à toi d'être nourri et soigné… ou bien abandonné dans le froid et la faim de ta cellule… tout ce que je demande est une pleine obéissance de ta part…

- Plutôt mourir !

Un léger rire qui ne casse en rien sa virilité s'évade de sa gorge ample à l'entente de mes mots ce qui me fait instantanément serrer les poings et la mâchoire, tout instinct de survie oublié en faveur d'un fervent désir de le briser.

- La mort est une bien trop belle punition Nel… Je pense être un homme juste et je peux l'être avec toi aussi tu sais… Comme je l'ai déjà dit ça ne tient qu'à toi mais si tu veux le faire de la manière forte je t'assure que ton désir de mourir deviendra rapidement plus vrai que jamais… Maintenant à genoux.

Mais je n'en fais rien et lui arrache par mon comportement un lourd soupire quelque peu exagéré qui ne lui fait pas perdre pour autant son large sourire qui dévoile des canines finement aiguisées.

- Tu sais, ce n'est rien de bien différent de ce que mon oncle avait l'habitude de te demander… et je suis sur que tu n'étais pas aussi têtu avec lui…

- …

Nouveau soupire.

- Très bien, quand tu auras changé d'avis, vraiment changé d'avis, tu n'auras qu'à le dire à Chris d'accord ? »

Et pour la première fois depuis que je me suis réveillé je prends conscience de la présence d'un autre vampire à l'extérieur de la cellule, un homme à la carrure particulièrement impressionnante, tout en muscle et arborant avec une grande fierté bon nombre de cicatrices et un œil bandé.

Et sans un mot ou un regard de plus Mir quitte la cellule, échangeant quelques paroles avec le gorille qui reste de marbre à l'extérieur de la cellule, Chris, avant de me laisser seul avec ce molosse qui me fait presque regretter le départ de son roi.

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Allongé à plat ventre sur la pierre dure et froide de ma cellule je lutte incessamment contre mes sanglots alors que mon bourreau désinfecte calmement les plaies qu'il a lui même abandonné à coups de fouet sur mon dos meurtri et déchiré avant de soigneusement bander ce dernier avec une patience hors paire dont il faisait également preuve dans la salle de torture où il c'est exercé à me briser durant ce qui m'a semblé être de longues et interminables heures de calvaire durant lesquelles j'ai sans doute perdu le peu de fierté qu'il me restait, criant et pleurant jusqu'à rendre ma gorge douloureuse à un point tel que je n'arrive à l'heure actuelle même plus à parler.

« Ghumm…

- Shhhh sois sage maintenant, je regretterai d'avoir à te reconduire dans mon entre alors que tu viens tout juste d'en sortir…

Ses mots tel une bombe suffisent à me faire instantanément me taire et vont jusqu'à totalement m'immobiliser alors que le vampire termine ses soins, continuant à ronronner des mots sur lesquels j'ai du mal à me concentrer… Il n'a de cesse de parler, parlant alors qu'il me guidait dans ce qu'il appelle son entre, parlant alors qu'il m'attachait, continuant alors qu'il me fouettait… dix coups de fouet pour chaque chose que j'ai faite de travers depuis mon arrivée… cela va sans dire que j'en ai prit un bon paquet…

- … Aujourd'hui n'était qu'un échauffement, je reviendrai te chercher demain et nous commencerons les choses sérieuses…

Les choses sérieuses ? Echauffement ?... Je suis pourtant déjà au bord de l'agonie ! Lucius malgré toute sa noirceur et méchanceté ne m'a jamais fait subir rien de tel ou tout du moins rien d'aussi violent car même si des guérisseurs peuvent me soigner – à vrai dire étant donné mon lien de parenté avec les sorciers de cette famille j'en serai moi-même capable si j'avais en moi l'énergie nécessaire – il n'appréciait pas l'idée que je puisse être marqué par quelqu'un d'autre que lui… Une chance qu'il n'ait jamais voulu se rabaisser à tenir un fouet…

- Dors maintenant… »

Et je ne me le fais pas redire deux fois, laissant mes paupières lourdement se refermer avant de m'évader vers un monde froid et sombre où la douleur n'est plus qu'un bien mauvais souvenir.

