Aux Champs Elysées

Daniel. Daniel. Celui-ci se répétait son propre prénom. Daniel. Quelqu'un de bien. Quelqu'un d'ingénieux. Quelqu'un qui avait eu la meilleure promotion à son boulot. Daniel. Sa mallette d'employé à la main, marchant fièrement le long de la rue des Champs-Elysées, le cœur gai, et l'envie de dire bonjour à n'importe qui. Il leva la tête. Il n'aimait pas les oiseaux. Ils chiaient toujours sur son pare-brise. Mais aujourd'hui, leur gazouillement donnait envie à Daniel de siffloter avec eux. Il ne s'en priva pas, d'ailleurs. Il saluait les gens au hasard, parmi la centaine qui marchaient sur le même trottoir que lui. Une belle journée s'annonçait, quand bien même il avait du ménage à faire chez lui. Les chiffons attendraient. Il était trop heureux pour ça. Il tenta de réfléchir à ce qu'il pourrait donc faire de sa soirée, quand il heurta quelque chose. Ou plutôt quelqu'un. Et cette personne tenait un gobelet de café, ou d'un autre truc dans le genre, apparemment.

Je m'baladais sur l'avenue
Le cœur ouvert à l'inconnu
J'avais envie de dire bonjour
À n'importe qui

Ah, excusez moi, je n'ai pas fait attention à …, s'excusa immédiatement la personne, tandis qu'une tâche sombre se forma sur la veste de Daniel.
- Ce n'est rien voyons, ne vous en faite pas ! répondit celui-ci, bien qu'il aurait aimé ne pas avoir de machine à faire ce soir.

N'importe qui ce fut toi
Je t'ai dit n'importe quoi
Il suffisait de te parler
Pour t'apprivoiser

Quand il vit qui l'avait bousculé, il en oublia la tâche. C'était tout simplement… merveilleux. Il avait heurté une petite chose innocente. Du moins, c'est le nom qui lui vint à l'esprit pour désigner le splendide jeune homme qui se trouvait en face de lui. Une chevelure blonde, brillant sous ce soleil de Juillet. Deux petits yeux verts, pailletés d'or, qui semblaient sincèrement désolés. Une tête de moins que lui. Daniel était sûr qu'il pouvait facilement l'entourer de ses deux bras, en joignant ses mains dans son dos, tellement il était fin. Daniel aimait enchainer les petites amies. Rarement les petits amis. Mais à cet instant, il était sûr de ne trouver son bonheur que dans la gente masculine.

Vous êtes sûr ? Répéta la petite chose innocente.
- Sû…

Daniel ne finit pas son mot. Hum… il était tellement heureux, qu'une vague idée lui traversa l'esprit. Un charmant petit jeune homme à l'air naïf et innocent ne se représentera peut être pas d'aussi tôt. Et si il en profitait… un tout petit peu ? Daniel n'était pas de ce genre, non, mais aujourd'hui était une journée spéciale. La journée de la promotion qu'il avait eut, et qu'il attendait depuis presque deux ans. Il était grand, avait de courts cheveux acajou aux légers reflets rouges, des yeux allongés, couleur noisette, et une peau sans aucune imperfection. Un bel homme, en somme.

Sûr, affirma t'il en affichant son plus beau sourire.
- Non, je tiens quand même à laver votre veste…
- Mais ce n'est pas la peine, je vous dis, insista t'il en hésitant à se présenter, mais pas trop longtemps, je m'appelle Daniel. Et vous… ?

L'autre jeune homme parut surpris par cette rapide présentation, mais il y répondit en souriant. Un sourire très craquant. Trop craquant. Tandis qu'il répondait à sa présentation, Daniel jeta un coup d'œil sur le cadran de sa montre. Neuf heures quarante six. Il était encore temps.

Alix !
- Sa vous dirais de faire un bout de chemin avec moi ? J'habite par là, vous pourrez vous faire pardonner pour le café en en buvant un chez m…
- Oh, si vous n'êtes pas pressé, j'ai une idée sympa.

Voilà qui devenait intéressant.

Non, j'ai finis ma journée, et je me sens d'humeur plutôt gaie, à vrai dire.
- Oh, je vois. Suivez moi alors, je vais vous emmenez quelque part. Je pourrais nettoyer votre veste par la même occasion.

