Auteur : Ariani Lee

Bêta-lecture : Lyly u (à moi ! è_é *chériedamour*)

Disclaimer: A l'origine, il s'agissait d'une fanfiction VanVen (Kingdom Hearts) mais je l'ai entièrement remaniée. La voici dans sa version finale et définitive. La chanson « Criminal » appartient à Britney Spears, sur le dernier album « Femme Fatale ».

Rating : M (pour violence, lime et thèmes abordés)

Dédicacé à Epsylon, Moïra, Duncan Heart et Fafa, en souvenir de mes premières War of Words qui ont donné lieu à une belle avancée de ce texte (2000 mots/heure… Santa Madonna !)

Titre: "Le démon aux yeux jaunes", clin d'œil (lol) à Supernatural. Pas que je sois fan d'Azazel mais ça fait classe quand même.

1: Yellow-Eyed Demon

Dorian s'en mordra les doigts toute sa vie, et c'est ironique parce que moi je le remercie du fond du cœur.

Je me souviens comme il avait argumenté avec Anna, en essayant de réprimer ce petit sourire qui venait toujours s'accrocher au coin de ses lèvres quand il savait que la partie était gagnée d'avance. C'était souvent le cas avec elle, elle était incapable de lui dire non.

Ils s'étaient chamaillés, comme souvent. Cette fois, le motif était un bar où Dorian voulait aller. Il y avait là un groupe qui jouait le vendredi soir, et il aimait bien ce qu'ils faisaient. Il voulait qu'on les voie, Anna et moi. Les New Moon, qu'ils s'appelaient.

Mais le bar en question était, pour citer Anna, une « gargote infecte », qui se trouvait dans un quartier mal fréquenté. Dorian faisait ce qu'il voulait, et elle n'avait jamais réussi à l'empêcher d'aller se perdre dans ce genre d'endroits. Il avait un bon fond, mais il aimait bien ce style d'ambiance. Seulement voila, cette fois là, il voulait qu'Anna et moi l'y accompagnions.

- Non, non et non, avait-elle protesté avec l'énergie et la fermeté de celui qui est sur le point de céder. Je refuse d'aller dans un endroit pareil ! Et Nat est mineur, il est hors de question qu'il traîne là-bas. Ils ne le laisseraient même pas entrer, de toute façon, assena-t-elle triomphalement, et je savais qu'elle venait de jouer sa dernière carte.

J'avais prié en silence pour qu'elle accepte. Ça avait l'air amusant. De toute façon, j'étais tellement pétri d'admiration pour Dorian que je l'aurais suivi au bout du monde à cloche-pied. Il avait souri en biais.

- Je me charge de ça, fais-moi confiance. Quant à toi, oh mon cœur…

Sa voix s'était faite enjôleuse et je m'étais mordu les joues pour ne pas rire. C'était toujours très amusant de voir à quel point il était capable de l'enrouler autour de son petit doigt en lui faisant cette voix là, accompagné d'une dose de son chaud regard noir.

- Oh, mon cœur, avait-il répété. Anna, tu n'en as jamais assez d'être une gentille fille ? Quel mal tu peux bien voir là-dedans ? On va juste écouter de la musique… Nat ne risquera rien, puisqu'il sera avec nous, pas vrai ?

Anna était devenue toute rouge et avait semblé partagée entre le désir de lui arracher la tête et celui de se jeter sur lui pour l'embrasser.

Il avait gagné. Et je crois qu'elle est assez belle joueuse pour ne jamais le lui avoir reproché par la suite.

Au fait, je m'appelle Nathanaël, enchanté. Au moment où commence ce récit, j'avais presque dix-huit ans et j'étais ce que vous appelleriez un « gentil garçon ». Poli, bien élevé, serviable, de bonnes notes à l'école, pas le genre que vous vous attendriez à rencontrer dans un endroit comme le Seven. Physiquement, je ne suis pas très grand, plutôt mince, mes cheveux sont bruns et bouclés et mes yeux noisette. Dorian et Anna, un couple, étaient plus âgés que moi de cinq ans. Anna avait successivement tenu les rôles de baby-sitter puis de soutien-pour-les-devoirs dans ma famille, ce qui faisait que je la connaissais pratiquement depuis toujours. Nous étions plutôt proches de caractère, elle et moi. Par contre, Dorian, son petit ami depuis le lycée, était plutôt du genre rebelle. Ils formaient un couple assez curieux, tous les deux – elle, cheveux blonds coupés au carré, lunettes rectangulaires et toujours tirée à quatre épingles, sans fantaisie, et lui, grand, large d'épaules, cheveux bruns coiffés pour être décoiffés, jean, blouson noir et combat shoes. C'était surtout un genre qu'il se donnait, mais j'avais pour lui une véritable adoration. Il était entré dans ma vie en même temps qu'Anna et malgré notre différence d'âge, nous étions devenus les meilleurs amis.