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« Debout.

Réveillé par la voix dure de Chris j'ouvre difficilement les yeux sans pour autant oser bouger ce qui sera ma première erreur de la journée.

- AAhh !

C'est sans la moindre retenue que je laisse mon cri d'agonie s'échapper alors qu'il vient appuyer lourdement de sa botte en cuir contre mes plaies qui sont loin d'avoir cicatrisé.

- J'ai dit debout.

Son ton est dur, sans appel, et c'est avec quelques difficultés que je me relève pour faire face à mon bourreau attitré sur lequel je suis en cette heure incapable de porter une once d'attention alors que mon regard se braque sur le petit verre empli de sang qu'il tient du bout des doigts.

- Faim ?

Mais je l'entends à peine, m'enivrant de l'effluve de sang qui dilate peu à peu mes pupilles et me pousse à tendre le bras sans pour autant parvenir à atteindre mon trésor.

- … Si tu es sage tu pourras l'avoir…

… Sage ?... Pourquoi faut-il être sage pour subvenir à ce qui n'est en réalité qu'un besoin ?

- Alors Nel dis-moi, qu'est-ce que tu as appris ?

Appris ?... Qu'est-ce que j'ai appris sur quoi ?... De quoi est-ce qu'il parle … ?

- Appris ?

Qu'est-ce que j'ai appris ?... Ce que j'ai appris va me permettre de manger ?

- … Qu'il faut être sage ?

Un rire franc lui échappe, un rire franc et moqueur comme celui de Mir… Mir ? Il faut faire ce que Mir dit … ? … Ca ne vaut pas un verre de sang.

- C'est un début… quoi d'autre ?

Ca ne me coute rien de simplement dire ce qu'il veut entendre sans réellement m'y tenir n'est-ce pas ?

- Faire ce que Mir dit…

- Mir ?

Cette fois-ci son regard se durcit quelque peu alors qu'un de ses sourcils se hausse et son ton me porte à croire que j'ai encore commis une erreur… mais si je me rattrape maintenant il ne me punira peut être pas pour ça…

- … Faire ce que me dit le roi…

Un sourire satisfait étire ses lèvres mais je sais qu'au fond il est encore bien suspicieux et conscient que ce qu'il m'a fait la veille ne m'a en rien encore brisé… ou tout du moins pas assez.

- Tiens.

Je n'hésite pas une seconde à m'emparer du verre qu'il me tend à bout de bras et dont l'essence se retrouve bientôt au coin de mes lèvres mais dès que le liquide imbibe ma bouche je ne peux m'empêcher de grimacer et me retient de peu de recracher ce que j'ai de mon point de vue si durement mérité.

- C'est dégoûtant !

Mais ma réplique n'est une nouvelle fois accueillie que par un rire sonore et franc auquel suit une réponse emplie de moquerie :

- Tu ne pensais tout de même pas qu'on allait te donner du sang humain… c'est un luxe et rares sont ceux ici à pouvoir se l'offrir après tout ce sang n'est pas prit de force mais demandé… Nos stocks dépendent de ce que les humains sont près à nous donner…

- … Alors c'est quoi ça ?

- … Du sang de cochon… »

Et il a l'air tellement fier de lui lorsqu'il me dit ça… Je préfère encore mourir de faim que de boire ça ! Et joignant le geste à la parole je lance sans réellement y penser mon verre contre le mur qui me fait face comme le petit enfant capricieux qu'on m'a toujours interdit de devenir. … Ce sera ma deuxième erreur.

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Et voilà la première partie de ce court OS… pour la petite histoire, ceci devait être la base d'une histoire bien plus longue et « complexe » mais n'ayant pas eu les idées nécessaires pour ça j'ai fini par laisser tomber ce plan et ai cependant décidé de vous poster ce petit quelque chose en 3 parties…

J'espère que ça vous plaira malgré tout.

Bonne lecture et please laissez des reviews !