BONUS 1

BONUS 1

« Mon seigneur ?

Relevant son regard rubis du document qui captivait jusque là toute son attention Mir porte – enfin – sa concentration sur moi, un de ces larges sourires en coin dont lui seul a le secret graciant ses lèvres alors que son regard se plante dans le mien.

- Qu'y a-t-il Nel ?

Lui offrant à mon tour un sourire que j'espère être charmant et non aussi ridicule qu'il n'y parait dans mes pensés je me relève lentement du fauteuil dans lequel il m'a il y a bien des heures déjà abandonné avant de m'avancer avec lenteur et une pointe de grâce jusqu'à sa hauteur, me glissant derrière lui pour commencer du bout des doigts à caresser ses épaules, venant apposer un lent baiser à la jointure entre son épaule gauche et son cou avant de souffler avec chaleur dans son oreille :

- Est-il de coutume à votre cour de laisser mourir vos serviteurs de désir Altesse ?, je lui demande d'une voix suave que je ne me connais pas tout en glissant une de mes mains sur sa poitrine, sentant son rire vibrer dans la paume de mes mains avant qu'il ne me réponde sur un ton moqueur que je lui connais bien :

- Commencerais-tu à confondre désir et ennui mon garçon ou es-tu réellement prêt à tout pour ne pas passer le reste de la journée à refroidir dans ce canapé ?

- … Sans doute y a-t-il un peu des deux mon roi mais mon désir de combler mon ennui est-il forcément incompatible avec celui de vous sentir une nouvelle fois glisser en moi et réchauffer mon cœur à l'aide de vos baisers et de vos doigts ?, je lui répond tout en m'emparant entre mes lèvres du lobe gauche de son oreille, le mordillant gentiment jusqu'à lui arracher un fin frison, ce dernier geste semblant enfin le décider à mettre son devoir de côté pour me porter un peu de cette attention que j'ai honteusement convoité depuis que je me suis réveillé.

- Promets moi de réserver tes numéros de charme pour moi seul parce que si tu ne le fais pas je crains fort qu'il ne te faudrait pas plus d'un soir pour semer le trouble dans ma cour, me dit-il avant de me faire basculer sur ses genoux et de glisser sa langue entre mes lèvres avides de retrouver sa jumelle, un gentil gémissement m'échappant alors qu'il joue de sa langue avec la mienne, caressant, dominant, avant de s'écarter une nouvelle fois de moi pour pouvoir mémoriser mes traits comme j'ai appris dans l'une de ses ivres confidences qu'il aime tant faire.

- … Je ne pense pas être un jour capable de remercier suffisamment nos Dieux de t'avoir mis sur mon chemin mon trésor.
- Et moi de m'avoir autorisé à fouler le sol sur lequel vous marchez mais si je suis bien sur d'une chose c'est que nos Dieux seraient mécontents de nous voir perdre notre temps en de telles poésies alors que nous pourrions l'utiliser à meilleur escient… et peut être même leur offrir qui sait à eux aussi un bon moment… »

Un rire roque émane de sa gorge après que cette courte tirade ne m'ait échappée, le vampire se décidant enfin à m'asseoir sur son bureau avant de dévorer mes lèvres puis mon cou comme si des mois c'étaient écoulés depuis que nous nous étions pour la dernière fois touchés, mes jambes encerclant sans problème ses hanches alors que mes mains et lèvres le redécouvrent et caressent avec une avidité bien loin de la retenue dont j'avais fait preuve lors de nos premiers ébats il y a quelques semaines de ça, une époque au décor devenu abstrait aux yeux de mon esprit englouti dans le désir et de mon corps à qui il a ouvert les portes luxuriantes du plaisir.

Je ne tarde pas à perdre ma chemise, ses doigts glissant avec force sur mon torse alors que les miens s'efforcent de délasser les bien trop nombreuses ficelles qui m'empêchent de savourer comme il se devrait la texture robuste de son corps, la frénésie de mon désir ne tardant pas à me rendre quelque peu délirant pour ne pas dire euphorique alors que ses lèvres viennent capturer un de mes tétons, mes doigts se perdant dans sa chevelure en même temps qu'un gémissement plaintif s'évade de mes lèvres, mes cuisses renforçant leurs prises sur ses hanches muscl–

« Mon seigneur, pardonnez le dérangement mais un homme disant être envoyé par le roi de Kalana souhaite vous parler… Il affirme que sa missive est de toute urgence.