A deux personnes sages contre une délurée – je n'étais pas intervenu et je n'aurais moi-même jamais pris l'initiative, donc je ne me classais pas dans la seconde catégorie même si j'avais eu envie de m'y rendre – les chances que j'atterrisse au Seven étaient donc assez limitées. Et pourtant, grâce à Dorian, je m'y retrouvai, ce fameux soir, à une table pas très loin de l'estrade, avec lui d'un côté et Anna de l'autre. Elle boudait son plaisir de façon tellement flagrante que c'en était presque loufoque. Dorian était ravi, et moi je buvais du petit lait.

Enfin, je buvais surtout du coca en fait, mais ce n'est pas le sujet. L'ambiance de l'endroit me faisait frissonner – le sentiment d'interdit, je suppose, tout ça... Si mes parents avaient su où j'étais… Rien que d'y penser, j'en avais la chair de poule.

Le groupe n'était pas encore sur scène, leurs instruments y étaient disposés, seuls. Je promenais mon regard autour de la salle enfumée et bruyante. D'une oreille distraite, j'écoutais Dorian refaire à Anna le coup du voix-velours-et-regard-sombre pour lui arracher un sourire quand le temps s'arrêta soudain. Figé. Plus de son, presque plus d'image, rien qu'une seule, unique et fascinante…

Il me fallut plusieurs secondes pour réaliser que ce que je fixais, comme si mon regard avait été attrapé et piégé, incapable de se détourner, c'était une paire de grands yeux jaunes. Quelques secondes de plus pour étendre mon champ de vision suffisamment pour voir ce qu'il y avait autour de ces iris à la couleur étonnante : un visage mince et des cheveux noirs. Un visage pâle appuyé sur une main, avec une bouche qui souriait en coin.

Puis je me rendis compte que les yeux jaunes me regardaient les regarder. Et que le petit sourire goguenard m'était adressé. Et que je me sentais devenir rouge du cou au front sans pour autant arriver à me détourner.

Et là, je me mis à prier pour qu'il se passe quelque chose. J'étais mort de honte, et je n'arrivais pas à détacher mon regard de ces yeux, de ce sourire de plus en plus large et de plus en plus narquois. J'aurais voulu rentrer dans un trou.

Heureusement, Dieu – où n'importe quelle puissance supérieure capable d'influer sur le cours des choses – entendit ma supplique muette. Les yeux jaunes se tournèrent vers autre chose, quittant les miens, et ce fut comme si tout le temps qu'ils m'avaient regardé il y avait eu une espèce de tube qui avait relié nos visages entre eux, et que quand il avait arrêté, ce tube avait disparu. Je voyais de nouveau la salle – enfumée, bondée, des gens passant et repassant – et je sentais de nouveau mon verre entre mes doigts, la condensation me mouillant la peau. Le bruit recommença à me parvenir, et j'entendis des applaudissements et des sifflements.

Le visage moqueur et les grands yeux jaunes appartenaient à un garçon apparemment plus âgé que moi qui était assis à trois mètres de nous, à une table. Il avait tout du genre qu'Anna désapprouve – les cheveux en désordre, un T-shirt un peu déchiré, un blue-jean élimé et des baskets dans le même état. Et surtout, une cigarette, qu'il porta à ses lèvres tandis que je le fixais. Son regard à lui était tourné vers la scène, mais je n'arrivais pas à avoir envie de plutôt m'intéresser à ce qu'il regardait. Puis il revint vers moi et je me détournai aussitôt.

- Nat ? M'a demandé Anna. Ça ne va pas? Tu es tout rouge.

- Si, si…

J'essayai de reprendre contenance. J'échouai lamentablement. Mais heureusement, une distraction bienvenue vola à mon secours. Un long riff de guitare me transperça les tympans et, comme tout le reste de la salle, à présent, je me tournai vers la petite scène.

Les New Moon étaient trois. Trois frères aux cheveux teints en gris argenté mais je n'étais pas surpris, Dorian avait déjà mentionné ce détail, je connaissais même leurs noms.

Celui qui semblait être le plus âgé, avec une coupe courte et une large carrure, s'appelait Sevan. Il était assis derrière la batterie, baguettes levées, prêt à donner le signal. Derrière la guitare qui venait de me perforer les oreilles, celui dont le prénom était Cédric avait de très longs cheveux et le visage fin. Le dernier, Damien, se tenait derrière le synthétiseur. Ses cheveux lui arrivaient au-dessus des épaules et lui balayaient le visage, et il avait les mêmes yeux bleu clair que ses deux frères.

Les deux plus jeunes se mirent à chanter une introduction a capella, puis le son des instruments se joignirent à leurs voix.

La musique était plutôt bonne, honnêtement, même si le métal n'était pas ce que je préférais. Je jetai un rapide coup d'œil à Anna et vis que malgré toutes ses réticences elle n'y était pas insensible. Dorian battait la mesure sur la table et hochait la tête en rythme.

Et moi… moi, sans pouvoir m'en empêcher, je retournai la tête vers le joli voyou d'en face.