Sur le chemin, ils discutèrent, firent connaissance, mais Daniel n'arrêtait pas de se demander déjà, où est-ce qu'Alix l'emmenait et puis, comment se faisait-il qu'il était si à l'aise avec les inconnus ? Avait t-il déjà l'idée de finir dans des draps ? Y était-il habitué ? Avant que ce genre de questions n'envahisse son esprit, il se concentra sur ce que lui disait son « nouvel ami ». Il ne se concentra pas longtemps. Il racontait … sa vie ? A la place, Daniel observa son physique plus que parfait. Des courbes idéales, une démarche agréable, des yeux pétillants de joie de vivre. Ses cheveux avaient l'air… si doux… qu'il luttait sauvagement à l'intérieur de lui-même, pour ne pas lui sauter dessus et les caresser pendant de longues minutes. Ils quittèrent les champs Elysées, et s'enfoncèrent dans une ruelle plutôt lugubre. La joie de Daniel commença à se dissiper, et il serra la poignée de sa mallette, un peu plus fort. Peut être qu'Alix avait deviné ses intentions, et qu'il l'avait juste livré à de grands mecs du type videurs de boite de nuit, afin que ceux-ci lui fasse la fête. Mais il n'en était rien. Il ouvrit une porte métallique au fond de la ruelle, qui donnait sur un escalier en colimaçon. Peut être que les videurs de boites de nuits étaient en bas, et que finalement, Alix lui donnait quelques minutes de plus à vivre ? Il soupira. Alix continuait de parler, et Daniel le suivait en silence. Il était derrière lui, et en profita pour… baisser un peu les yeux. Cette vue n'était pas désagréable. Mais elle n'était pas très discrète non plus. Un bruit l'arracha de ses pensées perverses. Tout petit au début, puis de plus en plus fort, jusqu'à ce qu'il reconnaisse facilement, le son d'une batterie, et d'une guitare électrique. Alix ouvrit une deuxième porte, en bas des escaliers.
Aucun videur de boites de nuit ne l'attendait. Il y avait des tables rondes un peu partout, sauf devant une petite scène une piste de danse ? Et pas très loin de là, un bar. Enfin, un bar… un petit comptoir. Aucun rapport avec ce que l'on pouvait trouver en haut, dans les rues qu'il avait l'habitude de fréquenter.

Tu m'as dit "J'ai rendez-vous
Dans un sous-sol avec des fous
Qui vivent la guitare à la main
Du soir au matin"

Hey, Alix, qui est-ce que tu nous as amené ? Ce n'est pas encore ouvert, les gars répètent et…
- Oh Greg', il ne dérangera pas, c'est un ami.

Si tu savais à quel point nous allons nous lier d'amitié, pensa Daniel, sa bonne humeur remontant en flèche.

Le Greg' en question, c'était un type vraiment… banal… un mètre soixante-dix, maximum ? Des cheveux noirs, plaqués en arrière à l'aide gel. Daniel nota qu'il avait tenté de se donner un petit coté barman, avec son petit veston noir, et sa chemise bleu foncée, assortie à ses yeux. Mais il n'en avait pas le style. Peut être qu'il se servait d'Alix pour attirer les clients ?

En fait, ici, commença Alix, c'est un endroit abandonné, qu'on a trouvé il y a quelques temps, Greg' et moi, alors qu'on était à l'université ensemble. Du coup, pour se faire un peu d'argent, on en est arrivé à faire ça, comme on a pu. C'est devenu un lieu accueillant, pas mal de monde vient ici.
- Oh. Je ne connaissais pas.

Ils parlèrent de l'endroit, des heures d'ouvertures, et Alix proposa à Daniel de rester cette soirée. Après tout. Il voulait Alix non ? Alors autant faire le maximum pour le ramener chez lui. Celui-ci en profita pour prendre sa veste, et l'emmener dans une petite pièce derrière le comptoir. Quand il revint, il avait un magnifique sourire aux lèvres. Daniel rit intérieurement. C'était donc le sentiment que lui procurait sa veste ? Il aurait bien aimé le suivre pour savoir ce qui le faisait autant sourire. Et s'il s'était… non. Il gardait ce genre de pensée pour le soir. Le fait de ne plus avoir sa veste, lui donnait un air plus décontracté et détendu. Son élégante chemise blanche laissait très légèrement entrevoir sa silhouette virile. Sa bonne humeur était telle qu'il se laissa aller à un petit peu de narcissisme. Il était beau.
La soirée arriva vite, Greg' avec préparé son « bar », tout en parlant avec Daniel, assit à coté d'Alix, en face de lui. Certains groupes de musique des lycéens, pour ce qu'il en avait retenu du discours de Greg' répétaient, en vue de la soirée. Pour certains, c'était leur premier passage sur « scène ». Daniel, toujours heureux, approuva cette idée d'aider quelques groupes à se lancer. Même si, pour la plupart, ne perceront jamais dans le milieu impitoyable de la musique. Quand le club ouvrit, les premiers à entrer furent des étudiants, des lycéens, enfin, des jeunes en général. Puis toutes sortes de gens arrivèrent, ce qui fit que Daniel passa inaperçu dans cette masse de gens. Greg' servaient verres après verres, toujours avec un petit sourire en coin, et Daniel surveillait Alix. Lequel se faisait inviter à danser toute les trente secondes. Tout cela finit par agacer Daniel, qui, à un moment ou la musique du hard-rock jusqu'à là s'adoucit , traversa la foule, et s'empara de la taille du jeune homme. Il passait enfin à l'attaque.