Je supresse de peu un grognement de colère et de frustration à l'entente de la voix mais surtout des mots prononcés par Erros, l'arrivée du jeune conseiller ne m'ayant jamais parue plus dérangeante qu'elle ne l'est en cet instant alors qu'il laisse sans gêne son regard survoler la scène qu'il vient d'interrompre, peu soucieux ou honteux de nous avoir coupés dans notre élan – à moins que ce ne soit l'habitude qui retienne ses rougeurs de s'afficher – ne flanchant même pas lorsque Mir lui envoie un regard noir tout en se détachant de moi.

- Amène-nous à lui Eros… et par pitié empêche mon frère d'intervenir.

- … Vous savez bien que j'ai bien peu de contrôle sur les pensées et actions du prince Laurèn mon roi… cependant je dois pouvoir le tenir occupé une courte demi-heure le temps que vous vous entreteniez avec l'envoyé de Kalana… » Lui répond le conseiller tout en ouvrant la voie, un fin sourire capturant momentanément les lèvres de Mir à la fin de la tirade du vampire avant qu'il ne retrouve cet air sombre qui l'avait capturé au moment où eu lieu la néfaste interruption… celle là même qui me laisse maintenant douloureusement dur et serré dans mon pantalon – soupire.

La tension est palpables alors que nous traversons les démesurément longs couloirs du château, un silence pour ma part dérangeant planant entre nous, interminable, désagréable… pour autant je ne suis pas pressé de le voir brisé par le message porté par le vampire envoyé de Kalana, momentanément hésitant à l'idée d'implorer Mir de ne pas me faire entrer à ses côtés, momentanément hésitant même à le détester pour vouloir me faire traverser ce cauchemar éveillé… mais il a rendu bien clair à mon arrivée la raison principale pour laquelle il me garde à ses côtés : se vanter de m'avoir usurpé à mon ancien amant et sans aucune honte ni le moindre scrupule étaler notre relation à ses pieds, sur ses murs, dans la face de ses messagers… n'importe où où il pourra le voir et en entendre parler.

« Est-ce que je peux faire autre chose pour vous mon seigneur ?, demande soudainement Eros, me faisant remarquer juste à temps avant ma collision avec le dos de mon nouveau souverain que nous nous sommes arrêtés.

- Non ce sera tout mon ami, contente toi d'empêcher mon frère de venir trainer dans mes pattes et je serais tellement reconnaissant que je te donnerai ta journée.

Après avoir envoyé un dernier sourire dans la direction de Mir peut être complice peut être encourageant et – parce que je ne suis pas dans sa tête – peut être pour de toutes autres raisons Eros nous abandonne devant la double porte en bois derrière laquelle se trouve l'envoyé des Enfers, un vampire au crâne rasé et dont le cou est caché par une myriade de tatouages qui promettent de s'étendre sur le reste de son corps A peine Mir a-t-il ouvert les portes que l'homme, robuste et menaçant, se relève du fauteuil dans lequel le servant maintenant posté discrètement à côté de la double porte l'avait sans doute invité à s'installer, hochant la tête en un semi-signe de respect à l'attention de Mir alors que son regard se voile d'un brouillard de haine et de mépris.

- Votre Seigneurie, je vous remercie de me recevoir en une si brève échéance et vous transmet les nobles salutations de mon Empereur.

Empereur?... L'homme n'a-t-il donc aucune limite ?... Mais Mir ne semble pas le moins du monde atteint non seulement par l'attitude démesurément insultante de cet intrus ni par le titre de grandeur injustifié qu'il attribue à son seigneur.

Un sourire en coin finit par gracier les lèvres de Mir alors qu'il part s'installer d'une démarche féline dans le grand fauteuil de la pièce, mes pas le suivant avec automatisme jusque là avant que je ne m'agenouille sans un mot à ses pieds, frottant ma joue contre son genou quelques secondes avant qu'une main ne se mette à caresser mes cheveux dans un geste autant possessif et contrôlant que rassurant sous le regard scrutateur du vampire qui nous fait front, toujours debout, le regard glacial alors que Mir ne l'a toujours pas autorisé à se rasseoir.

- … Je vous en prie asseyez-vous, asseyez-vous… Finit par dire le vampire après de longues secondes de lourd silence avant de faire signe au servant de remplir deux verres de sang.