Et il me regardait. Quand nos regards se croisèrent, il me fit un clin d'œil sans se départir de son sourire ô-combien-amusé. Moi, je ne m'amusais pas du tout. Mon cœur faisait du yoyo, j'avais du mal à respirer, mon visage était brûlant et j'avais la tête qui tournait.

J'arrivai à dégluer mes yeux des siens et à les ramener sur mon verre. J'essayais de me calmer en me forçant à respirer lentement et profondément - inspirer, expirer, inspirer, expirer. Je n'osais plus tourner la tête dans sa direction.

Et puis je me rendis compte que Dorian me regardait. Sourcil levé, l'air de dire « tu m'expliques ? ». Anna était finalement si absorbée par le spectacle qu'elle ne se rendait compte de rien.

Je vis le regard de Dorian passer de mon visage en feu à lui puis revenir vers moi, plusieurs fois. Finalement, il se fixa sur moi et attendit. Et je me sentis rougir encore davantage.

- Tu… tu le connais? Finis-je par oser demander.

- Je sais pas comment il s'appelle. Juste que c'est une petite frappe qui traîne pas mal dans le coin.

- …Oh.

Je m'en fichais. Mais Dorian avait l'air de trouver ça important.

- Pourquoi t'es aussi rouge, Nat ? Me demanda-t-il, l'air suspicieux, et je maudis ma complexion de blond – héritée de ma mère, en dépit de mes cheveux bruns - qui me faisait si vite devenir écarlate.

- P-p-pour rien !

Super crédible, je sais. Ai-je déjà mentionné que je ne sais pas mentir? Dorian se renfrogna.

- N'y pense même pas, commença-t-il. C'est un nase, ce type. C'est pas le genre qui te conviendrait, tu vaux beaucoup mieux que ça !

Je percevais l'inquiétude dans sa voix, et j'en étais à la fois touché et agacé. C'était gentil de sa part de s'occuper de moi comme ça. D'un autre côté, si j'avais envie d'échanger des regards avec un garçon et de rougir parce qu'il me souriait, quel mal cela pouvait-il faire ?

Mais depuis le temps que je le pratiquais, je savais que Dorian était une fichue tête de mule, et il n'y avait pas qu'Anna qui ne savait pas lui dire non. Alors je me contentai de hocher la tête, à regret, et de regarder la scène. Malgré le spectacle, aussi bon que la musique, je n'arrivais pas à ne pas avoir envie de regarder à gauche, là où je savais que je le verrais. Où je croiserais son regard.

Je savais qu'il me regardait. Je le sentais, presqu'aussi palpable qu'une caresse sur ma joue, sur ma nuque, glissant sur mes épaules et le long de mon dos. Intense à me faire trembler. Je devais réellement me faire violence pour ne pas me retourner.

Puis le concert s'acheva. Anna entama avec Dorian une discussion enthousiaste, conquise par le groupe qu'il avait voulu nous faire découvrir. Dorian, qui aimait beaucoup avoir le dernier mot, l'écouta avec un plaisir évident admettre qu'elle avait eu tort et lui raison.

Moi, je suivais le groupe des yeux pendant qu'ils descendaient de l'estrade. Je réprimai une exclamation de joie quand je vis qu'ils se dirigeaient vers sa table, m'offrant un prétexte en or pour regarder par là sans que Dorian ne me fasse de remarque. C'était quand même un comble de sa part de méjuger ce type sur son aspect alors qu'il avait le même style vestimentaire, mais il pouvait être très fatigant quand il s'y mettait.

Comme je m'en doutais, il était en train de me regarder. Je m'y étais préparé et je crois que je parvins à sembler détendu – en tout cas, je ne me transformai pas en feu de stop, cette fois. Il pencha la tête, me regardant par en-dessous sans cesser de sourire. Puis il me fit un petit signe de la main, que j'osai discrètement lui rendre.

- Nat, est-ce que tu ne serais pas en train de flirter ?

Frisson glacé remontant le long de mon échine. Oh, Anna, tu pouvais pas te taire ? Je me retournai vers mes deux amis et vis le visage renfrogné de Dorian. Anna, elle, semblait juste amusée.

- Ce… Il… Pas mon genre, éructai-je maladroitement.

Anna rit. Dorian sembla se dérider un peu. Moi, j'avais comme un vide dans la poitrine – je ne sentais plus son regard sur moi.

- C'est pas l'impression que tu m'as donné, pourtant…

Bon, manifestement elle avait décidé d'être lourde, ce soir-là. J'enclenchai donc la procédure d'urgence code C, comme Changement de sujet.

- Dis, Dorian, ils jouent souvent ici, ce groupe ?

Et heureusement, cela fonctionna.

La soirée passa, lente et longue comme un jour sans pain. Je ne tournai plus la tête vers le garçon aux yeux jaunes, et je ne sentis plus non plus son regard sur moi. Quand nous partîmes et que j'osai enfin jeter un dernier coup d'œil vers sa table, il n'y était plus.