Tu permets ? lui demanda-t-il en lui offrant son plus beau sourire.
- Heu… pourquoi pas…

Daniel n'écouta même pas sa réponse, et commença à danser avec l'objet de sa convoitise, à savoir, le beau jeune homme qu'il tenait dans ses bras musclés.

Alors je t'ai accompagnée
On a chanté, on a dansé
Et l'on n'a même pas pensé
À s'embrasser

Daniel apprécia cette soirée. Son sentiment de bonheur se décupla, et il dansa, chanta, bu beaucoup plus qu'il ne le faudrait et rit beaucoup. Alix était attirant, et tellement gentil. Le dernier souvenir que Daniel eut, c'était quand il s'était rendu compte qu'il était en sueur, et qu'il serait peut être temps de rentrer chez lui, Alix sous le bras. Mais là encore, celui-ci l'avait entrainé sur la piste de danse pour « une dernière fois », et il n'avait pas vu les minutes passer.

Hier soir deux inconnus
Et ce matin sur l'avenue
Deux amoureux tout étourdis
Par la longue nuit

C'est un doux parfum flottant dans la pièce qui le réveilla. Qu'est-ce-que c'était … ah mais merde alors ! Ah ! Il avait trouvé ! De la cannelle ? De la fleur d'oranger ? Quelque chose comme ça… Il se redressa. Oh. Il était nu, apparemment. Il passa une main dans ses cheveux, bailla, étira les bras en l'air, et enfila un jean qui trainait près de son lit. D'ailleurs… pourquoi autant de vêtement trainaient au pied de son lit ? Mais … ce n'était pas son lit. Ce n'était pas sa chambre. Les murs de sa chambre étaient gris, et ceux dans laquelle il se trouvait était beiges. Il avait bu, il fallait que ses idées se remettent en place. Il ne devait pas être tout seul ici… Il décida de sortir de la pièce, afin de trouver quelqu'un qui serait susceptible de lui rappeler ce qui c'était passé la veille. L'odeur qui lui était arrivé aux narines à son réveil s'amplifia. Il entra dans ce qui lui sembla être une cuisine.

Bonjour Dany ! Tu as bien dormi ? Lui demanda une petite voix.

D'un coup, tous ses souvenirs revint. La tâche de café, Alix, le bar, l'alcool, la musique, la chambre. Il s'était proposé de l'emmener chez lui parce qu'il était saoul. A partir de là, Daniel ne s'était pas gêné. Il lui avait littéralement sauté dessus. D'où cette petite douleur musculaire dans les jambes. Alix était habillé, et préparait tranquillement des pancakes.

Oui… qu'est-ce qui c'est passé … ? demanda t'il en s'asseyant.

Alix se mit à rougir, et toussa longuement. Daniel se souvenait donc bien de ce qui c'était passé. Il se sentir fier de lui. Il était un mâle, un vrai.

Et bien… je suis désolé…
- Ne le sois pas. Tu étais craquant, et j'avais bu.
- J'étais… Cr…cra…
- Oublie-ça. On fait un tour ce matin ? J'ai besoin de m'aérer la tête.
- Oh, et bien, si tu veux.

Sans laisser le temps à Alix de renchérir sur une autre phrase, Daniel se leva, l'entoura de ses bras, et colla ses lèvres charnues sur celle du pauvre petit blondinet sans défense. Celui-ci ne se défendit pas. Oh, bien au contraire, Daniel était certain qu'il aimait ça.

Et de l'Étoile à la Concorde
Un orchestre à mille cordes
Tous les oiseaux du point du jour
Chantent l'amour

Aux Champs-Élysées
Aux Champs-Élysées
Au soleil, sous la pluie
À midi ou à minuit
Il y a tout ce que vous voulez
Aux Champs-Élysées