« Alors, dites-moi, quel bon vent vous a-t-il conduit sur mes terres ? Lui demande Mir de cette même voix assurée et quelque peu hautaine avec laquelle il m'avait il y a de cela deux semaines accueillit.

- … Un message porté à votre attention par mon roi… Altesse.

- Et bien qu'attendez-vous alors pour me le délivrer ?... N'interprétez pas mes paroles à mal mais je ne rêve que de vous voir quitter au plus vite mon palais, nul raison donc de tourner inutilement autour du sujet…

Le vampire bien qu'offusqué s'efforce de ne pas le montrer, défronçant avec difficultés ses sourcils avant de réafficher son masque de neutralité et, non sans avoir laissé son regard glacé survoler ma forme prostrée, se met à débiter :

- Mon seigneur, l'Eminant roi de Kalana, Empereur des Terres Neuves, m'a chargé de vous faire savoir que vous vous trouvez actuellement en possession de l'une de ses propriétés – à ça son regard vient une nouvelle fois se poser sur moi, empli de dégoût et de haine, avant qu'il ne reporte comme si de rien n'était son attention sur mon roi, lui offrant une courte révérence avant de continuer :

« A ce titre mon souverain réclame la restitution immédiate de son esclave…

Son affirmation laisse place à un combat muet, les deux hommes fixant avec force leur regard dans celui de l'autre alors que mon corps lui est aussi tendu qu'un piquet, une vague d'angoisse suprême s'emparant de moi ce qui ne passe évidemment pas inaperçu, une des mains de Mir ne tardant pas à venir tantôt caresser tantôt masser ma nuque dans un geste protecteur et rassurant qui hypnotise mon corps jusqu'à le relaxer alors que le vampire qui nous fait face baisse enfin le regard avant de reprendre :

- Mon roi m'a aussi demandé de vous signaler que les lois sont de son côté, étant propriétaire d'un document officiel donnant les pleins pouvoirs sur la personne de Nel Jagan à son Altesse Lucius Kasan…

- … Je vois, répond Mir d'un ton calme alors que son pouce se met – sans doute inconsciemment – à caresser de petits cercles sur ma nuque, … malheureusement pour son Altesse Lucius le vampire qu'il dit posséder se trouve aujourd'hui sous ma protection et l'esclavage ayant été aboli sous le règne de mon père et jamais réinstauré sous le mien les lois de Kalana n'ont à ce titre aucun effet sur celles de Consuela… Nel Jagan se trouve ici en tant que réfugié et aucune des piètres menaces que mon oncle pourrait proférer ne saurait me faire flancher.

- … Votre Altesse, rétorque le vampire, quelque peu mal à l'aise, pardonnez mes doutes mais je me dois de contredire vos paroles… vous dites que l'esclavage a été aboli dans vos contrées ce qui vous retient de rendre à mon souverain ce qui lui revient de droit pour autant mes yeux ne me trompent pas lorsqu'ils me disent que vous avez en ce moment même un esclave soumis à vos pieds…

A ma surprise la première réponse de Mir à ses paroles est un rire franc, bien qu'un peu forcé, qui emplit momentanément la pièce et laisse ses autres occupants déboussolés.

- … Je peux bien comprendre vos doutes, dit Mir après s'être remit de sa brève hilarité, et vous pardonne votre méprise car c'est bien ce qu'elle est après tout je peux bien comprendre que ce que vous voyez peut porter à confusion alors laissez moi clarifier pour vous la situation : Nel est agenouillé à mes pieds parce que je le lui ai demandé, non ordonné, et plus important encore il se tient à mes côtés parce que ça lui plait et le jour où il ne sera plus satisfait par cet accord je promets de ne pas user de mon pouvoir pour l'empêcher de me quitter. … N'est-ce pas mon trésor ?, me demande Mir, son regard se plantant dans le mien, demandeur, profond, invitant.

- Bien sur mon Seigneur, je souffle sans pour autant décrocher mon regard du sien après une seulement brève hésitation avant de lui offrir un très léger sourire, incapable de plus au vu de la tension musculaire dont je suis en cette heure victime.

- Vous voyez, dis le vampire après avoir reporté son attention sur le messager.

