Seule, je ne suis rien.

Pourtant, c'est ce que j'étais désormais. Les larmes coulaient sur mes joues, j'avançais sans but réel. Tout se ressemblait de toute façon. Les gens, la vie, le travail. Au final, on était tous soumis au même grand but final : la Mort. La Faucheuse m'avait prit tous ceux que j'aimais. Le dernier en date ? Mon petit frère, agé de seulement 8 ans. Il était la prunelle de mes yeux, l'unique personne pour laquelle j'aurais tout sacrifié.

Leucémie foudroyante. Partit en 8 jours.

Certains me diront des phrases fades comme : c'est la vie. Ou encore, tu t'en remettra. C'est pas comme si le monde s'écroulait. Ne t'inquiète pas, ça ira.

C'est faux. Archi faux.

La douleur était là, elle ne me quittait pas. Elle me maintenait en vie, et me tuait en même temps. Je prit le premier train pour nulle part. Je m'assis, et me laissais bercer par ma peine. Un homme s'assit en face de moi, je n'y prêtais même pas attention.

Demain, ils allaient enterrer mon frère. J'avais décidé de ne pas y aller. De ne pas voir ça. Tous ces gens, pleurant, condescendants, alors qu'ils ne connaissaient même pas le dixième de ce qu'était mon frère.

Il était pétillant, vivant, toujours heureux. Je ne l'avais jamais vu déprimer, jamais vu triste. Pour tous les autres ce n'était qu'un simple gamin, un de plus à mourir trop jeune. Les gens diraient que c'était affreux, que ça nedevait pas se passer ainsi, que Dieu était cruel, et tout un tas d'autres niaiseries.

Je savais que je ne pourrais pas supporter ça.

Le train arriva en gare. Je suivis le troupeau, et avançais droit devant moi. Je traversais une rue sans regarder, les klaxons et les coups de freins des voitures me firent revenir à la réalité. Je passais la journée assise sur un banc, dans une ville inconnue, à regarder passer les voitures. Lorsque la nuit se mit à tomber, je repris un train, pour m'éloigner encore plus.

J'en sortis au petit matin, et regardais les rails. Ça serait tellement facile. Sauter. Mourir. Oublier.

Je sentis une petite main se glisser dans la mienne, et la serrer. Quand je regardais, il n'y avait personne.

'N'abandonne pas'

J'ouvris les yeux.

Un mur blanc. Un plafond blanc. Un bip répétitif et agaçant. J'avais mal partout. Mais j'étais vivante.