- …

L'homme semble perplexe, prêt à argumenter, prêt à continuer à se battre, prêt à tout pour m'emmener… Et avant même que je n'ai eu le temps de réfléchir à ce que je fais je me relève sur mes genoux et viens presser avec force mes lèvres contre celles de mon nouvel amant, mettant toutes les émotions positives qu'il a pu faire naitre en moi dans ce baiser tout en oubliant pour quelques instants les souvenirs morbides de mon passé alors que sa langue vient caresser la mienne, appliquant une pression qui me fait vibrer avant de m'offrir un sourire que je peux sentir par le biais de nos lèvres scellées.

- Vous voyez ? Demande une nouvelle fois Mir après que notre danse charnelle ne se soit étoffée, un sourire en coin graciant ses lèvres rougies par notre baiser alors qu'une lueur sauvage prend place dans son regard, une lueur emplie de soif et de désir, un désir qui mimique à la perfection le mien.

« Comme vous avez pu le constater je n'ai pas enfreint les règles, j'ai seulement accepté d'accueillir dans mon palais un vampire effrayé… et de le réconforter… et si c'est la seule et unique raison de votre venue et présence dans mon palais je vous demanderai de bien vouloir maintenant nous quitter, vous m'avez déjà bien assez fait perdre de mon temps et de celui de mon amant et comme il me l'a si bien fait remarquer avant que votre arrivée ne nous ai inopinément interrompu j'ai depuis bien trop longtemps déjà négligé ses besoins… et les miens. »

Hésitant, mal à l'aise, le vampire finit malgré tout sous le poids du regard de Mir par se relever, marmonnant sa révérence avant de nous quitter, guidé par le seul serviteur présent dans le salon.

La porte ne s'est même pas encore refermée derrière le dos du messager que je suis soulevé avec une facilité surnaturelle du sol et installé sur les genoux de mon amant, les lèvres de ce dernier capturant sans plus attendre les miennes en un baiser empli de passion, un exutoire peu subtil à sa colère et frustration… mais qu'importe tant que j'y gagne autant que cet homme qui clame ne pas être mon maître.

C'est avec une maladresse que je ne retrouve chez lui qu'aux heures de nos ébats précipités qu'il me débarrasse de mon pantalon en toile de lin, m'installant à cheval sur ses genoux alors que mes mains se débattent avec ses dessous jusqu'à libérer sa glorieuse érection, la vue de son organe faisant naître un frison de désir en moi qui traverse en un instant ma colonne et me laisse quelque peu allaitant, les pupilles dilatées par le désir, le souffle coupé par sa beauté, mon corps entier empli d'un besoin ravageur de me faire ravager par cet être puissant, par ce vigoureux amant qui après une rapide préparation rapproche son organe gorgé de sang de mon entrée, le regard brûlant, avant de–

Avant que nous ne soyons interrompus par l'entrée fracassante de Laurèn dans le petit salon.

« Non mais qu'est-ce qu'il se pa– Commence à demander Laurèn d'un ton impérial qui s'éteint néanmoins rapidement lorsque son regard survole la scène qu'il vient d'interrompre mais surtout le regard rageur de son frère, prôn à commettre un meurtre… un meurtre qu'il aurait sans doute déjà commis si je ne bloquais pas en cet instant ses mouvements de par ma compromettante position au-dessus de lui…

- Oh-Heu, désolé ?... Il demande, se passant une main dans les cheveux, un geste que j'ai rapidement appris à identifier comme étant le reflet de son malaise alors que Erros accourt à ses côtés, quelque peu débraillé et des cheveux en bataille qui ne laissent pas beaucoup de place à l'imagination quand on se demande ce qui lui est arrivé.

- DEHORS ! Crie Mir, leur lançant un regard empli de promesses de violence et de torture s'ils ne disparaissent pas de sa vue sur le champ avant qu'il ne recommence à embrasser mon cou comme si personne n'était venu nous interrompre pour la énième fois de la journée.

- Stupide… Inutile…, j'entends vaguement mon amant marmonner alors qu'il s'infiltre avec douceur en moi – ou tout du moins le soupçon de douceur que le peu de retenue qu'il lui reste lui permet.

- Oubliez-les mon roi, nous sommes tranquille maintenant, plus personne n'osera venir nous déranger » Je murmure gentiment après avoir lâché un léger rire mais ce dernier ne répond rien et bientôt la pièce est emplie par nos grognements de plaisir alors que nous sommes enfin réunis par la chair, nos besoins primaires nourris par nos ébats… le corps nourri à notre orgasme… mais mon cœur lui n'en ressort que plus craintif et incertain face à l'avenir et les sentiments inconnus qui émergent.